La droite doit porter une vision ambitieuse de l’Éducation

En France, les gouvernements, de tout bord politique, se succèdent avec un bilan similaire pour l’Education Nationale : le niveau de nos enfants chute inexorablement. La faute à qui ? à quoi ? Non pas aux enfants mais à une politique qui a oublié que l’Education est la première priorité nationale

Chacun se retrouve dans cet objectif, chacun souhaite que l’éducation permette de contribuer à l’égalité des chances. Pourtant, cela fait 40 ans que sous couvert de réformes “pour moderniser l’école” le niveau chute, transformant notre école méritocratique ayant pour vocation d’être un ascenseur social républicain en usine à statistiques.

Pour remédier à cette inexorable chute, il convient d’en identifier les causes et d’en tirer les conséquences.

Les statistiques, un fléau démagogique

Nous ne pouvons parler des statistiques et du niveau décroissant des élèves sans convoquer Jean-Pierre Chevènement qui, sous couvert de louables intentions, déclara en 1985 qu’il fixait l’objectif à 80% d’une classe d’âge au niveau du bac.

Lorsque l’on fixe un objectif aussi ambitieux (qui n’a été atteint que depuis 2012 !) il faut se donner les moyens. Or, l’Education Nationale n’a eu de cesse de subir des réformes afin de réaliser et, pour masquer leurs échecs, les Ministres successifs n’ont eu de cesse de construire une école où apprendre n’est plus une nécessité pour aller jusqu’au bac.

Symbole de cette politique de la statistique, la fin du redoublement décidée par Najat Vallaud Belkacem. Les élèves en difficultés traînent alors d’année en année un boulet qui ne cesse de grossir, puisqu’ils n’ont pas le temps de rattraper ce retard d’apprentissage. Nous arrivons alors à un constat simple : seul un examen anonyme (le baccalauréat) les arrête et met ces élèves au pied du mur, face à leurs lacunes que le système leur a laissé au nom du taux de réussite.

Pour montrer cette volonté de baisser le niveau afin de gonfler les statistiques il suffit de prendre, là encore, exemple sur les textes officiels : durant les contrôles continus en lycée professionnel (et qui arrivent en lycée général) il est demandé à l’enseignant d’évaluer le candidat “quand l’ensemble des compétences requises sont atteintes”. Comprenons alors que s’il n’est pas possible d’interroger l’élève sur des compétences non acquises (ou potentiellement non acquises) l’obtention du diplôme est automatique mais ne reflète pas le niveau réel de l’élève.

C’est en grande partie à cause de cette politique de la statistique que nous voyons, par exemple, le niveau de nos élèves de CM1 chuter lourdement en français. Sur les 15 dernières années nous étions le pays ayant le plus reculé au classement PIRLS. En 2001, 13% des élèves faisaient mieux que la moyenne européenne et 51% étaient en dessous. Aujourd’hui, 3% sont au dessus et 65% au dessous. Le constat est sans appel, nous avons bel et bien baissé le niveau des élèves pour leur permettre de passer de classe en classe. 

Les réformes et le dégraissage du mammouth

 A chaque ministre sa réforme, sa phrase choc, pour laisser son empreinte sur l’éducation nationale. Cependant un leitmotiv persiste : “dégraisser le mammouth”. Baisse du nombre d’enseignant, fermetures de classes et hausse du nombre d’élèves par classe, gel des salaires tout en augmentant les prérequis des enseignants et leur mission. Chaque quinquennat ressemble au précédent. Des réformes dans un ordre incohérent et sans avoir pu évaluer ce qui a fonctionné ou dysfonctionné. Pourtant, l’éducation est la première priorité de l’Etat!

Oui, notre éducation nationale n’est pas efficiente. La droite ne doit pas avoir peur de ce mot. Cependant, ce n’est ni sur le dos des enseignants, ni sur celui des élèves qu’il convient de faire des économies.

Repenser le système

L’école doit redevenir un lieu d’égalité devant les apprentissages, un lieu de progrès qui ne dépend ni du milieu social, ni du lieu où l’on réside. L’école doit “s’efforcer de donner à chacun le maximum d’instruction qu’il peut recevoir en poussant chez lui le plus loin possible son goût d’apprendre, sa curiosité, son ouverture d’esprit, son sens de l’effort.” comme le déclamait Nicolas Sarkozy.

Pour cela, l’école doit être repensée autour de 4 leviers : L’acquisition des savoirs fondamentaux (lecture, écriture, mathématiques), des classes à effectifs raisonnables, de vrais moyens matériels et humains et la fin d’une doctrine pédago-irresponsable verticale.

L’acquisition des savoirs fondamentaux

Nicolas Sarkozy le déclamait si justement en 2012 “Il faudra savoir lire et écrire en entrant au collège”. Nous pouvons aller plus loin, pour sortir de l’école primaire il est nécessaire d’avoir acquis les bases des enseignements fondamentaux (lire, écrire, compter) sans lesquelles aucun savoir, aucune culture ne peuvent être transmis. Notre pays ne peut se satisfaire d’avoir 4% des jeunes de 18 à 25 ans considérés comme illettrés. Le premier devoir de notre Éducation Nationale est donc de concentrer ses efforts pour éradiquer ce fléau.

Pour cela il est nécessaire de repenser les enseignements de l’école primaire. La découverte des sciences, des cultures, de la musique pallient à un déficit d’accès à la culture d’une partie de la population, cependant, ces enseignements se sont construits au détriment des savoir vitaux dans notre société. Qu’un jeune sortant de l’école ait fait de la flûte ne lui permettra pas de trouver une place dans la société si il ne sait pas lire, écrire ou compter correctement.

