(Entretien) Charles Consigny, « La droite de demain doit être populaire et libérale »

Crédits photo : Louis Decamps

Charles Consigny est avocat au barreau de Paris, écrivain, essayiste, chroniqueur de presse et de télévision.

Le sondage Ifop pour le Figaro annonce un probable duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la prochaine élection présidentielle, alors qu’une majorité de ces mêmes sondés ne le souhaitent pas, quel jugement portez-vous sur le résultat de cette enquête ?

La droite est déstabilisée par la « droitisation » d’Emmanuel Macron qui de manière délibérée occupe cet espace du champ politique. Cela explique qu’un leader peine à émerger à droite. La gauche ne parvient pas davantage à exister mais je crois que, pour le coup, c’est dû à une droitisation de l’électorat ! Je pense que la droite a une réelle possibilité de faire émerger un candidat, sur deux terrains : la réelle prise en compte de la souffrance populaire, et la défense de la liberté.

Selon vous, le clivage gauche-droite est-il résolument dépassé ?

Je ne crois pas du tout. Cela représente deux modèles de société. Aujourd’hui en réalité, nous avons au pouvoir le pire de la droite et le pire de la gauche : le pire de la droite avec des maltraitances à l’encontre des migrants, et le pire de la gauche avec une gabegie d’argent public inouïe. La droite est le grand courant historique de la défense de la liberté, de la récompense du mérite individuel, du souci du dynamisme économique et de la place de la France dans le monde. Elle est devenue aussi, du fait de leur abandon par une gauche d’abord de plus en plus « caviar » puis désormais de plus en plus américaine (obsédée par les discours racialistes, le féminisme etc.), un courant politique qui parle aux classes populaires – fortement concurrencée sur ce terrain par le Rassemblement national de Marine Le Pen. A l’inverse la gauche porte un projet qui va vers toujours plus d’Etat, alors que la France souffre déjà terriblement de l’obésité de son administration. Il suffit de voir le massacre de Paris par Anne Hidalgo pour vérifier que le clivage droite-gauche existe encore ! Jamais un maire de droite n’aurait à ce point entravé la qualité de vie des parisiens. Donc je crois qu’à droite c’est avant tout un problème de personnalités, il manque une personnalité capable d’incarner fortement ces idées. Mais certains cachent peut-être encore leur jeu avant de se lancer dans la campagne.

La crise du Covid bercée d’incertitudes et d’inquiétudes, que le pays traverse nous dévoile que les différentes générations ne la vivent pas de la même façon. D’après vous cela peut-il avoir un impact politique majeur sur les présidentielles ?

Les personnes âgées voteront pour Emmanuel Macron car il a axé sa politique en leur faveur. Je ne pense pas que des lives sur Tiktok lui suffiront pour conserver les suffrages des jeunes. L’axe stratégique principal de Macron est de présenter les choses comme : c’est moi ou le chaos (alors même que c’est sous son mandat que la République a failli être renversée par les gilets jaunes). Plus on est âgé, plus on craint le désordre : les plus âgés voteront pour lui et les moins âgés feront des choix plus audacieux. 

Aujourd’hui nous pouvons constater que la culture du débat devient hermétique voire désertique. Comment sommes-nous en arrivé là ?

Une nouvelle dichotomie s’est installée entre les gens « raisonnables » et les autres, les « progressistes » et les autres. Cela atomise tout débat possible car celui qui n’est pas d’accord avec le discours officiel se voit accusé de complotisme, fascisme, extrémisme etc. De nombreux intellectuels comme Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq ou Emmanuel Todd affichent leur mépris pour ces nouvelles règles de débat, mais ils ont de moins en moins voix au chapitre puisque la plupart des émissions intelligentes ont disparu ! « Ce soir ou jamais », par exemple, était une formidable émission. Les médias sont animés par des journalistes de plus en plus analphabètes qui, ne sachant qui inviter, s’en remettent aux hommes politiques, qui sont d’une médiocrité rare. Les hommes politiques n’ont jamais pris autant de place dans nos vies ! Nous sommes réduits à subir leurs discours simplistes, creux, moralisateurs, parce que les journalistes qui les invitent ne sont plus capables de lire un livre.

La révolution Internet est-elle passée par là ?

Les réseaux sociaux hystérisent mais ils ont à mon sens le mérite de donner la parole à qui souhaite la prendre, ce qui a des vertus. Ils ont ceci de négatif qu’ils nous saturent d’informations en permanence et réduisent de ce fait le temps nécessaire à la réflexion.

