La droite a cessé d’être la droite

Mis en ligne le 09/07/2019.

L’élection européenne est un échec cuisant pour la droite Gaulliste. Non seulement les Républicains n’ont acquis que le score de 8,5% (passant derrière les écologistes) mais le parti de Nicolas Dupont-Aignan (DLF) n’a pas non plus séduit les électeurs avec seulement 3% n’obtenant aucun député européen. Pire encore, on ressent une recomposition totale de la sphère politique avec un bipartisme qui semble se dessiner entre le populisme représenté par le Rassemblement National et le semi-progressisme de communication incarné par Emmanuel Macron. La Droite dans tout cela s’est faite grignoter mais cette fois-ci par les deux partis : une branche accusant le parti LR d’être du centre et ne pas mener une politique assez à droite et une autre  plus libérale qui ne se retrouvait pas dans la ligne Laurent Wauquiez. La réalité pourtant c’est que la droite avait enfin réussi un sursaut droitier sous la présidence de Laurent Wauquiez.

Un sursaut tardif bien entendu, il faut laisser du temps pour rétablir la confiance dans une droite qui n’a pas tenu toutes ses promesses. Une droite qui reprend enfin conscience que la réussite était à sa portée. Mais elle a trop délaissé ses thèmes : le libéralisme, le conservatisme, la sécurité et l’immigration. Ce n’est certainement pas en deux mois qu’elle aurait pu effectuer une refonte idéologique. L’erreur fatale de Laurent Wauquiez fut la gestion du cas Calmels. Le président LR fraichement nommé voulut rassembler autour de lui et fit le choix de contenter les libéraux du parti en engageant Calmels. L’entente sera de très courte durée et la bordelaise fut directement renvoyée au placard. Le problème n’est pas le fait en soit de refuser la ligne ultra-libérale de Calmels mais bien de l’engager puis de l’éliminer très rapidement. Le rhodanien s’est alors fait des ennemis au sein du parti. Enfin, il a aggravé cette querelle avec les cadres libéraux du parti qui ont  entériné leur haine à l’encontre de Laurent Wauquiez. Et pourtant sa ligne jugée « conservatrice » est celle de  l’électorat de droite, la victoire du RN en est la preuve. Cependant il faut dépoussiérer ce terme, il ne faut pas entrer dans l’aspect rétrograde mais essayer de mêler le conservatisme avec la modernité, en montrant que ces termes ne sont pas un oxymore.

Le problème, depuis l’ère Nicolas Sarkozy voire Jacques Chirac, est que la droite a cessé d’être la Droite. L’alliance avec le centre pour former l’UMP a envoyé le parti vers un centrisme mou dénué de convictions, qui n’a su tromper l’électeur que très peu de temps. Certaines figures encore en place pour faire de la décoration de vitrine afin de garder nos électeurs de droite telles que Guaino, Fillon, Ciotti ou Wauquiez étaient mises en avant. Cependant ce décalage entre l’élite dirigeante et l’électorat a terminé de lasser nos électeurs fidèles, pourtant restés nombreux derrière un François Fillon écorché par les affaires. Nous voulions gratter des voix aux centristes avec Hervé Morin, ce fut un échec. Nous voulions gratter des voix au rassemblement national en attaquant marine le Pen, ce fut un échec.

Le RN profite de cette faille pour nous affaiblir encore plus et devenir la principale force politique à droite. Le parti des Le Pen est un caméléon de la politique dont le programme et l’idéologie s’adaptent au fil de l’actualité et du contexte. Le meilleur exemple reste celui de l’Euro : Marine Le Pen voulait en sortir pas plus loin que l’année dernière puis lorsque l’élection européenne apparait elle souhaite désormais réformer de l’intérieur. Une mascarade qui pourtant a fonctionné la rendant moins extrême pour les électeurs de la droite traditionnelle. Je ne pense en effet pas que le RN soit de droite mais qu’il profite abondamment de l’espace qui lui est laissé. Je prends ici du recul, sur ce point, avec l’analyse de Charles Pasqua sur le FN. Les sujets repris sont les nôtres.

