(Entretien) Laurence Trastour-Isnart (LR) « L’Éducation Nationale doit porter les valeurs de la Nation »

Laurence Trastour-Isnart est Député les Repuglicains des Alpes-Maritimes. 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours politique ?

J’ai un parcours politique très atypique. J’ai été élevée dans une famille où l’on a beaucoup échangé sur la politique, notamment pendant les repas de famille où certains sujets pouvaient porter à la polémique.
Je n’étais pas très intéressée par la politique jusqu’à ce que je fasse des concours de Miss, et à 17 ans j’ai été élue Première Dauphine de Miss Cagnes-sur-mer.
Par la suite, j’ai donc passé une saison estivale aux côtés de l’adjoint délégué aux manifestations de la commune. J’ai très vite été emballée par l’organisation et la préparation des événements, et je me suis proposée auprès de ce dernier pour continuer à l’aider et à voir comment il travaillait.
C’est donc mon premier pas dans mon engagement politique car j’ai continué mes études en parallèle.
Après avoir eu mon premier enfant, et lors des élections municipales de 1995 qui ont conduit à l’élection de Louis Nègre, je me suis donc à nouveau intéressée à la politique.
En 1998, après quelques problèmes au sein du Conseil Municipal, Louis Nègre a démissionné et fût réélu lors des élections municipales partielles. Je suis donc allée voir le Maire pour des problématiques liées à la prise en charge par la crèche de mes enfants, et au fil de la discussion, j’ai donc expliqué ma vision de la petite enfance avec le Maire.
En 1998, lors de cette dernière élection, Louis Nègre m’a donc proposé d’intégrer sa liste municipale, et j’ai donc été élue et adjointe à la petite enfance à la Mairie de Cagnes-sur-mer.
Pendant mon premier mandat, j’ai travaillé sur la mise en place d’une structure intergénérationnelle, les maisons seniors et les structures petites enfances de ma commune, de la prestation de service unique dans les crèches (de concert avec la CAF), ou encore accompagné les parents dans la prise en charge de leurs enfants par les structures communales de la petite enfance (café parent, soutien à la parentalité).
En 2001, j’ai été réélue en passant de la 29eme à la 11eme place sur la liste, et en conservant ma délégation à la petite enfance.
En 2008, j’ai donc élargi mes délégations avec la gestion du protocole, de l’état civil et du jumelage. J’ai pu développer le jumelage, notamment avec la ville allemande de Passau où l’on a pu mettre en place des échanges scolaires et sportifs. Avec le protocole, j’ai participé à la mise en place des manifestations dans la ville.
En 2014, je suis passée 5eme sur la liste municipale et je suis devenue conseillère métropolitaine. J’ai conservé la délégation petite enfance et ai évolué sur la délégation des marchés publics. Cette expérience fût très passionnante pour moi, et j’ai eu un très bon collaborateur.
En 2015, j’ai été élue conseillère régionale aux côtés de Christian Estrosi, et je suis devenue Vice- Présidente à la formation professionnelle à la Région.

Pour les élections législatives de 2017, Lionel Lucas m’a proposé de devenir sa suppléante, ce dernier étant un farouche défenseur des idées de la Droite.
Ce que Lionel Lucas ne m’avait pas dit avec Louis Nègre, c’est qu’il ne souhaitait pas se représenter, et il m’a donc envoyé sur plusieurs manifestations, j’ai effectué plusieurs discours puis finalement, ils m’ont avoué que Lionel souhaitait rester Maire, et que c’était moi qui partais pour les législatives. J’ai donc été élue députée en 2017.
J’ai eu deux mentors qui m’ont très bien accompagné sur de nombreux sujets, et je m’emploie à être à la hauteur de ce qu’ils m’ont laissé.

La Nation doit-elle être au centre de l’éducation des jeunes français ? Et que pensez-vous de l’école républicaine ?

