(Interview) Kevin Bossuet, « L’égalitarisme est un désastre »

Kevin Bossuet est professeur d'Histoire. 

Est-ce que la baisse du niveau général des élèves est visible ? Peut-on considérer l’Education Nationale comme responsable ?

Je pars du principe qu’il y a une réelle baisse du niveau en terme de maniement de la langue française et du langage mathématique comme de la quantité de culture générale que sont capables de mobiliser les élèves. En revanche, je pense aussi que les élèves d’aujourd’hui ont acquis d’autres compétences que n’avaient pas forcément leurs ainés comme le maniement de l’outil informatique ou du langage oral.  Ce que l’on demande à un élève d’aujourd’hui est bien différent par rapport à ce qu’on pouvait lui demander il y a encore 15 ou 20 ans.  On exige par exemple qu’il ait moins de connaissances poussées mais plus de réflexion personnelle. Le problème majeur est que les jeunes d’aujourd’hui ne maîtrisent plus correctement les savoirs fondamentaux. Il suffit de feuilleter quelques copies pour se rendre compte que la langue française est complètement estropiée. Cela dit, le problème ne vient pas forcément que de l’école ; c’est la société en général qui est devenue aussi méprisante à l’égard de notre langue et de notre culture. L’émergence de l’écriture inclusive qui a envahi nos panneaux d’affichage, nos boîtes mail ou encore les journaux en est un parfait exemple. Je trouve qu’on demande beaucoup à l’école sans remettre en cause ce qui se passe en dehors de l’école. Croyez-moi, si tous les parents éduquaient correctement leurs enfants et si la télévision valorisait davantage notre patrimoine littéraire et historique plutôt que toutes ces starlettes de la télé réalité qui sont payées pour se mettre les doigts dans le nez devant une caméra, nous n’en serions sans doute pas là. L’école n’est que le reflet d’une société qui, aussi bien sur le plan social, culturel qu’identitaire, part complètement en vrille.

Quelles sont les faiblesses de l’Education Nationale ?

L’incapacité de l’institution à faire face à la baisse de niveau comme on vient de le mettre en avant mais aussi son incapacité à régler les problèmes d’incivisme et de violence. Le classement PISA de 2015 a démontré à quel point le système éducatif français était l’un des systèmes les plus dégradés de l’OCDE en terme de discipline. Il suffit d’aller  dans un collège  d’une cité de banlieue parisienne pour se rendre compte que beaucoup de professeurs n’arrivent pas à faire cours normalement car quatre ou cinq élèves, par leur comportement, saccagent le travail de toute une classe. Forcément si les enseignants ne peuvent plus dispenser correctement leur enseignement, le niveau général ne peut que baisser. En outre, le problème vient aussi du pédagogisme qui est né en Mai 68 et qui s’est diffusé dans l’ensemble du système scolaire. Désormais, on nous dit que l’élève doit construire lui-même son propre savoir ; ce qui revient concrètement à le laisser face à ses propres difficultés. J’entendais récemment un syndicaliste qui nous parlait de l’enseignement à distance mis en place pendant la période de confinement et qui nous disait que c’était formidable car pendant cette période l’élève, notamment au niveau des outils informatiques, aura autant appris des choses au professeur que le professeur lui en aura appris. C’est parfaitement criminel de tenir des propos aussi sots ! C’est en cassant l’autorité du professeur et en nous racontant qu’il est à égalité avec l’élève qu’on a tué notre système éducatif. Quand aujourd’hui, certains principaux et proviseurs nous racontent que  le fait de se faire insulter par un élève quand on est enseignant « fait partie du métier », c’est qu’il y a un sérieux problème !

Pensez-vous que les enseignants participent à cette baisse de niveau ?

