(Réflexion) Se connaître, c’est essentiellement connaître son passé et son histoire qui sont indispensables pour construire l’avenir.

La crise sanitaire évaporée, on nous avait promis un monde meilleur, celui du « jour d’après ». De cette infection respiratoire, nous sommes passés aux derniers mots de George Floyd, « je ne peux plus respirer », étouffé à mort par un policier à Minneapolis. Ce vent américain de crime raciste est venu frapper aux portes de la France de façon sournoise, en mélangeant l’affaire Traoré, les actions des forces de l’ordre, et bien évidemment la politique. Justice, police et politique saupoudrées de racisme, la belle affaire. Tels sont les pièges, car les pays, les situations, les histoires et les circonstances sont totalement différentes.

Le premier piège est de laisser penser qu’il existerait en France, le sentiment qu’une race serait supérieure à une autre, ce qui reste inquiétant, parce que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » jugeait Camus. Cette phrase décrit étonnamment bien la situation dans laquelle se trouve l’actuel gouvernement et le pays que ce dernier est censé diriger. Les mots deviennent des maux, car le sens du mot racisme s’est lourdement déformé par l’idéologie de la bien-pensance, utilisé dans tous les domaines, sur la race, la religion, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, la classe sociale. Là où le sens de discrimination, d’injustice, d’iniquité conviendrait le mieux.

Et soutenir que « l’Etat produit du racisme » dixit Rokhaya Diallo, c’est une fois de plus mal nommer les choses. On ne peut emmêler les institutions et des décisions de justice pour en sortir une telle conclusion, pour en faire un raccourci aussi simpliste. Il existe encore, malheureusement des comportements individuels discriminatoires. Néanmoins, l’Etat et la société française ne relèvent pas d’un « racisme systémique ». C’est la politique qui a été appliquée depuis des décennies qui porte les germes ce que nous vivons. Dès les années 80, le mitterrandisme a instrumentalisé l’immigration et la main d’œuvre en imposant cette forme d’antagonisme pour nourrir son meilleur ennemi électoral de l’époque, le Front National. Depuis, le « voter contre » est devenu la doctrine. Et la juste réplique de Bossuet « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. », reste encore d’actualité. Le naufrage du socialisme est ici : la création de ses propres mains la discrimination systémique.

Aujourd’hui, ce n’est pas une fracture raciale ou religieuse dont le tribunal gauchiste de la pensée cherche à nous faire croire, c’est une fracture sociale intrinsèquement liée à une fracture démocratique dont les gilets jaunes envoyaient déjà les premiers signaux. Une crise de citoyenneté. Que reste-t-il du Grand débat ? Un grand désert.

Le renoncement, le clientélisme, l’achat de la paix social, l’abandon, la déchéance, la création de lois individuelles au détriment de l’intérêt général ont contribué largement à ce déchirement par la naissance du communautarisme. La culture du « dé », initiée par le socialisme, dérivée du progressisme, appuyée par la bien-pensance a construit cette forme de déconstruction, et ce, dès l’école, où la « désinstruction » sévit à plate couture jusqu’au sein de nos universités. On désinvite des personnalités publiques dans les facultés pour annihiler tout débat. Serait-ce à Voltaire, ce défenseur de la liberté d’expression, que l’on en veut ?

Le deuxième guêpier se pose sur les forces de l’ordre et la remise en cause sécuritaire.

Le discours du 9 juin par le ministre de l’Intérieur laisse pantois, tant il est nourri de balourdises et de fausses manœuvres. 

Dans un premier temps, sur « le soupçon avéré d’acte ou de propos raciste ». Effectivement, il existe des comportements discriminatoires qui doivent être sévèrement punis, cependant on ne peut englober et condamner toute la police.

Dans un deuxième temps, sur « l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent ». Ce serait sur le coup de l’émotion qu’il n’existerait plus de règles, plus de souveraineté, plus de lois, au fond cela sonnerait comme la fin de la démocratie. En poussant ce raisonnement à l’absurde, on pourrait alors se demander s’il est utile de voter ?

Les forces de l’ordre sont épuisées, manquent de moyens et sont en proie à un profond malaise, car constamment prises pour cible d’une forme de violence de plus en plus féroce.

Depuis trop longtemps, la police souffre de cette instrumentalisation politique avec ses brebis galeuses. Et faire croire comme Jean-Luc Melenchon que les suicides au sein des forces de l’ordre sont liés au racisme des collègues, démontre une réelle méconnaissance de ce métier. Ajouter l’idée de vouloir désarmer la police est encore une idée folle.

Une grande vague de paupérisation s’abat sur notre société. Les houles imprudentes politiques, idéologiques, numériques et médiatiques érodent les remparts de notre République. La paix civile et l’Etat de droit restent les fondations d’une démocratie, et la citation de Pascal « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique » illustre ce concept. Mais quelle justice pour quelle force ? Lorsque l’Etat de droit est lourdement altéré par la pléthore de lois de circonstances. Et quelle force pour quelle justice ? Lorsque l’état des moyens matériels et l’état de santé des forces de l’ordre sont chancelants ?

