(Interview) Olivier Dassault (LR) "En France, le mot libéralisme est l’un des plus galvaudé"

Olivier Dassault est député Les Républicains de l'Oise. 

Bonjour monsieur Dassault, pouvez-vous nous présenter votre parcours politique ?

J’ai grandi dans une famille gaulliste, profondément patriote et croyant fermement à la liberté voilà pourquoi j’ai commencé mon parcours comme conseiller de Paris avec Jacques Chirac en 1977.

Depuis 1988 je suis député de la première circonscription de l’Oise que j’ai reconquise. Ayant été redécoupée, ce n’était plus la circonscription de mon grand-père et Mitterrand y avait fait 60 %.

Dans l’Oise je fus tour à tour élu d’opposition à Beauvais puis vice-président du conseil régional de Picardie que j’ai quitté en 1994 pour me présenter et être élu comme conseiller général du canton de Beauvais Nord-Est.

Lors de ma réélection à l’Assemblée en 2002, j’ai fondé, avec mes collègues Hervé Novelli et Jean-Michel Fourgous, « Génération Entreprise » qui est devenue depuis « Génération Entreprise- Entrepreneurs Associés » qui regroupe plus de 160 parlementaires pour porter la voix des entreprises au Parlement.

D’abord sur un aspect purement théorique, quel doit-être le degré d’intervention de l’état dans les affaires économiques ?

Je répondrai minimal mais essentiel. L’Etat est là pour fournir un cadre règlementaire fort et stable à l’activité économique du pays. Cela implique une vision fiscale et donc budgétaire à long terme et une stratégie de réduction des contraintes administratives pour les entreprises. Je rappelle toujours que ce sont les entreprises, petites et grandes, qui créent la richesse pas l’Etat.

Est-ce que le libéralisme économique est toujours un clivage structurant en France ?

En France, le mot libéralisme est l’un des plus galvaudé du champ lexical politique et l’un des plus mal compris. Il est utilisé comme un épouvantail car confondu avec le néolibéralisme ou ultra libéralisme. Pourtant il n’y a pas de véritable alternative au libéralisme économique sauf à basculer dans une économie administrée le débat ne se situe donc pas à ce niveau car malgré les coups de menton électoralistes aucun gouvernement n’a remis cela en cause.

La question est celle de l’interventionnisme étatique dans la vie des entreprises et trop souvent celui-ci a varié en fonction de l’actualité et des fermetures d’usine. Lorsque les gouvernants auront cessé de penser qu’ils peuvent « piloter » l’économie mais qu’ils doivent au contraire lui fournir un environnement propice nous aurons fait un grand pas.

De nos jours, le clivage les plus pertinents me semblent être entre ce que David Goodhart appelle les somewhere (ceux qui ont des racines) et les anywhere (ceux qui n’en ont pas) ou ce que Christophe Guilly qualifiait de France périphérique face à la France mondialisée. Avant eux, il y avait eu la « fracture sociale » de Jacques Chirac inspirée par Emmanuel Todd ou encore la France d’en bas imaginée par Honoré de Balzac.

Vous avez créé le groupe d’étude « génération entreprise » en 2002, quel en était alors l’objectif ? Quel doit-être le lien entre les parlementaires et les entreprises ?

Génération Entreprise devenu Génération Entreprise – Entrepreneurs Associés depuis n’a jamais été un « groupe d’étude » ou un « think tank » mais bien une agora ou se rencontrent parlementaires, plus de 160, et chefs d’entreprises. L’idée était que grâce à ces liens la voix des entreprises soit entendue au sein des enceintes de l’Assemblée et du Sénat et que cela se traduise par des améliorations législatives au service des entreprises comme le dispositif qui a permis de diriger une partie de l’ISF vers le financement des PME, ou l’élargissement et la pérennisation de l’assiette du crédit impôt-recherche.

Chez GEEA, notre positionnement est clair, les parlementaires doivent contribuer à permettre aux entreprises de croître en créant les conditions optimales de leur développement ce qui participe à l’intérêt général.

Êtes-vous favorable au recul de l’état actionnaire ?

Dans la lignée de ma pensée patriote et libérale, l’Etat a un rôle à jouer dans des domaines stratégiques comme l’énergie, l’agriculture, les infrastructures ou la finance pour garantir l’indépendance du pays et le maintien de la maîtrise technologique.

Que l’on ne se méprenne pas, de part son rôle intrinsèque l’Etat est un acteur économique de premier plan que ce soit par ses participations comme par son pouvoir règlementaire. Lorsque l’Etat actionnaire s’inscrit dans une stratégie lisible et à long terme, il existe un véritable bénéfice pour des sociétés qui assurent un service essentiel à la Nation en revanche quand la stratégie est purement financière et à court terme, l’Etat actionnaire va à l’encontre de son objet.

