(Entretien) Mathieu Bock-Côté, « La démocratie libérale est victime d’un détournement de sens »

Bonjour monsieur Bock-Côté, déjà d’une manière générale, quels sont les grands axes du conservatisme du XXIème siècle ?

Leo Strauss, dans son ouvrage Le libéralisme antique et moderne, distinguait le libéralisme du conservatisme en disant du premier qu’il était naturellement aspiré par le mythe de l’État universel, ou du moins, dirions-nous aujourd’hui, par le fantasme de l’unification du monde par le marché et les droits de l’homme, alors que le conservatisme est d’abord attentif à la diversité du monde, c’est-à-dire à la diversité des peuples,des États, des religions, des civilisations. Strauss nous met sur une bonne piste, même si je parlerais quant à moi de la distinction entre progressisme et conservatisme. Le conservatisme, autrement dit, est une philosophie politique des médiations et de l’enracinement, il s’intéresse à l’homme situé, et rappelle que si l’aspiration à l’universel est constitutive de la condition humaine, elle ne saurait faire l’économie d’un ancrage particulier.

On peut et doit tirer quelques conséquences politiques de cette définition, notamment l’ouverture à la diversité des régimes, dans la mesure où on ne saurait soumettre l’humanité dans sa pluralité à un modèle politique unique, unificateur et homogène. Cela nous conduit à la question centrale de la démocratie. Il y a plusieurs manières de traduire cet idéal et on ne saurait décréter qu’une seule est valable : la France, la Grande-Bretagne, le Québec ou les États-Unis, par exemple, ont historiquement donné des traductions distinctes à l’idéal démocratique. Nous avons tendance à l’oublier aujourd’hui, toutefois. Nous subissons à grande échelle une forme de standardisation intellectuelle, comme s’il fallait fondre l’humanité dans un seul moule. La démocratie, toujours, doit tenir compte de l’expérience historique et de la psychologie politique du peuple auquel on la destine, ce que savait, au XXe siècle, un homme comme le général de Gaulle. On fait erreur lorsqu’on suppose que la démocratie doit se définir exclusivement dans les paramètres très étroits où veut l’enserrer le progressisme contemporain. La prétention qu’a l’Union européenne, par exemple, à surplomber les pays européens pour les soumettre à un corset idéologique toujours plus contraignant est même, à mon avis, fondamentalement antidémocratique. Sa manière de faire passer une forme de despotisme bureaucratique et juridique pour l’expression la plus avancée de l’État de droit est quelque peu orwellienne. Il y a de même quelque chose d’un peu aberrant à parler dédaigneusement de populisme pour désigner ceux qui en appellent à une revitalisation de la souveraineté populaire.

Quel est votre auteur référence en matière deconservatisme ?

Je ne suis pas certain de pouvoir répondre à cette question, pour une raison simple : il n’y a pas de Marx du conservatisme. Nous ne sommes pas devant une doctrine théorisée par son prophète, d’autant que le conservatisme ne se présente pas comme une idéologie universellement valable, dont on pourrait déduire une pratique politique partout applicable, mais comme un rapport au monde, sensible, comme je vous le disais plus haut, à sa diversité constitutive.Le conservatisme n’est pas une idéologie moderne parmi d’autres, qui propose de modeler le monde pour le soumettre à une utopie qui représenterait le stade final de l’histoire humaine, enfin délivrée de ses contradictions, mais une philosophie qui nous invite justement à habiter un monde tragique, où l’homme a un besoin vital d’enracinement, où le sens de la transcendance n’a pas pour vocation de déboucher sur la construction d’une cité idéale, qui serait aussi étouffante que policière – car que faire une fois la société idéale construite, sinon persécuter et punir ceux qui refusent de participer à l’adoration du paradis sur terre enfin réalisé ? Le conservatisme nous rappelle que l’histoire est toujours ouverte. Le conservatisme nous invite aussi à explorer les invariants anthropologiques de la condition humaine, ceux qui la structurent intimement, ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu’il entende bloquer les évolutions, car il n’entend évidemment pas muséifier l’existence, mais empêcher sa désincarnation, qu’entraine inévitablement une vision faussée de l’émancipation. Mais je n’esquiverai pas votre question : de grands auteurs conservateurs, il y en a. Je pourrais évidemment vous parler de Burke, de Chateaubriand, de Chesterton, ou chez les contemporains, de Roger Scruton,de Pierre Manent, d’Alain Finkielkraut ou de Soljenitsyne.Chacun d’eux nous permet de ressaisir la tradition conservatrice, et plus profondément, de pousser plus loin notre compréhension de l’aliénation moderne ou hypermoderne. Mieux vaudrait peut-être faire une liste des ouvrages indispensables de l’histoire de la pensée conservatrice. Elle serait passionnante à faire !

