(Entretien) Maxime Tandonnet, « Les politiques ne sont rien d’autre que les serviteurs de la nation »

Maxime Tandonnet est chroniqueur au FigaroVox et essayiste, il est l’auteur de nombreux essais dont notamment « André Tardieu, l’incompris ». Il était également haut fonctionnaire dans des cabinets ministériels et au cabinet de la Présidence de la République.

Selon vous l’ambiance du pays est-elle anxiogène et ronge-t-elle notre démocratie ?

Oui, je n’ai jamais vu la France dans un tel état. La confiance du pays en ses dirigeants s’est effondrée. Une enquête Opinionway du 25 octobre dernier montre que 79% des Français ont l’intention soit de s’abstenir aux prochaines élections, soit de voter antisystème. La France est plongée depuis dix ans dans la tourmente : vague d’attentats islamistes, crise migratoire, gilets jaunes, chaos de la réforme des retraites, covid 19, et tout cela sur fond de chômage et de violence. A cet interminable naufrage du pays correspond le sentiment d’une déconnexion croissante de sa classe dirigeante. Ce décalage est la source d’un climat de défiance profonde, l’impression diffuse que les hauts responsables nationaux privilégient leurs satisfactions de vanité sur le destin du pays, interdisant ainsi toute perspective d’union sacrée.

Quel regard portez-vous sur la gestion du Covid 19?

C’est toujours délicat de juger la gestion d’une crise par d’autres et je suis absolument incapable d’affirmer que d’autres auraient fait mieux ou pire. Pourtant, l’impression générale est celle d’une équipe désemparée, déstabilisée, à la remorque des événements qu’elle ne maîtrise pas : masques, tests, nombre de lits en réanimation, petits commerces… La cause profonde ce désarroi est intellectuelle, fruit du déclin de l’enseignement de l’histoire, de la littérature, des sciences et de la philosophie. La culture générale est la clé d’un bon gouvernement dans les périodes difficiles. Elle donne la hauteur, la faculté d’adaptation et la lucidité nécessaires au pilotage de la nation en temps de crise : tout ce qui a manqué.

Le terrorisme islamiste a hélas encore frappé. Pourquoi l’islamisme a-t-il pris autant d’ampleur sur le sol français, et comment la France peut-elle faire face à ceux qui la menacent ?

270 morts depuis 2012 et la série se poursuit, inexorablement. Un autre sondage, Fiducial Odexia du 30 octobre révèle que seuls 26% des Français font encore confiance au gouvernement pour lutter contre le terrorisme. C’est un chiffre dramatique. Chaque massacre donne lieu aux mêmes réactions : hommages solennels, indignation, coups de menton. Tout était dit le jour où un Premier ministre a déclaré : « Il va falloir s’habituer à vivre avec le terrorisme ». C’est exactement ce qui s’est passé. Depuis le début de cette vague tragique, tout le nécessaire n’a pas été fait pour y mettre fin par exemple en matière de contrôle de la frontière et de répression des sites djihadistes. Les deux décisions du Conseil constitutionnel, cet été, annulant les dispositions législatives destinées à lutter contre la propagande islamiste sur Internet et à contrôler les sortants de prison, soulignent à quel point la classe dirigeante est loin de la prise de conscience nécessaire.

Vous êtes historien et vous enseignez en Université. Selon vous a-t-on déshumanisé l’enseignement de l’histoire ?

Sur plusieurs décennies, l’enseignement de l’histoire a été largement dénaturé. L’histoire en tant que récit fondé sur des personnalités, des événements et des faits sociaux a été plus ou moins abandonnée. On en a fait principalement un enseignement de civilisation sur une base thématique plutôt que chronologique (l’Europe, le capitalisme, le socialisme, l’islam, la Chine, etc.) L’objectif n’était plus de fournir des repères historiques sur lesquels fonder une personnalité mais de façonner des esprits au relativisme. Certains étudiants bacheliers, aujourd’hui, n’ont jamais entendu parler de Napoléon. L’idée est de créer, non des hommes et des femmes ancrés dans une culture et une histoire, mais des individus déracinés, interchangeables et manipulables à merci, prêts à s’agenouiller devant n’importe quel roitelet. Il n’y a pas que l’histoire, le déclin de l’enseignement du français, de la philosophie, des sciences, la suppression du latin, vont dans le même sens.

Nous vivons en pleine défiance à l’égard des politiques et de nos politiques, quel jugement portez-vous sur cette crise de citoyenneté ?

Après les Gilets Jaunes, nous avons atteint, pendant la crise du covid 19, un nouveau sommet de la fracture démocratique. Les deux France, celle des élites dirigeantes et celle du peuple ne se comprennent plus et ne se supportent plus. La perte de confiance est à double-sens. Les dispositifs de confinement appliqués par les autorités nationales ou locales reposent sur la logique bureaucratique, la contrainte, les contrôles et la sanction plutôt que sur un climat de confiance, au point d’engendrer un sentiment d’infantilisation et des incompréhensions par exemple sur la fermeture des commerces de proximité. Mais en sens inverse, les errements du discours officiel – par exemple sur le dossier des masques – ont suscité dans l’opinion une impression de dissimulation voire manipulation. La méfiance, dit-on, appelle la méfiance et le fossé continue de se creuser inexorablement entre le peuple et ses dirigeants…

Lors du séminaire parlementaire des LR, l’invité et ancien ministre Jean-Louis Borloo a prononcé ces mots : »Nous ne faisons plus Nation », qu’en pensez-vous ?

 C’est une formule de Monsieur Borloo. Il est vrai que la nation n’a plus le sens qu’elle avait il y a un siècle, quand toute une génération était prête au sacrifice de sa vie pour la France. Il est vrai aussi que l’archipel français de Jérôme Fourquet est une réalité, entre les quartiers bourgeois et les quartiers populaires, la France des élites et la France périphérique. Pour autant, la France en tant que nation est toujours vivante et il est possible, en la respectant, de lui redonner de l’espoir et de l’unité.

Selon vous qu’est-ce que la droite de demain ?

Justement, dans ce climat délétère, une formation politique comme LR pourrait offrir un contre-modèle, montrer que la vie politique peut être autre chose qu’un grand cirque narcissique, une affaire de posture, de communication et de coups de menton stériles. Il faudrait pour cela placer au premier rang de ses priorité la réconciliation entre la nation et sa représentation politique, refonder la démocratie française dans ses profondeurs. Avec un message : les politiques ne sont pas des gourous et la politique n’est pas une affaire d’idolâtrie ni de roitelets mégalos. Les politiques ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs de la nation, au service, le temps nécessaire, de son redressement. Il est de travailler à la reconstruction de la France : la relance de l’économie par l’entreprise, le recul des prélèvements obligatoires et de la dette publique, la lutte contre la pauvreté, l’éradication de la violence et de la barbarie, la maîtrise des frontières, l’unité nationale, le rétablissement de l’école et de l’égalité des chances…

Propos recueillis par André Missonnier

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