(Interview) Eddie Puyjalon (CPNT), « Le CETA (…) est un sabordage du monde paysan »

Mis en ligne le 23/07/2019.

Eddie Puyjalon est le Président du parti Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT). Il est également membre du bureau politique des Républicains et conseiller régional de la Nouvelle Aquitaine. 

Bonjour Eddie Puyjalon, vous êtes le président du parti CPNT (Chasse Pêche Nature Traditions). Quelle est sa base idéologique ? 

CPNT est un Mouvement politique qui jusqu’au second tour de la présidentielle de 2007 était ni de droite ni de gauche puis s’est clairement positionné à droite en appelant à soutenir Nicolas Sarkozy après un accord passé avec Alain Juppé. Depuis CPNT a passé un accord de partenariat avec l’UMP puis LR. CPNT est un Mouvement défense du monde rural qui s’inscrit dans les valeurs du Gaullisme.

Votre parti est régulièrement classé comme « extrême-conservateur ». Est-ce vrai ?

CPNT porte en lui une part de conservatisme, par son attachement aux racines françaises et à ses traditions. Un peuple qui perd ses racines est un peuple qui se meurt… Pour autant, CPNT n’est pas extrême-conservateur ! Nos valeurs rurales et gaullistes s’inscrivent avec humanisme…

La notion de tradition est-elle forcément liée au conservatisme ? Quelle place doit-elle prendre dans notre réflexion sur l’avenir de la droite ?

Certes, défendre les traditions peut s’apparenter à une forme de conservatisme, mais assurer la transmission de l’histoire d’un peuple, des particularismes de ses régions, tauromachie…  au travers de ses traditions c’est donner la capacité aux jeunes générations de connaître son histoire pour mieux construire son avenir, comme par le respect des cloches qui sonnent, le chant du coq dans nos campagnes… Construire la ruralité de demain en harmonie avec toutes les composantes de la ruralité doit être le nouveau défi des ruraux pour transmettre notre mode de vie aux nouvelles populations rurales..  

Vous avez déclaré être favorable à une « écologie de droite », qu’est-ce qui vous différencie de l’écologie dite « de gauche » ?

L’écologie de gauche, c’est celle d’EELV et son origine dans la gauche plurielle du gouvernement Jospin. C’est l’image de l’écologie dogmatique, inefficace, voire paillette de De Rugy ou de Jean-Vincent  Placé, dogmatique avec Dominique Voynet, gauchisante avec Cécile Duflot. L’écologie de droite doit replacer l’homme au cœur de la politique environnementale en articulant de façon équilibrée son programme entre l’environnement, le social et l’économie… Le vrai développement durable avec l’homme au centre de ces politiques. Une écologie de DROITE n’est pas punitive, mais constructive afin que le citoyen ne soit pas systématiquement un contributeur fiscal tout en étant un taiseux pour ses territoires.

François-Xavier Bellamy avait notamment mis en avant, durant la campagne des Européennes, le sujet de la défense des agriculteurs/éleveurs avec le concept de « barrière écologique ». CNPT était-il d’accord avec lui ?

CPNT ne pouvait qu’être d’accord, car aux élections européennes de 2009 nous portions déjà avec Libertas et Philippe de Villiers ce point dans notre programme européen. Interdire le dumping social, sanitaire et environnemental qui introduit une concurrence déloyale dangereuse pour le maintien de nos agriculteurs et pour les consommateurs !

Ce besoin de faire émerger des nouveaux concepts souvent délaissés comme l’écologie montre-t-il la difficulté de réflexion qu’a pu éprouver la droite ?

L’écologie peut-être perçue comme un sujet clivant et la droite a peut-être réduit son champ de propositions en pensant qu’elle pourrait faire le grand écart entre les consommateurs et les agriculteurs.. Sans jamais se positionner clairement sur des sujets très clivants, l’ours, les loups, les pesticides, les circuits courts, elle a perdu une part de crédibilité dans son électorat sur ces points précis. Les agriculteurs, les éleveurs ont besoin d’être défendus ! Les vendeurs de marchés, les filières agricoles ont besoin de visibilité et de se sentir soutenus.

On voit apparaître des propositions favorisant les circuits courts, le contact direct avec le consommateur, des manifestations contre la désertification (sujet dénoncé par Julien Aubert ces jours-ci). Est-ce pour vous une preuve de l’intérêt des Français pour les questions rurales ?

Oui, l’impact des reportages médiatiques sur l’agriculture, les différents scandales sanitaires et l’inquiétude sur les maladies chroniques ou le cancer sensibilisent les Français sur cette question de la ruralité, des produits de qualité et de l’environnement. Il y a de la place en France pour l’agriculture de proximité, celle de la qualité et des circuits courts  et celle exportatrice qui pèse fortement sur notre économie . Là, je suis bien placé pour parler de la filière vin et spiritueux, du cognac et des vins de bordeaux par exemple. A privilégier une agriculture bio peu soutenable sur certaines parcelles, nous y préférons une agriculture raisonnée qui prend en compte une sécurité alimentaire et un véritable savoir-faire gage de qualité et de proximité, et moins coûteuse pour le consommateur.

De quelle manière la droite de demain doit-elle prendre en compte les besoins de la ruralité ?

