(Interview) Bertrand Soubelet (Objectif France) « La conduite des affaires publiques doit être marquée par la clarté »

Bonjour Monsieur Soubelet, vous êtes surnommé « Général courage », un symbole du réveil Français sur les problèmes liés à la Sécurité, pouvez-vous nous en dire un petit peu plus sur votre parcours et les raisons de votre engagement chez Objectif France ?

Général Courage est une référence à l’audition par une mission d’information parlementaire à l’Assemblée Nationale en décembre 2013 où j’ai dressé le bilan de la sécurité dans notre pays. Ce constat sans concession mais neutre et argumenté, visionné plus d’un million de fois sur internet,  a provoqué  une tempête médiatique qui a fini par me couter mon poste de directeur des opérations de la gendarmerie en 2014. Et en effet j’ai reçu un soutien massif des Français qui s’est traduit notamment par ce surnom. Devant la représentation nationale il n’est pas concevable de dire autre chose que la vérité.

Mais avant d’assumer ces responsabilités nationales j’ai pendant trente ans enchainé les postes de terrain au niveau local, départemental puis régional en étant confronté à la réalité et aux difficultés de ce métier qui consiste à faire respecter la règle dans un contexte où tous les standards se relâchent et l’acceptation de l’autorité est très difficile sauf lorsqu’à titre individuel on en a besoin. Je suis un pur produit de ce que notre pays sait faire de ceux qui le servent loyalement. Mais j’ai constaté tout au long de mon parcours, chez les responsables politiques, le décalage entre ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent et ce qu’ils font.

Or à mon sens il doit y avoir la plus grande cohérence possible entre la pensée les paroles et les actes sinon on fabrique un monde virtuel, on vit dans le mensonge ou les faux semblants. La conduite des affaires publiques doit être marquée par la clarté, l’honnêteté et le souci permanent du bien commun. Cette conception de la vie publique demande de la lucidité et du courage que je n’ai trouvées dans aucune formation politique. Toutes ont perdu leur crédit auprès des Français car elles ne luttent depuis des années que pour leur propre survie.

Voilà les raisons pour lesquelles j’ai rejoint Objectif France.

« Les coupables sont mieux considérés que les victimes », c’est une phrase choc qui pourtant sonne terriblement vraie, les Français se détachent de la justice qu’ils ne trouvent pas à la hauteur. Mais comment la France a pu en arriver à ce point ?

Tout simplement parce que la France s’est enfoncée lentement et de manière imperceptible dans une vision sociétale influencée par des modes de pensée permissifs en renonçant à l’essentiel : un projet d’avenir solide et audacieux fondé sur nos racines dans lequel nous ne devons jamais renoncer à l’ordre et à l’autorité. Je ne parle pas de violence ou de brutalité mais d’une grande fermeté bienveillante qui permet de remettre sur les rails, parfois avec sévérité, ceux qui ont pris un mauvais aiguillage.

L’emploi de ces deux termes : autorité et sévérité auraient soulevé un tollé il y a dix ans…La justice s’inscrit dans ce contexte général. Trop longtemps politisés beaucoup de magistrats ont rendu la justice en fonction de leurs propres opinions philosophiques au nom de leur indépendance. Contre sens magistral sur cette notion d’indépendance !

Objectivement il faut admettre que la Justice a été longtemps maintenue dans un état de pauvreté budgétaire et de dénuement qui peuvent expliquer la distance des magistrats par rapport au pouvoir politique.

En grande majorité les magistrats font leur travail du mieux possible mais concrétement  quand vous n’avez pas de moyens, pas de greffiers, que vous perdez votre temps avec des taches qui devraient être faites par d’autres qui n’existent plus, que vous jugez un individu passible de peine de prison et qu’il n’y a pas de place dans les établissements pénitentiaires vous faites quoi ?

Vous prenez la moins mauvaise solution possible mais cette situation a trois conséquences :

– la loi ne peut pas être correctement appliquée

– L’auteur a un sentiment d’impunité surtout si c’est un récidiviste

– Les victimes et les citoyens d’une manière générale ont le sentiment d’être ignorés et déconsidérés.

Cela donne la situation de défiance dans laquelle nous sommes aujourd’hui et nous avons deux chantiers majeurs que notre pays ne doit pas rater.

 Celui de la construction d’établissements pénaux de réinsertion qui sont des structures légères pour des primo-condamnés sans dangerosité et des condamnés en fin de peine. Cela représente 30 % de la population carcérale. Et surtout celui du changement de conception de la peine. La prison doit être réservée à des condamnés dangereux et devenir une peine secondaire pour plus de la moitié des délits. La peine principale doit désormais être la saisie, la confiscation des biens et la condamnation financière.