Qu’est-ce que cette notion de « déconstruction obligatoire » ? En quoi le conservatisme s’oppose-t-il à cette idée ?

Notre temps est obsédé par la répudiation de l’héritage. Le fondamentalisme de la modernité pousse l’homme à céder au fantasme de l’autoengendrement, et pour cela, il doit s’extraire de sa condition historique, comme s’il devait se laver du terrible péché d’avoir appartenu à la civilisation occidentale, une civilisation maudite. Alors il faut tout déconstruire au nom de ceux qui auraient été autrefois refoulés dans les marges. Les minorités jouent aujourd’hui à gauche le rôle idéologiqueque jouait autrefois le prolétariat : il s’agit de la catégorie mythique sur laquelle on s’appuie pour faire un procès sans concession à la civilisation occidentale. On décrète le caractère toxique de l’héritage, et dès lors, il faut s’en libérer : on ne veut plus voir dans les grandes œuvres que racisme, sexisme, homophobie, xénophobie, transphobie et compagnie.C’est ce que l’historien français Michel de Jaeghere, nomme la haine des pères. Aujourd’hui, le système médiatique fonctionne au procès perpétuel du grand méchant de notre temps, l’homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans, qui incarne le mal dans l’histoire. Le rêve du grand recommencement habite la modernité, comme s’il fallait repartir le monde à zéro, pour rationaliser intégralement l’existence humaine, comme si la tradition n’était qu’un résidu irrationnel, un débris, qu’on pouvait balayer pour avoir une existence absolument transparente, absolument maîtrisable aussi, comme la technoscience nous le promet. C’est ce qui fait que la modernité a autant de mal avec le concept de peuple : la modernité démocratique a d’abord dû s’incarner dans un demos historique, concret, mais elle cherche désormais à s’en passer. Le droit à la continuité historique est aboli : nous sommes apparemment tous des immigrants, ce qui consiste, pratiquement, à expulser mentalement les nations occidentales de leurs pays respectifs, pour les transformer en communautés parmi d’autres qu’on doit dépouiller de leurs privilèges symboliques et sociaux, au nom de la lutte contre le racisme systémique ou le racisme d’État. Quand une nation s’insurge contre cette dépossession grave, on l’accuse alors d’entretenir un rapport néocolonial avec les populations issues de l’immigration. Étrange renversement de définition : autrefois, le colonialisme consistait à imposer sa culture chez les autres. Aujourd’hui, cela consiste à l’imposer chez soi.

Assiste-t-on à une société française qui est victime d’une sorte de « grande noirceur » (expression que vous avez utilisé sur France culture), une perte partielle de son histoire et de son patrimoine ?

La France a le sens de son histoire, elle l’habite encore à travers une mythologie politique très particulière, incomparable, mais on peut dire sans risque de se tromper qu’une partie des élites françaises est tentée depuis un bon moment par la liquidation de l’identité française. Ces élites rêvent d’une France aseptisée, neutralisée, dénoyautée. Les uns voudraient en faire une simple province de l’empire européen, les autres une copie francophone de l’Allemagne, sans oublier les américanolâtres qui s’imaginent que la France se modernisera vraiment lorsqu’elle mimera la Californie à la manière d’une nouvelle start-up nation. Tout cela est attristant. La France a son génie propre, une histoire de 1500 ans, un rapport au politique tout à fait singulier, une manière de penser les rapports entre les sexes d’une grande sophistication, un art de vivre qui ne se laisse pas dissoudre dans les prescriptions de l’hygiénisme contemporain, d’importation nord-américaine. Elle devrait y puiser pour résister à la mondialisation et à son américanisation mentale.

Le conservatisme ne représente-t-il pas une solution efficace à la crise écologique ?

Je ne suis pas certain qu’une doctrine en soit peut suffire pour nous permettre d’aborder cette crise majeure, mais on reconnaîtra néanmoins que la pensée conservatrice, et même, disons-le, la pensée réactionnaire, a eu la première l’intuition du caractère destructeur de la modernité, qui entend soumettre le monde à une planification rationnelle intégrale, comme s’il n’était qu’une matière d’une plasticité intégrale, ce qui pousse en fait à sa destruction. Ils se désolaient du saccage de la beauté du monde. Les écologistes contemporains, trop souvent, ne veulent pas entendre parler de ça : ils veulent sauver la planète, Gaïa, et traitent l’homme comme s’il s’agissait d’un parasite l’encombrant. Plusieurs n’aiment pas l’homme et le maudissent : ils l’accusent de violer la planète, et s’imaginent même, dans le cadre de la présente pandémie, que la planète se défend contre lui avec le virus. Le conservatisme voit les choses autrement, et nous invite à nous assurer que la planète demeure habitable pour l’homme, qu’elle demeure un milieu hospitalier pour la civilisation qu’il veut y construire. Il nous faut rompre avec l’idée d’un monde jetable, friable, éphémère, qui se veut à l’avant-garde de la modernité, mais qui est étranger à l’âme humaine, qui ne s’épanouit que dans un univers durable, dont on peut hériter et que l’on peut transmettre, en l’améliorant. Rien ne se démode plus vite que l’hypermoderne, qui pousse à l’agitation permanente.

