Rachida Dati lance la plateforme La France Vous Appartient

Rachida Dati est maire du 7 -ème arrondissement de Paris, magistrate et ancienne ministre de la Justice. Le 17 février dernier, elle tenait en collaboration avec droite de demain une conférence pour lancer sa plateforme participative « La France Vous Appartient ». Elle échangeait ainsi avec les jeunes présents ce soir-là sur l’avenir de la jeunesse à la suite de la crise sanitaire.

Un mot d’introduction :

Au-delà de la crise sanitaire, les Français ont bien intégré qu’il faudra vivre avec le virus : adapter nos modes de vie, d’apprentissage et d’échanges. Nous avons des propositions concrètes à formuler ; certaines que j’ai eu l’occasion de formuler mais également vos propositions. Je souhaitais faire de cette plate-forme un espace convivial, que vous puissiez vous approprier afin d’ouvrir le débat entre vous, mais également aboutir à des propositions concrètes.

La gestion de la crise sanitaire m’a renvoyé à certaines périodes de mon vécu. J’ai commencé comme beaucoup à travailler à temps plein dès mes 16 ans, contrainte par le besoin d’argent pour le financement de mes études. En parallèle, j’avais aussi mes engagements associatifs puis politiques. Le gouvernement a démontré sa déconnexion totale avec la réalité des jeunes. Ils n’ont été capable que de donner un repas cantine pour 1 €, alors que les étudiants ne veulent pas d’assistanat ; ils veulent travailler ! Les jobs alimentaires pour ces étudiants sont tous fermés : lieux culturels, grandes surfaces, restaurants, accompagnement ou cours particuliers ; tout cela est fermé. Il n’y a plus de solution, il n’y a plus de travail… C’est comme quand le Président répond à la jeune Heïdi qui lui a écrit : « il faut que vous souffriez encore un peu, il faut tenir ». Il ne se rend pas compte que de nombreux jeunes sont déjà à terre. Pour relever tout ça, il faut à la fois de l’ambition mais surtout des propositions. Je remercie donc les jeunes qui se joignent à moi pour ce lancement.

Omar, jeune entrepreneur : le problème actuellement pour les jeunes entrepreneurs est non-seulement celui des financements, mais surtout celui de l’accompagnement de la part de l’Etat, aucune aide pour acquérir des méthodes de gestion administratives par exemple, il faudrait que les entreprises soient viables…

Rachida Dati : C’est une problématique intéressante. Votre question me permet déjà de soulever le fait que la jeunesse est un terme galvaudé composé de multiples profils très hétéroclites ; ce n’est pas un statut. On peut être entrepreneur comme vous Omar mais également étudiant, apprenti, en recherche d’emplois… L’idée d’un accompagnement envers nos jeunes entrepreneurs a émergée en 2005 lorsque nous avions travaillé le programme présidentiel de 2007. Nous nous étions intéressés à cette catégorie d’une part en nous interrogeons sur des questions simples : comment constituer une entreprise ? Comment pouvons-nous simplifier les formalités administratives ? Comment on suit ces entreprises ? Le problème généralement c’est que la pérennité de l’entreprise se joue durant les deux premières années ; ça passe ou ça casse… d’ailleurs c’était l’objet de la création d’un fond souverain – devenu la BPI – dont l’objectif était justement d’accompagner ces jeunes et au-delà, ceux qui n’ont pas forcément les qualifications pour savoir constituer l’entreprise, mais qui ont la qualification pour la faire tourner. La BPI a très bien marché pendant des années. Je le vois en tant qu’élu local, je suis sollicité régulièrement par des nouveaux entrepreneurs pour la recherche de financement et, également, pour leur développement. J’agis alors en tant que relai entre les jeunes entrepreneurs et la BPI, en raison du fait que la BPI a complexifié son accès. Les gouvernants ont essayé de déconcentrer – avec des antennes BPI dans certains territoires – pour être dans la proximité, mais je porte une vision d’une BPI renouvelée. La BPI ne doit pas être du tutorat. Je considère que dans des territoires délaissés, toute une jeunesse qui souhaite entreprendre, n’a pas accès à ces financements et ces aides ; là, devrait être la place de la BPI.

Sonia, étudiante : est-ce que la création de chèques en direction des étudiants vous semble possible ?

Rachida Dati : A mon époque, on ne pouvait pas cumuler une bourse et un emploi salarié. Quand j’ai commencé à travailler, je ne pouvais plus arrêter de travailler dans la mesure où je n’entrais plus dans les critères de bourse. On a aboli ce régime et on a donc permis aux étudiants de pouvoir cumuler travail et bourse. Dans les prépas ou écoles de commerce, vous ne pouvez pas cumuler avec une activité salariée. Désormais, il existe une forme de souplesse grâce à l’apprentissage qui est entré dans toutes les formations. Pour l’université, nous avons adapté les travaux dirigés pour les adapter à votre travail salarié. Cependant, avec l’avènement d’une triple crise comme nous la vivons actuellement, crise économique, sociale et sanitaire, et que l’on dit que nous sommes en état d’urgence sanitaire, nous sommes de facto dans un régime d’exception. Nous devons l’appliquer à la jeunesse ! Ce n’est pas un revenu universel, mais une compensation. Cette compensation intervient pour combler le manque de travail des étudiants et leur perte de pouvoir d’achat. De nombreux étudiants ont été dans l’obligation de quitter leur studio, leur cité U, car ils n’avaient plus de travail. Leur année universitaire est par conséquent compromise. Je suis donc favorable à une réflexion sur le fait qu’en période de crise de grande ampleur, les étudiants puissent être aidés par un système de compensation ; c’est la même logique que le chômage partiel. Ce chômage partiel vient pallier le fait que vous ne puissiez pas exercer votre travail en raison de la crise. Aujourd’hui, j’ai été vraiment indignée quand le Président de la République s’est contenté du repas à 1 € dans les CROUS. Ce sont des gens qui n’ont jamais connu la difficulté… Nous avons le chômage partiel pour les salariés, nous devons avoir un régime de compensation pour les étudiants !

Alexandre, étudiant : j’ai dû faire un prêt étudiant au début de mes études, le problème c’est que j’arrive à la fin du crédit, et pour s’insérer dans le monde du travail c’est très difficile à l’heure actuelle, que ce soit en emploi ou en stage, peut-on envisager un revenu universel pour les étudiants ?

Rachida Dati : Sur le revenu universel jeune, je n’y suis pas favorable. Comme je l’ai dit précédemment, quand on est en difficulté, en recherche d’emploi ou une perte d’emploi, il faut qu’il existe cette compensation financière. Nous devons y réfléchir ! L’évolution des sociétés, les crises, vont amener des difficultés pour la jeunesse dans l’insertion professionnelle. Le problème du revenu universel c’est qu’il ne prend pas en compte le statut ou les situations sociale et économique. Quand je pouvais travailler, je n’aurais pas voulu recevoir ce revenu. Je ne pouvais pas emprunter car mes parents ne pouvaient pas se porter caution ; donc j’ai dû travailler. Mes études ont été impactées fortement par le fait de travailler ; à l’époque les cours n’étaient pas adaptés. Sur l’organisation matérielle, il faut adapter le revenu d’exception à la situation que traverse chaque étudiant. Ne confondons pas aussi, cette compensation avec la bourse ; c’est une aide. Cette compensation sera bénéfique dans les périodes de doutes : recherche d’emploi, passage de d’examens ou de concours. Elle est importante aussi car ça permet de différer les remboursements – contrairement à ce que proposent les banques. On oublie malheureusement trop souvent d’aider les étudiants qui préparent les concours, l’inégalité est là : le jeune qui travaille n’a pas les mêmes conditions de préparation aux concours. Ces inégalités on les retrouvent aussi avec ceux qui peuvent se payer des prépas privées, des annales ou des livres. J’aimerais qu’à la faveur de cette crise sanitaire, nous en profitions pour revoir la situation.