Ces deux changements majeurs permettront une meilleure effectivité de la peine, des économies très substantielles en termes financiers et une plus grande exemplarité en raison des consequences personnelles d’une condamnation.

Est-ce qu’on peut considérer que ce manque de moyens est la cause de l’échec de l’état dans certaines zones (ZAD/Banlieue) ? Comment y remédier ?

Le manque de moyens ne peut jamais être la cause de l’échec d’une politique de l’État. L’échec est toujours la résultante soit de mauvaix choix soit du manque de volonté et de l’absence de décision. C’est toujours le courage et la détermination qui font la différence. A partir du moment où la décision est prise on l’applique en adaptant lesmoyens de manière rationnelle et graduée pour atteindre les objectifs.

Je conseille à ceux qui invoquent l’insuffisance supposée des moyens pour justifier l’inaction de renoncer à toute participation à la vie politique et à celle de l’entreprise.    

L’état a tenté de mettre en place de nouvelles politiques pour ces « banlieues » avec la création de ZSP, accompagnées d’une politique d’interaction avec des cellules de veilles composées de policiers ainsi que de membres non-policiers issus des ZSP et la valorisation de l’information de terrain. Quel est votre sentiment en tant qu’ancien gendarme sur cette rupture avec la politique du chiffre ?

L’État a mis en place cette politique de ZSP (zones de sécurité prioritaires) au moment où j’étais aux affaires. Bien que contestée à l’époque c’était une très bonne politique mais en réalité la logique n’a pas été appliquée jusqu’au bout et surtout le choix de traiter simultanément toutes les zones en difficulté n’était pas le bon. Dans ce cas précis ce sont des considérations politiciennes qui ont prévalu en voulant en faire trop à la fois.

Il faut avoir des ambitions plus modestes et traiter ces quartiers les uns après les autres mais avec tous les moyens adaptés. C’est exactement ce que j’ai proposé il y a déjà 18 mois en évoquant une task force qui, après un dialogue et un diagnostic avec les élus et les intervenants locaux, viendrait pour un temps prendre position dans une zone et contribuer à restaurer une situation normale et un fonctionnement républicain.

C’est réalisable sans aucune difficulté mais la question est aujourd’hui politique et c’est aussi une des raisons de mon engagement devant la pusillanimité de nos gouvernants. 

De plus en plus de villes ont mis en place des caméras pour lutter contre la délinquance (le cas notamment de Nice), cette politique donne-t-elle des résultats ?

Cette question des caméras fait l’objet de postures idéologiques totalement déconnectées de la réalité. Or il faut être avant tout pragmatique car il s’agit de la sécurité des Français. Il y a dix ans lorsque j’étais à la tête des 4000 gendarmes de Midi Pyrénées ce thème avait été évacué d’un revers de la main par le maire de Toulouse alors que la sécurité du centre-ville était un vrai problème pour les Toulousains. Je m’étais invité dans le débat par voie de presse en donnant la position du professionnel. Les caméras de vidéo-protection ne sont pas la panacée. Elles peuvent avoir un caractère dissuasif mais surtout elles permettent aux forces de sécurité de pouvoir consulter les images a posteriori et de résoudre des enquêtes grâce aux informations enregistrées. Elles permettent également dans certains cas une réaction opérationnelle immédiate lorsqu’une présence humaine est assurée dans le centre de supervision ce qui n’est pas toujours le cas car très couteux.

Quant au fantasme de la surveillance permanente de chacun grâce aux caméras et au caractère liberticide de tels dispositifs c’est tout à fait ridicule car un tel suivi exigerait une mobilisation de moyens humains impossible à réaliser. Laissons ces arguments d’une bêtise rare à la bienpensance qui  a intoxiqué notre société avec de fausses idées qui ignorent le bien commun au profit de l’individualisme forcené.

Les caméras sont donc une aide très précieuse pour les services d’enquête et il est  irresponsable de priver les forces de sécurité de ce moyen dont beaucoup de pays européens se servent depuis plus de 20 ans.

On sait que vous vouliez augmenter les peines pour les terroristes, mais concrètement comment s’y prendre – surtout quand on sait le manque de places en prison et le prix des prisonniers ?

Nous revenons à mon  propos concernant le changement de conception de la peine dans notre pays. C’est une révolution culturelle. Si l’on veut mettre en prison durablement ceux qui présentent un réel danger pour notre pays et la sécurité des Français il est impératif de ne plus y mettre ceux pour lesquels l’incarcération n’est pas nécessaire et ils sont nombreux. L’efficacité d’une peine repose sur l’effet qu’elle produit sur le condamné. Or depuis des années pour certains délinquants la prison est devenue une sorte de diplôme, la marque d’une « réussite professionnelle ».

