(Entretien) Agnès Evren, “Les instances dirigeantes gagnent à favoriser l’émergence d’une expression protéiforme, plurielle et mixte”
(Entretien) Agnès Evren, “Les instances dirigeantes gagnent à favoriser l’émergence d’une expression protéiforme, plurielle et mixte”

(Entretien) Agnès Evren, “Les instances dirigeantes gagnent à favoriser l’émergence d’une expression protéiforme, plurielle et mixte”

Crédit Photo : Ville de Paris

Bonjour Madame Evren, vous êtes une femme politique engagée dans de nombreuses fonctions politiques, de manière introspective, quel est votre regard sur votre parcours politique ?

Mon parcours politique est lié à l’envie d’être utile, d’être au service du bien commun et de défendre mes convictions. J’ai toujours pensé que la politique était une fonction très noble. Je suis claire dans mes positions, un atout essentiel lorsqu’on prétend vouloir exercer des responsabilités politiques, mais aussi un formidable catalyseur qui m’a permis de savoir saisir les mains qui m’ont été tendues, comme celle de Valérie Pécresse qui m’a proposé en 2015 d’être porte-parole lors des élections régionales en Ile-de-France et de devenir Vice-Présidente en charge de la culture et de l’éducation. Une responsabilité exorbitante mais passionnante. Tout passe par l’éducation et la culture, et la crise sanitaire l’a parfaitement démontré.

De belles rencontres ont émaillé mon chemin. Des affinités humaines et des proximités idéologiques ont scellé mon attachement à des figures comme François Baroin, Rachida Dati ou Valérie Pécresse. C’est un milieu difficile, et je n’oublie jamais ceux qui m’ont soutenue. La loyauté est une valeur essentielle à mes yeux. En tant que Présidente de la Fédération Les Républicains de Paris, j’ai souhaité rassembler et remobiliser les énergies locales en construisant une proposition politique avec l’ensemble des élus parisiens, tout en comptant sur le soutien de nos militants très actifs sur le terrain, sur des sujets cruciaux de notre vie quotidienne, ajustée aux réalités de nos arrondissements, contre le saccage de notre capitale.

Au Parlement européen, où Laurent Wauquiez m’a donné ma chance, je suis députée européenne au sein du groupe PPE qui compte le plus d’élus. C’est l’avenir de nos enfants qui mobilise mon énergie et celle de la délégation française en tant que fer de lance du combat écologique et environnemental.

Ces victoires reposent aussi sur la force d’un collectif, d’une droite qui défend les prérogatives régaliennes, la sobriété budgétaire, le soutien aux acteurs économiques et à notre tissu de TPE et PME, et la décentralisation des politiques publiques. Je suis évidemment très fière que Christian Jacob m’ait honorée de sa confiance pour porter haut les valeurs et engagements de notre parti Les Républicains, en me nommant Vice-Présidente, et en reconnaissant par là-même une fidélité et des combats de longue haleine.

En Ile-de-France, de nombreuses femmes de droite s’imposent, c’est votre cas à la fédération de Paris, Rachida Dati à la mairie ou Valérie Pécresse à la région, est-ce encourageant pour la suite ? Cela peut-il encourager les jeunes filles à s’engager de plus en plus en politique ?

Les femmes en politique sont dans une logique de conquête, mais je trouve que les digues sont en train de céder l’une après l’autre. Si des jeunes femmes peuvent trouver une quelconque inspiration dans nos chemins respectifs et y voir un champ des possibles, alors tant mieux. Si nos parcours peuvent leur permettre de se dire que le travail acharné et l’engagement clair abolissent les barrières en politique et récompensent toutes les audaces, ce sera bien sûr une fierté. Les instances dirigeantes gagnent à favoriser l’émergence d’une expression protéiforme, plurielle et mixte.

En tant que Vice-présidente de la région quelles ont été vos principaux combats ?

Lorsque j’étais VP Culture de Valérie Pécresse à la Région Ile-de-France, nous avons eu à cœur de défendre et promouvoir la culture comme vecteur de cohésion sociale et nationale. Ce travail a été poursuivi depuis par Florence Portelli. Après 18 ans de socialisme, nous partions de loin : saupoudrage des subventions sans vision des territoires, inégalités d’accès et hyper-concentration de l’offre culturelle à Paris et en petit couronne, zones rurales largement sous-dotées en infrastructures. Nous avons fait table rase et tout reconstruit de toutes pièces autour d’une vision forte : une culture pour tous qui irrigue l’intégralité du territoire francilien. Nous avons donc veillé à l’égalité territoriale dans l’attribution des subventions et opéré un rééquilibrage des politiques culturelles en faveur des publics éloignés et des territoires ruraux ou périurbains sous-dotés. Nous avons également très largement fait monter en puissance l’éducation artistique et culturelle, notamment en faisant des lycées la porte d’entrée de la culture.