Bertrand Badie l’a expliqué, le citoyen actuel possède de multiples allégeances envers des états mais également des entrepreneurs identitaires, peut-on conserver une identité nationale dans ce monde globalisé ?

On le peut et on le doit. Bertrand Badie tient ici un discours terriblement daté, qui était à la mode dans l’université nord-américaine dans les années 1990 alors que les étudiants se faisaient répéter d’un cours à l’autre que nous étions entrés dans le monde des identités multiples. Ce qui caractérise l’individu contemporain, c’est moins la diversité de ses allégeances qu’une forme d’instabilité psychique grave, qui est à la fois la cause et la conséquence de dérèglements culturels profonds et de névroses de plus en plus manifestes. L’homme a besoin de repères pour s’inscrire dans le monde et y évoluer librement. Il a besoin de rites, de symboles qui structurent son univers mental. Aujourd’hui, on veut le faire douter de tout et on veut le soumettre à l’imaginaire du flux perpétuel qui pousse au renversement de tous les cadres anthropologiques, mêmes ceux qui nous semblaient les plus assurés. Nous en venons même, avec la théorie du genre, àdouter de l’existence de l’homme et de la femme, comme si l’individu devait s’autoengendrer intégralement, et que la culture n’avait rien à voir avec la nature! Il y a quand même quelque chose de stupéfiant à vouloir faire de l’indétermination sexuelle la nouvelle norme dans la définition de l’identité personnelle – comme si le masculin et le féminin étaient réactionnaires puisqu’ils nous assigneraient à une identité fixe, bridant notre créativité personnelle. On pourrait aussi parler de l’immigration massive, qui entraine une mutation démographique sans précédent dans les sociétés occidentales, en les déstabilisant profondément, en plus de créer des tensions de moins en moins contestables, même si le système médiatique fait tout pour en neutraliser la représentation. Tout cela pour dire que la nation demeure le cadre fondamental de l’expérience démocratique. Je constate par ailleurs qu’on nous répétait depuis trente ans que l’identité nationale était déphasée, et qu’elle n’était plus que le refuge symbolique de catégories sociales déclassées par la mondialisation : on redécouvre aujourd’hui sa vigueur, et on constate aussi qu’elle est structure encore fondamentalement le rapport de l’homme au monde.

L’idéologie libérale a-t-elle une tendance intrinsèque à s’opposer au conservatisme ?

Tout dépend de ce qu’on entend par libéralisme. Ce terme est victime de ses nombreuses définitions contradictoires. Quant à moi, je ne le condamne pas, je le revendique, même, dans la mesure où je me réclame de la démocratie libérale, que je définis à la manière d’un régime qui entend équilibrer la souveraineté populaire et les libertés publiques. Traditionnellement, comme l’a bien démontré Daniel Mahoney, la démocratie libérale était consciente de ses fondements conservateurs, de ses fondements civilisationnels. Elle était consciente de ne pas évoluer dans le vide. En la matière, il faut lire et relire Raymond Aron, un très grand philosophe politique, dont l’œuvre éclaire remarquablement notre temps. Hélas, ce qu’on fait passer aujourd’hui pour la démocratie libérale ressemble bien peu à la démocratie libérale telle qu’on la définissait historiquement. La démocratie libérale est victime d’un détournement de sens : on l’assimile à l’abolition des frontières, au supranationalisme, au culte du marché, à l’idéologie des droits, à la déconstruction de la nature humaine par la théorie du genre, au multiculturalisme et au gouvernement des juges. On cherche à faire passer pour la démocratie libérale un régime qui la nie et qui plus est, travaille inlassablement à la rééducation de la population, soumise à une entreprise de réingénierie sociale et symbolique permanente, pour transformer intimement son identité et fabriquer un nouveau peuple, ayant pleinement intériorisé les prescriptions idéologiques du régime diversitaire et censurant ce qui en lui pourrait lui rappeler le monde d’hier autrement qu’à la manière d’un mauvais souvenir. Il s’agit d’une fraude intellectuelle. Plus encore, le régime diversitaire se montre idéologiquement très autoritaire et ne cesse de réduire le domaine de la liberté d’expression, en multipliant les lois liberticides au nom de la lutte contre «l’intolérance» et les propos «haineux», qui sert surtout, dans les faits, à proscrire la dissidence politique et à criminaliser symboliquement le conservatisme en le faisant passer pour le masque doctrinal d’une pulsion mortifère, qui voudrait mutiler les êtres humains en les soumettant aux effrayants démons du passé. La loi Avia est la dernière en date, mais elle n’est pas la seule : rappelons-nous du pacte de Marrakech qui en appelait à la proscription des discours critiques de l’immigrationnisme et du multiculturalisme. Est haineux ce qui s’oppose frontalement au progressisme, nous l’avons compris. Où est le libéralisme dans cette volonté de conditionner idéologiquement l’opinion et de traquer tous les déviants intellectuels en allant même jusqu’à les condamner en plus de les transformer en parias qu’on ne mentionnera dans l’espace public qu’à la manière de personnages controversés, qu’il faut affubler des pires étiquettes pour mettre la population en garde contre eux? Où est le libéralisme lorsqu’on assiste à l’hégémonie des pires sectarismes idéologiques dans les milieux universitaires? Ce sont les conservateurs, aujourd’hui, qui défendent les vertus authentiques du libéralisme.