Samuel : sur l’emploi des jeunes, je me demande s’il serait possible que l’Etat prenne en charge les charges pour la première embauche d’un jeune en CDI ? (Ensemble des charges salariales et patronales)

Rachida Dati : Le sujet que vous abordez c’est celui des bas salaires. Je pense qu’il faut mener une réelle négociation secteur par secteur – certains sont plus prolifiques que d’autres – car on a souvent délaissé cet aspect-là. On compte un peu trop, selon-moi, sur l’Etat pour l’exonération des charges ici et là, ce n’est pourtant pas forcément le bon ordre. Les cotisations ce sont aussi les pierres angulaires de notre système social bâti sur les solidarités. Il faut absolument préserver notre système de solidarités. C’est un exemple de réussite, il n’y a qu’à voir l’Obamacare aux Etats-Unis, directement inspirée par le système social français. Le sujet est plutôt sur les bas salaires. Nous l’avions commencé par la défiscalisation des heures supplémentaires. Quand vous êtes privés, encadrés, ça n’encourage pas au travail, ni pour l’employeur, ni pour l’employé. La gauche a tout supprimé par idéologie. Par exemple : les policiers ont été en première ligne durant la crise sanitaire pour faire respecter les directives, et on a eu un réel problème d’heures supplémentaires. Il faut que le gouvernement défiscalise les heures supplémentaires pour nos forces de l’ordre comme récompense pour leur travail. Alors qu’ils ne sont pas reconnus actuellement, cette mesure valoriserait leur travail. Il faut avoir une politique salariale plus équitable. Une fois que vous avez cotisé pour votre sécurité sociale, l’heure supplémentaire ne va pas changer quelque chose pour votre retraite, alors que la défiscalisation de ces heures à plusieurs mérites : encourager le travail, valoriser ceux qui veulent travailler plus et de ne pas décourager les employeurs. Sinon, nous serons constamment dans une politique d’assistanat en augmentant une taxe par ci, une taxe par là.

Sarah, santé publique et association : j’ai créé une association pour que les jeunes femmes aient un accès simplifié aux soins, avec la crise, de plus en plus de jeunes sont dans un renoncement aux soins, nous ne pouvons pas nous substituer à l’Etat, comment les pouvoirs publics peuvent soutenir les initiatives jeunes ?

La précarité est liée à l’accès au soin. La crise sanitaire a mis en lumière de nombreuses inégalités de notre société. L’accès à l’Ecole en est un exemple. Dans certains départements, entre 3000 et 5000 élèves ont totalement décrochés. Sur l’accès au soin, il ne faut pas oublier qu’il était déjà prégnant avec les déserts médicaux. En conversant avec le professeur Philippe Juvin, il mettait en exergue le fait que dans sa ville, il n’a aucun orthophoniste par exemple. De trop nombreuses personnes n’ont pas accès à un médecin généraliste. L’accès au soin est un sujet politique important. Les étudiants, ne vont pas se faire évaluer ni les yeux, ni les dents, ni l’audition, rien. Et ces manquements coûtent très chers par la suite. Heureusement, nous pouvons compter sur les associations qui sont très présentes en France. Il faut une sécurité sociale qui accompagne beaucoup plus les jeunes dans la prévention. Ce sont des sujets sur lesquels j’ai été très engagée, j’ai toujours soutenu les associations. On peut avoir un chèque sanitaire, mais est-il utile si vous n’avez pas de rendez-vous ? La plupart de nos jeunes ne se soignent pas ; c’est une réalité… Le gouvernement a délivré des chèques psy, mais j’aimerais savoir si les étudiants ont réellement eu les rendez-vous. On annonce mais on ne suit pas ! On annonce mais on n’accompagne pas ! On annonce mais on n’évalue pas ! J’ai fait voter une loi sur le dépistage précoce car nous nous étions rendu compte que dans les familles moyennes l’absence de suivi de la part d’un pédiatre était récurrente et donc les enfants n’étaient guère suivis. J’avais donc proposé que la médecine scolaire puisse assurer un suivi scolaire de la maternelle jusqu’au lycée. Il faut désormais mettre en place une continuité sanitaire après le lycée. C’est pourtant une réussite dans les départements où on l’expérimente. J’ai trop de respect pour notre jeunesse pour leur promettre des services qu’ils n’auront que très difficilement.

Gaétan, étudiant : je représente ici les étudiants de banlieue, je fais des maraudes auprès des étudiants précaires, et j’ai remarqué que parmi eux malgré de réelles ambitions, ils étaient contraints de renoncer à leurs projets, ils ne peuvent pas faire de prêt. Est-ce qu’on ne devrait pas imposer aux banques de faire un peu plus confiance aux jeunes qui proposent un projet concret ?

Rachida Dati : Oui, c’était bien le rôle de la BPI, qui devait accompagner les entrepreneurs, en particulier les jeunes créatifs et dynamiques. On s’est rendu compte que la BPI agit désormais comme une banque classique, que ce soit dans le vocabulaire ou dans les services rendus. Nous devons agir sur la viabilité du projet et, en cela, le soutien est essentiel. On peut donner cette responsabilité aux banques, j’en suis certaine. Si toutes les banques ont un département dédié à ce type d’entrepreneur, elles le feront ! Dans une autre optique, est-ce normal qu’un étudiant ne puisse bénéficier d’un emprunt étudiant car ses parents ne peuvent pas se porter caution ? Non, ça le condamne ! Il devra être dans l’assistanat ou renoncer à ses rêves. Priver de son ambition et de ses rêves toute une partie de la jeunesse ; ce n’est pas la République !

Baptiste, étudiant : que pensez-vous du service universel mis en place par le gouvernement ?

Rachida Dati : quand on a lancé l’Agence nationale de service publique, j’ai considéré que c’était un peu comme ERASMUS : c’est un service pour enfants privilégiés. Vous ne pouvez pas vous installer dans un pays étranger si vous avez uniquement l’aide du programme ; de nombreux étudiants rêvent de faire ERASMUS mais ils ne le pourront pas. Il faut revoir le service civique pour le rendre accessible à tous. Il ne doit pas être uniquement le choix de certain, mais un choix pour tous. Beaucoup de jeunes ne peuvent pas assurer leur quotidien. On le constate, dans les territoires perdus de la République, le service public est rare car les jeunes n’ont pas les moyens de le faire. Vous préférez survivre avec un petit job plutôt que de rendre service à la communauté, un peu de réalisme. C’est une bonne idée mais il faut le démocratiser.

Solène, étudiante : certains pays scandinaves ont créé des parlements de la jeunesse lorsque le gouvernement décide des mesures en direction des jeunes, que pensez-vous de cela ?

Rachida Dati : Ne le nions pas, nous sommes actuellement dans une crise démocratique importante. Ce n’est pas en ajoutant de nouvelles institutions que nous inverserons cette tendance. Plus pragmatiquement, nous devons réinvestir nos instances de décision. Nos institutions héritières du gaullisme sont très adaptées en réalité. C’est dans le politique où il y a un défi. Ce n’est pas forcément une déconnexion du politique comme on l’entend souvent, mais ceux qui nous représentent sont très idéologues. Lorsque j’ai voulu renouveler mon conseil municipal, je rêvais de mettre une gardienne d’immeuble, elle n’a pas voulu car malgré une volonté de s’engager, elle n’avait pas le temps avec son travail et pas les moyens pécuniers. La politique est ouverte à tous mais son exercice est encore réservé à une petite partie de la population. Je ne vis pas de la politique, ce qui me permets d’exercer ma fonction de Maire de manière libre. Faire une un Parlement Jeune, non, mais pourquoi ne vous présenteriez-vous pas dans nos institutions ? Mais pour cela il faudrait que vous y est accès. Les élections régionales arrivent, mon souhait le plus profond c’est que la jeunesse s’en empare. La jeunesse doit investir les institutions existantes.

Ornel, jeune actif : on parle beaucoup des étudiants, mais que fait-on de cette jeunesse silencieuse des cités et milieux ruraux ou écartée des villes (BTS, apprentis) ? Comment leur redonner l’envie de s’engager ?