Evidemment ! J’ai toujours tendance à dire en étant un peu provocateur que le problème de l’école, ce ne sont pas les enfants mais les adultes. L’égalitarisme, idéologie mortifère, qui est partagé par la majorité des enseignants est quand il est appliqué un véritable désastre. Tout est fait au nom de cette doctrine idéologique pour niveler les enseignements par le bas afin soit disant de ne pas perdre les élèves les plus en difficulté. Sauf qu’en faisant ça, on ne permet plus aux élèves les plus méritants de réussir et c’est l’ascenseur social qui se retrouve bloqué. La vérité est que tous ces enseignants qui se prétendent de « gauche » ne font en réalité que participer à la reproduction sociale en ne permettant plus à aucun élève de sortir du lot et donc leur condition sociale. Est-ce qu’ils y ont intérêt d’ailleurs quand on sait que leurs enfants réussissent mieux que les autres ? Certainement pas. Il faut également évoquer un dernier  point: le passage des connaissances aux compétences. Aujourd’hui, l’enseignant ne doit plus transmettre des connaissances mais faire acquérir des compétences. En gros, l’élève ne doit plus savoir qui était Louis XIV mais doit être capable de chercher l’information sur internet au cas où il en aurait besoin un jour. C’est n’importe quoi !  Forcément quand le but n’est plus l’acquisition de connaissances mais plutôt l’acquisition de compétences, on forme des élèves incultes, incapables de penser par eux-mêmes et complètement dépendants des nouvelles technologies. C’est désastreux car on sacrifie l’émulation intellectuelle et la formation des futurs citoyens sur l’autel de l’employabilité à outrance. C’est dramatique.

Que pensez-vous du fait que l’Education Nationale doit éduquer plutôt que d’instruire ?

En réalité, elle n’a plus le choix !  L’Education Nationale doit accompagner la société et faire avec. A partir du moment où le laxisme généralisé s’est complètement emparé de notre société et qu’on doit gérer des enfants et des adolescents qui ont vécu dans le culte de l’enfant roi et qui qui ne maîtrisent absolument pas les règles fondamentales du savoir vivre, les enseignants sont obligés d’éduquer, faute de pouvoir instruire. Les enfants ne sont pas méchants, ce ne sont que des enfants, mais il leur manque cette éducation qui pourrait les faire passer du statut d’élève perturbateur à celui d’élève travailleur. Vous savez, à certains endroits, sur une heure de cours, l’enseignant est obligé de faire la police pendant 20 ou 30 minutes ; ce qui fait qu’il ne dispense plus que 10 ou 15 minutes d’enseignement. Ce n’est pas là le rôle originel d’un enseignant. Il est d’abord et avant tout là pour transmettre des connaissances.

Vous avez écrit une chronique pour Valeurs Actuelles sur le retour du récit national dans l’enseignement de l’histoire. Pourquoi doit-on y revenir ?

Je recontextualise. Je partais à l’époque du postulat que c’est choquant que des terroristes comme les frères Kouachi ou Amedy Coulibaly, qui sont des citoyens français et qui ont pourtant passé des années à étudier sur les bancs de l’école de la République, soient capables de commettre un attentat contre le pays qui les a vu naître, contre le pays qui les a vu grandir. Cela devrait tous nous interpeller. Ce sont des crimes qui relèvent de la guerre civile. Sur un plateau, Dominique de Montvalon me disait que j’avais tort de parler de guerre civile, sauf que je ne suis pas d’accord. Quand un citoyen français commet un crime contre d’autres citoyens français sur le territoire français, c’est bien un crime qui relève de la guerre civile. Face à ce douloureux constat, je m’interrogeais sur les racines de ce mal et je me disais que l’école avait une lourde responsabilité dans tout cela. En effet, si l’école n’apprend plus le respect et l’amour de la France, comment voulons-nous que les futurs citoyens aiment et respectent leur pays ? C’est pour cela que l’enseignement de l’histoire doit renouer avec les valeurs patriotiques, ce qu’il ne fait plus aujourd’hui. Au contraire, les programmes d’histoire oscillent entre dénigrement et repentance. Il suffit de prendre le programme de la classe de 4eme pour se rendre compte qu’il commence avec l’esclavage, pour se poursuivre avec les philosophes des Lumières et la Révolution française qui auraient libéré la France de l’horrible monarchie et pour se terminer avec l’évolution politique en France au XIXe siècle en oubliant les grandes figures comme Napoléon et en privilégiant une réflexion autour du vote démocratique. Avec un programme comme celui-ci, il est normal que les élèves se disent que la France n’est pas un aussi grand pays que cela et qu’elle a beaucoup de choses à se reprocher. D’où la nécessité de revenir  à l’enseignement d’un récit national (j’ai bien dit récit national et pas roman national !) tout en renouant avec une vision chronologique  et non plus thématique des faits historiques. Il n’y a que comme cela que nous réussirons « refaire nation ».

