Rafik Smati (Objectif France), Covid-19 « Cette crise a révélé au grand jour le massacre de notre tissu industriel »

Rafik Smati est Président du mouvement Objectif France et chef d'entreprise.

Quel constat économique faites-vous de cette crise sans précédent ? Quels sont les domaines les plus durement touchés ?

Aujourd’hui nous sommes au cœur d’une crise sanitaire, mais en réalité, cette crise qui se traduit par des décès, des malades, des situations individuelles difficiles, masque aussi une crise encore plus grave à venir, dans le tissu économique. La crise de 2008, qui est financière, elle, n’a pas eu d’impact direct sur nos vies, et pourtant, elle s’est traduite par une hausse d’un million de chômeurs, et une hausse de la dette nationale de centaines de milliards. Avec la crise du COVID-19, l’économie a été totalement mise à l’arrêt. Nous sommes à l’aube d’une période très sombre qui va se traduire par des faillites en cascade, un chômage de masse, et des secteurs extrêmement touchés. Pour prendre l’exemple du tourisme, la France est le pays le plus touristique au monde, ce secteur risque d’être impacté dans la mesure où très peu de personnes vont voyager. A titre personnel, je suis chef d’entreprise, donc au cœur du réacteur micro-économique. Je vous confirme que tout est à l’arrêt. Croire que la fin du confinement nous verra revenir à la situation antérieure est utopiste. Nous allons connaitre un long tunnel à cause de cette crise économique.

Pouvons-nous espérer une relance économique de la France ? Où trouver les milliards d’euros d’investissement ?

Une journaliste me posait la question suivante il y a quelques jours : « Vous avez toujours été contre la dette, vous y avez été opposé fermement, est-ce qu’on est obligé d’ouvrir le robinet ? ». Je lui ai répondu, qu’on n’avait plus le choix évidemment, il faut faire le maximum pour aider nos entreprises. Le problème qu’on a dans notre pays, nous aurions dû armer notre pays pour supporter ces crises actuelles, mais nous ne l’avons pas fait. Quand on regarde les chiffres du PIB du premier semestre, comparé aux autres pays, la France est à la traîne. J’en veux aux dirigeants politiques qui se sont succédé. Depuis 2014, nous avions un alignement des astres : pétrole bas, taux d’intérêt bas voire négatifs, une parité euro-dollar favorable, tout pour réussir. John F. Kennedy disait « c’est quand il fait beau qu’il faille réparer le toit ». Or, depuis 2014 il a fait beau sur l’économie mondiale et nous n’avons pas réparé le toit de la France. Désormais, nous ne pouvons que colmater les brèches et passer la serpillère pour enlever l’eau. Ça nous interroge sur les mesures que devra prendre la droite pour bâtir ce toit, pour faire en sorte de réarmer notre industrie, pour être capable de générer des excédents comme tous les pays européens. La France a généré à elle seule les 2/3 des déficits de la zone euro en 2019. On ne peut pas affronter les crises à venir sans souveraineté budgétaire.

La crise a montré des manquements industriels, comment remettre en avant l’industrie française ?

Il est évident que cette crise a révélé au grand jour le massacre de notre tissu industriel depuis des dizaines d’années. Nous sommes incapables de produire des masques, des respirateurs artificiels, des médicaments, c’est ce qui est visible, mais en réalité c’est dans tous les secteurs. Nous sommes dépendants de la Chine, mais aussi des Etats-Unis ; avec des problèmes de souveraineté, liée à la question de l’extraterritorialité du dollar et du droit américain. Quand on fait une transaction en dollar, c’est le droit américain qui prime. Si les Etats-Unis disent à la France « vous ne travaillez pas avec ce pays », on est obligé de suivre. Le problème de la désindustrialisation existe, et il faut évidemment le résoudre, mais en se posant les bonnes questions. Dire de manière ostentatoire qu’il faut réindustrialiser la France, et créer des usines en France, c’est une bonne intention mais ça ne marche pas ainsi. La question préalable que nous devons nous poser : pourquoi la France s’est désindustrialisée ? Albert Einstein disait « c’est de la pure folie de croire qu’en réalisant la même chose, on aura des résultats différents ». Notre pays aujourd’hui croule sous les contraintes administratives, croule sous les charges, croule sous les taxes, de sorte que, lorsque on a un produit vendu 100€ TTC, vous avez 15 € de matières premières, 20 € de main-d ’œuvre, 3 € pour les actionnaires et 62 € pour l’Etat.  Comment s’étonner que lorsqu’une économie absorbe à ce point-là une partie de la valeur ajoutée par les entreprises, que ces filières aillent chercher des meilleures conditions ailleurs ? Si nous voulons donner une chance à nos entreprises de produire en France, de lutter contre la mondialisation, il faut attaquer le mal à la racine. Cette racine c’est cette dictature technocratique, un Etat léviathan qui a empilé des couches bureaucratiques, est incapable de rendre service au public. On pompe 57% de la richesse nationale, on endette les générations futures, on a les taux d’impôts les plus élevés d’Europe, et à la fois des hôpitaux qui s’effondrent, on ne garantit pas la sécurité aux citoyens, on perd notre défense et notre recherche est en difficulté. C’est la fameuse question « où passe notre argent ? ». Tant que ce problème n’est pas réglé et que le monstre technocratique n’est pas anéanti, il continuera à peser sur les forces productives de notre pays et à sacrifier notre industrie. 