Tout à fait, l’Éducation Nationale doit porter les valeurs de la Nation, et je suis favorable à ce que l’on chante la Marseillaise dans les écoles et que l’on fasse la levée du drapeau pour donner un esprit national.
Il faut également expliquer à la jeunesse notre histoire sans en avoir honte, car il ne faut pas inculquer la honte à nos enfants.
Je ne me vois pas comme une colonisatrice car je pense que la France a apporté dans ces pays, notamment des infrastructures et des savoirs.
Je suis également favorable à ce qu’on instaure l’esprit de la Nation, soit que l’on porte des valeurs, des principes ainsi qu’une langue commune.
Mon reproche à l’éducation d’aujourd’hui, c’est de vouloir faire rentrer les enfants dans un moule et en les bloquants comme on le fait, les enseignants n’arrivent plus à gérer les classes.
Il faut laisser les enfants s’exprimer, donner leurs idées, développer leur esprit d’initiative et critique.
Les élèves apprennent leurs cours de façon très académique sans forcément pouvoir argumenter ou réfléchir dessus. Il faut bien entendu un cadre avec un tuteur en la personne de l’enseignant.
Il faut également de la bienveillance, car chacun se développe de façon différente, certains vont plus vite que d’autres.

Que pensez-vous du Service National Universel (SNU) mis en place par le Président de la République ?

J’ai travaillé sur le rapport préalable au SNU puisque je fais partie de la Commission de la Défense à l’Assemblée Nationale, et que je faisais partie du groupe qui a fait le rapport sur le SNU.
Il faut savoir que le SNU n’a pas été accueilli de façon très favorable de la part des militaires. L’esprit du projet leur convenait, mais pas la réalisation.

Aujourd’hui, nous avons une armée de métier, et beaucoup partent en mission entre 4 à 8 mois, ont du mal à prendre des permissions, et sont célibataires géographiques. La prise en charge de jeunes de 16 ans devient en plus assez ingérable pour eux.
Le problème ici, c’est qu’on a un moule mais pas de cadre, soit on veut faire rentrer tout le monde dans un moule sans un cadre national pour aller dans le même sens.
Le SNU durera donc 12 jours en continue et sera composé de plusieurs modules qui seront présentés aux jeunes.
J’ai notamment pu faire en sorte qu’un module « violences faites aux femmes » soit présenté aux jeunes car je fais partie du groupe parlementaire sur les violences conjugales.
Il y aura également un module citoyenneté, sur les actions militaires, sur les institutions publiques.

Mais est-ce que 12 jours suffiront pour apprendre l’esprit d’entraide, de solidarité, de vivre- ensemble ?

Je ne pense pas, car les jeunes n’auront pas le temps de former de liens, c’était l’idée du service militaire à l’époque.
Le principe me plaît quoi qu’il arrive, même s’il a été détricoté de toute part puisqu’il était très ambitieux initialement.
Le SNU donne également lieu à un stage dans une collectivité ou une association qui pourra aller jusqu’à 3 mois sur la base du volontariat.
Mais j’insiste sur le fait que ça a été détricoté pour devenir une opération de communication de Président de la République comme pour beaucoup de réformes.

Quel est votre constat sur l’accompagnement des élèves en situation d’handicap au sein des lieux d’études ? Et que proposez-vous pour l’améliorer ?

Le Gouvernement avait proposé un projet très ambitieux au départ.
Il y avait des choses simples à faire pour commencer, comme pérenniser les contrats d’assistant de vie scolaire, parce qu’ils sont toujours sous contrat précaire, et le fait d’avoir une stabilité dans leur emploi leur donnerai certainement plus envi d’exercer leur profession.
Cette mesure n’a pas été mise en place, et seul un allongement de leur contrat à été fait.
Il y a également un travail de formation à faire auprès des enseignants, notamment car certains ont envie d’être formé.
Chaque handicap est différent, et l’idéal serait d’avoir un assistant de vie scolaire à temps plein dès qu’il y a un enfant en situation de handicap dans un classe afin de l’accompagner lui et l’enseignant, et afin que les deux aient un socle commun vis-à-vis de l’encadrement. Cela peut également aider à l’intégration de l’enfant dans la classe.
Sans assistant de vie scolaire, l’intégration devient difficile et cela peut créer de véritables souffrances pour l’enfant ainsi que pour la famille de ce dernier, car souvent l’enseignant n’est pas formé, l’enfant n’arrive pas à s’intégrer auprès des autres. On a créé donc un cercle vicieux.
Il faudrait également des référents handicap par groupe ou bassin scolaire, selon la taille des écoles afin de pouvoir consulter ce dernier en cas de problématiques liées au handicap, et pour accompagner les familles, et le personnel dans la gestion des besoins de l’enfant.
Si l’enfant est en extrême souffrance, il faut également réfléchir à sa place au sein de l’école, même si je suis favorable à sa scolarisation.
Soit si l’école publique est un vecteur de création de souffrances pour l’enfant, il faudrait peut- être réfléchir à diriger l’enfant vers une école adaptée, allégé son parcours (nombre d’heures, matières), retarder sa scolarisation d’un an.
Il n’y a pas tant de situations compliquées que cela, et l’Education Nationale devrait pouvoir gérer les cas en fonction du besoin de l’enfant, notamment pour certaines situations très exceptionnelles.