Rachida Dati : des gens comme Sarah, qui s’est exprimée tout à l’heure, qui portent une vision, doivent avoir un engagement politique ! Je pense qu’il ne faut pas qu’on se loupe avec les départementales et régionales, on doit mettre ces talents en avant. La politique a oublié cette jeunesse, mais cette jeunesse a aussi oublié la politique. J’ai toujours été frappée qu’en banlieue où toutes les problématiques sont concentrées, ça ne vote plus du tout. Mais si l’offre politique ne vous intéresse pas, par pitié, engagez-vous ! Je sais qu’il faut pour cela des soutiens et des moyens, mais j’aimerais que des gens comme vous soient accompagnés par notre parti. L’abstention tue l’engagement politique. Elle favorise le confort de certains et favorise les plus favorisés. Je suis issue de l’ancien monde car c’est lui qui m’a permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui alors que le « Nouveau Monde » lui, créé l’abstention. Quand je vais dans certains quartiers, on voit très nettement que l’ascenseur social sera fermé pour cette population. Dénonçons-le. La loi sur les séparatismes ne changera rien car nous n’attaquons pas les causes profondes de celui-ci. Attention, la colère monte, et nous sommes dans un moment crucial. Pour le résoudre, je crois en l’engagement ! Nous comptons sur vous !

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de demain.

(Entretien) Benjamin Morel, « L’État est l’instrument que le peuple se donne à lui-même »

Benjamin Morel est politologue, maître de conférences en droit public à l’université Paris 2 Panthéon-Assas et docteur de l’École Normale Supérieure de Paris — Saclay. Il a écrit « Le Sénat et sa légitimité : L’institution interprète de son rôle constitutionnel » Dalloz, 2018.

Selon vous de quel mal souffre la démocratie française ?

Je dirais qu’il y a un mal singulier et un mal plus général. Un mal général qui pèse sur l’ensemble des démocraties occidentales correspondant à une profonde crise de la représentation. Il est lié à plusieurs facteurs. Il faut bien entendu considérer des raisons économiques et sociales. La polarisation économique a affaibli les classes moyennes qui ont historiquement été au cœur de la stabilisation des systèmes politiques en adhérant au gouvernement représentatif. En voie de fragilisation économique, elles ont représenté, dans le premier XXe siècle, l’élément de bascule hors de la démocratie. Il n’est pas certain que les mêmes facteurs ne produisent pas les mêmes conséquences demain. Il faut également considérer des raisons liées à la structure de l’information. Cette dernière fonctionne aujourd’hui en silo à travers les réseaux sociaux. Par ailleurs, on constate une mise en crise du vieux schéma partisan traditionnel. Pour que la vie politique s’organise, elle doit s’articuler autour d’un principe permettant de distinguer des familles politiques s’organisant au sein d’un système d’alliances stables. Dans l’ensemble des démocraties occidentales, quel est l’élément qui structure fondamentalement le schéma politique ? La représentation pure et parfaite de toutes les idées qui parcourent l’opinion ne peut être traduite par un mode de scrutin. Ce dernier est un instrument de simplification et de rationalisation de l’expression de l’électorat. Pour que la représentation soit légitime, il faut que la simplification ne soit pas considérée comme une dénaturation. Pour cela, il faut que les éléments les plus saillants de l’identité électorale se retrouvent dans l’image projetée. Si plus aucun élément ne permet vraiment de distinguer les profils politiques, l’électeur ne peut plus se reconnaître dans le miroir de la représentation. C’est ce qui historiquement a conduit à solidifier la droite et la gauche. Dans le premier XIXe siècle, le clivage repose sur la question du régime (Monarchie ou République). Dès lors que la droite se convertit à la République, il cesse d’être pertinent. C’est alors la question de la laïcité qui s’impose. Enfin, la question sociale et l’héritage du marxisme vont opposer la droite et la gauche. Sur ces trois sujets, les gauches, malgré leurs désaccords, se définissent dans une unité de principes forte. Les droites sont plus divisées, mais se regroupent pour contrer l’union des gauches. Le temps cristallise des systèmes d’alliance entre ces composantes et donne le sentiment à l’électorat d’appartenir à une maison commune. Aujourd’hui, cet élément d’objectivation et d’identification du clivage n’est plus clair. Les formations politiques sont allées chercher l’électeur médian et ce faisant ont perdu quelque peu leur identité politique. Pour la droite, ce fut principalement au moment de Maastricht, pour la gauche ce fut lors du tournant de 1983. À défaut de caractéristique idéologique forte, le système de représentation a longtemps tenu (depuis la fin des années 1980) grâce à la persistance des identités politiques dans l’électorat. Les électeurs se sentaient de gauche ou de droite, sans trop plus savoir ce que cela impliquait. Toutefois, cela renvoyait à une tradition, des symboles, une histoire. Or, aujourd’hui, ces identités politiques souffrent d’un manque de transmission. Les formations ont, à tort, voulu moderniser leur image et redéfinir leur identité, égarant un peu plus l’électeur. Par ailleurs, l’émergence de nouvelles générations de votants a fini par enrayer la logique d’inertie. C’est vrai en France, mais également à l’étranger.

En France, il faut noter des fragilités institutionnelles. La Vème République a été conçue comme un régime plébiscitaire dans lequel le président de la République avait un pouvoir important, reposant non pas sur la lettre du droit, mais sur l’adhésion du peuple dans sa personne. Si vous prenez la Constitution de la Cinquième République, le chef de l’État a assez peu de pouvoir. S’il en a beaucoup plus dans les faits, c’est parce qu’il est celui qui a reçu l’onction du suffrage universel, et autour de qui l’ensemble du système politique gravite. Le pouvoir n’est pas lié au droit, mais à la légitimité confiée par le Peuple. Ce qui fait que si jamais le chef de l’État perd la confiance du peuple, ce dernier perd théoriquement sa force et son pouvoir. C’est ce qu’avait parfaitement compris de Gaulle. Le général ne fait pas des caprices lors du référendum de 1969 en démissionnant. Il est alors totalement cohérent avec son interprétation de la Vème République. Si le Président perd la confiance du Peuple, assumer son pouvoir n’est plus possible. Le problème, c’est que de Gaulle était de Gaulle, et que ses successeurs ont quelque peu remis en cause le schéma. D’abord, Valéry Giscard d’Estaing exclut de démissionner à la veille des législatives de 1978. Ensuite, Mitterrand ne démissionne pas lors de l’échec aux législatives de 1986. Enfin, Jacques Chirac se maintient en 1997 après l’échec de la dissolution, puis en 2005 lors d’un référendum perdant. S’ils ne prennent plus la responsabilité qui leur incombe dans la tradition gaullienne de la Vème, ces défaites sont des épreuves pour les Présidents. Dès lors, pour éviter de voir leur pouvoir écorner, ils les évitent. Le référendum et la dissolution ne sont plus guère en odeur de sainteté. Il restait certes les électrons législatifs intermédiaires, mais le quinquennat est venu résoudre ce problème. Toutes les respirations démocratiques durant le mandat présidentiel ont disparu. Tous les cinq ans, les Français élisent un sauveur qui, imperméable à toute remise en cause durant son mandat, parvient à se faire détester d’eux au bout de six mois. Alors que le général de Gaulle usait du référendum pour en appeler au Peuple contre le Parlement, ses successeurs ont systématiquement révisé la Constitution par voie de Congrès pour éviter de subir un revers par le Peuple. Si la crise est générale à tous les pays occidentaux, elle est probablement encore amplifiée en France, non pas par les institutions de la Vème République, mais par leurs perversions.

Après la crise des Gilets Jaunes, et pendant la crise du covid 19, nous avons constaté de la part des Français un besoin de l’État d’un côté, et son rejet de l’autre, à tout le moins une crise de l’État. Selon vous, avons-nous basculé d’une crise démocratique à une crise de l’État ?