Peut-on être libéral et patriote ?

Tout dépend de la définition du libéralisme. J’utilise peu ce terme, je me considère comme un capitaliste. Le capitaliste c’est l’entrepreneur qui détient le capital de sa boite. Le capitaliste c’est votre pharmacien, votre boulanger, l’artisan du coin, le patron de PME, certains patrons du CAC 40. Je promeus un capitalisme enraciné, un capitalisme de terrain, un capitalisme de long-terme, un capitalisme plaçant l’humain au centre. Quand vous être le patron de votre boîte et le propriétaire de votre boîte, vous êtes ancrés dans le long-terme, vous êtes sur la tempérance et sur le respect de l’humain, finalement, ce sont des valeurs de capitalisme de terrain et enraciné. A l’inverse, il existe aussi ce capitalisme prédateur, déraciné et de connivence, celui-ci n’est pas le miens, ni celui de notre boulanger. Il y a des patrons voyous, mais ils ne doivent pas occulter l’armée d’entrepreneurs qui ne sont pas obsédés par l’appât du gain, qui veulent simplement créer, construire quelque chose, et apporter leurs compétences à la société. Ce capitalisme enraciné, de terrain est une clé du sursaut de notre pays, il est donc totalement patriote.

Pensez-vous qu’il faille contraindre les entreprises à revenir sur notre territoire ? Cela ne va-t-il pas en désaccord avec la pensée libérale ?

Dans une géopolitique des puissances, ce qui est le cas aujourd’hui, contrairement à l’écrit de Francis Fukuyama La fin de l’histoire, la vérité c’est que l’histoire ne s’est jamais arrêtée mais elle n’a jamais été aussi active ! Les puissances s’affirment, et dans ce schéma, il n’y a que deux stratégies possibles : soit on joue en défense, soit on joue en attaque. Obliger des entreprises à rester en France c’est avoir une posture défensive, et je ne suis pas sûr qu’on puisse avoir des lendemains radieux. La seule posture qu’il vaille c’est d’avoir une posture extrêmement offensive. Non seulement on a envie que nos entreprises restent chez nous, mais on veut aussi que les entreprises internationales aient envie de venir bosser en France. Pourquoi les entrepreneurs français vont aux Etats-Unis, vont à Londres malgré le Brexit, en Israël ? Et pourquoi les entreprises de ces pays étrangers ne viennent pas en France ? C’est ça la question à se poser. Il faut faire de la France le pays le plus envié par les entreprises. J’ai envie de porter ce raisonnement offensif. Je veux créer les conditions pour que nos entreprises restent en France, mais pour que les entrepreneurs du monde entier viennent créer des richesses en France. Cette vision offensive est la seule qui peut nous permettre de nous faire respecter dans cette géopolitique des puissances, d’être offensif économiquement et de créer les conditions de la prospérité.

Désormais, la perspective d’une politique économique européenne est utopique…

L’Union Européenne telle que nous la connaissons, en tant qu’institution, est probablement au bout d’un cycle. Il suffit de voir les dernières réunions européennes pour constater qu’actuellement elle est plus un problème qu’une solution. On doit mener une réflexion de long-terme sur ce thème. Je ne crois pas Emmanuel Macron, pour se défausser du problème, il le renvoie en disant qu’il faut plus d’Europe. Il faut nous donner en France les moyens d’être plus compétitifs, d’avoir les moyens de se battre et être crédible. Si ensuite, il doit y avoir des accords de coopération avec d’autres pays européens c’est très bien. Arrêtons de penser que l’Europe est la solution miracle qui nous permettra de régler tous les problèmes, il est urgent de balayer devant notre porte et donner du sens à ce grand projet qu’est la France.

Quelle vision de la droite de demain au niveau économique ?

Une vision pragmatique qui mise clairement sur les forces productives du pays. Une droite qui fuit les réflexes socialistes – comme ce fut le cas dans son histoire. Faire intervenir l’Etat quand il est nécessaire de le faire. Une droite qui se pose les bonnes questions, qui est sérieuse et qui comprend que la création de valeurs ne vient pas de l’Etat mais des forces productives du pays. Une droite qui comprend qu’il n’y a pas d’argent public, mais qu’il n’y a que l’argent des Français. Quand on est de droite, on est comptable de l’argent des Français ; des Français d’aujourd’hui mais aussi de demain. Tout l’art politique, et le but de l’Etat et d’une nation, c’est de tisser un lien entre un passé grand, glorieux, prestigieux, un présent tourmenté et un futur que nous espérons radieux. Nous n’avons pas le droit – et en particulier quand on est à droite – de préempter ce futur en envoyant lâchement des patates chaudes aux générations futures.

Propos recueillis par Paul Gallard

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