Alexandre Pesey (IFP) « Notre ambition est d’insister sur ce qui nous rassemble »

Bonjour Alexandre Pesey, vous êtes co-fondateur et directeur de l’Institut de Formation Politique. Comment a-t-il été formé et quels étaient vos objectifs, et ceux de vos collègues, lors de la formation de l’institut ?

L’Institut de Formation Politique (IFP) est né en 2004, de la rencontre de trois étudiants, Jean Martinez, Thomas Millon et moi-même. Devant les renoncements de nombreux responsables politiques et la situation déjà difficile de notre pays, nous avions alors estimé qu’aucun relèvement ne pourrait advenir sans renouvellement des dirigeants. Pour faire émerger ces nouveaux cadres politiques, associatifs ou médiatiques, nous avons lancé l’IFP dont la mission est de proposer à des jeunes prometteurs entre 16 et 35 ans des formations intellectuelles et pratiques mais aussi de leur permettre de rencontrer d’autres jeunes engagés pour leurs convictions. Pour résumer, l’IFP forme, connecte et stimule les jeunes engagés. Précisons que l’IFP est indépendant des partis politiques et ne reçoit aucune subvention publique. Notre travail n’est possible que grâce au généreux soutien financier de 5000 donateurs français.

Les établissements dédiés à la formation en politique ou en journalisme sont souvent critiqués comme orientés à gauche. Pensez-vous que ces critiques soient valides ?

Il suffit de regarder les simulations d’élections présidentielles organisées dans ces établissements pour se faire une idée précise de l’orientation très à gauche des étudiants formés par ces écoles. En 2017 à Sciences Po Strasbourg, les candidats de droite récoltaient moins de 10 % des voix, en total décalage avec les résultats du premier tour. La même expérience a été menée à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et l’on observe des résultats similaires avec une proportion encore plus importante d’électeurs d’extrême gauche. Estimer que ce sera sans conséquence sur le traitement de l’information dans les années qui viennent relève de la naïveté. Outre la présence massive d’étudiants de gauche, le formatage opéré dans ces écoles et la pression sociale finissent par dissuader les quelques « dissidents » à poursuivre dans cette voie. Heureusement, conscient de l’importance des médias dans la guerre culturelle, des jeunes gens attachés à la vérité et à la réalité des faits souhaitent devenir journalistes. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé une formation au journalisme l’année dernière. A ce jour, 50 étudiants de l’Institut Libre de Journalisme suivent ou ont suivi en 6 week-ends les enseignements dispensés par des professionnels. L’insertion professionnelle est au rendez-vous puisque plus de la moitié d’entre eux travaillent déjà dans des rédactions.

L’IFP accueille chaque année un nombre croissant de jeunes – désormais plus de 1700. Comment expliquer un tel engouement ?

L’année dernière fut une année historique puisque jamais autant de nouveaux jeunes sont venus se former à l’IFP (200 !). J’observe chez eux une soif d’engagement qui comprend mais aussi dépasse le militantisme politique traditionnel. Votre génération a compris l’importance du combat métapolitique. Elle milite dans les partis politiques, mais investit aussi massivement les associations ou les médias pour sortir de l’hégémonie culturelle de la gauche chère au théoricien italien néo-marxiste Antonio Gramsci. Pour lui, « les victoires des idées précèdent les victoires politiques ou électorales ». Votre laboratoire d’idées Droite de Demain est un parfait exemple d’initiative à succès lancée ces derniers mois hors des structures politiques partisanes.

Tous les courants de la droite sont représentés au sein de l’IFP. Comment réconcilier ces différents courants aux méthodes et aux objectifs parfois très dissemblables ?

A l’IFP nous considérons la droite comme une grande famille. Notre ambition est d’insister sur ce qui nous rassemble car Dieu sait comme nous avons des points communs ! Malgré de grandes tensions entre eux, les héritiers de mai 68 savent se serrer les coudes quand il s’agit de nous combattre. C’est une stratégie que nous devrions imiter. La jeune génération opposée au multiculturalisme, au relativisme et à l’étatisme à tout crin ne doit pas se tromper d’adversaires. Dans une salle de formation, nous avons affiché cette citation qui témoigne de l’état d’esprit des jeunes de l’IFP : « Pour que la mal triomphe, seule suffit l’inaction des hommes de bien ».

Quelles sont les principales attentes des jeunes passant par l’IFP ?