Je ne pense pas. Je dirai que la remise en cause de l’État, et en même temps son appel au secours est quelque chose d’extrêmement banal. Le Français qui demande que l’État l’appuie, l’aide, et qui en même temps peste à chaque fois qu’il reçoit sa déclaration d’impôt est loin d’être une nouveauté. Quand on prend les enquêtes d’opinion, il n’y a pas un rejet de l’État, mais plutôt une demande d’intervention de celui-ci. Dans une enquête Opinion Way pour le Printemps de l’économie en avril 2020, l’État est considéré comme l’échelon pertinent pour la plupart des grandes politiques publiques. Concernant la santé, 57 % jugent qu’elle devrait être gérée par l’État, 11 % au niveau local, 32 % au niveau international. Concernant l’éducation, 61 % l’attribuent à l’État, 13 % au niveau local, 26 % au niveau international. Il en va de même pour l’emploi ; 54 % pour l’État contre 19 % au local et 27 % à l’international. Il faut donc en la matière ne pas confondre le peuple et ceux qui s’en veulent les ventriloques, courant les plateaux et appartenant généralement à une classe supérieure qui n’aime pas l’État, jugeant qu’elle n’en a pas besoin. Ils croient faire « peuple » en le condamnant avec un langage simpliste et un air goguenard. En réalité, ils caricaturent ce même peuple dont le rapport à l’État est bien plus complexe. L’État est l’instrument par lequel le peuple peut agir sur son destin. Il est l’instrument de sa souveraineté. Il est l’instrument nécessaire du pouvoir de ceux qui n’en ont pas. Si le peuple peut se plaindre de son manque de capacité à changer le réel, il n’en condamne pas le principe…

Cette faiblesse renvoie aujourd’hui à un problème dans le fonctionnement de l’État. Il est multifactoriel, mais vient en grande partie d’un affaiblissement de l’État régalien à partir des années 1980. Il existe au moins deux grands éléments à prendre en considération. Le premier est un abandon d’un certain nombre de compétences régaliennes qui relevaient historiquement de l’État. Partie du peuple, je veux agir, l’État est l’outil par lequel je peux agir sur mon destin. Comme le notait bien Arendt, il n’y a pas de liberté individuelle sans la liberté collective qu’implique le politique. Un homme seul sans contrôle du monde qui l’entoure ne dispose que de bien peu de leviers pour transformer son environnement. Or, lorsque l’État répond par la négative aux demandes de politique de l’opinion, parce qu’il s’est lui-même engoncé, dans les chaînes d’autorités administratives indépendantes, des traités ou d’une répartition des compétences avec les collectivités territoriales, il crée une frustration. C’est intéressant de consulter les enquêtes relatives aux gilets jaunes notamment. On note une évolution des revendications en deux temps. D’abord, une révolte relative aux pouvoirs d’achat, conduisant à une réponse négative de l’État pour cause de contrainte budgétaire. Or, aux yeux des gilets jaunes, l’État, c’est justement l’instrument de leur souveraineté, le fait qu’il ne réagisse pas à une demande vitale n’est pas admissible. Donc, visiblement, c’est l’État qui a un problème, non pas dans son principe, mais parce qu’il refuse de remplir son rôle. Il faut donc reprendre le contrôle de l’État et c’est alors, dans un second temps, qu’apparaît la thématique du RIC. Elle n’est pas le fruit d’une spéculation hypothético-déductive sur la démocratie. Elle est le produit d’une volonté de reprise de contrôle de l’État pour le pousser à redevenir un instrument par lequel le Peuple peut agir sur son destin. Redonner de la force à l’État, c’est donc redonner du sens au politique. L’agencification de l’État et sa bureaucratisation en vue de le rationaliser pour faire des économies, ce qui finit par coûter plus cher que cela ne rapporte en ajoutant une coûteuse surcouche de bureaucratie, ont sclérosé l’administration. Les ARS sont symptomatiques de ce mouvement kafkaïen. Le deuxième facteur est un problème d’investissement dans l’État, investissement humain et financier. Pour des raisons diverses, le poids des prestations sociales a été croissant. Pour contrebalancer, on a sous-investi dans l’État régalien. Ensuite, nous avons connu un sous-investissement humain accompagné pendant de nombreuses décennies d’un mantra sur la réduction de la masse de fonctionnaires. Pourquoi pas, mais le problème, c’est qu’il existe trois fonctions publiques en France. La fonction publique hospitalière qui a très modérément augmenté en nombre. La fonction territoriale qui a explosé, plus de 40 % depuis 2000, mais à laquelle on ne peut pas toucher eu égard au principe de libre administration des collectivités territoriales. Et enfin, la fonction publique d’État, qui comprend essentiellement les enseignants, la police et l’administration judiciaire. Or, comme vous pouvez difficilement toucher le reste, c’est cette fonction publique d’État que l’on a visé. L’État s’est donc retrouvé affaibli dans ses missions les plus régaliennes en coupant les fonds et en réduisant le nombre de fonctionnaires là où justement on en avait le plus besoin. À cette désorganisation s’ajoute un manque de direction politique. Jadis, les hommes politiques connaissaient l’État, car souvent ils avaient réalisé une grande partie de leur carrière en son sein. À ce jour, nous avons un gouvernement qui comprend mal le fonctionnement de la machine étatique, car les ministres n’en ont pas l’expérience et leurs cabinets n’ont pas été taillés à la mesure de cette mission. La circulaire de 2017 d’Édouard Philippe tendait ainsi à faire des cabinets aux nombres de membres réduits des cellules centrées d’abord sur la communication politique. L’État est donc affaibli, entravé et sans tête… pour conjurer une crise sanitaire, économique, sociale et démocratique, c’est là un constat bien inquiétant.

Avons-nous perdu le principe de l’Etat-Nation ?

On l’a dit, l’État est l’instrument que le peuple se donne à lui-même pour agir sur son propre destin. Nous sommes des atomes du peuple, mais encore faut-il se sentir partie du peuple pour que l’État ne soit pas considéré comme un corps étranger. Il s’agit d’un phénomène de transposition du « moi » vers le « nous » et du « nous » au « ça », c’est-à-dire du moi, atome de la souveraineté vers la nation et de la nation vers l’instrument de la nation qu’est l’État. Or, on constate une crise de l’État Nation comme échelon d’identification. Une partie de la population est en rupture vis-à-vis de la nation, car elle se projette dans une communion internationale et considère que la notion de nation est dépassée. Vous avez une autre partie de la population qui se trouve dans un mouvement de repli communautariste, religieux, ethnique ou régionaliste. La nation est alors affublée de tous les mots et il convient le plus possible de s’en éloigner pour ne pas partager son infamie en se bâtissant une identité singulière et romantique d’opprimé. Les raisons sont multiples et viennent d’un dénigrement assez gênant de la nation durant les dernières décennies par les élites intellectuelles et médiatiques. Elle vient aussi d’une volonté d’être maître de la définition de son identité dans un processus bien compris et investi par le marché. On parle de communautarisme, mais cela a peu à voir avec le vieil holisme. Il s’agit d’une construction identitaire d’abord individuelle et narrative plus proche de McDonald’s que de Herder. Assimiler dans ce contexte des populations allogènes est un gageur, mais ce n’est que le sommet de l’iceberg. Pour évoquer un sujet que je connais bien et décentrer l’approche habituelle portant sur les populations issues de l’immigration, on assiste à un vrai développement du régionalisme en France. Il est le fruit de populations totalement intégrées, mais qui font le choix de se définir contre la nation. Certains politiques jouent sur ce registre. Lorsque Richard Ferrand le 21 octobre 2020 explique sur BFM que le « communautarisme alimentaire » pointé par Géralde Darmanin n’est pas un problème (concernant les rayons hallal) et que lui se nourrit au rayon produits bretons (dont personne ne lui a dit qu’il était destiné aux touristes), il joue, pour des raisons politiciennes, sur l’exacerbation d’une identité irréductible au monde commun. Cette dernière n’est pas le produit d’une tradition à sauver, mais d’un marketing industriel qui voit (à raison) une opportunité de jouer sur une volonté de singularisation pour faire de la vente de masse. Ne pas être de la nation ; être d’une région, d’une communauté, d’une religion ou d’une quelconque tribu se définissant contre « le moule ». Le phénomène de désidentification totale demeure minoritaire, mais il est conquérant et va croissant parmi les jeunes générations. Les enquêtes sur les 18-25 ans sont assez effrayantes. Ensuite, il y a le phénomène de désincarnation de l’État. La puissance publique qui jadis était identifiée à l’État n’est plus lisible, claire, audible. Elle implique une diversité d’acteurs publics et parapublics. De sigles en transformation de l’action publique, les institutions sont moins claires et lisibles pour la population qui cesse de croire dans la force d’un État stable. Enfin, c’est une puissance en voie de désacralisation. Les dorures auxquels Bruno Lemaire s’attaque dans son dernier ouvrage ont leur importance. Charles de Gaulle avait rapidement compris que le pouvoir n’était pas dans l’Assemblée nationale, mais il était d’abord dans le Palais Bourbon. C’est le Palais Bourbon qui fait l’Assemblée nationale en fondant la légitimité dans une continuité symbolique. Lorsque les bâtiments publics s’éloignent des centres-villes et se mettent à ressembler aux bâtiments privés, c’est la singularité de la puissance publique qui est rompue. Lorsque cette dernière s’installe dans des tours de verre, c’est sa légitimité fondée sur la continuité qui est remise en cause. Lorsqu’elle prend ses quartiers dans des locaux modestes loin du standing offert par les grandes entreprises, c’est la hiérarchie entre pouvoir public et intérêt privé qui est inversée. En délocalisant le TGI de l’île de la Cité au périphérique, vous abaissez la justice au rôle d’une activité de second ordre. En prévoyant de mettre à la place des fast-foods, vous sous-entendez que ceux-ci sont bien plus centraux dans la vie de la nation. La relégation symbolique de l’État prend le risque de banaliser son pouvoir pour n’en faire plus qu’un acteur social comme un autre. Sa rupture avec l’idée de nation risque de le propulser à la périphérie du champ social en cessant d’en faire l’instrument de tous.

