Alexandre Del Valle, « L’Islam « officiel » aujourd’hui n’est pas réformable »

Alexandre del Valle est enseignant et essayiste, Directeur de recherches au CF2R et consultant au Multipolar World Institute. Spécialisé en géopolitique et plus particulièrement dans 
l’Islamisme et le Moyen-Orient, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. 

Un débat fait rage en ce moment sur les réseaux sociaux : l’autorisation, pour les accompagnatrices d’enfants en sortie scolaire, de porter le voile. Que pensez-vous de cela ? Cela va-t-il contre les principes de laïcité ?

Je pense qu’il faut appliquer la loi. Quand quelqu’un va chercher son enfant à l’école, la loi est très claire : le voile islamique – et pas uniquement la burqa – est interdit dans les enseignements scolaires hormis dans le supérieur. Dès lors que ces personnes ont une mission d’accompagnateurs, d’auxiliaires du service public, on peut comprendre que l’on interdise le voile islamique, puisque, en France, il n’est autorisé que lorsqu’on est majeur et est interdit dans les lieux publics. C’est un vrai débat : dans la rue, on peut dire que l’on n’est pas tout à fait dans un lieu d’enseignement public, que beaucoup de jeunes enlèvent leur voile quand elles arrivent au lycée ou au collège, donc pourquoi pas dans l’autre sens quand on vient chercher ses enfants ? Mais je pense qu’il y a tout intérêt à être ferme sur la question. Si l’on accepte le voile de facto, la prochaine étape, c’est l’accepter tout court.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le voile ?

Le voile islamique n’est pas un problème de tissu sur la tête. Les bonnes sœurs ont des voiles, beaucoup de nos grand-mères ont eu des fichus, des tuniques ou des coiffes sur la tête. En Méditerranée, il n’était pas rare, il n’y a pas très longtemps, de voir en Sicile, des femmes avec des voiles. La différence entre les fichus, que certains évoquent comme précédent, et le voile islamique, c’est justement que ce dernier n’est pas le fichu que portaient certaines Maghrébines ou femmes non-musulmanes dans les campagnes. Le fichu était même une mode assez esthétique dans les années 1960, avec cette sorte de foulard qui montrait les oreilles et cachait une partie des cheveux. Le problème n’est pas d’avoir un bout de tissu sur la tête. On n’interdit pas les chapeaux ou les coiffes.

Le problème du voile islamique, c’est qu’il va beaucoup plus loin. Il sépare la femme musulmane d’autres personnes, il montre qu’elle est la propriété de son mari. Ce n’est pas une histoire de misogynie : des femmes très libérées, notamment les Indigènes de la République, en font l’apologie. Au mouvement que j’avais créé avec Rachid Kaci, « La Droite Libre », nous avions proposé une loi pour que le voile islamique soit appelé un costume politico-religieux. Car c’est cela qu’il est. Ce costume va avec tout un ensemble de vêtements : des robes extrêmement longues, des oreilles cachées. On ne peut pas voir un bout de cheveu. Cela peut sembler la même chose qu’un fichu de loin, mais ce n’est pas le cas. Quand on voit les jeunes femmes qui luttent contre le régime islamique en Iran, elles ont des voiles qui montrent la moitié des cheveux. La différence est évidente. Le voile islamique va beaucoup plus loin, a tout un programme politique derrière lui. Par exemple, on interdit à une femme qui porte le voile islamique de porter un fichu ou un bandana, puisqu’ils ne suffisent pas. On lui demande de cacher ses cheveux et le lobe de ses oreilles, on lui demande de porter toute une tenue allant avec. Il faudrait donc plutôt parler d’uniforme politico-religieux, puisqu’il ne s’arrête pas au visage.