Aussi, nous devons recentrer l’enseignement primaire sur ce qui fait le socle de notre République, les mathématiques, le français et l’anglais, indispensable dans le monde d’aujourd’hui. L’obligation d’apporter une activité sportive pourrait être transférée dans les temps d’Accueil Périscolaires. Ainsi, non seulement les professeurs des écoles auraient plus de temps pour travailler ces matières fondamentales mais il ne seraient pas confrontés à enseigner des matières pour lesquels ils n’ont aucune formation.

Des classes à effectifs raisonnables

Toutes les enquêtes nationales et internationales le montrent. Les classes à effectif réduit permettent une individualisation du travail et un progrès de tous les élèves. Il n’y a qu’en France que nous cherchons à grossir les classes.

Il faut revenir à des classes humaines où l’enseignant peut s’occuper de chaque élève. Ainsi, il faudrait que le seuil maximal d’élèves dans une classe soit fixé à 20 jusqu’en 3e et 25 en lycée. Si demain les enseignants peuvent agir sur chaque enfant en difficulté, le niveau moyen augmentera non pas grâce à quelques élites mais en résorbant la part de décrocheurs.

Evidemment, cette mesure nécessite de recruter des enseignants de façon massive et non prendre au secondaire pour dégrouper le primaire ou vice-versa. Ce qui nous mène directement aux moyens humains et matériels.

Des moyens matériels et humains à la hauteur des enjeux

L’Education Nationale souffre la maladie de notre fonction publique, la suradministration. Il faut revenir de la politique de suppressions de postes d’enseignants, de surveillants ou d’AESH. Ces personnels sont les garants de la transmission des savoirs. Il est vital d’en recruter en plus grand nombre. Quand on constate, par exemple, le nombre d’élèves en situation de handicap ne pouvant pas bénéficier d’une aide car il est difficile d’en trouver… il serait irresponsable de ne pas mettre en place un plan de recrutement.
Pour pouvoir effectuer un recrutement de qualité il sera nécessaire de mettre les salaires à la hauteur de la charge demandée. Ainsi, enseignant est une des rares professions où on a imposé 2 heures supplémentaires (rémunérées) par semaine (hors professeurs des écoles qui, eux, n’ont pas droit à celà)… tout en ayant un pouvoir d’achat qui baisse et où l’on touche le même salaire et où les heures de réunions sont illimitées et ne donnent pas lieu à rémunération. Quand aux AESH, indispensable au progrès de nos élèves en situation de handicap, ce n’est pas un salaire inférieur à 900€ par mois pour un temps plein qui permet de trouver des candidats.

Les moyens matériels doivent aussi être revus. Les disparités entre les établissements sont parfois surprenantes (certains établissement ont du matériel de chimie qui a… 30 ans !) . Il convient d’harmoniser une liste d’équipements obligatoires afin de s’assurer qu’une qualité d’enseignement minimale soit possible.

En contrepartie, il sera nécessaire de faire des économies, mais nous y reviendront plus tard.

Sortir de la pédago-irresponsabilité

Ce sera la dernière fois de mon propos où je citerai Nicolas Sarkozy qui disait : “à ne plus voir l’éducation qu’à travers le prisme de la psychologie… on ne s’est plus assez appliqué à transmettre” .
Oui, le bien être de l’élève a été mis en avant en lieu et place des savoirs. Il faut sortir de cette logique où il n’y aurait qu’une seule façon d’apprendre, celle dictée par des sachants qui n’ont jamais enseigné (surtout pas avec leur méthodes !) ou n’enseignent plus depuis des dizaines d’années. Nous devons accepter de rendre à l’enseignant sa totale liberté pédagogique. Il est temps de réaffirmer que nul ne connaît mieux ses élèves que l’enseignant et que toute consigne imposant une méthode est contre productive.

En complément, les programmes scolaires doivent être réécrits par les enseignants (le Ministre ne doit pas pouvoir passer outre l’avis du conseil supérieur des programmes) avec une ambition concernant le niveau des élèves et ne doivent pas pouvoir être revus (exceptés à la marge) avant 6 ans, l’équivalent de 2 cycles. Pourquoi? Car, pour évaluer la justesse d’un programme scolaire il faut non seulement qu’il ait été suivi… mais avoir pu constater ce qu’il en reste par la suite! Rien ne vaut l’enseignement du cycle suivant pour connaître les faiblesses des programmes.

Faire des économies

Oui, je le disais, l’éducation nationale n’est pas efficiente. S’il ne faut pas en faire une machine à rentabilité, il faut se questionner sur le fait qu’avec des dépenses au niveau de la moyenne de l’OCDE, nos élèves se trouvent dans la fourchette basse dans les classements. Il convient alors d’effectuer, enfin, la simplification administrative tant attendue par les personnels, de rénover le système informatique (parc et logiciels) et les chaînes de transmissions ascendantes et descendantes qui sont lourdes et lentes (plusieurs mois pour régulariser une paie ou pour toucher sa première paie !). En ayant une administration restreinte car dotée d’outils efficace, il serait possible de réorienter ces financements sur des personnels de terrain, au service des enfants. Les dépenses logicielles peuvent être également drastiquement réduites, sans compter sur les comités théodules créés et rémunérés pour “résoudre des problèmes” dont les enseignant ne voient jamais l’ombre d’un compte rendu… quand ces comités ne sont pas remplacés avant d’avoir fini leur mission (comme par exemple le groupe de travail du projet EOLE).

L’Education Nationale est un investissement pour l’avenir de notre Pays, nous ne pouvons faire l’impasse sur sa refonte et son financement! La droite à trop longtemps délaissé ce pan du régalien, il est temps de montrer qu’elle ne souhaite pas le sacrifier mais le rénover avec ses acteurs de terrains.« 

Romaric Giacomino

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