La convention citoyenne par tirage au sort ne dépolitise-t-il pas le débat public, voire ne le déparlementarise-t-il pas ?

Est-ce qu’elle le déparlementarise, la réponse est oui… en tout cas de la manière dont cela a été fait. Est-ce qu’elle le dépolitise, pas forcément. Les conventions citoyennes, quelles qu’elles soient, ne sont pas forcément une mauvaise idée. Cela peut permettre, bien encadré, au peuple de se projeter dans une forme alternative de représentation, et de faire émerger des problématiques ou des solutions qui ne seraient pas forcément celles des parlementaires. Cela ne peut évidemment pas se confondre avec une assemblée représentative ni prendre le pas sur la représentation nationale, mais elle peut être un complément intéressant à condition qu’elle soit bien pensée. L’idée est de permettre à un panel de citoyens de penser une question complexe. L’enjeu de la convention citoyenne est de former un échantillon représentatif, sans grandes connaissances et appétences pour le thème, sur un sujet. Elle peut alors jouer un rôle d’intermédiaires et de représentant du reste de la population qui ne se sera pas autant investi dans le débat, mais pourra se projeter sur les travaux. Cette démarche-là est loin d’être inintéressante et elle est profondément complémentaire à la fois d’un développement de la démocratie directe et de la démocratie représentative classique. Ces conventions citoyennes peuvent permettre de mettre en forme des idées latentes dans l’opinion et de désamorcer de fortes tensions sociales comme on l’a vu en Irlande sur l’avortement. Évidemment, il y a une réflexion à avoir sur la sélection des intervenants et formateurs, car ils vont profondément orienter la manière dont sera apprécié le sujet. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas avoir une convention citoyenne qui soit indépendante de la représentation politique et partisane. Le parlement dans ces diverses composantes, majorité et opposition, aurait dû avoir un rôle dans l’organisation de cette convention. Ensuite, ce type de convention ne peut pas avoir pour mission de se substituer au législateur. L’idée macronienne, visant à appliquer tel quel ce qui est proposé, est une erreur ; c’est impraticable et délétère. Une convention est avant tout un lieu d’éclairage et de proposition et non un lieu de décision. Son succès passe par l’échange de points de vue et le travail en coordination avec les assemblées. Il a tout de même fallu en venir là dans la cadre du projet de loi, mais ce n’était pas le plan initial. En organisant un tête-à-tête entre la convention et le Président, on marginalise la représentation nationale et l’on peut comprendre l’exaspération de certains parlementaires, notamment au Sénat.

Le droit au logement a été intégré dans la Constitution de manière quasi unanime, mais on voit que juridiquement il est difficile d’en assumer les conséquences, selon vous en sera-t-il de même pour la nouvelle mention environnementale dans l’article 1er de la Constitution souhaité par le Président de la République ?

À quoi cela sert-il de modifier la Constitution ? En réalité, à deux choses. Premièrement, à dire aux électeurs, et à la postérité que vous avez modifié la norme fondamentale et donc que vous êtes rentré dans l’histoire. C’est une forme de discours performatif à bas coût. Si j’ai fait entrer l’environnement à l’article 1er alors on doit me reconnaître le statut de grand défenseur de l’environnement. Le deuxième objectif, c’est de faire évoluer la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Le problème, c’est que, plus la Constitution comporte de dispositions diverses, variées, contradictoires, plus la marge d’interprétation du Conseil constitutionnel est grande. Plus chacun introduit ce qui lui semble important pour faire évoluer cette jurisprudence, au nom d’une sorte de fétichisme constitutionnel, plus la marge d’arbitraire du juge s’étend. Le droit au logement par exemple, s’oppose en partie au droit à la propriété. Au nom du droit au logement, est-ce que je peux saisir toute propriété pour y loger des gens privés de logement ? La réponse est non, il s’agit de trouver un équilibre entre droits et libertés s’opposant. Plus on a de dispositions contradictoires dans la Constitution, de droits et de libertés qui vont s’opposer, plus en tant que juge, je vais être amené à être extrêmement créatif dans ma jurisprudence. Ce n’est pas de la faute du juge, il fait avec ce que le politique lui donne. Dès lors, l’introduction de l’environnement dans la Constitution, qui est déjà présent dans la Charte de l’environnement, peut avoir des effets très variés. Cela peut conduire le Conseil constitutionnel à développer une jurisprudence plus favorable, à n’infléchir en rien sa jurisprudence, ou même à se faire moins bien le défenseur de l’environnement. En effet, l’article 1er étant beaucoup moins clair que la charte, s’il doit s’appuyer sur le premier plutôt que sur la seconde pour arbitrer entre l’environnement et une liberté garantie, il n’est pas certain que cela favorise une lecture plus verte. Au bout du compte, il s’agit donc d’écrire dans la Constitution que l’environnement est important pour en tirer gloire et retombées… sans vraiment connaître les conséquences d’un tel geste.

Depuis 2017, le débat politique s’est réduit à un affrontement entre LREM d’un côté et le RN de l’autre sans enracinement territorial solide de ces deux partis politiques, comment l’expliquez-vous ?

