(Entretien) Patrick de Casanove (Médecin), « On n’a pas plus de lits de réanimation qu’en mars ».

Patrick de Casanove est médecin coordonnateur en EHPAD, contributeur sur différents médias tels que Le Temps ou Contrepoints et président du Cercle Frédéric Bastiat.

La science a-t-elle été reléguée par le politique dans la gestion de la Covid-19 ?

Durant la crise de la COVID-19, c’est le politique qui a géré toute la crise, et la science a été mise au placard. L’évaluation de l’épidémie a échappée complètement aux soignants dès le départ et les médecins généralistes ont été laissés sur le côté. Le gouvernement n’a pas tenu compte des résultats des différentes études qui montraient l’efficacité du traitement à la chloroquine ou l’hydroxychloroquine. Le gouvernement est parti sur le schéma du confinement et de la coercition, et a oublié les possibilités médicales. Aujourd’hui, la doctrine c’est dépister, tracer et isoler, mais on a oublié « traiter ». Il faut traiter les patients. Une partie des difficultés vient de ceci : d’un côté une partie des médecins qui veulent soigner tôt les patients et de l’autre côté le gouvernement qui les en empêche. C’est bien la politique qui s’en est occupé et nous avons eu une gestion irrationnelle de la crise.

Si notre économie est en berne, cela n’impactera pas directement notre système de santé ? Le chien se mord-il la queue ?

Ce n’est pas le chien qui se mord la queue mais un cercle vicieux, c’est certain… Une économie florissante est indispensable à un système de santé efficace. II nous faut une économie prospère pour avoir les moyens thérapeutiques, matériels et humains, afin d’avoir la capacité de prendre en charge notre population, ce quelles que soient les conditions. En France, ce n’est plus le cas et nous sommes obligés de rationner nos soins. Il existe un système de tri des soins et on l’a vu à l’œuvre durant la crise. On a fermé des services pour pouvoir accueillir les personnes atteintes du virus. Ce fut une fermeture de services assez impressionnante. Si le gouvernement maintient le modèle actuel pour gérer la crise – d’autres pays ont mieux géré la crise, notamment des pays non-occidentaux – c’est à dire de ne pas faire confiance au corps médical, de mettre en berne notre économie, alors il est certain que nous allons dans le mur. Pour l’instant – il faut éviter les prédictions – l’épidémie semble être saisonnière. Il est probable que subissions maintenant la COVID-20, et que nous aurons à subir la COVID-21, 22…. Le génome des virus circulants en ce moment est différent de celui du départ. La France n’agit pas de la bonne manière car l’État ne se remet toujours pas en cause. Quand une épidémie est bien gérée par un pays, l’épidémie est contrôlée et l’économie est en état de marche.

La crise révèle-t-elle tout simplement la faiblesse de notre système de santé ?

La crise a mis au grand jour toutes les faiblesses du système de santé français. Ça fait des années qu’on ne pense plus avoir un système extraordinaire et protecteur. Ce système n’a pas permis de résister à l’épidémie sans dégâts collatéraux. Ce sont des interventions qui ont été reportées, des personnes n’ont plus été soignées et les personnes infectées ne sont pas traitées entraînant des entrées tardives à l’hôpital et des décès qui auraient pu être évités. On s’est rendu compte, enfin, que le système de santé passe son temps à gérer la pénurie en « découvrant » qu’il n’y a pas assez de lits de réanimation, de personnels, de médecins, de matériels. Il est certain que toutes les malfaçons cachées sous le tapis ne pouvaient plus l’être. Malheureusement, le gouvernement, entre les mois de mars et octobre, n’a pas pris les décisions qu’il fallait. On n’a pas plus de lits de réanimation qu’en mars. Il n’a pas pris de mesures pour se préparer à une éventuelle deuxième vague bien qu’il l’ait sans cesse annoncée. Cependant, je tiens à féliciter l’investissement sans failles du personnel de santé dans cette crise. En particulier dans nos EHPAD. Il a porté à bout de bras notre système de santé.

