(Interview) Véronique Louwagie, « Il faut avoir le courage de donner plus de liberté à nos entreprises ».

Véronique Louwagie est députée Les Républicains de la 2 -ème circonscription de l’Orne.

Quel est le grand enseignement de cette crise en matière économique ?

Nous étions un certain nombre à dénoncer, au niveau de l’Assemblée nationale, la grande fragilité économique de notre pays. Cela se confirme. La dépense publique n’a d’ailleurs cessé d’augmenter depuis plusieurs années. La France est même championne d’Europe des dépenses publiques. Nous avons un record européen de prélèvement obligatoire dans la zone euro, assorti d’un des pires déficits, avec une dette de 100 % du PIB avant la crise. Des points que dénoncent les députés Les Républicains depuis longtemps. La crise a montré effectivement que ces éléments nous mettent en difficulté. Dans cette période de crise, nous aurions dû être mieux armés et nous avons été beaucoup plus touchés que nos pays voisins.

Quels sont les grands perdants de cette crise ? Les milieux à soutenir d’urgence ?

Tous les milieux ont été touchés dans cette crise, mais d’une manière différente. Des pans économiques peuvent se remettre sur pied plus facilement que d’autres, je pense au secteur du bâtiment. Un secteur très fortement impacté pendant les récents événements – les activités ont été stoppées durant la crise – mais on remarque que cette activité à un niveau de résistance important, car elle repart plutôt bien. En revanche,c’est plus compliqué pour d’autres secteurs, l’exemple de l’industrie automobile ou de la métallurgie est flagrant. Ils ont besoin de soutiens forts car l’activité a du mal à repartir. Ensuite, tout ce qui est restauration, événementiel, tourisme, ont été touchés très fortement. Nous devons leur apporter une aide importante. Je suis très inquiète pour les discothèques qui n’ont toujours pas le droit de rouvrir. Pour répondre à votre question, je pense qu’il faut apporter un soutien secteur par secteur, une aide adaptée à chacun des secteurs et leurs besoins. Par exemple pour la restauration / traiteur il faut aller vers une annulation de charges beaucoup plus importantes que ce qui a été décidé par le gouvernement, car leur activité est très réduite.

Jean Castex a annoncé un plan de 40 milliards d’euros consacré à la reconstruction de l’industrie, est-ce suffisant ?

C’est un montant important. Ça n’est pas négligeable. En revanche, cela dépend surtout de la manière dont les 40 milliards d’euros seront investis. L’industrie a besoin de récupérer une certaine compétitivité. Pourquoi avons-nous perdu notre industrie ? La réponse est simple : nous avons un gros problème de compétitivité. Une chose à ajouter, c’est la perte de savoir-faire liée à un manque de formation, il faut les retrouver. L’enjeu est énorme, il faut donc ajouter des moyens financiers, mais aussi apporter des réponses aux demandes des filières industrielles. Je pense à la diminution des impôts de production qui est une demande régulière, et surtout, indispensable pour relancer notre industrie et retrouver une certaine compétitivité. Il faudra un plan de soutien en matière d’apprentissage, d’alternance, afin de remettre en valeur tous ces métiers et attirer des jeunes talents dans ces voies. Tout cela ne sera possible qu’en trouvant un réel équilibre en matière de territoire pour que les industries ne s’installent pas toutes dans les grandes métropoles, ce qui amène des déséquilibres territoriaux. Là encore, il faut des aménagements en matière d’infrastructures routières, ferroviaires, techniques pour que l’ensemble des territoires puissent être retenus, si l’on veut un déploiement industriel sur l’ensemble du territoire, sans en oublier certains. Il faut que ces deniers soient bien utilisés.

Le fait de baisser les charges pour augmenter la production est-il une bonne chose ?