Les Territoires perdus de la République, ouvrage sorti en 2002, a dénoncé à l’époque les dérives du communautarisme en milieu scolaire. Quelle évolution constatez-vous ?

Cet ouvrage a été important car il nous a permis d’ouvrir les yeux sur la montée du communautarisme à l’école, mais malheureusement depuis, rien n’a vraiment changé. Je dirais même que cela a empiré. Quand Gérard Collomb, l’ancien ministre de l’Intérieur, nous dit qu’« aujourd’hui on vit côte à côte » et que demain on risque de « vivre face à face », il a parfaitement raison. Les gens ne partagent plus des valeurs et une culture communes. Ils se recroquevillent sur eux-mêmes. Le problème de l’Islam est au cœur de cette problématique. Quand vous avez des gens sur le territoire français qui considèrent que leur religion est supérieure aux valeurs de la République et que leur devoir est d’imposer leur culture d’origine à celle du pays d’accueil, cela ne peut que produire des tragédies. A l’école, c’est désastreux. Certains petits musulmans ont davantage confiance en l’imam qu’en leurs enseignants. Ils ne supportent plus de voir des Juifs car ils sont pro-palestiniens, ils malmènent les « petits blancs » car ils incarnent l’image du chrétien colonisateur, ils haïssent les homosexuels car le Coran dit que c’est mal et ils n’acceptent  que les femmes avec le voile car Mohamet a dit qu’elles devaient le porter. Résultat, vous ne trouvez plus que très peu de juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, et il très compliqué d’aborder en classe des thèmes comme la Shoah ou la guerre d’Algérie. Les professeurs de SVT ont quant à eux beaucoup de mal à enseigner la théorie de l’évolution ou encore la reproduction.  Je vous invite à lire l’excellence ouvrage de Bernard Ravet, « Principal de collège ou imam de la République » dans lequel il raconte que quand il était principal d’un collège de Marseille il a conseillé à une mère de famille juive de ne pas inscrire son fils dans son établissement car il savait très bien qu’il aurait eu de gros problèmes. Voilà ce qu’est le communautarisme au quotidien : l’incapacité à accueillir au sein de l’école de la République tous les élèves car nous sommes aujourd’hui incapables de les protéger. C’est plus qu’un échec, c’est un véritable renoncement !

Quelle vision doit porter la droite de demain sur l’école ?

La droite doit réinvestir le thème de l’éducation. Il est incroyable de voir à quel point la droite a laissé l’école à la gauche. Or, l’école est au cœur du pacte républicain, elle est au cœur de la valeur de mérite et du goût de l’effort pourtant si chère à la droite. La droite doit absolument s’emparer à nouveau de cette question. Si elle veut reconquérir les milieux populaires comme le souhaite par exemple Julien Aubert, elle doit à nouveau parler d’école et d’ascension sociale par le mérite et le travail. Le fils d’ouvrier n’a que ça pour s’en sortir ! En outre, elle doit également montrer à quel point la gauche a ravagé l’institution scolaire et à quel point il faut absolument qu’elle reprenne la main dessus. Jean-Michel Blanquer a commencé à le faire, il faut désormais que la droite amplifie le mouvement afin de redonner à notre système scolaire au sein de notre République toute la place qu’il mérite.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de Demain

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