(Réflexion) Le jour où nous ne pleurons plus. Bilan de la vague macronienne

A moins de 18 mois de la douzième élection présidentielle de la Vème République, quel bilan pouvons-nous dresser de la politique française depuis la vague macronienne ? Que reste-t-il de l’écume des jours d’après, emportée par ce vent d’épigones sans vertus, glissant sans cesse sur les récifs ? Cette vague se brisant sur les rochers aura-t-elle la force de recommencer ? Le déni est à l’homme ce que la vague est à l’océan, indivisible.

Le parti ni de droite, ni de gauche s’étiole. Et cette idée du « ni-ni » porte en elle cette confusion qui n’a fait qu’accroître l’inversion des valeurs sur l’ensemble de notre société. Parce que l’on ne s’improvise pas Président de la République, cloîtré entre le populisme et le progressisme. Parce que l’on ne s’improvise pas ministre en gouvernant sans aucune épaisseur morale et intellectuelle. Parce que l’on ne s’improvise pas représentant de la Nation, sans avoir le sens de l’histoire de France.

Pour autant, est-ce que la France avance ?

Elle navigue à vue par un amateurisme, des imprécisions, des couacs, des rétropédalages, un manque de discernement sur l’effondrement qui nous attend. En comparaison à la République démocratique du Congo, à la République populaire de Chine, où encore à la République islamique d’Iran, nous sommes entrés dans une République sanitaire au sein de notre Vème république. Un mode de gouvernement où nos dirigeants politiques sont extrêmement liés à la compétence de la haute administration, privilégiant des solutions techniques, hygiénistes, intrusives et coupées de toutes les réalités. La technocratie, cet imaginaire politique français dirigé par la pensée unique et « en même temps » contradictoire, mise en lumière froide par cette crise sanitaire. Un système politique dans lequel le pouvoir réel est détenu par des décisions bureaucratiques et dans lequel les considérations morales, les revendications et les conditions humaines passent au second plan. Gouverner par la peur est la pire des gouvernances, car elle réduit inexorablement le champ de nos libertés individuelles et rejoint la pensée de Machiavel :« Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. ». « La politique de la peur » n’est pas ici une expression pratique pour attaquer à moindre frais, elle est bien réelle.

La santé de notre société, de notre démocratie, est plus que préoccupante, car elle ne traverse pas qu’une seule et même crise. La crise sanitaire enfante plusieurs crises : Une crise économique où les aides vont atteindre 120% du PIB, une crise psychologique qui pousse nos anciens et nos jeunes à l’isolement mental, à l’angoisse. A celles-ci, s’ajoute une crise sécuritaire par la vague d’attentat islamiste, et dans l’oubli une crise de citoyenneté qui depuis les gilets jaunes, perdure dans les cœurs et ne fait que s’accentuer. Les invisibles ne sont plus uniquement les automobilistes de novembre 2018, ils représentent désormais tout un pan issu des structures institutionnelles à l’instar des hussards noirs à qui l’on ne dit plus bonne rentrée mais bon courage, des blouses blanches sur le qui-vive, des forces de l’ordre à cran, mais aussi les « désactivés », les commerçants, artisans, restaurateurs poussés à bout par des directives incohérentes, et enfin notre jeunesse à peine diplômée se retrouvant sur le carreau. Ce cocktail explosif peut transformer la France en un pandémonium sans nom.

Le 12 mars dernier, Emmanuel Macron nous annonçait « Nous sommes en guerre ». Hélas, le manque de clarté et d’anticipation après le déconfinement a cru laisser penser à la fin de l’épidémie et nous amène à plusieurs guerres : La guerre des chiffres, en projetant le nombre de morts à 400 000, si nous optons pour l’immunité collective ; la guerre des mots, en distinguant ce qui est « essentiel » de ce qui ne l’est pas ; la guerre médicale, par l’administration de la chloroquine versée dans le flacon du populisme ; la guerre jacobine instaurée sur le couple Préfet-maire., où les premiers magistrats dressent des arrêtés, certes illégaux, mais qui révèlent bien le pays de l’Absurdie dans lequel nous vivons.