Plus qu’un outil de soumission de la femme à l’homme, le voile islamique est un outil de soumission des non-musulmans aux musulmans, le prosélytisme étant une forme de soumission. Plus les femmes portent le voile islamique, plus elles culpabilisent celles qui ne le portent pas et plus elles culpabilisent les femmes tout court qui ne l’ont pas : à côté de la pureté de la femme islamique, c’est une façon de montrer que seule la femme musulmane est pure et se conduit de manière noble. Le fait de généraliser le voile islamique est une arme de prosélytisme en soi, pour séparer les musulmans des non-musulmans. Le sécessionnisme dont parlait de Villiers, mais aussi Hollande ou même Collomb, le séparatisme islamique, commence avec le voile. C’est le premier pas. Tous les pays qui sont passés de la laïcité à l’extrémisme islamique, l’Iran, l’Egypte, l’Afghanistan, sont passés par le retour du voile. On le voit en Bosnie, de même au Liban. Les premiers pays islamiques ont payé une mode, qui est plus tard devenue imposée. C’est un instrument de conquête politico-religieux.

Il me semble que le dévoilement était une des raisons de la révolution islamique, en Iran…

Il y a quelque chose de terrible dans les pays musulmans. L’Islam étant une religion tellement traditionnaliste, qui supporte mal la modernisation, il est vrai qu’en général que quand il y a eu des phénomènes de modernisation, cela a toujours été suivi d’une phase de violence et de retour à l’islamisme. Voyez Atatürk en Turquie, on y trouve maintenant Erdogan. De même pour les Chrétiens qui avaient un premier ministre en Egypte au XIXe siècle, et aujourd’hui, il a fallu un coup d’Etat pour déloger les Frères Musulmans. En Algérie, il y a eu une révolution socialiste, maintenant 30% des mosquées sont salafistes. Au Maroc, le roi est obligé de composer avec les Frères Musulmans. Partout où on a créé des modes d’occidentalisation ou même de modernisation, il y a eu des retours en arrière parce que les milieux islamiques n’ont jamais accepté la modernité. En Algérie, en Egypte ou en Iran, quand les femmes ont commencé à être libérées, les imams ont contrecarré ce phénomène. On peut dire que l’Islamisme radical est – pas uniquement, mais en partie – parti d’une riposte des mâles qui ne supportaient pas de voir l’autonomisation progressive des femmes. En Algérie et dans les milieux européens, il y a eu nombre d’études montrant que les premiers Musulmans non-islamistes à accepter l’Islamisme étaient des pères de famille désarçonnés, déboussolés par leur fait de voir leurs filles, leurs femmes accéder à une autonomie sexuelle qui, pour reprendre le contrôle sur les femmes, ont accepté d’adhérer à l’Islamisme.

Plus grave encore, le génocide des Arméniens en Turquie ou les pogroms contre Juifs et Chrétiens sont arrivés dans des phases où ceux-ci étaient émancipés. Quand on a voulu les émanciper durant les tanzimat au XIXe siècle, il y a eu un processus de radicalisation des imams qui, ayant peur de voir un jour les Musulmans devenir égaux aux Chrétiens et aux Juifs, ont créé l’Islamisme radical, qui est en grande partie une grande partie à une modernisation qui risquerait de faire perdre à l’Islam son contrôle.

Quelles sont les raisons qui font de l’Islam une religion très réfractaire au changement ?

Il y a en France un débat qui est très primaire aujourd’hui. Il y a d’un côté les islamophiles béats de gauche ou d’extrême gauche, du genre Trudeau ou Juppé (qui n’a d’ailleurs jamais lu le Coran) qui affirment que l’Islam est une religion foncièrement modérée, et, en réaction à cet excès, on trouve un autre excès : celui où l’on explique que les Musulmans suivent tous la Charia, que la Charia est l’Islam, et que derrière tout Musulman modéré se cache en menteur. Les choses sont évidemment beaucoup plus complexes. Il est vrai qu’il existe des problèmes dans l’Islam, mais tous les Musulmans ne suivent pas le texte à la lettre.