Ne remet-on pas en cause le modèle démocratique classique par ce nouvel outil ?

On devrait utiliser Internet pour améliorer la démocratie. Ce qu’ils font en Suisse est de ce point de vue remarquable. Il devrait y avoir beaucoup plus de consultations populaires par Internet. Dans l’ensemble la démocratie française est gravement anachronique, elle est d’un autre siècle. On ne sait pas ce qui est fait avec l’argent public. Il n’y a aucune transparence, aucune possibilité pour les citoyens de contrôler l’action des gouvernants et de s’y opposer quand c’est nécessaire. Il n’y a aucune modernité. Je pense par exemple qu’il faudrait déménager l’Elysée, Matignon et tous les ministères dans des tours de bureaux en banlieue, comme ils l’ont fait en Allemagne. Et demander aux conseillers des uns et des autres de venir travailler en transports en commun. Je crois qu’on en tirerait des bénéfices très rapides quant à la qualité des décisions prises.

Quelle est donc votre vision pour la droite de demain ? 

La droite de demain doit être populaire et libérale. Elle doit avoir pour souci premier la défense des plus faibles, elle doit sacraliser la liberté individuelle de chaque citoyen, elle doit tout faire pour que la France redevienne un pays dynamique économiquement, et actif sur la scène internationale. On ne prend pas assez de risques, en ce moment. Les Français donnent à voir leur pire travers, qui est leur attentisme. Dans l’histoire, les Français alternent entre des phases attentistes et des phases offensives. Je pense que nous devons retrouver notre goût du combat et je crois que la droite peut porter ce drapeau. Qu’est-ce que c’est que ces gens dans leurs chaussons qui réclament un troisième confinement ! Pour moi la France ce sont les entreprises comme le laboratoire nantais OSE Immunotherapeutics, qui vient de mettre au point un vaccin longue durée contre le covid, ce sont les enseignants dévoués qui continuent à assurer les cours sans se plaindre alors que tout se délite (c’est-à-dire pas tous les enseignants puisque certains ont essayé de suspendre les cours !), ce sont les infirmiers et médecins hospitaliers qui tiennent le coup, les entrepreneurs qui tiennent le coup, c’est tous ceux qui continuent à se battre sans céder à la chienlit générale. Je suis effaré par la mode de la « slow life » qui gagne de plus en plus de Français, en particulier dans ma génération, qui consacrent leur temps non pas à travailler, se dépasser, faire de petites et grandes choses, mais à paresser dans leur jardin en touchant le chômage partiel. Je trouve ça terrible. Nous devons retrouver le goût du travail car sinon nous ne serons qu’une miette écrasée par la Chine, ce qui est déjà de plus en plus le cas.

Propos recueilli par André Missonnier

2 réponses sur “(Entretien) Charles Consigny, « La droite de demain doit être populaire et libérale »”

  1. D accord mais alors pourquoi en tant qu avocat ne pas faire tout de suite des actions concrètes contre tout ce qui se passe en ce moment ? Personne pour maintenir la ligne de défense et surtout aucune certitude que cette future droite annule les lois faites sous Macron et Hollande. Remettre le droit de propriété, retirer la possibilité aux juges d utiliser l abolition du discernement pour tout et n importe quoi (affaire Sarah halimi), oser annuler les délires ecolos etc…
    Cela fait des années qu on entend ces paroles mais la dérive étatiste continue, que ce soit avec la droite, la gauche ou la nouvelle gauche de macron…

  2. « La droite de demain doit sacraliser la liberté individuelle de chaque citoyen ». Pour ma part, je ne crois pas. Je pense que cela, c’est la droite d’hier, la droite soixante-huitarde, la droite qui fait comme la gauche : »donnez-leur ce qu’ils veulent, pourvu qu’on ait la paix ». Je crois au contraire nécessaire le pouvoir de régulation de l’Etat, lequel doit être animé par des gens élus démocratiquement.
    En tant que gaulliste, je suis pour une droite populaire, mais le terme de libéral est beaucoup trop ambigu à mes yeux. L’économie de marché, bien sûr, mais dans le cadre légal qui préserve l’intérêt général et donc les limites de la liberté individuelle. Quant à la consultation des citoyens par internet, encore faudrait-il lever l’anonymat, éviter les robots de réponses, définir des règles précises, pour éviter que les minorités n’imposent leur volonté et aussi les coups de sang destructeurs émergeant d’une opinion publique toujours manipulée. Pour détruire, le Peuple se débrouille très bien tout seul. Pour construire, il lui a toujours fallu un guide….

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