(Interview) Constance Le Grip (LR), « La droite de demain est fière de ses racines »

Ancienne députée européenne, Constance Le Grip est aujourd'hui députée Les Républicains des Hauts-de-Seine. 

Bonjour Madame Le Grip, vous travailliez dans des cabinets politiques, vous avez été députée au parlement européenn et vous êtes actuellement députée à l’Assemblée Nationale. Quel mandat permet d’agir concrètement sur la vie politique des Français ?

Agir très concrètement est souvent connecté avec l’exercice d’un mandat local. Sur votre liste de présentation, vous avez omis ma qualité de Conseillère Municipale à Neuilly-sur-Seine de 2001 à 2008. C’est certainement là – même si je n’étais qu’une modeste conseillère municipale dans l’exercice de ce mandat local – que j’ai eu le sentiment d’être en capacité d’agir en force de soutien ou en coopération avec celles et ceux comme les maires, les adjoints au maire qui sont concrètement au service de leurs administrés. Les autres fonctions exercées, toutes aussi passionnantes les unes que les autres, ou encore celle que j’exerce encore (c’est un grand honneur d’être députée de la Nation depuis 2 ans) ne sont pas forcement des mandats dans lesquels on a l’impression d’être dans l’action de terrain. Cela ne veut en aucun cas dire que je leur enlève de l’intensité. Le mandat de parlementaire national est incontestablement très connecté aux préoccupations, aux inquiétudes, aux espérances, aux espoirs, aux problématiques quotidiennes de nos compatriotes. Cette dimension de forte proximité, à défaut d’être dans le concret, se retrouve dans l’exercice d’un mandat où l’on doit être proche de sa circonscription permettant ainsi d’être au contact de ses concitoyens. C’est cet aspect qui le différencie du mandat de député européen ou d’autres fonctions que j’ai eu la chance d’exercer notamment dans les cabinets ministériels ou dans le cabinet de la présidence de la République.

En tant qu’ancienne députée européenne (sept années de mandat) mais aussi membre de la commission des affaires européennes à l’Assemblée Nationale, comment interprétez-vous les nominations de Van Den Leyen et Christine Lagarde ?

Ursula Van Der Leyen est actuellement ministre de la Défense en Allemagne. Sa candidature comme possible présidente de la commission européenne a été proposée par les dirigeant européens lors du Conseil Européen. Quant à Christine Lagarde son nom est fléché pour devenir la future Présidente de la BCE. Je me permets de préciser ces procédures là, car s’agissant du devenir politique immédiat de Madame Van Der Leyen, il y a une étape absolument essentielle qui revêt une densité politique réelle, qui est un vote majoritaire du Parlement Européen. Ce ne sont pas les chefs de gouvernement qui investissent et imposent le Président de la Comission européenne, il y a un système de vote de confiance pour le Président par l’ensemble des parlementaires (qui le 4 juillet a clôturé sa session inaugurale). Pour Madame Lagarde qui est une femme remarquable, elle a l’habitude de briser le plafond de verre dans sa vie politique et professionnelle. Ici les choses sont plus simples car elle fait quasiment l’unanimité. Moi je me félicite de ces nominations. Dans un premier temps, on peut dire que sur les quatre choix opérés, les deux personnalités féminines sont déjà un gage de parité ce qui va dans un sens que je juge souhaitable. Des femmes à des postes de haute responsabilité, cela renvoie un message à nos compatriotes européens – qu’ils soient femmes ou hommes – que tout est possible pour une femme sur la terre d’Europe dans tous les domaines, et donc qu’il n’y a pas de raisons de s’autocensurer, de ne pas avoir confiance en soi quand on est une jeune fille. Cela renvoie aussi un message au reste du monde que l’Europe est la région du monde où la cause des femmes ainsi que la parité sont promues. Je vois donc ces femmes d’un regard bienveillant et attentif. Madame Van Der Leyen doit donc montrer qu’elle a la capacité de rassembler sur son nom une vraie majorité parlementaire et politique au Parlement. C’est un test qu’elle doit passer.

Quelle doit-être dans les grandes lignes, la vision de la droite pour l’Europe ?

La vision développée tout au long de la campagne électorale, même si cette vision n’a malheureusement pas suscité une ferveur dans les urnes, était bonne. Celle d’une Europe qui est décidée à s’assumer comme une puissance politique, économique, commerciale, stratégique, d’une Europe qui prenne les mesures qui conviennent pour défendre l’intérêt de ses citoyens, de ses agriculteurs, de ses industriels et qui se donne tous les moyens dont elle peut disposer pour être cet acteur à part entière sur la scène internationale. C’est la vision d’une Europe puissance. Il faut aussi que cette Europe sache d’où elle vient. On est au-delà des étiquettes politiques, des formules à l’ancienne issue du XIX/XXème siècle : fédéraliste, con-fédéraliste, pour l’Europe des nations, être souverainiste, pas souverainiste etc… Il faut développer une capacité à faire exercer une puissance européenne en ajustant ses instances.

En parlant de vision, et c’est le but de notre démarche, où en est la réflexion à droite ? Vous êtes associée avec le « Rendez-vous des idées »q ui est une franche réussite. Vous y êtes avec Guillaume Larrivé dans l’objectif de mener une réflexion sur la droite. Pensez-vous que la droite doit avoir besoin d’une réelle réflexion sur elle-même afin de savoir où elle va ?

