Covid-19 : peut-on utiliser le terme de guerre ?

C’est loin d’être une guerre, n’en déplaise aux marcheurs de la première heure.

En période de guerre, il existe un adversaire, un ennemi, une entité avec une stratégie.

En guerre, on se donne les moyens, et tous ces moyens doivent ainsi être employés afin de s’assurer une victoire au moindre coût humain et non « quoiqu’il en coûte. » dixit Emmanuel Macron sur un ton martial, lors de son allocution du jeudi 12 mars.

La guerre est une forme normale des relations entre les hommes. Le mythe de Dionysos nous enseigne que l’espèce humaine elle-même, naît des résidus d’un crime. 

Néanmoins la guerre n’est pas une fatalité. La guerre n’est pas une règle de conduite. Elle n’a aucun fondement moral, elle est même une tare de l’humanité. Elle est tout au plus le substitut condamnable d’une autre façon de faire de la politique ou de ne plus pouvoir faire de politique. 

Elle a une finalité politique et constitue une marche vers la paix, comme la DDHC de 1948, qui fut élaborée par des hommes soucieux d’éviter que les atrocités commises durant la seconde guerre mondiale ne se reproduisent.

Ces principes se basant sur la devise : Liberté, Egalité, Fraternité qui guide notre pays, et qui doit nous inspirer en tant que citoyen.

La République tient bon, cependant, jusqu’à quel niveau de saturation ?

A travers cette crise, tous ces symboles de la République ont été atteints, réduits, mis à nus, mis à bas et durement sollicités.

    – La liberté, par le confinement et les contrôles. La liberté abandonnée à l’apothéose de l’aberration bureaucratique, lorsqu’il faut savoir marcher pour ne pas courir.

   – L’égalité, par l’œuvre de l’égalitarisme quand l’aveuglement d’une profonde rupture sociale s’éclaire sous une lumière glaçante.

   – La fraternité, par l’armée du cœur, celles et ceux qui sont au front et qui ne désertent pas, celles et ceux qui ont la capacité à souffrir des douleurs qui nous sont épargnées. Mais aussi, une fraternité détruite par la dénonciation et certains comportements qui font penser « aux marchands de beurre », nous ramenant ainsi, aux périodes les plus sombres.

Nous pouvons constater que chacun d’entre nous, du premier magistrat au quidam, c’est adapter, c’est débrouiller par ses propres moyens ou les moyens du bord, face à de lourdes carences politiciennes. Les français sont rentrés dans une forme de « résistance fermée et solidaire », dans l’idée d’assurer une liberté déjà atteinte, vivant son égalité et restant le plus possible fraternel. Nous avons puisé dans nos forces morales et physiques pour débarquer non pas « dans une guerre » mais face à une faillite du service public, intrinsèquement lié à la médiocrité de nos dirigeants.

Une faillite de la technocratie déconnectée du terrain depuis des décennies qui pourrait accoucher sur une « révolution », à cette forme de volonté générale qu’exprime l’esprit d’un peuple comme le souligne Rousseau dans le « Contrat social », répondant ainsi aux insuffisances et aux multiples réformes politico-idéologiques. Est-ce que cela réactivera la crise des gilets jaunes ? Rien n’est moins sûr, tant les pestiférées d’hier sont les héros d’aujourd’hui, alors qu’ils sont des héros du quotidien.

Il n’y a nullement besoin de guerre pour développer des vertus telles que le courage, la fierté et l’honneur, que l’on retrouvent au sein de nos soignants, policiers, pompiers, livreurs, caissières, éboueurs, bénévoles…. A ceux qui sont au front, et qui ne désertent pas. 

Nous nous isolons, nous résistons, car c’est ce que nous devons faire, mais les « français confinés », et les sauveurs de la « France confinée » ne pourront pas oubliés ce sentiment d’étrangeté qui laissera un goût amer, même après une victoire.

André Missonnier

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