Seulement, la possibilité de permettre au couple Préfet-maire d’accorder des dérogations selon les territoires et la situation sanitaire a été rejetée par la majorité, ce mercredi 4 novembre, au sein de l’hémicycle. Et le gimmick du premier confinement reposant sur l’idée de « se réinventer » n’offre plus qu’un horizon sombre pour une grande partie des professionnels anéantis. Les commerçants ne sont pas des chercheurs de primes, mais des chercheurs d’activités.

Alors quelle société voulons-nous ? Quelle société nous voulons voir survivre à l’issue de cette pandémie ? Une société dictée par la puissance des GAFA, une société où seules les grandes surfaces règnent, une société où les rues désertes ne respirent plus le parfum des fleurs et des primeurs, et seront remplacés par des franchises de grandes chaînes. Une société où le choix se résigne à faire la queue pour acheter des masques purement accessoires au premier confinement, puis essentiels au deuxième. « La complication de l’évènement produit la perplexité de l’esprit », disait Victor Hugo dans l’Homme qui rit. Tout est compliqué, nous sommes devenus schizophrènes, nous souhaitons tous à la fois que la vie reparte et que personne n’oublie. Nous voulons protéger tout le monde et on se rend compte que la pédagogie est imparfaite. Les mesures politiques, économiques et sanitaires se mélangeant, forment une pédagogie bancale, aberrante, qui s’éloignent totalement du bon sens. Il y a ceux qui meurent du virus et d’autres avec, et les annonces spectaculaires ne correspondent pas aux problématiques réelles.

La réponse lunaire de Sibeth Ndiaye, lors de la commission parlementaire sur la gestion du Covid19 en tant que porte-parole : « Je crois qu’on a souffert au cours de cette crise, d’un défaut d’acculturation scientifique de la population française » n’est pas digne et au niveau de ce que l’on attend de nos dirigeants. Ainsi, ces discours ne font que creuser le fossé de la méfiance entre le peuple et ces élites. Les injonctions contradictoires ne produisent pas de visibilité, de perspective. La confiance n’est plus là.

Comment la peur du lendemain peut-elle reposer sur une logique bureaucratique ?

Comment, par exemple, peut-on empêcher la liberté de pensée par la fermeture des librairies ?

Il n’y a pas de meilleurs messages pour satisfaire l’idéologie du fondamentalisme islamiste. Par ces sommations, on nous empêche de se cultiver, d’ouvrir la porte de l’imaginaire, de trouver un remède à l’intolérance.

Mais ne soyons pas non plus compteur d’angélisme, la France est menacée à cause de ces opérations militaires à l’autre bout du monde et à cause de notre liberté chérie, la liberté d’expression qui fait battre le cœur de notre démocratie. Nous sommes importants parce que nous sommes attaqués pour nos valeurs, et parce que nous avons offert une démocratie faible à nos ennemis, car il paraissait fondamental de ne pas apparaitre à donner des armes à ceux qui nous attaquaient.

Une démocratie où l’état de droit, doit être un dispositif qui doit mettre un état avec des garanties, avec des protections, des précautions, pour se défendre contre l’islamisme. Or, voter une loi n’accomplit pas une action, car elle ne constitue pas une sauvegarde puisqu’elle n’est pas appliquée de manière rigoureuse et pragmatique.

La perversion française est de croire qu’elle lutte contre la barbarie en ayant édictée des lois qui n’ont servi rigoureusement à rien. Elle touche à l’exercice de notre démocratie. Tel est notre point faible sur lequel le fondamentalisme se ramifie sur notre sol et alimente également cette atmosphère anxiogène.

Une fois de plus, les rues se vident après une énième marche blanche, les bougies fondent et s’éteignent, les bouquets de fleurs se fanent couchés au bord des lieux funestes. Puis les lois émotionnelles fusent, les mesures fortes et symboliques s’activent. Le ministère de l’Intérieur dissout des associations proches du salafisme, des frères musulmans, ici et là, pour autant, il n’étouffe pas une idéologie toxique qui asphyxie notre pays. Ne nous voilons pas la face, nous ne sommes plus en paix.

Si nous sommes en guerre, alors faisons là. Donnons-nous les moyens de pouvoir la mener pour la gagner. Ne glissons pas vers cette sorte d’esprit pétainiste qui délaisse tous les résistants de la République sans défense.

