Penser la droite, enjeux politiques

Chacun pense prétendre être la droite. Des “constructifs” aux “libres” de Valérie Pécresse en passant par Laurent Wauquiez. Bien que la France de 2017 ne veuille pas regarder ce “passé” honni, il est un important vivier de faits. L’analyse objective des faits représente ici une démarche démunie de tout raisonnement hors-sol. Cette analyse tente donc car elle croit en la continuité historique, d’affirmer ce qu’est la droite française et ce qu’elle n’est pas.

Commençons par ce que n’est pas la droite française. La droite française n’est ni constructive ni libre. Les dirigeants se revendiquant de ces “mouvements” sont déconnectés de leur base électorale. L’électorat représentant cette pensée unique libérale et mondialiste a voté Macron. Le problème de LR, c’est qu’il réunit (et ce depuis l’UMP), le RPR et l’UDF. Or qu’est ce que l’UDF si ce n’est Macron ? Si ce n’est les “Constructifs” ? Si ce n’est le mouvement “Libres” ? Or qu’est ce que le RPR si ce n’est l’électorat gaulliste et traditionnel ? Qu’on ne s’y trompe pas, les électeurs de Fillon sont les électeurs du RPR. C’est à dire la grande majorité des militants LR. Majorité silencieuse, minorité bruyante. Minorité écrasante. Minorité destructrice, castratrice. Elle pense régenter politiquement et idéologiquement la droite. Dire le bien et le mal. Elle en est pourtant là. Elle a fait fuir les électeurs traditionnels vers le Front National.

Historiquement, le RPR acceptait une alliance électorale au second tour avec l’UDF. Ultra-majoritaire, le RPR n’avait pas besoin de supplier l’UDF. C‘était même l’inverse. Le paradoxe est d’autant plus fort aujourd’hui. Bien que toujours minoritaire, l’UDF version 2017 dirige une base électorale en large majorité RPR.

En 2007, Nicolas Sarkozy revient aux fondamentaux de la droite traditionnelle. Influence Buisson. Miracle. La droite de gouvernement l’emporte face à la gauche laissant le FN à 10%. A ce moment précis, le discours de cette droite est audible, s’adressant à un électorat historique. Un quinquennat plus tard et une crise financière plus tard, 2012 se présente. Entre temps, Nicolas Sarkozy n’a pas appliqué la politique pour laquelle il a été élu. Certes il n’a pas eu les circonstances. Présidentielles 2012, Nicolas Sarkozy, candidat à sa réélection, part de loin et traine dans les sondages. Changement de stratégie, retour à la ligne Buisson. C’est cette même ligne qui a permis de réduire les écarts. Alors qu’on annonçait un Nicolas Sarkozy très loin de François Hollande, l’écart fut de deux points. C’est à dire rien. L’échec accouche d’une chasse aux sorcières. Buisson coupable selon certains cadres et selon les médias. C’est en 2012, que la ligne traditionnelle de la droite de gouvernement a été écartée au profit d’une ligne unique : libérale et bien-pensante. Un centrisme mou. Celui qui perdure depuis 2012 et qui a fait sombrer la droite.

Pour expliquer la déroute de la droite il ne faut pas seulement voir dans l’adversaire politique le seul responsable. En effet, toute une politique de non application, de reniement, de “haine de soi”, est également responsable. Les dirigeants politiques se revendiquant du RPR existent. En amont, pour séduire les électeurs, ils reprennent depuis vingt-ans ses éléments de langage. Comparez le programme du RPR et la politique menée. Comparez le programme présidentiel de 2007 et la politique menée. Sans oublier le vide politique ou presque lors du dernier quinquennat Chirac. La communication a supplanté l’acte politique. Peur de quoi ? Peur de qui ?

La droite a peur d’abord comme dit plus haut de la rupture avec les centristes. Or, elle lui serait salvatrice. La droite a peur de choquer les professionnels de l’émotion. La droite a peur d’être elle-même. La droite a peur de la tyrannie médiatique. Véritable fléau, la bien-pensance censure. Subtilement. Apparence d’une démocratie. La droite a le droit de s’exprimer tant qu’elle est sur la ligne choisie par ces journalistes de la pensée unique. La droite a peur de ces associations communautaires. Celles-ci sont une plaie. Le communautarisme l’est. La droite dans un déni permanent, l’accepte. Elle n’ose plus dire ce qui pourtant relève de l’évidence. On lui prêterait des soucis pathologiques ou psychologiques ou phobiques ; contre le mariage gay ? Contre la GPA ? Homophobe. Refus de l’intégration au profit d’une assimilation ? Xénophobe. Alors, la droite se tait. La droite se cache. La droite tremble d’être associée au pestiféré Front National. Comprenez : “nous n’avons rien à voir avec le Front National !”. Certes. J’invite donc le lecteur à étudier avec attention le programme du RPR en 1990, approuvé par Alain Juppé, le chantre de l’identité heureuse balayée lors des Primaires, alors numéro deux du parti. Prenons l’exemple de l’immigration. Des axes explicites : fermeture des frontières, suspension de l’immigration, réserver certaines prestations sociales aux nationaux, incompatibilité entre l’Islam et nos lois. Il paraît donc assez paradoxal que ceux qui se prétendent être la droite défendent une ligne opposée. Vous oubliez le caractère “moderne” de cette droite. Modernité, que de crimes on commet en ton nom. Mais qu’est ce que la droite moderne ? Est-ce Valérie Pécresse qui affirme avec toute l’humilité qu’on lui connait que la droite moderne préfère de Gaulle à Maurras ? Faisant au passage un contre-sens historique dévoilant un peu plus le niveau de cette classe dirigeante.

Nous oublions un peu vite les raisons de l’ascension du FN. Faut-il y voir un lien entre la trahison permanente des dirigeants de la droite de gouvernement et cette ascension ? Sûrement. Ce n’est pas la seule raison mais elle n’est pas à exclure. A chaque fois que la droite a fait campagne sur sa réalité, c’est à dire sur ses valeurs traditionnelles, elle a laissé le FN très bas.

La droite ne pourra gagner qu’en étant elle-même. Idéologiquement sûre, imposant ses thèmes, revenant à des principes fondateurs du RPR. Certes Philippe Séguin ou encore Charles Pasqua ne sont plus là. Mais il suffit d’un peu de courage politique pour redonner l’élan qui fera de la droite la nouvelle force politique capable de rassembler. La lâcheté politique ne saurait être admise à un moment de l’Histoire de France où le temps fait défaut. Parfois, mieux vaut l’implosion et redéfinir ses principes que de vivre à côté de petits agents électoraux dont la seule ambition est de répéter la pensée unique.

La droite gagnera à la seule condition d’assumer son passé, son héritage. Et quel héritage !

Guillaume Pot

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