Les Républicains ont proposé de mettre en place des « GAFAM » européens afin de peser sur la mondialisation durant les Européennes, comment y parvenir ?

Le résultat des Républicains aux élections européennes a montré les limites de l’impact de nos propositions sur nos concitoyens. On n’invente pas des géants mondiaux technologiques par simple volonté de l’esprit. Il faut définir une stratégie et non trente, investir massivement puis soutenir la croissance du résultat et seulement ensuite nous pourrons partir à la conquête du monde. Le libéralisme économique n’est pas une naïveté.

Quelle doit être la place de l’Europe dans notre politique économique ?

L’Europe doit offrir un véritable espace économique commun pour permettre la montée en puissance de nos entreprises et non être un lieu d’affrontement entre elles. Si nous nous pensons comme un bloc, si nous nous regardons comme une terre de conquête, nous serons dévorés par ceux à l’Ouest et à l’Est qui sont bien mieux armés pour le faire.

Il faut cesser d’être naïf et faire de l’Europe un outil de notre puissance économique  et celle-ci doit être française et européenne, sinon elle ne sert à rien.

Que pensez-vous de la réforme des retraites, peut-on considérer désormais qu’il y a une égalité entre les secteurs privé et public ? 

Chaque gouvernement ou presque a « sa » réforme des retraites sans qu’aucune ne règle définitivement le décalage entre privé et public, ni l’âge réel de départ à la retraite ni d’ailleurs l’équilibre budgétaire de l’édifice.

En 1995, la modification du régime spécial de la SNCF avait fait plier le Premier ministre d’alors, son héritier direct a relancé l’idée avec les meilleures intentions du monde certainement et pourtant les blocages restent les mêmes, en revanche les situations professionnelles ont largement changé notamment à la SNCF.

A mes yeux la réforme doit être juste et équilibrée mais aussi pragmatique. S’opposer au fait de travailler plus longtemps ne me semble pas tenable, le système à points universel est bon si le point n’est pas une variable d’ajustement permanente mais que vaudront les garanties de 2019 en 2025 ? Personne ne le sait. Enfin les métiers des missions régaliennes de l’Etat doivent être reconnus comme à part et bénéficier d’un traitement différencié, je ne crois pas au régime unique et visiblement le gouvernement non plus.

La droite doit-elle se placer – comme le souhaitait Jean-Pierre Raffarin en 2003 ou Nicolas Sarkozy en 2010 – sur le régionalisme afin de développer la région comme échelon de l’attractivité économique ? L’échelle régionale peut-elle rivaliser avec les grandes régions européennes ? 

Les régions françaises ne seront jamais des Länder allemands, il serait bon de le reconnaître une bonne fois pour toutes. Au moment où l’Europe est prise entre les Etats-Unis et la Chine, il me semble plus rationnel de se penser comme Nation pour peser en Europe que d’espérer que l’ex région Midi-Pyrénées, devenue Occitanie depuis, rivalise avec la Catalogne ou le Grand Est avec la Rhénanie ou le Bade Wurtemberg. La Bavière, la Catalogne ou la Lombardie sont les produits de l’histoire de ces trois pays, notre histoire est celle d’un Etat centralisé respectons la et jouons sur nos forces. Que les régions françaises se démènent pour renforcer leur attractivé économique c’est très bien mais cela doit se faire en conjonction avec l’Etat qui doit rester le pilote, sans cela nous serons trop faibles.

Emmanuel Macron a décidé de taxer les GAFAM quel est votre avis ? Peut-on réellement lutter face aux géants Américains ?

La solution de taxer les entreprises qui fonctionnent n’est pas par principe la bonne manière de traiter les choses. Toutefois réfléchir à la manière dont est créée la valeur dans une économie numérisée et sans frontière est une bonne initiative.

La manière bravache du gouvernement m’a déplu car elle ressemblait plus à un aveu de faiblesse devant l’incapacité française et européenne à faire exister des entreprises capables de rivaliser avec les géants américains et chinois. Le manque de coordination européenne sur ce sujet est également un regret car comme d’habitude nous n’offrons pas un front uni.

Quelle doit-être la droite de demain dans le domaine économique ?

Une droite qui croit dans les entreprises comme source première de création de richesses et qui leur permet de se développer pleinement en les laissant travailler. Ceci implique de créer les conditions de la croissance avec notamment la souplesse nécessaire pour embaucher.

La droite doit faire le pari de l’entreprise, de la TPE au grand groupe, et de faire de la France le pays le plus attractif économiquement, règlementairement et fiscalement. Ainsi outillés nous pourrons commencer à influer réellement sur l’Union européenne et aurons les moyens de nos ambitions pour porter un discours fort sur le capitalisme créateur de valeur par opposition au capitalisme spéculatif et financier qui seul détruit.

Propos recueillis par Paul Gallard

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