C’est évident, la réflexion sur ce que nous sommes, sur ce que nous voulons être mais aussi sur ce que nous voulons incarner comme message auprès de nos compatriotes ne fait que commencer. Le Rendez-vous des idées initié par Larrivé a permis d’ouvrir les portes et fenêtres des Républicains. À ceux qui sont venus, l’opportunité de rencontrer des intellectuels qui n’ont pas hésité à répondre à cette sollicitation pour venir partager leurs visions, présenter leurs œuvres et proposer des pistes de réflexions. Nous avons encore un long chemin à parcourir dans cette réflexion mais c’est évident que les idées sont plus que nécessaires pour mener le combat politique. Toutes les bonnes volontés qui voudront participer à cette réflexion de fond sont les bienvenues.

Vous parlez de bonnes volontés, comment comptez-vous lier la jeunesse à cette réflexion ? 

La jeunesse est bien évidemment concernée par la réflexion sur le projet parce que le rôle d’une famille politique est de préparer l’avenir, de préparer aussi l’alternance et donc de travailler pour les nouvelles générations. Une réflexion sur la « droite de demain » doit se mener de manière intergénérationnelle sans oublier les jeunes filles et jeunes garçons, les jeunes trentenaires et aussi les quadragénaires. Notre famille politique n’a pas toujours su leur apporter satisfaction. Je sais bien que c’est difficile car il s’agit souvent de tranches de vie dans lesquelles ont s’investit à fond dans son parcours de formation mais aussi dans le démarrage de la vie active. C’est un réel défi pour ces générationsde consacrer du temps à cette réflexion. Malgré cela, j’espère que dans les semaines et mois à venir nos jeunes militants seront une réelle force de propositions. On voit des initiatives qui commencent à fleurir, mes jeunes collègues à l’Assemblée Nationale par exemple ont formé un comité du renouvellement pour réfléchir sur différentes thématiques pour amener des idées nouvelles dont l’objectif est de dépoussiérer le campus idéologique de la droite républicaine. Jean Léonetti notre président par intérim organise aussi avec toutes les fédérations, un travail de fond avec la charte des valeurs sur ce que nous sommes, les valeurs que nous défendons. Ce débat doit avoir lieu de la manière la plus intense possible. Sur tout le territoire, il faut que les jeunes y apportent leurs contributions. Il ne faut pas que les aînés que nous sommes fassent ou proposent quelque chose aux jeunes mais bien que les jeunes prennent la place et qu’ils se fassent enfin entendre.

A travers les débats avec la jeunesse de droite, on constate qu’il y a un complexe pour aborder et imprégner certains sujets, notamment ceux de la culture. Vous êtes Vice-Présidente de la Commission de la Culture à l’Assemblée Nationale, n’est-ce pas le bon moment pour s’emparer de ces questions et de proposer une vision culturelle de la droite ?

C’est tout à fait le moment, vous avez parfaitement raison, nous sommes plusieurs à travailler depuis deux ans ( dans cette commission des affaires culturelles), sur différents projets de lois qui nous sont soumis. Il est temps maintenant de lever le nez du guidon, notamment à nous, députés membre de la commission des affaires culturelles et par delà le travail parlementaire, réfléchir à la vision culturelle que nous voulons pour notre pays. Notre vision culturelle doit se différencier de celle portée par la gauche, différente aussi de celle portée par la majorité. Elle doit être la vision d’une culture qui mette en avant la transmission du patrimoine et cela doit donc amener à déployer des moyens afin de préserver l’exceptionnel patrimoine culturel dont dispose notre pays. Cela veut dire aussi une politique culturelle qui soit décentralisée, très à l’écoute des besoins des territoires. Peut-être qu’il y a eu pendant longtemps une vision parisienne de la culture et nous Les Républicains, voulons profiter de notre atout d’être implantés dans les territoires . Il nous faut donc une vision extrêmement territorialisée, déployée dans cette diversité culturelle de nos provinces riches de cette diversité culturelle. Il faut également une vision plus offensive sur le plan européen lié à ce que nous avons en commu, au niveau européen : cette civilisation et donc nos valeurs communes. Il faut qu’elle soit mieux défendue, et surtout à notre époque caractérisé par l’évolution numérique qui bouleverse les équilibres et peut mettre en danger les valeurs culturelles.

Pour vous, qu’est-ce que la droite de demain ?

La droite de demain est celle qui a fait l’effort de réfléchir sur ses valeurs, qui a fait l’effort de savoir ce qui a pu faire sa force dans le passé, qui a cherché dans son passé les moments où elle a pu être utile. Cela doit passer par une connaissance de son passé, de ses racines, ses origines et à partir de cette connaissance, elle doit se projeter dans la construction de son avenir. C’est une filiation que la droite de demain doit construire avec l’idée de promouvoir la transmission car sans transmission il ne peut y avoir de bonnes bases pour la construction de cet avenir. Sans connaître hier, la droite ne peut préparer demain. La droite de demain est fière de ses valeurs, fière de ses racines et audacieuse afin de penser l’avenir.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de Demain

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