Ce que j’appelle l’Islam orthodoxe, c’est-à-dire l’Islam « officiel » tel qu’il est enseigné dans les grandes mosquées en Egypte comme Al-Azhar ou ailleurs, l’Islam bien sûr de l’Arabie Saoudite mais pas seulement, est insusceptible de réforme. Au Xe siècle, il y a eu une sorte de fixation des dogmes, trois siècles après l’émergence de l’Islam. Les grands jurisconsultes de l’époque ont mis fin à l’exégèse, c’est-à-dire à l’interprétation des textes. C’est ce qu’on appelle l’ijtihād, littéralement l’effort de réflexion, dont les portes se sont définitivement fermées.

Cela veut dire que pendant trois siècles, l’Islam a été pluriel. Pendant trois siècles, il y a eu des écoles de l’Islam qui auraient pu préparer une véritable réforme de cette religion. Quand certains me disent que l’Islam en lui-même ne peut se réformer, ce n’est pas exactement vrai. Ils ont raison dans le fait que l’Islam « officiel » aujourd’hui n’est pas réformable, puisqu’il est celui qui a vaincu au Xe siècle et qui a déclaré hérétique les autres Islams qui, eux, étaient beaucoup plus réformables. Un exemple, à Bagdad, il y a eu aux VIII-IXe siècle pendant quarante ans à la tête du Califat les Mutazilites qui prônaient la raison et l’interprétation des textes par la raison. Ils estimaient que le Coran, en tant que création humaine, n’était pas divin. Et en pensant cela, on pouvait réformer l’Islam. Le problème n’est pas qu’il y ait des phrases de haine, de violence ou d’inégalité dans le Coran. On en trouve aussi dans l’Ancien Testament. Ce qui compte, c’est le regard qu’on a sur le texte. Les Musulmans ont le droit d’avoir un regard critique sur le texte, jusqu’aux X-XIe siècles. Depuis, l’Islam « officiel » a totalement mis à l’index les écoles de l’Islam qui permettaient l’interprétation, parfois de manière très rationaliste. Il est vrai que tant qu’il n’y a pas de retour des écoles juridiques réformistes, tant que l’Islam orthodoxe, tel qu’il existe dans la plupart des grandes mosquées sunnites dans tout le monde Musulman, règne, les réformistes sont condamnés à être dès hérétiques.

Il y a beaucoup de réformistes, mais ils sont menacés de mort, soit par les djihadistes et les terroristes, soit carrément emprisonnés, condamnés ou tués par les régimes en place. Le problème est là : l’Islam aujourd’hui est représenté et monopolisé par ceux qui en ont une lecture ultra-orthodoxe, qui empêche toute acceptation de la réforme. Pour comprendre ce qui nous intéresse en France, on a l’exemple des imams soi-disant modérés comme Tareq Oubrou, qui souvent ne veulent pas revenir sur l’orthodoxie de l’Islam et acceptent la fermeture des portes de l’ijtihād. Tant qu’un Musulman ne veut pas rouvrir ces portes, c’est un faux modéré. Les vrais réformistes existent, mais ne peuvent l’être que s’ils renoncent officiellement à la lecture orthodoxe et adhèrent à une école réformiste, acceptant en quelque sorte d’être traités d’hérétiques. Aujourd’hui, cela signifie être menacé de mort, et peu de gens prennent ce risque.

Pour conclure, l’Islam aujourd’hui est tenu par des gens qui font régner une stratégie d’intimidation. Il y a beaucoup de modérés, y compris parmi certains imams, mais ils savent que s’ils franchissent le Rubicon, ils vont être menacés de mort et traités de traîtres à leur communauté dans le meilleur des cas.

Il y a peu de temps, Latifa Ibn Ziaten, mère d’une des victimes de Mohammed Merah, a vu sa maison être vandalisée. Pensez-vous qu’il y ait une recrudescence de l’Islam radical en France, malgré la fin théorique de l’Etat Islamique ?