Sur l’éducation, la droite a semblé absente de ces sujets depuis de trop nombreuses années, devrons-nous réinvestir ce sujet ?

Les Républicains n’ont jamais cessé de promouvoir l’enseignement des savoirs fondamentaux, socle indispensable pour que la méritocratie républicaine puisse fonctionner à plein.

Notre huitième Convention nationale, qui s’est tenue le 14 avril dernier, était consacrée à l’école et à la jeunesse et s’articulait autour de quatre piliers que sont la transmission, la sécurité du cadre scolaire, la réaffirmation de la laïcité et l’association des territoires. Des propositions fortes y ont été formulées, afin de faire de l’apprentissage du français une grande cause nationale, notamment en instaurant un examen de français à l’entrée en 6e, et de la lutte contre le harcèlement scolaire une priorité de la politique éducative. L’école forme les citoyens de demain en dispensant une culture commune, des savoirs partagés. A ce titre il est primordial que les programmes d’Histoire soient conçus dans l’optique de narrer un récit national et de transmettre un héritage commun. Parce que le climat d’apprentissage doit être serein, il est indispensable de renforcer la sécurité dans les écoles en permettant l’intervention des membres de la réserve civile de la police nationale aux abords et au sein des établissements sur demande du proviseur, tout comme de mettre fin sans délai aux fonctions d’une personne qui, travaillant dans un établissement scolaire, serait en voie de radicalisation ou adhérerait manifestement à des thèses antirépublicaines.

Le travail que nous avons mené aux Républicains a également mis en lumière la nécessité d’associer systématiquement les élus territoriaux à l’élaboration de la carte scolaire et à la gestion des établissements, y compris en cas de fermeture de classe, mais aussi d’inciter les élus locaux à expérimenter des politiques publiques de plus grande mixité sociale.

Vous étiez vice-présidente en charge de la Culture, est-elle en danger en France ? La Culture rime-t-elle forcément avec Gauche ?

La culture et les artistes et artisans qui la composent ont une formidable propension à se renouveler, y compris dans la pire adversité, ainsi que la crise sanitaire nous en a fait la démonstration.

Nous avons la conviction, aux Républicains, que la culture agit comme vecteur de cohésion sociale et nationale. Face à une société profondément inquiète et meurtrie par la crise sanitaire et économique, fracturée par les inégalités sociales et territoriales, et en proie à l’exclusion et aux extrémismes, je crois profondément que la culture est le remède. Or le gouvernement l’a clairement mise sous cloche. Il n’a pas compris que la culture n’était ni un supplément d’âme, ni un luxe réservé à quelques initiés, et encore moins une variable d’ajustement des politiques publiques, mais bel et bien ce qui pouvait nous tenir rassemblés. Quant à la gauche, elle a déserté le terrain de la culture, ciment de notre société, en cédant aux sirènes de la « cancel culture » et en agitant le chiffon rouge de la discorde. A Marseille ou à Paris, on assiste à une volonté malsaine de vouloir réécrire notre histoire, de modifier notre substrat culturel et d’en gommer des pans entiers. Or, c’est le travail des historiens que de dévoiler le sens des événements passés et des hommes qui ont fait notre histoire, à travers leurs actions, bonnes ou mauvaises. Ce n’est pas aux élus de la République qu’il revient de dire ce qui mérite d’être retenu ou non, de faire date ou pas, d’être historique ou anecdotique, d’être inscrit au panthéon de notre exception culturelle française ou voué aux gémonies. Ce travail d’effacement mémoriel n’a plus de limite. On s’en prend à Colbert, on s’en prend aux figures historiques de la France, alors qu’il faut non pas les effacer mais faire œuvre de pédagogie, enseigner, expliquer, faire savoir et diffuser par rayonnement notre culture française. Aux Républicains, avec plusieurs élus, nous avons d’ailleurs mis en place un Forum dédié à la culture, au sein duquel nous avons proposé des mesures d’urgence pour relancer ce secteur dès le début du déconfinement. Nous poursuivons ces auditions et échanges de vues afin d’élaborer notre programme pour la culture.

Au Parlement européen on vous sait très engagée sur l’écologie, pour vous est-ce un enjeu important au niveau européen ? Quelles sont les propositions du PPE à ce sujet ?

Si la crise sanitaire a mis un grand coup de projecteur sur la santé et la reprise économique, l’enjeu numéro un au niveau européen est bien la protection de notre environnement et la lutte contre le changement climatique. Ces problématiques sont étroitement liées, aussi le plan de relance européen fait-il la part belle à la dimension écologique en y consacrant 37% de son enveloppe globale.