 François-Xavier Bellamy était un choix audacieux et réussit. Un jeune dynamique, non politico-politicien et portant des convictions affirmées fortes. Il a magistralement déjoué l’acharnement médiatique de sa nomination pour devenir une vraie bête de plateau TV. Un ovni qui n’a pas suffit à déclencher l’enthousiasme, on ne peut encore une fois réveiller un électorat en deux mois surtout quand il nous a tourné le dos. Malgré l’échec François-Xavier Bellamy a plu et au-delà de notre parti ce qui tend à montrer que la perspective d’une droite victorieuse se place sur la lignée RPR ou droite conservatrice. Il a réussi à créer un engouement incroyable de la jeunesse autour de lui, une jeunesse présente à chaque rassemblement, sur les réseaux sociaux…

L’avenir de la droite passera par cette jeunesse qu’il faudra contenter et visiblement elle veut une droite qui s’assume et non un centre droit mou.

Paul Gallard

1 Comment

  1. Bonjour Paul,

    Votre tribune est intéressante et dresse un triste constat. Néanmoins la question qui se pose désormais est: Est-on de droite ou à droite?

    La Droite a commencé à se dérégler à partir de l’élection de François Mitterrand, en 1988, ou effectivement la droite c’est attribuée le rôle de pure négation de la gauche.
    Elle c’est accrochée sur des positions dogmatiques tout en courant derrière deux lièvres à la fois. Le premier lagomorphe étant le P.S par peur d’être suranné sur le domaine social et le deuxième gibier étant le F.N par crainte de se démunir d’une « identité » qu’elle n’a jamais su réellement déterminée et qui a profité sans commune mesure à ce partie d’extrême droite. Mais aussi, parce que notre société a trop souvent pratiqué une forme de confusion sur les droits de l’Homme et du citoyen.

    En effet, les droits de l’Homme et du citoyen ne sont pas forcément les mêmes droits. Nous avons des libertés fondamentales qui sont liées sur le fait que nous naissons homme et qu’en tant qu’homme nous avons une sensibilité et une liberté qui doivent être respectées. Ces droits et ces libertés sont à chaque êtres humains.
    Puis, on a les droits du citoyen, celui de voter, celui de participer à une communauté politique.
    Les droits de l’Homme passe avant l’identité car l’identité ne conditionne pas ces droits. En revanche l’identité pose ce qu’ est la communauté politique et qu’à partir de là, les droits du citoyen sont conditionnés à cette communauté politique. Donc, à une forme d’identité qui n’est pas nécessairement une identité ethnique ou religieuse mais simplement l’appartenance à cette communauté politique. C’est sur cette nuance là que la droite doit travailler dans une perspective de citoyenneté pour pouvoir rassembler.

    Lorsque je me suis engagé politiquement au sein des L.R en tant que nouvel adhérent du comité de la 7ème circonscription des alpes-maritimes, je pensai pouvoir exposer mes idées, en parler, en débattre, écouter celles des autres membres au sein de réunion entre adhérents et cadres.
    Je pensai voir des jeunes républicains participer à ce type de rencontre pour nourrir le débat avec leurs visions et leurs curiosités.
    Peut-être suis-je trop idéaliste voire naïf. Alors j’ai commencé à vouloir contribuer à donner des idées sur des plates-formes sans jamais rien en retour. Je n’attends pas une forme de reconnaissance et ne dis pas que mes idées sont les meilleures au monde mais je trouve cela dommage de ne pas avoir de fil conducteur à ce niveau, c’est peut-être là, un des gros points faibles de notre parti.
    Y a t-Il une peur d’une possible « élite citoyenne » de la part des anciens alors que le sang neuf est une garantie pérenne ?
    Quelle lecture laisse-t-on aux jeunes qui désirent s’engager ?
    Toutes ces interrogations et bien d’autres encore doivent trouver des réponses pour que l’on puisse construire un parti fier de ses idées et solide.

    C’est sur cette idée que notre parti doit être plus à l’écoute et permettre le débat interne. C’est une vieille machine qui a besoin de se moderniser. Nous sommes à un un point clé de notre existence et de notre différence, et j’ai grande confiance en la droite d’aujourd’hui car elle dispose de talents, d’idées et de jeunes impliqués comme vous.Le social n’est pas l’apanage des socialistes et le conservatisme doit être en harmonie avec notre temporalité. Le gaullisme, quant à lui si souvent utilisé, dépasse les clivages et reste plus qu’une pensée politique mais une vertu politique.

    La droite peut réussir à guérir cette crise de citoyenneté. Comme le disait si bien Albert Camus: « Il faut guérir nos cœurs empoisonnés » qui est tout l’enjeu de demain. Nous avons le devoir d’y arriver pour les générations futures.

    Bien à vous.

    André Missonnier

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