Je distingue deux attentes principales chez nos auditeurs. Les premiers cherchent à identifier grâce à nos intervenants et aux autres étudiants présents l’engagement qui peut être le leur. Les seconds viennent professionnaliser leurs actions militantes. Toutes nos formations sont articulées autour de 4 piliers : la formation intellectuelle, les exercices pratiques, les modules d’action et les témoignages d’acteurs engagés. Nos 350 formateurs bénévoles leur apprennent notamment à « penser » leurs engagements, à mener une action efficace et pérenne : quels sont leurs objectifs, calendrier, leviers d’action, résultats attendus, instruments de mesure du succès, financement… Les jeunes apprécient aussi de rencontrer d’autres camarades avec lesquels ils pourront débattre librement et ensuite monter des actions militantes.

Vous avez travaillé en tant que journaliste pour CNN, BFM TV et France 3, des médias plutôt orientés vers le centre-gauche. Peut-on réellement être de droite dans ces médias ?

Oui et l’émergence de figure médiatique comme Charlotte d’Ornellas nous montre qu’avec du talent et du travail, il est possible de faire carrière dans les médias. Venue à l’IFP former nos jeunes, elle a d’ailleurs insisté sur l’impérieuse nécessité de travailler plus que les autres journalistes afin d’être « irréprochable ». La profession pardonnera toujours à un journaliste de gauche ses erreurs mais fera un procès en déligitimation pour la moindre inexactitude commise par un journaliste de droite. A nous d’irriguer les médias de jeunes journalistes bien formés et attachés à la vérité. Nous disposons en effet d’une fenêtre de tir assez unique : les français sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des médias traditionnels et se tournent de plus en plus vers d’autres médias, où la parole est souvent plus libre.

L’IFP a créé en 2011 le « Prix Razel de la Toile », visant à récompenser les engagements via Internet. En quoi Internet représente-t-il un outil de communication à exploiter pour la droite ?

La toile permet de contourner les médias qui imposent un agenda éloigné des préoccupations des français. Un nombre croissant de jeunes s’informent uniquement via Internet qui est logiquement devenu un vecteur d’information majeur. Le Prix Razel de la toile récompense tous les ans les auditeurs de l’IFP qui font la promotion avec succès de leurs convictions sur la toile. Parmi les vainqueurs, citons le journal en ligne Contrepoints qui apporte une vision anti-socialiste de l’économie ou encore Damoclès qui dénonce sans relâche les errements de la gauche sur les réseaux sociaux. Grâce à ces initiatives civiques et à bien d’autres, des millions de français peuvent avoir accès à une information non « pasteurisée ».

Vous avez séjourné aux Etats-Unis, et avez créé la Bourse Tocqueville, permettant à des jeunes de s’immerger dans la société civile américaine et ses méthodes. Comment la droite de demain en France peut-elle s’inspirer de son homologue américaine ?

Je crois que la grande force de la droite américaine est de récolter les fruits de dizaines d’années de travail intensif au sein de la société civile. Dès les années 70 et pour faire du gramscisme de droite, ils ont monté des associations, des médias, des laboratoires d’idées, des groupes de pression ou d’action qui informent et mobilisent les citoyens américains. Tout n’est pas à copier mais force est de constater que les américains ont une longueur d’avance sur la mobilisation de la société civile et sur les outils technologiques indispensables à la victoire de nos idées. La Bourse Tocqueville vise justement à montrer à des jeunes français tout ce travail fait de manière professionnelle, en amont des élections, pour gagner le moment venu (Reagan, Trump).

Pour vous, que manque-t-il aujourd’hui à la droite française et que doit être la droite de demain ?

Vous le savez autant que moi, la France est dans un état critique. Il n’est pas trop tard pour réagir mais nous avons besoin d’une jeunesse à votre image : déterminée, engagée, fière de son pays et de ses atouts. Chacun de nous doit prendre ses responsabilités aujourd’hui et se poser la question « que puis-je faire pour mon pays ». L’équipe de l’IFP est à votre disposition pour vous aider. La France de demain sera le fruit des engagements de chacun d’entre vous dès aujourd’hui.

Propos recueillis par Julien Neter

Pour postuler : http://www.ifpfrance.org/seminaire-niveau-1/

2 Replies to “Alexandre Pesey (IFP) « Notre ambition est d’insister sur ce qui nous rassemble »”

  1. Genial ! Encore une droite rabougrie et ringarde que même les cathos de Versailles ne votent plus…Sérieux ? Charlotte d’Ornellas? C’est ça la nouvelle formule de la droite pour attirer les jeunes ?

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s