Alors ce jour-là, nous ne pleurons plus, nous aurons appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre, pour reprendre Nelson Mandela.

Ce jour-là, nous ne serons pas couchés, car ce jour-là nous aurons voulu avoir la force de combattre, de prendre « les armes », de donner un sens à ce que nous sommes, unis et solidaires contre le mal, contre ceux qui refusent le progrès, contre ceux qui se perdent dans des rhétoriques folles, contre ceux qui ont oublié l’histoire de notre pays où cherchent à la tronquer.

Prendre les armes, c’est prendre son courage avec lucidité, clairvoyance, avec action, contre le repli et la peur.

Il faut bien distinguer la force et la violence. La force implique une contrainte, laquelle n’est pas nécessairement violente. La violence, quant à elle, est une force brutale qui nous prive de notre intégrité physique et morale.

Le jour où nous ne pleurons plus, nous aurons alors arrêté de renoncer, de ne plus être tenter de tomber dans le fatalisme et le déclinisme. Nous aurons vaincus toutes ces peurs.

Les peurs sanitaires et économiques vaincues par la concertation entre les acteurs du tissu économique, le corps médical et nos dirigeants avec des mesures d’équilibres cohérentes, en faisant vivre la démocratie, où l’opposition ne doit pas être considérée comme un ennemi, pace que le parlement n’est pas une chambre d’enregistrement.

La peur sécuritaire étouffée par la volonté générale autour d’un projet de société porté par l’autorité et l’humanité. Les français n’accepteront plus qu’au nom de la tolérance, on supporte l’intolérable, la remise en cause de leur mode de vie. Ils attendent qu’on leur offre un projet de société porteur d’espérance et respectueux de notre histoire pour nos générations futures. Ils ont besoin de cette fierté de participer à un destin commun. Ce destin est lié à réapprendre à aimer la France et passe inéluctablement par aimer l’école.

Nos politiques ont oubliés que l’Ecole de la République a été pensée pour intégrer l’ensemble des futurs citoyens, telle est son rôle. Elle implique et repose fondamentalement sur la mémoire. Cette mémoire a été peu à peu effacée de la pratique de l’enseignement, et ne permet pas de transmettre les valeurs du monde dans lequel les enfants arrivent, les laissant ainsi dans le doute à ne pas faire ressurgir leurs esprits critiques. Disputons-nous pour certains mots et contre certains maux. Il ne faut pas permettre que les fours crématoires ne soient qu’un « détail ». Il ne faut pas admettre que « liberté » soit synonyme de « licence ». Il ne faut pas tolérer que « philosophie » soit l’équivalent de « parler pour ne rien dire ». Il ne faut pas autoriser que « l’islamophobie » soit un concept pour instaurer le « délit de blasphème » au profit d’un droit de ne pas être offensé.

Faire transmettre un récit national, et non pas un endoctrinement avec une vision moderne, qui explique à nos enfants d’où qu’ils viennent, que ce pays est à eux et qu’ils en font partie. Aimer la France, car nous sommes français.

Ayons enfin ce courage indéfectible, faisons le véritable diagnostic au lieu de trouver de multiples solutions thérapeutiques, homéopathiques, technocratiques qui créent à mesure du temps, des drames humains.

Il y aura le destin de l’homme, celui de prendre conscience de l’absurdité de notre société, de se révolter contre le néant et de mener sa vie avec passion ; car la vie n’a d’autre valeur que celle que nous lui donnons.

Et, il y aura le destin d’une Nation, celui d’un sursaut collectif, d’une espérance, d’une cohérence, d’un véritable progrès non pas lié à l’idéologie toxique du progressisme et de la bien-pensance qui a supposé uniformiser le destin social de chaque individu en transformant la morale en moralisme, l’égalité en égalitarisme et l’autorité en autoritarisme, mais à une seule et même idée, celle du bien commun en refaisant communauté.

Comme l’a si bien écrit l’historien athénien Thucydide, auteur de La Guerre du Péloponnèse : « Le secret du bonheur c’est la liberté, et le secret de la liberté c’est le courage »

On a tous sans le dire, la peur qui nous déchire. On a tous dans le pire, le cœur qui nous tire pour saisir les armes d’une bataille sans fin, et pouvoir enfin le prendre de nos deux mains, le courage.

André Missonnier

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