Est-ce que le conservatisme est un réel marqueur du clivage gauche / droite – certains considérant que le clivage français bascule désormais sur un clivage conservateurs / progressistes ?

Le clivage gauche-droite fonctionne à l’avantage exclusif de la gauche : c’est elle qui le fonde en refoulant à droite ceux dont elle ne veut pas, ce qui fait de la droite, fondamentalement, un rassemblement de proscrits, qui n’ont en commun que de ne pas être de gauche, ou d’être rejetés par elle et qui se demandent alors s’ils ont des points communs. C’est la gauche qui décide qui est de droite – d’ailleurs, elle ne cesse de chasser de ses rangs ceux qui ne suivent pas le rythme de son évolution. Nous connaissons tous de ces intellectuels hier encore de gauche, mais dont la gauche ne veut plus, et qui ne cessent de pleurer pour cela ce qu’est la gauche devenue, comme s’il existait une gauche authentique à laquelle nous pourrions tous revenir, et à laquelle ils pourraient enfin appartenir. En politique, le principal souci de l’homme de droite, d’ailleurs, consiste souvent à donner des gages à la gauche, pour demeurer à l’intérieur du périmètre de respectabilité qu’elle a tracé dans le domaine public. Qui s’en éloigne et transgresse les interdits progressistes du moment risque immédiatement sa diabolisation, son extrême-droitisation. On lui prêtera une sale odeur en le disant nauséabond et sulfureux. En d’autres mots, la droite, pour être admise dans la conversation publique, doit être soumise et se contenter d’évoluer dans le périmètre étroit de la pensée gestionnaire et moderniste, où on saluera alors son humanisme, surtout si elle dénonce ceux qui se rendent coupables au même moment de «droitisation» – elle doit constamment faire la preuve de sa vigilance contre ceux qui, dans son camp, voudraient confronter directement l’hégémonie progressiste.

Vous l’aurez compris, à mon avis, il faut s’extraire, je crois, du clivage gauche-droite qui est intellectuellement stérile et politiquement désavantageux et qui condamne ceux qui bl’acceptent à se placer sous la surveillance idéologique de la gauche. Plus encore, il faut le démonter et montrer comment il contribue à l’appauvrissement existentiel de la démocratie en la soumettent à une forme de progressisme obligatoire qui neutralise le politique et condamne nos sociétés à toujours se soumettre à un mouvement de déréalisation et de désincarnation au nom d’une vision du progrès définie à peu près exclusivement par les franges les plus radicales de ce qu’on appelle la gauche. Si le conservatisme doit servir à quelque chose, c’est à définir une pensée politique qui se formule dans ses propres termes, et qui cherche à restaurer les fondements anthropologiques et historiques de la communauté politique. Cela implique de montrer comment le régime diversitaire dénature la démocratie. De la restauration de la souveraineté populaire à la revitalisation de l’identité historique des nations occidentales, en passant par la déconstruction du multiculturalisme d’État, la critique de l’immigration massive, la restauration de la liberté d’expression et la réhabilitation d’une nécessaire continuité culturelle dans notre rapport à la civilisation occidentale et le démantèlement des méthodes de l’État thérapeutique et rééducateur, le conservatisme peut s’engager dans une vaste entreprise intellectuelle et politique. Il ne devrait pas se soucier exagérément de plaire à ceux qui, de toutes façons, le maudiront.

Propos recueillis par Paul Gallard

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