Que pensez-vous du fait d’abaisser la majorité pénale à 16 ans ?

C’est compliqué car certains jeunes de 16 ans sont tout à fait conscient de leurs actes et mériteraient d’être sanctionnés pénalement comme des adultes lorsqu’ils commettent des actes illégaux, mais d’autres sont encore complètement inconscient de ce qu’ils font.
J’ai visité la maison d’arrêt de Grasse, et je me suis demandée ce que certains jeunes y faisaient, notamment du fait que certains ont un manque total de maturité.

La responsabilisation des familles doit également être repensée. Est-ce qu’avant de condamner le mineur, il ne faudrait pas voir comment les responsables légaux s’occupent de lui, et réfléchir à pénaliser ces derniers s’ils ne s’en occupent pas ?

Il existe nombre d’associations et de structures d’aides aux familles aujourd’hui, et c’est à la responsabilité des parents ou tuteurs légaux de se tourner vers ces dernières lorsqu’ils n’arrivent plus à gérer l’enfant.
Il serait donc pertinent de mieux communiquer sur ces structures, et faire en sorte d’agir avant et en amont, soit lorsqu’on commence à rencontrer des difficultés avec l’enfant.
Donner plus de pouvoir au Maire serait également intéressant, notamment sur le fait que l’Éducation Nationale pourrait transmettre au Maire la liste des élèves absents de façon systématique et sans qu’il soit obligé de la demander, d’autant plus qu’ils ne le font pas souvent de gaité de cœur. Le Maire peut faire des rappels à l’ordre par exemple et recevoir les familles.

Faut-il rétablir la loi Ciotti, soutenue par Nicolas Sarkozy sous sa présidence, visant à suspendre les allocations familiales pour absentéisme scolaire ?

Complètement, mais il faut également accompagner la famille comme c’était prévu dans la loi, de sorte que l’élève retourne en classe de façon régulière et assidue.
Le peu de temps où cette mesure fût testée, elle fût très efficace car les élèves absentéistes sont vite retournés en cours.
C’est également une éducation à donner à la famille car c’est elle qui est responsable de l’enfant, et il y a tout un pan d’une génération qui n’a pas forcément été encadré pour cela, et il faut faire en sorte de changer cela, même si ce sera difficile.
Par exemple, j’ai aidé à trouver un logement pour une mère célibataire, et la personne en charge de l’accompagnement de cette dame me dit régulièrement que cette maman ne se réveille même pas le matin pour accompagner ses enfants à l’école et est négligente avec l’éducation de ces derniers.
Heureusement, tout le monde n’est pas touché par cela.
Il faudrait donc accompagner les familles au moment de l’interruption du versement des allocations familiales afin que cette dernière en comprenne les raisons.
Et peut-être, faudrait-il faire en sorte qu’il n’y ait pas de redistribution de cet argent une fois les allocations rétablies, mais plutôt que l’organisme en charge de faire l’éducation familiale touche cet argent afin qu’il l’utilise à bon escient, pour rétablir l’ordre au sein de la famille et pour aider les personnes.

Propos recueillis par Alexandre Saradjian pour Droite de Demain

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