L’affaire Traoré soumise à la lenteur de la justice n’est pas une affaire de racisme, il est devenu un tremplin politique pour les ennemis de l’Etat de droit. C’est sous l’égide de l’émotion dictée et exacerbée par les réseaux sociaux, puis relayée par les médias sans aucune réflexion intellectuelle, en balayant les racines de l’histoire que la République doit faire face. Et le désert avance.

Enfin, et non des moindres, les troisièmes dardières résident dans ces degrés d’inclinaison des corps et des têtes s’opérant dans la génuflexion de manière insidieuse sur un sentiment de repentance pour des actions qui ont déjà vécu et qui ont modelé le pays. L’histoire nous apprend, mais la faire ressusciter, la transposer à notre époque reste inconcevable. Nous ne pouvons nous excuser de faits innommables que nous n’avons pas vécu. Pourquoi obliger les blancs à se justifier de l’être ? Les disciples de la bien-pensance alimentent cet enfer en tronquant l’histoire, par ce jeu manichéen où l’on se sert à la carte. On choisit ce qui est bien ou ce qui est mal. Une histoire sans début ou sans fin s’apparente au désert de l’écriture.

On essaie de remettre en cause l’histoire de France, d’occulter, voire de censurer les périodes qui gênent, dans le but de réécrire l’histoire. Déboulonner, souiller, vandaliser les statues n’y changeront rien. Oublier qui nous sommes est loin d’être la solution pour régler les problèmes sociaux. On s’étonne alors, lorsqu’un ancien Premier ministre socialiste, Jean-Marc Ayrault ayant occupé l’hémicycle pendant plus de trente ans, appelle à débaptiser la salle Colbert de l’Assemblée Nationale. L’opportuniste n’a pas de limite, « c’est même à ça qu’on les reconnaît », pour reprendre Audiard.

Par un jeu d’amalgames tiré et trié sur le volet dans les coulisses politiques, on se met à tout confondre dans une spirale devenue infernale. Le racisme, l’histoire, la liberté, la République, tout est condensé sous des formes de symboles qu’on essaie de déconstruire, de décontextualiser ou de nous soumettre.

La projection d’Autant en emporte le vent annulé, le prix Laura Ingalls débaptisé, les statues déboulonnées, mais pour quelle cause ? Comme le disait Victor Hugo : « Le théâtre peut être libre de deux façons, vis-à-vis le gouvernement qui combat son indépendance avec la censure, et vis à vis le public qui combat son indépendance avec le sifflet. Le sifflet peut avoir tort ou raison. La censure a toujours tort. » 

Quelle est cette nostalgie mortifère qui ronge les perspectives d’un monde meilleur ?

Est-ce cette pensée qui a pris ces racines en Mai 1968, sous le slogan : « Il est interdit d’interdire » qui se ment manifestement à elle-même. Finalement, elle n’enseigne que le mépris de la tolérance. L’idéologie du genre, de l’absurde, de la désinvolture et de l’étouffement rendent une vision sombre et victimisatrice de la société où l’horizontalité bat son plein. Le progressisme désaimante le réalisme et l’idéalisme, faisant régresser ainsi l’intelligence, faisant ainsi l’affaire du populisme.

Et tant que l’on n’aura pas répondu aux causes du populisme, ce dernier continuera de monter, et le progressisme l’aide sans commune mesure. Dans quel avenir pourrons-nous nous inscrire, dans quel collectif ? Il y règne une inquiétude sociale et identitaire. Dans quel horizon pouvons-nous nous projeter collectivement en tant que Nation ?

Le désert avance. Quand le désert avance, l’air y devient de plus en plus irrespirable, il n’y a ni amour, ni haine, ni lumière, ni ténèbres, ni silence, ni zizanie, ni passé, ni futur. Le néant ne s’occupe plus du vivant, il le ronge à petit feu. Mais il existe des déserts où poussent des fleurs, car la nature a sa part d’espérance. Construire son avenir sous-entend que l’on élabore des projets de manière réfléchie, sans s’en remettre au hasard, à l’approximation, à la spontanéité du déchaînement ou à l’humeur du moment. Certes, la volonté et le libre arbitre jouent un rôle important dans ces projets d’avenir. Mais pour faire les bons choix, il est nécessaire de se connaître soi-même. Or, se connaître, c’est essentiellement connaître son passé et son histoire qui sont indispensables pour construire l’avenir. Notre destinée est liée à chaque individu quelles que soient ses origines, quels que soient les chemins parsemés de ruines. Nous devons les traverser ensemble dans ce bruit assourdissant bercé par une démocratie fluidifiée où toutes les temporalités s’entrechoquent dans les abysses. Mais l’obscurité porte en elle la lumière et ces rayons traverseront chaque interstice des murs sombres pour éclairer enfin nos ruines, pour redevenir citoyen, non pas comme individu concret mais comme sujet de droit, et ainsi refaire communauté.

 André Missonnier 

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