(Tribune) Erik Tegnér, « 2022 : vaincre ou périr »

Une vue du palais de l’Elysée. Credit SIPA

Même si cela peut paraître surprenant, Emmanuel Macron a un point commun majeur avec Donald Trump. Comme lui, il concentre exclusivement son discours et ses actions sur la base idéologique et surtout sociologique qui l’a élu. Peu importe qu’il soit rejeté par près de 60% de Français – sondage IFOP-Fiducial d’avril -, ou encore que sa côte de popularité soit plus faible que François Hollande à la même époque (34%) : la seule chose qui compte pour lui, c’est de conserver sa base du premier tour des présidentielles de 2017 – soit 24% des votants – et de se retrouver en 2022 face à Marine Le Pen. Cynique ? Exactement. Mais il serait urgent pour nos responsables politiques de comprendre cette donnée. Car contrairement à Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron a un avantage majeur en terme électoral : celui de n’avoir quasiment aucune base populaire à avoir voté pour lui en 2017. Ainsi, peu de risque pour le président de la République de décevoir ses électeurs. Son électorat n’est pas composé d’ouvriers, d’agriculteurs, d’artisans, qui eux ont réellement besoin d’un changement majeur et de profondes réformes dans le pays et qui sont donc ainsi plus susceptibles d’être déçus suite aux promesses de campagne, ce qui fut le cas avec Nicolas Sarkozy qui vit les classes populaires partir au FN dès 2009.

Emmanuel Macron, lui, doit satisfaire la bourgeoisie de gauche, et la bourgeoisie de droite. Ayant réuni sous un même étendard les gagnants de la mondialisation, les « insiders », ces derniers n’attendent donc réellement pas grand-chose. Leurs critères majeurs ? Que leur président incarne la fonction, qu’il représente dignement la France à l’international, et que ses discours et sa communication sachent donner du sens et faire comme si les choses étaient « en marche ». Ce qu’il sait faire. La mobilisation des Gilets jaunes ayant même l’effet de radicaliser le bourgeois mondialiste qui découvrait, avec grande surprise, des ouvriers en bas de son superbe appartement du 16ème arrondissement. Ainsi, son socle électoral s’est peu érodé pour les élections européennes, où les sondages le placent entre 22 et 23.5%.

Les dirigeants des Républicains ont sous-estimé cette donnée. Alors oui, Emmanuel Macron pourra décevoir s’il ne prend pas le courage de renvoyer son ministre incompétent de l’Intérieur, Christophe Castaner, ou encore engager une véritable réforme des retraites et du temps de travail. La question de la PMA risque également de poser des problèmes pour la majorité. Mais in fine, Emmanuel Macron sait que l’aile gauche d’En Marche n’a pas d’autre choix que lui. Il a appris par ailleurs de son ancien mentor François Hollande qu’une seule chose comptait désormais : ne pas être challengé dans son parti par une autre figure, un mini-Macron en somme. Qu’il soit rassuré, on en est loin. Et le choix comme tête de liste d’En Marche pour les européennes de l’antithèse du charisme qu’est Nathalie Loiseau doit être analysé par ce prisme. Aucune concurrence ne risque d’émerger de ce côté-là. Il en est de même chez le patron d’En Marche, Stanislas Guérini, bien moins charismatique et compétent que l’était Jean-François Copé qui dirigeait l’UMP durant le quinquennat Sarkozy.

Si la droite pense pouvoir récupérer le socle électoral de 20% qui a voté François Fillon en 2017, elle ne se trompe pas : difficile, mais pas impossible. Si elle pense en plus de cela grappiller des voix dans le socle du premier tour d’Emmanuel Macron, elle rêve. Ainsi, au mieux, Les Républicains feront 20% en 2022. Et encore : peu de choses laissent penser qu’il n’y aura qu’un seul candidat. Les haines sont trop fortes. Laurent Wauquiez se présentera quoiqu’il en soit, Xavier Bertrand également. Alors que se passera-t-il si la droite n’arrive pas à dépasser les 20% ? Elle n’accèdera pas, une nouvelle fois, au second tour de la présidentielle. Et elle mourra de cette trop cruelle défaite.