Il y a une volonté de la part de ces deux formations de construire un duel dont elles profitent chacune. Cela a été extrêmement clair aux européennes. Ce qui est intéressant concernant l’électorat de droite en 2019, c’est que l’on constate un double effet vote utile. L’échec de LR aux européennes n’est pas le produit d’une erreur de casting ou de campagne, mais à un effet de prise en tenaille. Un tiers de l’électorat de droite a voté utile LREM contre le RN, un autre tiers a voté LR, enfin, et c’est assez nouveau, un autre tiers RN, pour infliger une défaite à la majorité. On peut penser que c’est absurde comme comportement lors d’une élection intermédiaire à la proportionnelle. Toutefois, il ne faut pas penser que l’électorat se détermine uniquement sur les enjeux réels ; il est surtout guidé par les enjeux symboliques d’une élection. En l’occurrence ici l’enjeu perçu fut l’ordre d’arrivée des deux premières listes. Ensuite, il y a une polarisation de la perception médiatique du champ politique entre ces deux formations. La vie politique française est fondée sur l’idée de l’alternance. Une formation est au pouvoir, si elle échoue, elle se voit substituer une opposition incarnant une alternative. Jusqu’à présent la formation qui a réussi le mieux à incarner cette opposition, et donc une possible alternance, c’est le RN. Il a conservé un électorat captif lui permettant de demeurer haut dans les sondages, et capitalise sur le fait d’avoir été au second tour en 2017. Toutefois, les élections locales ont montré que sans phénomène de vote utile, dans le cadre d’une faiblesse de LREM et du RN, les identités politiques traditionnelles jouent en faveur de LR et du PS. L’électeur de droite, lorsqu’il a, au niveau local, le choix entre un candidat LREM et un candidat LR va voter LR. C’est particulièrement vrai de l’électorat âgé qui a développé une habitude de vote et une identité politique bien ancrée. Par ailleurs, vous avez une implantation qui est extrêmement forte de la droite et du PS qui permet à ses formations de faire le dos rond. Si l’on se penche sur le résultat de EELV, à part à Lille, ils ne font réellement des scores importants que lorsqu’il n’y a pas de sortant socialiste. Ils profitent d’une forme de vide, en revanche, quand vous avez déjà un personnel politique existant et ancré, il y a une forme de résilience des formations traditionnelles. LREM et le RN n’ont que peu de ramifications locales, ce qui n’est pas non plus très étonnant. Les gaullistes ont mis 20 ans à s’implanter dans les collectivités territoriales après l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle. Cette situation n’est toutefois pas saine, et ce à deux endroits ; pour le pays et pour ces partis. Les formations dominant au niveau national sont dépourvues de ramifications locales et celles fortes localement ont toutes les difficultés du monde à exister au niveau national. Cela fragilise fortement le dialogue entre le local et le national et conduit à une défiance réciproque non exempte de caricature comme l’a montré l’affrontement entre l’État et les collectivités lors de la crise de la Covid. À terme si cette situation perdure, c’est l’unité de la puissance publique voire du pays qui peut être menacée. D’un autre côté, pour les formations fortes localement l’enjeu est de ne pas devenir un syndicat d’élus locaux sans ambition national ; de ne pas connaître le sort du Parti radical. Or celui qui gagne les élections nationales est généralement sanctionné aux élections locales. Les élus locaux ne développant qu’une ambition locale ont alors plutôt intérêt à demeurer dans l’opposition. Ils renoncent à pousser directement une candidature, ou peuvent la souhaiter perdante. La féodalisation est le grand danger qui guette aujourd’hui le PS et LR. Pour le PS, il est peut-être déjà trop tard comme le montrent les volontés de se mettre dans le sillage d’EELV. Pour LR, l’existence de grands élus aux ambitions présidentielles sauve encore le parti, mais les tentations sont grandes et pourraient l’emporter en cas de défaite en 2022. La droite telle qu’on l’a connu depuis 1958 aurait alors définitivement cessé d’exister au profit d’un localisme radical-socialiste à vocation gestionnaire.

Propos recueillis par André Missonnier

(Entretien) Alexandre Devecchio, « Un candidat gaullo-bonapartiste pourrait rassembler sur une ligne populaire »

Alexandre Devecchio est journaliste au Figaro, rédacteur en chef adjoint des pages débats en charge du FigaroVox et auteur de Recomposition, publié en 2019.

Votre livre a tenté en 2019 de décrypter la notion de populisme, un terme qui a longtemps eu une portée ambiguë. La France n’a-t-elle pas toujours été populiste ? Napoléon Ier, Napoléon III ou Charles de Gaulle faisaient par exemple énormément appel au peuple par l’usage du référendum.

Pierre Rosanvallon lui-même, dans son livre, Le siècle populiste, n’hésite pas à comparer Trump ou Orban à Napoléon III. La plupart des populistes ont pour point commun de vouloir rompre avec la politique des experts et de court-circuiter les médiations institutionnelles traditionnelles pour imposer le peuple souverain comme acteur politique et démocratique central. S’ils n’entendent pas nécessairement en finir avec le principe de démocratie représentative, ils sont pour la plupart favorables à une dose de démocratie directe et ont souvent recours au référendum pour assurer leur légitimité. Napoléon Ier comme Napoléon III étaient défiant à l’égard des corps intermédiaires et des institutions représentatives et, tous deux ont tiré leur légitimité de ce qu’on appelait alors le plébiscite et que l’on nommerait peut-être, aujourd’hui, référendum. En cela, on peut dire, en effet, que le bonapartisme préfigure le populisme.

Quant à de Gaulle, il faut rappeler que, sous l’occupation, il était traité de « bolchevik » par les partisans du maréchal Pétain. En 1958, ses opposants défilaient contre lui avec des pancartes sur lesquelles figurait l’inscription : « le fascisme ne passera pas ». Aujourd’hui, il est probable qu’il serait taxé de « populiste ». Et pour cause, de Gaulle concevait le pouvoir comme un face à face avec le peule. « En France, la cour suprême, c’est le peuple », aimait-il répéter. La constitution de la Ve République, dont il est le fondateur, rappelle dès l’article 2 que « la République est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Fait notable et trop souvent oublié par ses successeurs la démocratie directe y est placée sur le même plan que la démocratie représentative : « le peuple exerce sa souveraineté aussi bien par ses représentants que par la voie du référendum », souligne l’article 3. Si la démocratie gaullienne accorde peu de place aux corps intermédiaires au nom de l’indivisibilité de la nation et de l’efficacité politique, le président de la République doit s’assurer de sa légitimité par la pratique régulière du référendum : de Gaulle en organise cinq entre 1958 et 1969 et met immédiatement fin à ses fonctions le 27 avril 1969 après sa défaite lors du référendum qu’il avait initié sur la régionalisation.                                                                                                                       

Dans mon livre, j’écris que le gaullo-bonapartisme n’est rien d’autre qu’un populisme haut de gamme !

Pourquoi aucun candidat populiste n’arrive-t-il à s’imposer en France alors que l’histoire et le contexte y sont favorables ?

Conçue, comme nous l’avons vu, par un « populiste », le général de Gaulle, dans une logique « populiste », la Constitution de la Ve République peut théoriquement favoriser la victoire d’un « homme fort » au-dessus des partis. Reste que la montée en puissance du FN, depuis les années 80, complique l’équation. Marine Le Pen a su rompre avec l’héritage d’extrême droite du FN et faire du RN un parti populiste débarrassé de ses relents antisémites et racistes. Pour autant, son équation personnelle reste brouillée par son histoire politico-familiale comme par les insuffisances qu’elle a affichées lors du débat d’entre-deux-tours il y a quatre ans. Dans un scrutin majoritaire à deux tours, où le vainqueur doit réunir au moins 50% des voix, ses chances paraissent bien faibles.

 La force de Trump et de Johnson était d’avoir un pied dans le système et un pied en dehors. Trump, en tant que milliardaire et star de téléréalité, faisait en quelque sorte partie de l’élite dans le monde des affaires et du spectacle. Johnson, bien qu’y faisant figure d’anticonformiste, a toujours appartenu à l’establishment britannique. En outre, tous deux ont réussi à s’emparer de partis traditionnels avant de les reconfigurer idéologiquement à leur image. Il manque à Marine Le Pen tous ces atouts… Reste qu’en installant le RN comme seule alternative possible à la République en Marche, Macron rend possible sa victoire à terme.

L’échec de Donald Trump à la dernière présidentielle n’est-il pas l’indice d’un retour des élites sur la scène politique ? Le populisme s’est-il fait rattraper par le système ?

La pandémie peut-elle rebattre les cartes en réhabilitant, au moins temporairement, une approche technocratique dite « raisonnable » de la politique ? On peut se demander si ce « nouveau monde populiste », que j’ai décrit dans mon livre en 2019, n’était finalement qu’une parenthèse dans la marche que d’aucuns pensent inéluctable vers un monde toujours plus globalisé ?

Mais la manière dont a été battu Donald Trump ne donne pas le sentiment de la fin d’un cycle car ce dernier a progressé de 11 millions de voix entre 2016 et 2020. Fait notable, Trump améliore ses scores auprès de toutes les « minorités », y compris les hommes et les femmes noirs, ce qui confirme les limites de la politique démocrate des identités et montre que le phénomène Trump n’est pas réductible à un vote de « petits blancs ». Même après l’épisode du Capitole – qui est à mon sens une faute politique – on voit qu’il conserve le soutien de la grande majorité de l’électorat républicain. 

