(Interview) Bruno Retailleau (LR), « Remettons la France au-dessus de la droite »

Mis en ligne le 01/07/2019.

Bruno Retailleau est Sénateur Les Républicains de la Vendée. Il est Président du groupe LR au Sénat. Il préside également Force Républicaine.  

Vous avez été réélu Président du groupe Les Républicains au Sénat en 2017. En quoi consiste cette fonction ?

Notre groupe Les Républicains est le groupe majoritaire au Sénat. Il compte aujourd’hui 145 sénateurs qui m’ont renouvelé leur confiance en 2017. Ma fonction de Président consiste à être leur porte-voix et à assurer la cohésion de la majorité sénatoriale. Je réunis les sénateurs une fois par semaine lors de la réunion de groupe. Ce rendez-vous permet à chacun de s’exprimer sur un sujet d’actualité politique ou législative. Au-delà de ces rencontres hebdomadaires, je suis en lien constant avec les sénateurs pour échanger sur les textes de loi qui sont discutés dans notre assemblée. Notre attitude à l’égard du gouvernement est claire : quand c’est bon pour le pays, nous disons oui, quand cela ne l’est pas : nous disons non. Nous avons ainsi soutenu le Gouvernement sur la réforme de la SNCF mais nous nous sommes opposés à la loi Asile et Immigration qui ne présente pas de garantie suffisante pour mettre fin au laisser-aller migratoire.

Avec Force Républicaine, l’objectif est-il de porter au sein des Républicains, l’héritage politique de François Fillon ?

J’ai pris les rênes de Force Républicaine au lendemain de la défaite aux élections présidentielles puis législatives. Je ne renierai jamais ni mes convictions ni mes amitiés. Pour autant, j’ai voulu inscrire Force Républicaine dans l’avenir pour en faire un aiguillon de la refondation de la droite à travers notamment le combat des idées. Ce défi, nous l’avons relevé à travers les conventions thématiques que nous organisons et les ateliers civiques que nous avons créés partout en France. Nous avons, par exemple, travaillé des enjeux aussi essentiels que l’islam et la République, l’Europe ou le modèle social français ; à chaque fois nous avons fait des propositions concrètes. Ce point est essentiel parce que ce dont souffre la droite aujourd’hui, c’est d’un déficit de crédibilité. Il faut donc faire la preuve de notre capacité à incarner ou à proposer une autre politique que celle d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen.

Qu’est-ce-que Politeïa, le cycle de formation Force Républicaine ?

Politeïa est un cycle de formation pour les jeunes de moins de 30 ans, adhérents de Force Républicaine ou non, qui souhaitent se former sur des grands sujets de fond. Tous les mois, ils sont invités à participer à des conférences au siège de Force Républicaine. Bérénice Levet et Mathieu Bock-Côté ont animé les deux premiers cycles : ils sont chacun intervenus à trois reprises, la première sur le thème du progressisme et le second sur celui de la nation. Nous devons nous adresser à la jeunesse sans tomber dans le jeunisme mais en prenant les jeunes au sérieux, en leur proposant une exigence. La jeunesse n’est pas un continent à part. Nous avons un devoir à son égard : lui transmettre ce qui dure, toutes ces permanences sans lesquelles il ne peut pas y avoir de vie commune, pour qu’elle puisse à son tour « entreprendre du neuf » pour reprendre la belle expression d’Hannah Arendt.

Vous avez publié Refondation en mars 2019. Quelles sont les grandes bases, qui, selon vous, doivent permettre de « refonder » la droite ?

La droite est plurielle et l’a toujours été. Nous devons aujourd’hui créer les conditions du rassemblement sans renier ce que nous sommes : une droite qui marche sur ses deux jambes, la liberté et l’identité. La liberté parce que ce que nous sommes les champions en Europe des prélèvements obligatoires, des normes et naturellement de la dépense publique. De ce point de vue-là, rien ne change vraiment avec Emmanuel Macron : on annonce une baisse des impôts pour certains ménages en même temps qu’on augmente ceux des entreprises avec la suppression de niches fiscales. Du reste, comment financera-t-on les milliards annoncés par Édouard Philippe ? L’identité ensuite parce que notre pays est considérablement fracturé et qu’il nous faut reconstituer les liens culturels et civiques qui tiennent les Français comme un seul peuple. Défendons vraiment notre laïcité, affirmons clairement le droit du peuple français à se définir, comme à choisir qui il veut ou non accueillir sur son territoire. Ouvrons les yeux : c’est le déni sur toutes ces questions qui créé le repli ; c’est la volonté de ne pas voir qui met en péril la concorde civique entre tous les Français, quelles que soient leurs origines ou leur religion.

