(Tribune) Christelle D’Intorni, « Dans les petites communes rurales, le Maire est livré à lui-même »

Si je devais résumer en une phrase la fonction de Maire, je choisirais celle du Général de Gaulle : «  la difficulté attire l’homme de caractère car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui même ». 

Lorsque j’ai décidé de me lancer à la conquête de la Mairie de Rimplas j’étais loin d’imaginer qu’endosser cette fonction serait à la fois si difficile, si contraignant, mais aussi paradoxalement si enrichissant. Force est de constater que tous les mandats de Maire ne se ressemblent pas, certains sont plus confortables que d’autres, je pense notamment aux maires des grandes villes qui sont entourés, voire très entourés. Un directeur de cabinet, un chef de cabinet, un cabinet composé de dizaines de membres, de services administratifs, techniques et juridiques, sans oublier des moyens financiers importants…

Dans ces communes, le rôle du Maire consiste avant tout à impulser, trancher et surtout communiquer. Attention, à ne pas déformer mes propos. Cela reste un très beau mandat. C’est simplement un autre mandat, une autre manière d’exercer. Mais c’est à 1000 lieues de la fonction de Maire telle que je la vis, telle que la majorité des maires des petites communes rurales la vivent dans notre Pays.

Dans ces petits villages comme le mien, perchés à 1000 mètres d’altitude, embrasser la fonction de Maire c’est endosser le rôle de 1er Magistrat de la commune, celui de DGS, Directeur technique, directeur administratif, conseiller juridique, assistante sociale, VRP de la commune, chef de chantier… C’est un véritable sacerdoce. Pourquoi ? Parce que dans les petites communes rurales, le Maire est livré à lui-même. Le Maire est seul. Très seul. Terriblement seul. Oui, les budgets de nos communes ne nous permettent pas d’employer des agents pour nous épauler, pour nous accompagner.

Alors au diable le confort et place à l’efficacité, à l’effort, à l’investissement personnel illimité. Il faut bien se rendre compte des choses : dans nos petits villages, lorsque le lampadaire tombe en panne, c’est le Maire qu’on appelle. Lorsqu’il y a un décès, toujours le Maire, un chien errant… le Maire, une question d’urbanisme…. Encore le Maire, un problème de réseau téléphonique, une question sur un appel d’offre, un mariage, un trou sur la chaussée, une fuite sur les réseaux, une demande de soutien pour une place en crèche ou à l’école…. : la réponse est toujours la même… Le Maire, le Maire, le Maire….matin, midi, soir, y compris la nuit.

Oui je le confirme, être Maire d’une petite commune c’est difficile et compliqué…. Il faut avoir conscience qu’il n’y a aucune école « municipale », il n’y a pas de formation pour les « primo-élus ».

Rien de tout cela… et pourtant nous engageons quotidiennement notre responsabilité pénale et civile. Les normes sont de plus en plus nombreuses, les règlementations de plus en plus complexes et changeantes… L’administration qui devrait nous accompagner et nous aider n’est au final qu’une strate infernale et tatillonne qui bien loin de nous aider ne fait qu’exiger. A ces difficultés administratives il faut rajouter les tensions et les rapports de forces avec les élus qui se pensent puissants et qui dirigent nos intercommunalités ou nos métropoles.

Il faut bien garder à l’esprit que les compétences des Maires s’étiolent de jour en jour. Ces compétences sont transférées par l’effet de la loi à des grandes Intercommunalités ou EPCI. Nous autres maires de petites communes, perdons petit à petit la main sur la gestion quotidienne de nos collectivités. Est ce pour autant qu’il faut se résigner et dire amen à tout ? J’en doute. Alors effectivement et je parle en connaissance de cause, les tensions sont importantes, très importantes, les pressions sont fortes, très fortes lorsque l’on a un tant soit peu de caractère et des convictions, lorsque l’on ose exprimer son avis et défendre ses administrés.

C’est pourtant pour cela que nous avons été élus non ? Nous avons pris des engagements devant nos administrés, porté des projets, une politique fiscale… N’est ce pas le propre de notre démocratie représentative que de défendre ceux qui nous ont fait confiance, ceux qui nous ont élus ? Les temps ont changé, il faut se battre pour faire survivre nos communes et c’est un combat quotidien dans les arènes que sont les hémicycles.

Il faut bien avoir conscience qu’avec ces grandes intercommunalités, le plus petit des maires du plus petit des villages fait désormais de la politique. Attention, il ne faut pas noircir le tableau, être Maire, c’est aussi et surtout un véritable accomplissement. Même en réfléchissant bien, j’ai du mal à décrire le bonheur qui envahit un élu lorsque l’un de ses projets se concrétise.Lorsque les difficultés techniques, administratives et financières sont derrière nous et que l’heure est à l’inauguration.

C’est un mélange d’excitation, de joie, de bonheur et d’appréhension. Faire revivre un petit village, réhabiliter son patrimoine, le redynamiser, tout est important dans une petite commune et chaque décision sera perceptible et visible par tous durant de nombreuses décennies.

Chacun de nos choix laissera une emprunte indélébile dans la mémoire collective. Lorsque l’on rénove une chapelle c’est pour les 100 prochaines années, nos enfants et nos petits enfants jugeront encore ces réalisations et parleront de nous. C’est une pression folle qui pèse sur nos épaules, mais c’est aussi une incroyable satisfaction que de concrétiser nos projets et nos engagements de campagne pour préserver ces petits écrins que sont nos villages.

Certes, le mandat de Maire perd de sa valeur au fil du temps qui passe. Certains oeuvrent pour qu’il disparaisse au profit des Métropoles, c’est ce que l’on appelle communément «  le fait métropolitain ». Je trouve cela consternant de renier 200 ans d’histoire. Personnellement je me battrai pour que ce lien de proximité unique avec nos administrés perdure à jamais.

L’histoire jugera. En attendant, même en sursis les Maires sont mis à l’épreuve quotidiennement car nos administrés comptent sur nous…

Et ils ont bien raison de le faire !

Christelle d’Intorni

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