Bien sûr. Nous avons des services de renseignement territoriaux français, ainsi que des gendarmes qui travaillent dans l’élite de la gendarmerie dans des scénarios de guerre urbaine, qui sont très inquiets parce que, dès qu’un attentat tue des Français, les professionnels du radicalisme, et ce depuis Ben Laden, se rendent compte que des bandes entières hurlent de joie. Les médias en parlent peu, et ces quartiers ne sont pas filmés. On trouve aujourd’hui une banalisation de la barbarie. Peut-être que seuls 0,01% de ces gens passent à l’acte, mais beaucoup plus le soutiennent moralement. C’est ce qu’on appelle le terro-favorable, qui grandit aujourd’hui.

Il est accompagné par le rap de haine, où l’on dit qu’il faut tuer les infidèles, pendre les bébés blancs… Beaucoup de rappeurs connus ont eu des propos extrêmement violents sur la haine du blanc, du Gaulois, du Chrétien et du Juif. On a d’un côté l’islamisation radicale, de l’autre côté le culte des jeux vidéo et des séries américaines qui vantent des brutes barbares comme Tyson. On a enfin le culte de la force, du caïd en général, du voyou et enfin le repli des bandes ethno-confessionnel vivant dans un milieu fermé avec une diabolisation totale du blanc européen judéo-chrétien. Ce phénomène, la voyoucratie, le culte de la violence et l’islamisation, ces trois phénomènes, créent des êtres sans empathie, sans aucune pitié qui considèrent la mort d’un blanc européen colonisateur comme quelque chose de tout à fait réjouissant. C’est un phénomène qui grandit et qui est appuyé par une culture cinématographique, avec des films comme La Haine d’une violence inouïe.

Pensez-vous que l’apparition de la liste des Démocrates Musulmans soit le symptôme de cette évolution ?

Oui. Tristement pour notre République, nous n’avons pas réussi à assimiler la communauté musulmane dans son ensemble. Nous avons réussi à en intégrer une partie. Le rapport de l’Institut Montaigne de Hakim El Karoui a montré qu’un tiers est totalement en sécession, un tiers fait passer l’Islam avant la France, et un autre tiers est totalement intégré. Si un tiers seulement des communautés musulmanes se sent intégré, c’est un échec. Si des rapports sérieux comme celui d’El Karoui, Musulman lui-même, le reconnaissent, si le président Hollande reconnaissait qu’il y avait un grave danger de séparatisme islamique, si la gendarmerie en a peur, si les services de renseignements ont peur de ce séparatisme, si M. Collomb lui-même reconnaissait que nous serions face à face, cela signifie que même des très modérés le craignent. L’existence de ce parti musulman est donc extrêmement inquiétante, parce qu’il n’est pas l’équivalent d’un parti démocrate-chrétien, qui n’a de chrétien que le nom. Les partis musulmans qui existent montrent qu’il existe une tentation communautariste, sécessioniste. Cependant, ces partis ne pèsent rien et il ne faut pas se faire peur.

Mais le communautarisme ne passe pas que par les partis. Pour l’instant, les islamistes veulent plutôt faire de l’emprise que du communautarisme séparatiste. Leur stratégie pour arriver un jour à un séparatisme, c’est d’accéder au pouvoir et pour avoir le pouvoir, ils essaient d’infiltrer les structures de pouvoir. C’est beaucoup plus dangereux que les partis islamistes. Il est vrai cependant que les partis islamiques, comme celui qu’on a vu en Belgique et qui proposent des exceptions pour les Musulmans sont inquiétants. On n’a jamais vu une communauté demander des règles spéciales pour déroger au droit commun et demander que des citoyens soient traités différemment.