On a longtemps dit que la Droite avait abandonné les idées et surtout ses idées. L’objectif de « Droite de Demain » est aussi de replacer les idées au coeur de la vie politique. En quoi assumer, porter et défendre un réel cadre idéologique, est-il vital pour la Droite ?

J’ai écrit Refondation en partant d’un constat : ma famille politique a déserté les idées par réflexe mais aussi par complexe. Par réflexe, la droite est plus naturellement portée aux réalités quand la gauche habite plus facilement le ciel des idées. Le problème c’est que par refus de l’idéologie, la droite s’est empêchée de proposer un idéal autre qu’un simple pragmatisme, c’est-à-dire tout sauf une vision. Par complexe, parce que la droite a vécu sous la domination idéologique de la gauche qui, dès que la droite ambitionnait de pouvoir penser, l’accusait immédiatement d’arrières pensées : sur l’immigration, sur la nation, sur la liberté économique… Nous devons réinvestir le terrain des idées, sortir des querelles de personnalités car les questionnements fondamentaux sont de retour. On le voit à travers les débats sur la démocratie, le peuple ou même l’écologie. Par ailleurs, des enjeux majeurs doivent trouver une réponse à droite. Je pense à l’intelligence artificielle, aux nouveaux rapports de force géoéconomique, à la question de l’accès aux ressources de demain comme les métaux rares… que dit la droite sur tous ces sujets qui engagent notre avenir commun ?

La Refondation de la Droite passera-t-elle par une clarification politique au sein des Républicains ?

Les Républicains sont aujourd’hui considérablement affaiblis. On n’a pas su se réinventer dans les idées comme dans les modes d’engagement. Je n’ai pas voulu me présenter à la présidence des Républicains parce que je ne voulais pas contribuer à une nouvelle guerre des chefs qui aurait porté un coup de grâce à notre famille politique mais aussi parce que je ne sens pas chez Les Républicains aujourd’hui une réelle volonté de tout changer, du sol au plafond. Je pense qu’il y a un espace pour la droite parce qu’une majorité de Français ne se reconnaît pas dans le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Parce qu’en réalité, nos idées sont majoritaires dans ce pays : le goût de la liberté, l’autorité de la République, la fierté française : ces trois exigences qui constituent la droite sont largement partagées. Elles rassemblent d’ailleurs très largement les différentes sensibilités de notre famille politique. Arrêtons les fausses oppositions et hâtons-nous de renouveler en profondeur notre famille politique. C’est dans cet esprit que je veux continuer à agir.

Le profil différent de François-Xavier Bellamy, plus dans les idées, suscite un intérêt particulier. Cela prouve-t-il que la Droite a besoin de renouer avec la réflexion, avec une vision à long terme ?

François-Xavier Bellamy a mené cette ligne avec beaucoup de courage et de sincérité. Il a su rassembler, contrairement à ce que certains disaient. Mais ça n’a pas suffi pour convaincre les Français de redonner leur confiance à la droite. Nous avons un vrai problème de crédibilité parce que nous avons trop souvent déçu. Le seul moyen d’y répondre, c’est d’être constant dans nos convictions et concrets dans nos propositions. Cela prendra du temps mais nous y parviendrons parce que le face-à-face mortifère entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’aboutira qu’à créer plus de déception et plus de division.

Qu’est-ce que selon vous, la droite de demain ?

La droite de demain est une droite qui tient sa ligne mais qui dessine aussi une vision. Remettons la France au-dessus de la droite ! Disons clairement aux Français quelle France nous voulons pour les 20 prochaines années. Cessons de parler de nous-mêmes et parlons à tous les Français !

Propos recueillis par Guillaume Pot pour Droite de Demain

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