(Interview) Sabrina Arnal. L’UJP publie un rapport sur le système scolaire français. Pour quelles conclusions ?

Les équipes de la Commission Education de l’Union des Jeunes pour le Progrès publient aujourd’hui un rapport sur le système scolaire français et avancent une série de propositions pour refonder l’Ecole. Entretien avec Sabrina Arnal, Présidente de l’UJP.

En quoi consiste ce rapport ?

Ce rapport est le fruit d’un travail collectif effectué dans le cadre de la Commission Education de l’Union des Jeunes pour le Progrès. Dans une volonté d’inclure des jeunes de tout le territoire français dans une démarche de réflexion sur l’avenir du système scolaire, nous avons organisé ce travail à l’issu duquel est publié le présent rapport, qui est divisé en deux parties. La première consiste en une réflexion sur les inégalités scolaires et sur les enseignements à l’école (avec une grande partie consacrée au numérique). La seconde est une partie consacrée à la formulation de propositions, qui répondent à différents volets abordés dans l’exposé précédent.

Pourquoi le sujet de l’éducation ?

D’abord, parce que c’est un sujet qui concerne directement les jeunes, qui constituent à la fois le public auquel nous nous adressons et notre composante. Ensuite, parce que nous considérons que l’Ecole est la clef d’une société apaisée. Un pays dans lequel le système scolaire est défaillant verra des générations entières pâtir des inégalités qu’elle a alimentées elle-même. Enfin, parce que nous avons conscience que la société française est d’une certaine manière fracturée, et que cette fracture est, entre autres choses, le fruit des carences d’un système éducatif qui ne parvient plus à agir comme un ascenseur social, à compenser les inégalités sociales par le savoir, à permettre, en bref, l’émancipation individuelle.

Quels ont été vos interlocuteurs privilégiés ?

Nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec des professeurs issus de tout le territoire et enseignant à différents niveaux. Nous avons également discuté avec des élus nationaux et locaux, hauts-fonctionnaires, acteurs du terrain. Cela nous a permis d’avoir une vision précise de l’état de l’école, notamment dans les milieux ruraux. Ce travail a été possible grâce à l’investissement de jeunes issus de différentes régions, qui ont pu auditionner ces acteurs sur place et nous transmettre leurs comptes rendus.

Suite à l’état des lieux que vous avez établi, quels sont les plus importants dysfonctionnements de l’Ecole ?

Le premier dysfonctionnement qui est, à mon sens, le plus essentiel, est que l’Ecole n’agit plus comme un ascenseur social. Un professeur nous a confié que selon lui, l’Institution est « une béquille, plus qu’un tremplin ». C’est extrêmement révélateur du malaise qui traverse le corps enseignant, confronté quotidiennement aux carences que j’évoquais plus haut. Il faut garder en tête que dans certaines régions, certains quartiers, les professeurs font face à une misère sociale qui alimente les difficultés scolaires, au point qu’elles deviennent parfois immuables.

Ensuite, les gouvernements successifs ne se sont pas assez penchés sur la question de l’école rurale, si bien qu’il existe aujourd’hui une rupture deux réalités. D’un côté, la France rurale est victime de la conduite de politiques « parcellaires » – pour reprendre les termes du rapport Azéma/Mathiot « Territoires et Réussite » – ignorant les besoins éducatifs particuliers de ces zones. D’un autre, la France urbaine voit exploser les inégalités entre les établissements classés prioritaires (REP et REP+) et les autres.

Enfin, nous nous sommes penchés sur les enseignements dans les classes de collège et de lycée. On entend souvent les gens comparer le niveau des élèves des années 70/80 à celui des élèves d’aujourd’hui. Mais on oublie souvent que si le niveau a incontestablement baissé, c’est précisément parce que les exigences et priorités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. La massification scolaire a eu pour effet de réviser à la baisse le contenu des programmes. Les réformes successives, répondant à des logiques très politiques, ont consacré la valorisation de la langue française dans sa fonction communicationnelle ou encore l’histoire comme clef de lecture du monde contemporain. Il y a un changement de paradigme qu’on ne peut ignorer et il est à notre sens inexact de dire que les élèves d’aujourd’hui sont moins bons parce qu’ils sont fainéants. On ne peut pas non plus ignorer que la question du niveau scolaire est étroitement corrélée à celle de la culture de l’évaluation, qui a évolué ces dernières années.

Quelles sont les propositions de votre rapport que vous souhaitez mettre en avant ?

En deuxième partie du rapport, nous proposons des pistes pour refonder l’Ecole, sur la base de cinq thèmes (Réduire les inégalités, repenser le rapport au savoir, valoriser le mérite, démocratiser les choix d’orientation et former au numérique).

La décentralisation accrue de l’Ecole est selon nous une proposition centrale. Nous pensons que pour réduire les inégalités, il faut inscrire davantage les politiques éducatives dans les territoires. Nous proposons, à titre d’exemple, d’affiner le zonage des REP et de promouvoir un système que nous avons appelé « internats prioritaires », sur le modèle des internats d’excellence.


Ensuite, nous souhaitons que le mérite retrouve une place centrale dans le processus d’évaluation des élèves. Ainsi, nous proposons la systématisation des classes passerelles du soir pour les élèves en difficulté, et souhaitons encourager le tutorat étudiant.

Enfin, nous avons consacré une partie de notre rapport à une réflexion sur l’enseignement du numérique à l’Ecole. Nous proposons d’inclure une dimension numérique dans les savoirs classiques. Par exemple, nous pensons qu’il serait intéressant de former les lycéens à l’utilisation de logiciels d’analyse textuelle, notamment lorsqu’ils étudient les procédés argumentatifs en français.

Qu’attendez-vous de la publication de ce rapport ?

Nous espérons avant tout qu’il sera lu par des jeunes et que le projet que nous avons mené à terme les poussera à s’engager dans une démarche similaire de réflexion et de proposition.

Nous espérons aussi qu’il fera réagir la classe politique et qu’il serve de base à des échanges sur des questions concrètes et urgentes.

Liste des jeunes ayant participé à ce rapport:

Sabrina Arnal, étudiante à SciencesPo Saint-Germain en Laye.

Alexis Lorendeaux, étudiant à Paris I Panthéon-Sorbonne

Gauthier Dabout, étudiant à Paris II Panthéon-Assas

Chris Manieri Bigorgne, doctorant

Thomas Croizé-Pourcelet, étudiant à l’Université de Nanterre

Guillaume Vicenti, étudiant à l’EDHEC

Robin Dubreuil, étudiant au Lycée Chabrillan

Adéléké Kossou, agent contractuel et doctorant en droit

Quentin Taieb, étudiant à l’Université Jean Moulin Lyon 3

Lire le rapport

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s