Nous avons raté quelque chose. Ce n’est pas perdu, bien sûr. Il existe beaucoup de Musulmans patriotes, et 30% reste un chiffre énorme. Il y a des pays où on en trouve moins, comme la Macédoine, où il y a une division totale entre Chrétiens et Musulmans. L’idéal serait quand même que cette proportion soit beaucoup plus importante, ce qui est possible. Il faut couper les Musulmans de l’influence des Etats islamistes étrangers, comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie d’Erdogan, tous ces pays qui œuvrent à empêcher les Musulmans français de s’intégrer. Même la tutelle des Etats soi-disant modérés comme le Maroc est nuisible, puisqu’il demande à ses citoyens de ne jamais s’intégrer vraiment. On a des Musulmans de France prisonniers des ambassades étrangères. La plus modérée de ces entités reste l’Algérie, derrière les seules mosquées véritablement modérées ayant un pacte républicain, notamment avec Dalil Boubakeur, de la mosquée de Paris, qui est très attaché au patriotisme et qui est plus Français qu’Algérien. Mais à part Boubakeur, les autres pôles – les Turcs, les Marocains, les Qataris et les Frères Musulmans – œuvrent tous à un communautarisme, ce qui est très dangereux.

Aujourd’hui, ceux qui prétendent vouloir un « Islam de France » travaillent avec le Qatar et surtout les Frères Musulmans. Or, ceux-ci, mêmes s’ils sont devenus Français, ne représentent pas un « Islam de France ». Ils font croire qu’ils sont la seule entité qui représente un Islam autochtone, puisqu’ils n’ont plus besoin du financement étranger depuis quelque temps, étant financés par l’argent du halal. Il y a là un enjeu énorme. Il faut contrôler l’argent du halal et faire en sorte qu’il ne bénéficie qu’au structures modérés, puisqu’il rapporte beaucoup d’argent. Si on laisse les Frères Musulmans contrôler la viande halal, on leur donne du nerf de la guerre, de l’autofinancement, et ils pourront former des Frères Musulmans à la française qui pourront infiltrer « l’Islam de France ». Or, comme ce sont des Français dans des structures qui ne seront pas officiellement un Etat étranger, on aura beaucoup plus de difficultés à les juguler. Il est temps de faire un Islam de France séparé non seulement des ambassades étrangères mais aussi des influences idéologiques comme les Frères Musulmans, qui eux représentent un Islam mondial.

Vous parliez de l’Algérie. Quels sont les enjeux, pour la France, des élections algériennes ?

En Algérie, l’enjeu des élections est d’avoir un pouvoir plus accepté par la population, qui va permettre une transition économique et sociologique. Aujourd’hui, le grand problème de l’Algérie, au-delà de l’islamisme, c’est que les structures pétrolières et gazières sont vétustes et que la classe politique est pourrie a détourné l’argent public, ne fournissant ni travail, ni développement, ni diversification économique. Non seulement ils ne dépendent que du pétrole et du gaz, mais ils n’ont même pas investi dans les infrastructures pétrolières et gazières. Celles-ci sont si vétustes que bientôt, le pays ne pourra plus vendre ses propres ressources. C’est catastrophique et absolument aberrant. Il vaut que les Algériens votent pour un pouvoir avec une vision de développement. Le pays risque aujourd’hui de prendre le même chemin que le Venezuela, ce qui sera une catastrophe en matière migratoire. La France a un intérêt à ce qu’il y ait un pouvoir stable en Algérie qui développe le pays.

Les Algériens sont d’ailleurs les premières victimes de ce pouvoir. Ce qui est intéressant à propos des jeunes qui manifestaient pendant le fameux « printemps algériens », c’est qu’ils ne manifestaient pas contre la France ou le colonialisme. Ils accusaient leur propre classe politique corrompue, pourtant très anticoloniale.

Comment la France doit-elle se placer géopolitiqument au Moyen-Orient ?