Mais il existe une solution. Durant des décennies, la droite s’est alliée avec le centre. Chacun a su le faire en conservant sa spécificité. Aujourd’hui, la majorité du centre est chez Emmanuel Macron : ça n’est pas une trahison de leur part, mais simplement de la cohérence. Les hypocrites sont ceux qui considèrent qu’Emmanuel Macron serait un sombre gauchiste. Il n’en est rien. C’est un extrême-centriste.

Alors de la même façon que nous avons su faire des alliances avec le centre, il faut envisager de tendre la main au Rassemblement National. Le « pas d’ennemis à droite » cher à Eric Zemmour. Car on ne reproduira jamais l’épisode du siphonage du FN en 2007 : l’électeur a en mémoire la trahison du traité de Lisbonne. L’électorat populaire est définitivement perdu. Il faut aller le chercher au RN. Cette nécessité d’une grande convergence du combat fiscal et identitaire est primordiale, ainsi qu’un grand rassemblement des conservateurs, des classes populaires et de la bourgeoisie patriote et enracinée. Certains pourront dire qu’une telle candidature, qu’un tel mouvement ne rassemblerait pas l’ensemble du bloc de droite – aujourd’hui à 40%. Ils ont raison. Mais un bloc de 35% pourrait aisément être formé, si chacun est capable de faire des concessions, notamment sur l’économie. Une telle dynamique dès le premier tour pourrait nous faire accéder au second, spécialement en 2022, et ce pour une raison simple : face au dit « ultra-libéral Macron », l’extrême-gauche n’ira pas voter. Et dans le cadre d’une abstention massive de ce bloc de la gauche radicale – car rappelons que, fait inédit, Mélenchon n’a pas appelé à voter Emmanuel Macron au second tour de 2017 – la victoire serait à portée de main.

Mais sous quelle forme se passerait ce grand mouvement ? Certains parlent d’alliances de partis : ça me semble peu probable, sauf sur des élections locales et non à grande échelle. Une alliance de personnes ? Hautement probable. Nous pourrions alors voir un « En Marche de droite » émerger, rassembler des personnalités de LR et du RN, pour inventer quelque chose de nouveau, à la hauteur des défis qui nous attendent.

Mais pour cela, les cadres de LR doivent écouter leur base, en accord à 60% pour faire des alliances avec le RN, et lever l’omerta sur un sujet tabou. Combien de réunions locales où les militants évoquaient la nécessité de faire des alliances avec le RN ? Foule. Mais le silence règne.

Ensuite, il faudra entamer un dialogue, sortir du sectarisme et parallèlement réfléchir sur nos valeurs. Réfléchir sur ce que signifie « être de droite » et faire un diagnostic sur nos points communs et nos divergences avec le RN. Le débat risque d’être virulent, certes. Mais il n’accouchera pas d’une souris. D’importants points communs existent entre LR et le RN sur les sujets identitaires et régaliens, qui sont aujourd’hui la priorité. Quant à l’économie, le recul du RN sur la sortie de l’euro est un premier pas encourageant. Si des alliances de partis sont compliquées, il faut a minima sortir de l’hypocrisie, en étant notamment capable de voter les amendements du RN au Parlement lorsque nous défendons les mêmes propositions. Et sortir de la condamnation « ad hitlerum » permanente. Si nous ne sommes pas capables de donner ces gages à nos électeurs partis au RN, ils ne pourront jamais nous faire confiance.

Pour ceux qui ont des doutes sur cette stratégie, observez LR dans les sondages pour les européennes. François-Xavier Bellamy coche toutes les cases : il est brillant, convaincu, nouveau, jeune, rassembleur. Le Point, Valeurs, le Figaro le mettent en une. Il est la nouvelle coqueluche des médias. Pour quel résultat ? 13%. Et quels sont nos objectifs ? Dépasser 15%. Se réjouir de n’être qu’à 9 points derrière le parti présidentiel, pour un parti qui faisait 32% en 2007, en dit long sur l’état de la droite et sur notre incapacité à nous réveiller, donc à nous relever.

Erik Tegnér

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