Elle devra descendre au plus près des filières, des élus, des habitants, des consommateurs en ayant un discours de vérité, scientifiquement prouvé et s’inscrire dans la défense d’un modèle de développement rural. Il faut un aménagement du territoire équitable, une agriculture et une sylviculture durable, de qualité, mais aussi équilibré avec l’agriculture exportatrice et celle en circuit court. La perte des services publics, les moyens de transport discriminatoires à l’exemple du diesel et bien d’autres sujets qui placent les ruraux comme des habitants de seconde zone, mais qui pour autant payent les mêmes impôts ! Il faudra réinstaurer un plan de développement de la ruralité, protéger les activités rurales, les us et coutumes et imposer l’équilibre d’investissement, avec le « un euro investi en ville égale un euro investi dans la ruralité ». Il n’y a pas une Ruralité, mais des Ruralités. On ne peut pas faire de parallèle entre des territoires ruraux à proximité immédiate d’une grande ville et des territoires ruraux loin de tout. Les priorités ne sont pas les mêmes ni les besoins par ailleurs. Nous nous devons de répondre déjà comme ce fut le cas il n’y a pas si longtemps avec l’avènement de l’électricité et de l’eau courante par le défi du XXIème siècle d’avoir un accès pour TOUS avec une qualité irréprochable au haut débit, et ceci afin de désenclaver et de permettre l’installation d’entreprises garantes des maintiens des services publics indispensables au développement de nos territoires ruraux, il faut une France rurale qui avance et non plus des territoires ruraux qui reculent.

Lors d’une assemblée, avec CPNT, vous vous êtes opposés à l’éolien, pourquoi cette prise de position ? La droite écologique doit-elle mettre de côté les énergies renouvelables ?

Oui, la droite doit-être pragmatique, sérieuse sur la gestion des deniers publics. Aujourd’hui, certaines énergies renouvelables ne sont pas des énergies appropriées à notre pays. La aussi, le pragmatisme et le bon sens invite à se concentrer sur le nucléaire, sur l’évolution du traitement des déchets, sur les économies d’énergies, l’hydroélectrique, le thermique solaire et les pompes à chaleur par exemple. Les sommes englouties dans l’éolien et le photovoltaïque dépassent tout entendement. Elles vont aggraver lourdement le déficit budgétaire et augmenter de surcroît la facture énergétique des Français. Il faut cesser d’avoir peur du nucléaire en France quand près de 72% de notre électricité en dépend et que nous sommes passés maîtres dans cette technologie sans avoir rencontré à ce jour de catastrophes. Le nucléaire nous garantit une indépendance de production énergétique, mais aussi elle nous permet également de revendre à des pays européens notre surplus de production faisant de notre technologie avec les USA les deux seuls pays au monde capables de répondre à la demande, sachant que notre consommation tend vers une consommation qui progresse d’année en année.

On connaît votre attachement à la défense de l’environnement, comment y parvenir ?

Il faut s’appuyer sur le consensus scientifique, introduire des actions de correction des pollutions à l’image des stations d’épuration qui laissent les perturbateurs endocriniens polluer nos milieux aquatiques. Redonner du sens à l’action de l’homme dans la nature à l’image de la plus-value qu’apporte l’élevage dans les milieux avec la biodiversité et le captage du carbone. La droite doit rétablir des vérités et ne pas sombrer dans le catastrophisme ambiant, mais en apportant des éléments de réponse et de vérité.

Quel est votre avis sur les traités de libre-échange (Mercosur / CETA) ? Quelles sont les conséquences sur la ruralité ?

L’accord commercial du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) et du CETA c’est le sabordage par traîtrise du monde paysan européen ! On continue à organiser la mort du monde agricole dans de nombreux territoires de France avec une concurrence déloyale, une violation du droit social, environnemental et sanitaire. Il est hors de question d’accepter que nos agriculteurs risquent de faire faillite et que les Français soient obligés de manger des produits traités par des produits chimiques ne respectant en rien les normes européennes. Terminées l’exception française et la fierté d’une gastronomie exceptionnelle, d’un mode de vie qui ne s’imbrique pas dans le logiciel mondialiste des grands financiers de la planète. Le Mouvement de la Ruralité CPNT est résolument contre ces accords commerciaux où le monde rural, ses agriculteurs, ses éleveurs, et les Français ont tout à perdre ! Nous n’oublions pas à CPNT que le monde paysan a grandement permis à la France à la sortie de la guerre de redevenir une grande nation. Nous n’avons pas le droit moral d’abandonner nos paysans ! Pour cela il faut développer les circuits courts, allouer une TVA avantageuse afin que les productions locales puissent faire face à la grande distribution en ouvrant aussi ces productions locales aux marchés publics et que chaque citoyen puisse avoir accès à des produits sains.

Pour vous, qu’est-ce que la droite de demain ?

Une droite qui démontre par son travail et son programme toute sa capacité à répondre au défi d’aujourd’hui et de demain dans toutes les composantes sociétales et environnementales. Une droite qui remet au goût du jour le gaullisme avec une politique juste et adaptée à la situation. Qui sera ferme sur les dérives sécuritaires et identitaires. Une droite qui saura répondre au besoin du monde de la santé, de l’emploi et qui replacera l’exemplarité au cœur de sa propre politique et de ses représentants. Redonner du sens à l’engagement, à la valeur travail, aux droits et aux devoirs.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de Demain.

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