Que pensez-vous du choix de reconfiner les français ? Aurions-nous pu l’éviter ?

Je pense que le premier confinement était une erreur, le deuxième une faute. De nombreux pays évitent ce confinement. Si on prend des mesures au bon moment on peut l’éviter. Il aurait fallu traiter les gens de manière précoce car les pays qui ont utilisé l’hydroxychloroquine ont su contenir l’épidémie. Des dizaines d’études montrent que l’on peut traiter le virus. On constate 100% d’efficacité quand le patient est traité à l’hydroxychloroquine dès le début de sa contamination, et sans effets secondaires. Une anticipation aurait permis d’éviter ce reconfinement. Nous aurions pu aussi faire confiance aux Français au début de la crise en leur conseillant de confectionner des masques, au lieu de cela on leur a déconseillé les masques !

Vous travaillez en EPHAD, que pensez-vous de la gestion du gouvernement envers nos anciens ? Certains élus tel qu’Éric Ciotti allant même à parler d’abandon.

De toute façon, je pense qu’il y a eu une mauvaise gestion du gouvernement tout court ; les EPHAD en font parti de facto. Les EPHAD se sont retrouvés sans masques, ni gels hydroalcooliques, heureusement que le personnel a fait face de manière rationnelle et scientifique à cette crise. La manière dont les personnes âgées ont été traités n’est pas correcte. Le fait d’enfermer les aînés, de les priver de leurs familles, c’est inhumain. L’État a été ici particulièrement maltraitant. On peut toujours dire que ce sont des populations fragiles qu’il faut absolument protéger – je suis d’accord – mais il ne faut pas oublier que ce sont des êtres humains responsables pour la plupart et capables de dire ce qu’ils veulent ou non. Il faut que nous, le personnel soignant, restions attentifs notamment aux personnes qui entrent dans les établissements, et veillions à ce qu’elles respectent les indications de sécurité. En plus, comme il n’y a pas de traitement précoce autorisé hormis symptomatique, quand le virus entre dans un EPHAD, il circule très vite et rien ne l’arrête.

Quelle place pour la liberté dans cette crise sanitaire ?

La liberté a une place importante parce qu’elle est accompagnée par la responsabilité. A partir du moment où on laisse les individus libres de choisir, d’assumer les conséquences de leurs actes, de prendre leur responsabilité et prendre des risques, à ce moment-là, je pense qu’on a une approche plus rationnelle de l’épidémie. Selon Frédéric Bastiat, il existe trois droits naturels : la liberté, la propriété et la personnalité. Si je suis responsable de ma vie et de mes choix, j’évite de contaminer les autres car je ne porte pas atteinte aux droits naturels des autres individus quels qu’ils soient. Par exemple, si je suis contaminé, je me protège et je protège les autres en évitant au maximum de les rencontrer. Si c’est impossible je mets un masque et je me lave les mains.  Je ne force pas les gens qui ne souhaitent pas à me rencontrer. Si je suis malade je reste chez moi.  Si je ne le suis pas et je vais dans les lieux publics, je mets le masque quand il faut et je me désinfecte régulièrement les mains. Si je suis restaurateur, commerçant, j’ai besoin de clients, j’assume ma responsabilité en les accueillant, mais je fais tout mon possible pour limiter les risques. L’État les a roulés dans la farine, ils ont tout mis en place pour accueillir des clients, ça leur a coûté des investissements importants et finalement le gouvernement les a obligés à fermer. Tandis que, avec la responsabilité individuelle, mais aussi le respect de propriété privée, je reçois qui je veux chez moi : si les gens viennent c’est qu’ils ont confiance et qu’ils se sentent en sécurité. Nous devons respecter la liberté individuelle de faire des choix, laisser aux gens leur responsabilité, et alors nous pourrons mieux gérer cette épidémie. Les citoyens français ne sont pas des enfants, il faut les respecter et ne pas les priver de leurs droits fondamentaux.

Propos recueillis par Paul Gallard

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