Si je ne crois pas à son avenir personnel, Trump a été porté par une lame de fond qui a toutes les chances de s’avérer durable tout simplement parce que les causes profondes de celle-ci restent entières. Le populisme est le fruit de quatre décennies de mondialisation qui auront permis aux pays émergents de sortir de la pauvreté et même de prospérer, mais qui auront aussi vu le niveau de vie des classes populaires et moyennes occidentales stagner, voire décliner, tandis que leur mode de vie était bouleversé par l’immigration de masse et la montée en puissance du multiculturalisme. À ce double déclassement économique et culturel est venu s’ajouter un sentiment de dépossession démocratique. En effet, les dirigeants politiques au pouvoir, mais aussi les élites économiques et médiatiques, sont restés sourdes à ce malaise, refusant par idéologie, par intérêt ou par lâcheté, de répondre aux vœux de leurs peuples sur toute une série de questions : sécurité, immigration, mondialisation économique…

Le seul moyen de faire reculer durablement la vague populiste est de répondre à ces questions et tenir compte des aspirations légitimes des classes populaires et moyennes. Si le mot « réconciliation » a été au cœur du discours de Joe Biden, les décrets signés en urgence pour défaire la politique de Donald Trump, ainsi que la procédure d’impeachment lancé contre lui suivie de son acquittement, devrait, à tort ou à raison, conforter l’idée que toute une partie du pays cherche à évacuer l’autre partie du débat public. 

La crise sanitaire a-t-elle rebattu les cartes au niveau des organisations supranationales ? On a vu l’échec de l’OMS et de la réponse de l’UE face à la crise.

A court terme, comme semble l’indiquer la défaite de Trump, la crise sanitaire et la recherche de solutions consensuelles favorisent les dirigeants mesurés. Mais, à long terme, il est probable que la crise économique et sociale sur laquelle pourrait vraisemblablement déboucher la crise sanitaire exacerbera les fractures sur lesquelles prospèrent les populistes. L’installation d’un chômage de masse, la multiplication des faillites d’entreprises, mais aussi de commerçants et d’artisans, l’ubérisation programmé du travail, y compris celui des cadres, devraient creuser les inégalités, accélérer la désagrégation de la classe moyenne ainsi que la défiance envers les dirigeants, les institutions et les corps intermédiaires.

La crise du coronavirus a d’ores et déjà confirmé une partie du diagnostic des populistes et légitimé leur vision protectionniste. La pandémie s’est installée en un temps record sur la planète obligeant tous les dirigeants, y compris les plus favorables à la mondialisation et à l’Union européenne, à refermer leurs frontières. La doctrine même du confinement consistait à faire de la frontière, hier honnie, une protection à l’échelle domestique. Sur le plan économique, le virus a accrédité l’idée que les excès de la globalisation économique et du libre-échange avaient détruit notre industrie et nous plaçaient dans une situation de dépendance stratégique, notamment à l’égard de la Chine.

En matière de construction européenne, le plan de relance européen ne suffira pas à faire oublier l’impéritie de l’Union européenne tout au long de la crise et à enrayer la montée d’un certain euroscepticisme. Pour sauver l’Europe il a fallu faire voler en éclats certains principes qui régissent l’Union européenne, autrefois présentés comme intangibles. Ceux de Schengen d’abord puisque les frontières intérieures se sont refermées les unes après les autres. Ceux de Maastricht ensuite puisque les règles de discipline budgétaire de l’UE ont été suspendues. Enfin, le retard dans la campagne de vaccination pris sur les autres pays occidentaux, et en particulier sur la Grande-Bretagne du Brexit, illustre encore une fois que loin de la devise initiale de l’Union européenne l’union ne fait pas nécessairement la force….

Les GAFAM ont repris la main sur la parole dans les réseaux sociaux, ont-ils désormais un poids politique ?

Des signaux de plus en plus inquiétants rapprochent le nouveau monde globalisé et numérisé du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou du 1984 de George Orwell.  Nous n’en sommes pas encore là. Vraiment ? Facebook a deux milliards quatre cents millions d’abonnés, soit plus d’adeptes que le christianisme. Comment ne pas s’inquiéter de l’influence direct que le capitalisme numérique incarné par les GAFAM exerce désormais sur nos vies ? A terme, ces multinationales, qui prétendent déjà véhiculer des valeurs, se verraient bien remplacer les Etats-nations. Il y a vraiment une dimension totalitaire dans cette volonté d’hégémonie planétaire. C’est pourquoi, il était consternant, au-delà de ce que l’on peut penser de Donald Trump, de voir certains hommes politiques et journalistes applaudir à sa censure. Aujourd’hui, c’est Donald Trump. Demain, cela pourra être n’importe qui …

Pour vous, la situation actuelle du système internationale revêt-elle une dimension de retour à l’esprit de puissance bien loin de l’idée néolibérale de transnationalité ?

Il faut le concéder, la présidence Trump a fait certains bons diagnostics qui apparaissent encore plus pertinent à l’aune de la crise du Coronavirus. Je pense notamment au constat de notre dépendance à l’égard la Chine, à la nécessité de réindustrialiser et de protéger notre marché économique. Même Emmanuel Macron, qui était pourtant l’un des derniers hérauts de la mondialisation, reprend à son compte une partie de cette rhétorique protectionniste. Il sera intéressant de voir si l’Amérique de Joe Biden conservera ces doctrines de réalisme et de souverainisme, ou si, au contraire, elle reviendra à un affrontement plus conventionnel de type guerre froide. La Chine est un adversaire pour les pays Occidentaux. Il faut souhaiter que ces derniers lui opposent une logique de puissance, sinon quoi leur déclin sera inexorable.

Comment la droite de demain doit-elle s’adapter à ce contexte ?

La crise sanitaire et ses conséquences apparaissent comme l’aboutissement chaotique du « cycle néolibéral » ouvert dans les années 80. Dans ce contexte, le logiciel gaulliste, fondé sur le patriotisme économique, sur un Etat régalien fort, sur une logique d’indépendance nationale, sur une vision assimilationniste de la société, n’a jamais semblé autant d’actualité et paraît répondre aux enjeux de l’après crise. Un candidat gaullo-bonapartiste, dont on ignore encore aujourd’hui le nom, pourrait rassembler sur une ligne populaire, souverainiste et conservatrice. Reste à savoir si ce candidat existe et s’il sera en mesure d’émerger d’ici 2022 ?  La tâche est d’autant plus ardue que le processus de décomposition/recomposition, entamé en 2017, n’est pas achevé. La droite LR n’a fait aucun travail de reconfiguration idéologique et n’est plus qu’un syndicat d’élus en état de mort cérébrale. Et le RN, s’il ne paraît pas, pour l’instant, en mesure de briser son plafond de verre, mobilise un bloc électoral suffisamment puissant et déterminé pour se qualifier pour le second tour. Dans ces conditions, l’espace, pour une éventuelle offre politique, nouvelle et réellement fédératrice, reste très réduit. Cela n’empêche pas d’y travailler. Car si la droite de demain tarde à naître, celle d’hier semble être, à terme, condamnée.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de Demain.

(Entretien) Charles Consigny, « La droite de demain doit être populaire et libérale »

Crédits photo : Louis Decamps

Charles Consigny est avocat au barreau de Paris, écrivain, essayiste, chroniqueur de presse et de télévision.

Le sondage Ifop pour le Figaro annonce un probable duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la prochaine élection présidentielle, alors qu’une majorité de ces mêmes sondés ne le souhaitent pas, quel jugement portez-vous sur le résultat de cette enquête ?

La droite est déstabilisée par la « droitisation » d’Emmanuel Macron qui de manière délibérée occupe cet espace du champ politique. Cela explique qu’un leader peine à émerger à droite. La gauche ne parvient pas davantage à exister mais je crois que, pour le coup, c’est dû à une droitisation de l’électorat ! Je pense que la droite a une réelle possibilité de faire émerger un candidat, sur deux terrains : la réelle prise en compte de la souffrance populaire, et la défense de la liberté.

Selon vous, le clivage gauche-droite est-il résolument dépassé ?

