Notre civilisation comme rempart

Une civilisation magnifique

Noël, l’an 800.

Rome.

Un homme se tient devant un autel, agenouillé pour prier, vêtu d’une longue toge blanche et d’un manteau de pourpre. Il a cinquante-huit ans, presque un vieillard pour son temps, comme en témoignent ses longs cheveux et sa barbes déjà blancs. Sur l’autel, une impressionnante couronne, d’or sertie de joyaux. De nos jours, nous la considèrerions comme laide ; il est vrai qu’elle souffre d’un excès de couleurs et d’un manque de goût. C’est un autre vieil homme qui se tient derrière l’autel, drapé de blanc et or, son crâne rasé couvert d’une splendide mitre. Pendant que l’autre prie, il se saisit de la couronne, l’élève brièvement en l’air, et la dépose sur son crâne, le déclarant Imperator Romanorum, sous les acclamations de la foule assemblée. Imperator ! Imperator ! Imperator !

Ce vieil homme, c’est Karil, le roi des Francs, peut-être le plus grand de cette lignée, et maintenant Empereur des Romains. Plus d’un millénaire plus tard, nous nous souvenons de lui comme de Charlemagne. Bien qu’il ne parle pas un mot de ce que nous appelons le Français, l’ouest de son royaume deviendra la France, l’est l’Allemagne. Il est Chrétien, croyant dévoué, et, bien qu’il ne sache ni lire ni écrire, il parle Grec et Latin. Sous son règne, c’est la première fois qu’une grande partie de ce qui deviendra l’Europe est unifiée depuis la fin de l’Empire Romain. Bien qu’il soit un Germain, il est l’héritier d’une tradition gréco-latine vieille de plus de dix siècles, et de racines judéo-chrétiennes ; en tant que roi et Empereur, il est le représentant de Dieu sur Terre.

Il n’y a pas de surprise à ce que Charlemagne soit surnommé le « père de l’Europe ». Bien que l’idée d’Europe soit alors bien loin de son esprit, il est l’un des hommes qui ont le plus marqué l’histoire de notre continent, et en représente bien les racines judéo-chrétiennes et gréco-latines. Près de mille ans plus tard, une autre tradition viendra s’y ajouter : celles des penseurs des Lumières, qui tenteront de comprendre toute une variété de sujets – politiques, philosophiques, scientifiques – comme peu l’avaient fait avant, et, au passage, définiront nombre des idéaux qui continuent de guider nos sociétés aujourd’hui. C’est sur ces trois grandes traditions que l’Europe telle que nous la connaissons s’est bâtie. Pas de bureaucratie confucianiste de ce côté de l’Oural, ou de loi islamique.

Une tradition gréco-latine premièrement. La culture des anciens Grecs a eu sur l’Europe un impact gigantesque sur les générations qui les ont suivis. Ne parle-t-on pas de philosophie aristotélicienne ? Lorsqu’on demande à quelqu’un quelle était la première démocratie, la réponse n’est-elle pas toujours la démocratie athénienne (malgré le fait que cette réponse ne soit pas entièrement correcte) ? La culture, la religion, la langue grecques ont aussi influencé l’autre grande culture qui a marqué ce continent, celle des Romains, au point où les fameux derniers mots de Jules César – Tu quoque mi fili ?, « toi aussi, mon fils » – ont plus probablement été prononcés en Grec, en faisant Kai su, teknon ? S’il est une entité politique qui a façonné l’Europe comme aucune auparavant ni depuis, qui a imposé sa culture, ses normes, sa langue, c’est en effet l’Empire Romain. Pendant des siècles, les Empereurs du Saint-Empire se sont réclamés de l’illustre héritage de Rome, et si les rois régnaient ailleurs, c’était par la grâce du grand-pontife romain. De même, la première branche chrétienne du continent, le catholicisme, est un catholicisme romain. Les institutions grecques et latines ont ainsi marqué à jamais l’Europe.

Secondement, une tradition judéo-chrétienne. Dans l’Union Européenne, 72% des citoyens déclaraient, selon l’eurobaromètre de 2012, être de foi chrétienne.

La civilisation européenne, depuis ses débuts, a été marquée, façonnée, dirigée par le Christianisme, qui en a influencé la philosophie, les arts, la science, la société…

C’est la morale chrétienne qui a guidé une grande partie de nos idéaux. Pour nombre de penseurs, c’est aussi le Christianisme qui a créé le lien ayant permis d’aboutir à une identité européenne unifiée. Les notions de monde occidental et d’Europe sont intimement liées à celles de Christianisme et de Chrétienté. En tant que tel, les racines judéo-chrétiennes sont également l’un des socles de l’Europe.

La pensée des Lumières enfin. Ce sont les idées des Lumières qui, en grande partie, ont permis l’essor des nations au XIXe siècle, qui ont pavé le chemin vers des idées telles que les libertés individuelles ou la méthode scientifique. C’est aussi suite au mouvement des Lumières qu’un grand nombre des bases de nos systèmes politiques – le gouvernement par le consentement des gouvernés, par exemple – ont été établies. Surtout, c’est sur le terreau des Lumières que l’Europe telle que l’imaginaient les pères fondateurs de l’Union Européenne, une Europe forte, une Europe des nations, s’est bâtie. Sans cela, l’Europe telle que nous la connaissons n’aurait pu prendre forme.

Trois socles pour une culture. Trois éléments sans lesquels cette « civilisation européenne magnifique », n’aurait pu exister. Néanmoins, aujourd’hui, cette culture est menacée. L’identité européenne faiblit de plus en plus parmi la jeunesse : le projet européen ne séduit plus. Outre-mer et à l’intérieur de nos territoires, l’obscurantisme religieux islamo-totalitaire s’est juré de jeter à bas tout ce qui fait la grandeur de l’Europe. C’est pour cela que, plus que jamais, l’Europe et les socles de son identité doivent être défendus.

Julien Neter

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