Il faut donc les punir autrement et pour 60 % des prévenus qui sont des trafiquants, des voleurs ou des escrocs ils savent qu’en sortant de prison ils vont retrouver la vie matérielle aisée obtenue grâce à leurs exactions. C’est pourquoi il est impératif de les priver du produit de leurs activités délictuelles et les condamner à la saisie et la confiscation définitive des biens obtenus frauduleusement et à des peines d’amende substantielles qu’il faudra recouvrer par la contrainte.

Cela résout la question des places dans les établissements pénitentiaires, apporte des moyens financiers à l’État et contribuera à restaurer la confiance des Français dans la justice de notre pays.

Quant aux terroristes il faut leur réserver un sort particulier en termes de détention et lorsqu’ils disposent d’une autre nationalité par leur naissance ou leur origine il est impératif de les priver de la nationalité française et de les expulser dans leur pays à l’issue de leur peine.

Quand on voit les liesses liées à la victoire de l’Algérie à la CAN, assiste-on à une rupture envers la nation et une hausse du communautarisme ?

Le communautarisme est à l’œuvre dans notre pays depuis bien longtemps et il est la résultante d’une politique d’accueil défaillante et des décisions d’une partie des élus locaux. Ils n’ont pas mesuré les effets de la politique du logement des migrants avec parfois des calculs électoraux. Il y a rupture envers la Nation  lorsqu’il y a un lien préexistant ; or en l’occurrence pour une grande partie de ces jeunes il n’y a jamais eu de véritable connexion entre eux et la France et tout ce qu’elle représente sauf pour profiter du système. Cette liesse exprimée ostensiblement à l’occasion des événements sportifs est la marque d’une absence d’identité car pour rien au monde ils ne souhaiteraient vivre dans les pays dont ils célèbrent la victoire. Et ces pays ne voudraient pas d’eux. C’est avant tout un cri de désespoir et une provocation.

Ils n’ont pas trouvé leur place dans notre pays parce qu’ils n’ont pas voulu faire d’efforts et parce que notre collectivité nationale n’a pas été assez attentive et exigeante avec eux. Ce qui manque à une partie de la jeunesse ce sont des perspectives d’avenir qui permettent à chacun de trouver une place et cela doit s’inscrire dans un récit national et des valeurs partagées.

Ce socle n’existe plus et si nous voulons traiter cette question efficacement il est impératif de  revoir de fond en comble notre concept de citoyenneté avec des règles plus précises, plus fermes, plus contraignantes et d’assumer qu’être Français n’est pas un droit mais un privilège qui se mérite et qui comporte des obligations.

Quelles sont vos propositions avec Objectif France en matière de sécurité ?

Comme je l’ai évoqué précédemment la question de la sécurité ne peut pas être isolée et elle est tributaire du contexte social. Pour être efficaces il faut s’attaquer aux causes de l’insécurité. Combattre les effets ne résout  jamais rien durablement. Réglons les questions de citoyenneté, changeons notre approche de la justice, ayons une politique pénale claire et appliquée loyalement par tous les acteurs, déclenchons un plan Marshall pour la délinquance des jeunes avec des réponses pertinentes et adaptées, mettons un terme à toutes les fraudes qui dans notre pays représentent annuellement plus de 100 milliards d’euros, soyons impitoyables avec l’islam radical qui menace nos lois et notre démocratie. Bref soyons audacieux et courageux.

Dès lors la question de la sécurité ne se posera plus car la pression de la délinquance baissera et la confiance des Français reviendra.

Contrairement aux habitudes politiques le programme sécurité d’Objectif France n’est pas un catalogue de promesses intenables mais des mesures de fond comme une loi de programmation sécurité-justice, une loi cadre pour redéfinir les missions des acteurs de la sécurité : forces régaliennes (police gendarmerie), polices municipales, entreprises de sécurité privée. L’instauration d’une politique de prévention centrée sur la jeunesse en coproduction avec les maires et coordonnée par un ministère de la jeunesse totalement réorganisé entre autres. Face aux défis actuels seules des solutions de fond novatrices peuvent changer le cours des choses et c’est ce que je porte avec Rafik Smati et l’équipe d’Objectif France. Au-delà de la sécurité le projet d’Objectif France repose sur la restauration de l’ordre et de l’autorité en redonnant des marges de manœuvre aux entrepreneurs tout en préparant les 50 ans à venir grâce à la recherche, aux nouvelles technologies avec le souci permanent de notre environnement.

Ordre et audace voilà la posture et le socle qui permettront à notre pays, après des années de démissions et de renoncements de retrouver sa grandeur et sa fierté. C’est le sens de mon engagement au service du pays depuis plus de 40 ans.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de Demain.

2 Comments

  1. Merci mon Général pour vos idées et vos réflexions que j’approuve totalement.
    Je suis retraité de la Gie et j’adhère à toutes ces valeurs qui ne peuvent que rassembler le plus grand nombre de nos compatriotes.

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