Véritablement, il faut baisser les charges. Nous avons fait beaucoup de propositions dans cette optique. Le parti les Républicains voudrait même la suppression d’un certain nombre de charges. Je pense à la C3S (Contribution sociale de solidarité des sociétés) qui pèse sur l’industrie. Les impôts de production également doivent être allégés comme la CVEA, la CFE, qui sont des taxes avec un coût important, et qui mettent nos entreprises en difficulté face à la concurrence d’entreprises européennes voire extra européennes. Si nous voulons reconstruire notre tissu industriel et conserver les industries qui sont demeurées françaises, cela passera forcément par une réduction d’impôts.

Aide à l’embauche, baisse des charges, n’est-ce pas finalement ce que proposait Les Républicains dans leur plan de relance publié le 2 juin ?

Ce qu’est paradoxal, c’est que nous arrivons au troisième projet de loi de finances rectificative de l’année 2020. Un premier a été produit en avril. Il mettait en place un certain nombre de dispositifs : report des charges, création d’un fond de solidarité, prêt garantit par l’Etat. Déjà, à ce moment, notre parti avait fait des propositions pour que le report des charges fiscales se transforme en un dispositif d’annulation des charges fiscales et sociales. Nous avions proposé aussi que la TVA au niveau de l’hôtellerie et de la restauration soit abaissée à 5,5%. Ces propositions n’ont pas été retenues pour le premier projet de loi de finances rectificative, ni dans le deuxième. En revanche, dans le troisième, nos propositions ont été partiellement reprises, avec une annulation de charges, un certain nombre de dispositifs en faveur de l’apprentissage pour que les jeunes qui sortent des écoles ne soient pas lésés sur le marché du travail. Tout cela ce sont des propositions de notre groupe Les Républicains. Encore une fois, ces dispositions ne vont pas assez loin, cela reste un projet de loi de soutien et non un projet de relance ! Je considère que si l’on attend 2021 pour établir un projet de relance, alors il sera bien trop tard… surtout quand on sait qu’il existe une inertie dans la mise en œuvre des politiques publiques après le vote en assemblée. Je regrette que nous n’ayons pas ce plan de relance dès aujourd’hui.

Comment aider les PME fortement impactées par la crise ?

Toutes les entreprises ont souffert quelles qu’elles soient. En revanche, il est vrai que les PME et TPE, par leur structure, ont des situations plus fragiles. La période que l’on a vécueavec un arrêt intégral de leur activité rend probablement leur redémarrage plus difficile. Le chef d’entreprise est souvent seul. Ce sont par ailleurs ces entreprises qui sont les premiers pourvoyeurs d’emplois, et il est donc important de les soutenir car l’emploi sera un chantier important de l’après-crise. Les PME et TPE, qui nous permettent un maillage de l’ensemble de notre territoire, doivent obtenir un soutien sans failles de l’Etat.

Vous pensez que les grandes entreprises doivent aider l’Etat pour la relance économique ?

Non, je pense plutôt que c’est le rôle de l’Etat. Il doit être auxcôtés du monde économique, et d’autant plus après une telle période de crise. Il doit accompagner tous les pans et toutes les filières, toutes les entreprises quelles que soient leurs tailles. Je pense à des sociétés comme Airbus qui traverse une période compliquée en raison de la baisse du nombre d’achats d’avion. Une structure de cette nature doit aussi être accompagnée pour qu’elle puisse évoluer et maintenir ainsi le plus d’emplois possibles sur notre territoire. Beaucoup d’entreprises dans le domaine des médias ont des difficultés avec la baisse des recettes en publicité et des dépenses qui vont diminuer fortement. Tous les secteurs économiques doivent être soutenus, et même les collectivités territoriales. L’Etat doit être au chevet des uns et des autres, sans exclusions. –

Quelle est pour vous la vision de la droite de demain sur l’économie ?

Il faut avoir le courage de donner plus de liberté à nos entreprises. Libérer le travail aussi, avec une certaine souplesse, mais surtout du pragmatisme. Ce sont ces développements de liberté qui nous permettront de nous doter d’une stratégie de reconquête industrielle. Il faudra pour cela refaire confiance à nos chefs d’entreprises, en leur accordant beaucoup plus d’aides et de soutiens, en particulier par la baisse d’impôt.

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