L’environnement est donc au cœur de mon mandat au Parlement européen et le PPE, dont l’influence sur le Pacte Vert présenté en début de mandat par Ursula Von der Leyen est importante, est l’un des acteurs majeurs de cette transition écologique. Le principal enjeu pour notre groupe politique c’est une transition écologique qui ne laisse personne sur le bord du chemin, en sauvegardant nos emplois et notre économie et en accompagnant les régions qui ont le plus d’efforts à fournir. Ce n’est que comme cela que nous réussirons la transition.

Ainsi, avec la délégation française du PPE, nous défendons avec vigueur la mise en place d’une barrière écologique afin que les producteurs européens ne soient pas soumis à une concurrence déloyale extra-européenne, car ils respectent des normes environnementales contraignantes.

Sur la Loi climat européenne, encore, qui vient fixer un objectif de neutralité climatique pour 2050, nous avons veillé à ce que les objectifs intermédiaires de réduction de nos émissions soient réalistes et atteignables sans pour autant manquer d’ambition. C’est pour cela que nous avons demandé une étude d’impact à la Commission européenne et que nous avons, in fine, choisi de soutenir un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% pour 2030, qui permettra aux entreprises de s’adapter, alors même que le gouvernement français avec sa loi climat ne vise que 40% de réduction pour 2030… Quelle crédibilité aurons-nous lorsque débutera au premier semestre 2022 la Présidence française de l’Union européenne si d’ores et déjà nous nous plaçons en-deçà des critères que l’Union européenne entend se fixer ?

Mon travail au Parlement européen porte également sur la préservation de notre biodiversité. C’est un enjeu capital alors que nous faisons face à une perte de biodiversité sans précédent. J’ai défendu, avec le PPE, une position ambitieuse en amont de la COP 15 sur la biodiversité qui aura lieu en fin d’année. Nous souhaitons lutter contre l’artificialisation des sols, préserver nos forêts et nos océans en fixant des objectifs de protection et de restauration sur l’ensemble du territoire européen. Là encore, nous ne devons oublier personne et nos agriculteurs doivent à tout prix être accompagnés car ce sont eux qui, non seulement doivent réaliser beaucoup d’efforts, mais subissent également au quotidien les pertes de biodiversité, à l’instar du déclin des pollinisateurs.

Quelle écologie pour la droite de demain ?

La droite est pragmatique. Notre écologie ne doit pas être punitive, mais incitative !

Ce sont des réponses immédiates, concrètes et socialement acceptables, qui doivent être apportées aux trois principaux défis auxquels l’humanité fait face, que sont la lutte contre le réchauffement climatique, la lutte contre la pollution de l’air et la préservation de la biodiversité.

Les Verts sont dogmatiques et sectaires et n’ont pour seul mantra que la décroissance et les taxes en tous genres.

La Gauche est inefficace et irresponsable. Il n’y a qu’à voir la politique désastreuse de la maire de Paris Anne Hidalgo qui, en fermant les voies sur berge, rive droite, a transféré le trafic automobile du centre de Paris vers le périphérique sud, sans le réduire, exposant deux fois plus d’habitants aux polluants atmosphériques, comme l’a prouvé l’étude révélée jeudi 20 mai par l’Institut des Politiques Publiques.

C’est la même logique délétère que suit la candidate de la gauche aux régionales en Ile-de-France quand elle propose la gratuité des transports en commun, quand toutes les études, – y compris celle commandée par Anne Hidalgo dont les conclusions l’y ont fait renoncer-, prouvent que non seulement cela n’entraîne pas ou très peu de report vers ce mode de transport (seuls les piétons et les cyclistes s’y convertissent, sans la moindre incidence sur le trafic automobile), mais qu’en plus cela nuit gravement au financement des investissements nécessaires à la modernisation du réseau.

Quant au gouvernement, il organise des opérations de communication, avec notamment une Convention citoyenne constituée de 150 inconnus tirés au sort et dont la représentativité a largement été remise en question-, et poursuit le “greenwashing” et les effets d’annonce avec sa loi Climat.

Nous, aux Républicains, nous proposons une écologie qui fait la part belle au pouvoir d’achat des Français, qui promeut les territoires et le localisme et qui mise sur les innovations.

Dans un contexte de crise sanitaire et de relance économique, l’écologie sanction n’a plus sa place. D’autant que selon une enquête de la Fondapol de mai dernier, 72% des Français pensent qu’il est possible de « continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures ».

Propos recueillis par André Missonnier