La France doit se placer, sans scrupules, du côté de al-Sissi en Egypte, du côté de Haftar en Libye. Elle doit être en bon termes, bien sûr, avec l’Algérie et les pays du G5 Sahel, ce qui est déjà le cas, pour lutter contre le terrorisme islamiste. L’intérêt de la France est aussi de renforcer son partenariat avec les Emirats Arabes Unis, où nous avons déjà une base. Ils luttent beaucoup contre les Frères Musulmans et n’investissent pas dans l’islamisme chez nous, contrairement au Qatar. Il faut aussi que la France fasse des pressions beaucoup plus fortes sur ce dernier : tant qu’il n’aura pas rompu avec l’islamisme et les Frères Musulmans, il n’est pas acceptable que le Qatar achète tant d’hommes politiques en France et investisse dans tant de mosquées et de lycées islamiques en France.

Inversement, il n’y a aucun scrupule à renouer le régime syrien. Nous avons beaucoup de djihadistes en Syrie, tenus par des Kurdes ou par le régime. Il faudra bien à un moment les juger et les « neutraliser ». Bien que nous en éliminions un certain nombre, d’autres sont détenus et non « neutralisés » comme on dit pompeusement. Il faudra avoir un jour des informations sur ces derniers. Il est complètement stupide de ne compter que sur les Kurdes, qui n’ont pas de frontières et de gouvernement reconnus, et il est absurde que nous soyons obligés de faire livrer les terroristes de Syrie via les Kurdes et nos services au régime irakien pour les juger en Irak. Il est temps de reconnaître le régime Syrien – que nous reconnaissons de facto à l’ONU, et avec qui nous collaborons déjà –, d’arrêter l’hypocrisie, et de débuter une collaboration beaucoup plus ouverte afin de lutter contre l’ennemi qu’est l’islamisme radical.

Il faut aussi se rapprocher de l’Oman, un pays qui lutte naturellement contre l’islamisme et qui entretient des bonnes relations avec tout le monde. C’est un marché et un acteur important au Golfe, qui n’est pas du tout islamiste ou wahhabite. Il faut investir dans ce pays, dans tous les domaines, pour un jour remplacer les dictatures wahhabites par des Etats plus fiables. Il faut coopérer le plus possible avec les pays luttant contre l’islamisme et isoler les pays qui le financent. Il faut enfin exiger du Qatar, de l’Arabie Saoudite, du Koweït, sans rompre avec eux, qu’ils se plient à un certain nombre de règles pour qu’ils luttent contre le terrorisme, de non-reconnaissance du terrorisme et absolument que nous conditionnons un certain nombre d’aides, d’avantages et d’échanges à une plus grande cohérence et à un plus grand respect de nos valeurs. Enfin, il faut interdire à tout pays étranger finançant l’islamisme de gérer des mosquées en France. Il faut interdire toute association islamiste recevant de l’argent et des ordres de la Turquie ou du Qatar, de tous ces pays ayant pignon sur rue dans l’Islam d’Europe et de France, ou recevant des ordres d’eux.

C’est une question cruciale de sécurité nationale : avant même que les Autrichiens ne soient gérés par des populistes, dès 2014, le gouvernement autrichien de centre-droit avait déjà appliqué cela, le seul dans l’Union Européenne, dans le but de créer un Islam autrichien. Le succès de cette entreprise montre bien que ce n’est pas irréalisable. Ce ne sont pas des positions de populistes ou d’islamophobes irréalistes, mais bien des possibilités. Cela déplaît à ceux qui ne croient pas à l’Islam modéré, mais il faut gérer avec le réel. Il existe des millions de Musulmans français, qui resteront durablement des Français, et il faut les intégrer et leur proposer une porte de sortie honorable, c’est-à-dire l’Islam de France, et on ne peut pas bien sûr leur demander d’être tous athées ou de changer de religion. Il faut mettre en avant les patriotes au détriment des islamistes, et tentons de faire en sorte que, pour les prochaines générations, nous influençons les Musulmans dans le sens d’un Islam éclairé. C’est possible, et il existe des imams qui le veulent, mais seulement si nous interdisons toute influence islamiste étrangère ou transnationale.

Pour aller plus loin :

Site officiel d’Alexandre del Valle

Les livres d’Alexandre del Valle

Propos recueillis par Julien Neter et Paul Gallard pour Droite de Demain.

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