Je ne crois pas du tout. Cela représente deux modèles de société. Aujourd’hui en réalité, nous avons au pouvoir le pire de la droite et le pire de la gauche : le pire de la droite avec des maltraitances à l’encontre des migrants, et le pire de la gauche avec une gabegie d’argent public inouïe. La droite est le grand courant historique de la défense de la liberté, de la récompense du mérite individuel, du souci du dynamisme économique et de la place de la France dans le monde. Elle est devenue aussi, du fait de leur abandon par une gauche d’abord de plus en plus « caviar » puis désormais de plus en plus américaine (obsédée par les discours racialistes, le féminisme etc.), un courant politique qui parle aux classes populaires – fortement concurrencée sur ce terrain par le Rassemblement national de Marine Le Pen. A l’inverse la gauche porte un projet qui va vers toujours plus d’Etat, alors que la France souffre déjà terriblement de l’obésité de son administration. Il suffit de voir le massacre de Paris par Anne Hidalgo pour vérifier que le clivage droite-gauche existe encore ! Jamais un maire de droite n’aurait à ce point entravé la qualité de vie des parisiens. Donc je crois qu’à droite c’est avant tout un problème de personnalités, il manque une personnalité capable d’incarner fortement ces idées. Mais certains cachent peut-être encore leur jeu avant de se lancer dans la campagne.

La crise du Covid bercée d’incertitudes et d’inquiétudes, que le pays traverse nous dévoile que les différentes générations ne la vivent pas de la même façon. D’après vous cela peut-il avoir un impact politique majeur sur les présidentielles ?

Les personnes âgées voteront pour Emmanuel Macron car il a axé sa politique en leur faveur. Je ne pense pas que des lives sur Tiktok lui suffiront pour conserver les suffrages des jeunes. L’axe stratégique principal de Macron est de présenter les choses comme : c’est moi ou le chaos (alors même que c’est sous son mandat que la République a failli être renversée par les gilets jaunes). Plus on est âgé, plus on craint le désordre : les plus âgés voteront pour lui et les moins âgés feront des choix plus audacieux. 

Aujourd’hui nous pouvons constater que la culture du débat devient hermétique voire désertique. Comment sommes-nous en arrivé là ?

Une nouvelle dichotomie s’est installée entre les gens « raisonnables » et les autres, les « progressistes » et les autres. Cela atomise tout débat possible car celui qui n’est pas d’accord avec le discours officiel se voit accusé de complotisme, fascisme, extrémisme etc. De nombreux intellectuels comme Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq ou Emmanuel Todd affichent leur mépris pour ces nouvelles règles de débat, mais ils ont de moins en moins voix au chapitre puisque la plupart des émissions intelligentes ont disparu ! « Ce soir ou jamais », par exemple, était une formidable émission. Les médias sont animés par des journalistes de plus en plus analphabètes qui, ne sachant qui inviter, s’en remettent aux hommes politiques, qui sont d’une médiocrité rare. Les hommes politiques n’ont jamais pris autant de place dans nos vies ! Nous sommes réduits à subir leurs discours simplistes, creux, moralisateurs, parce que les journalistes qui les invitent ne sont plus capables de lire un livre.

La révolution Internet est-elle passée par là ?

Les réseaux sociaux hystérisent mais ils ont à mon sens le mérite de donner la parole à qui souhaite la prendre, ce qui a des vertus. Ils ont ceci de négatif qu’ils nous saturent d’informations en permanence et réduisent de ce fait le temps nécessaire à la réflexion.

Ne remet-on pas en cause le modèle démocratique classique par ce nouvel outil ?

On devrait utiliser Internet pour améliorer la démocratie. Ce qu’ils font en Suisse est de ce point de vue remarquable. Il devrait y avoir beaucoup plus de consultations populaires par Internet. Dans l’ensemble la démocratie française est gravement anachronique, elle est d’un autre siècle. On ne sait pas ce qui est fait avec l’argent public. Il n’y a aucune transparence, aucune possibilité pour les citoyens de contrôler l’action des gouvernants et de s’y opposer quand c’est nécessaire. Il n’y a aucune modernité. Je pense par exemple qu’il faudrait déménager l’Elysée, Matignon et tous les ministères dans des tours de bureaux en banlieue, comme ils l’ont fait en Allemagne. Et demander aux conseillers des uns et des autres de venir travailler en transports en commun. Je crois qu’on en tirerait des bénéfices très rapides quant à la qualité des décisions prises.

Quelle est donc votre vision pour la droite de demain ? 

La droite de demain doit être populaire et libérale. Elle doit avoir pour souci premier la défense des plus faibles, elle doit sacraliser la liberté individuelle de chaque citoyen, elle doit tout faire pour que la France redevienne un pays dynamique économiquement, et actif sur la scène internationale. On ne prend pas assez de risques, en ce moment. Les Français donnent à voir leur pire travers, qui est leur attentisme. Dans l’histoire, les Français alternent entre des phases attentistes et des phases offensives. Je pense que nous devons retrouver notre goût du combat et je crois que la droite peut porter ce drapeau. Qu’est-ce que c’est que ces gens dans leurs chaussons qui réclament un troisième confinement ! Pour moi la France ce sont les entreprises comme le laboratoire nantais OSE Immunotherapeutics, qui vient de mettre au point un vaccin longue durée contre le covid, ce sont les enseignants dévoués qui continuent à assurer les cours sans se plaindre alors que tout se délite (c’est-à-dire pas tous les enseignants puisque certains ont essayé de suspendre les cours !), ce sont les infirmiers et médecins hospitaliers qui tiennent le coup, les entrepreneurs qui tiennent le coup, c’est tous ceux qui continuent à se battre sans céder à la chienlit générale. Je suis effaré par la mode de la « slow life » qui gagne de plus en plus de Français, en particulier dans ma génération, qui consacrent leur temps non pas à travailler, se dépasser, faire de petites et grandes choses, mais à paresser dans leur jardin en touchant le chômage partiel. Je trouve ça terrible. Nous devons retrouver le goût du travail car sinon nous ne serons qu’une miette écrasée par la Chine, ce qui est déjà de plus en plus le cas.

Propos recueilli par André Missonnier

(Tribune) Eric Pauget, Député des Alpes-Maritimes

« Refuser de traiter le communautarisme islamiste aujourd’hui, c’est cautionner le séparatisme de demain. »

« Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste ! » Quatre mois se sont écoulés depuis que le Président de la République a reconnu qu’il n’existait pas de séparatismes liés au catholicisme, au protestantisme, ou au judaïsme lors de son discours des Mureaux.

Seuls les écarts répétés du projet politico-religieux de l’islamisme avec les valeurs de la République, traduisaient désormais la constitution d’une contre-société du séparatisme islamiste. Malheureusement, une fois de plus, communication n’est pas action, et loin des grandes déclarations politiques, c’est finalement un texte de renoncement qui nous a été présenté.

Pourtant, l’arrivée de ce projet de loi confortant les principes de la République sur les bancs de l’Assemblée nationale, aurait pu être l’occasion d’ouvrir un débat apaisé sur le séparatisme islamiste qui gangrène notre pays. Il n’en est rien.

A l’évidence le manque de courage sur ce projet de loi, expédié de procédure accélérée en temps programmé par le gouvernement, a démontré toutes les limites du « en même temps ». En effet, ce texte ne nous permettra pas de combattre le communautarisme islamiste, car la majorité ne veut pas aborder ces sujets de fond.

Amendements irrecevables, ou simplement rejetés pour la seule posture politicienne, c’est avec un sentiment d’amertume né du musellement démocratique des travaux parlementaires, que je me dois néanmoins d’alerter sur ce risque communautariste qui fait le lit du terrorisme.

Mais comment cela aurait pu se passer autrement, quand la majorité fébrile n’ose même pas nommer ces dérives fondamentalistes qui prônent la supériorité de la foi religieuse sur la loi républicaine ? Les français méritaient mieux.

Garantir la prééminence des lois de la République sur la foi religieuse, rejeté !

Interdire le port du voile pour les personnes participant aux missions de service public, rejeté ! Exiger la neutralité religieuse des éducateurs sportifs, rejeté !

Insérer un module de sensibilisation à la laïcité durant la formation des professeurs, rejeté ! Autoriser le signalement des situations de polygamie par les prestataires sociaux, rejeté !

Interdire l’expression des imams condamnés pour terrorisme dans les mosquées, rejeté !

Autoriser la fermeture des mosquées qui prônent une idéologie religieuse contraire aux lois de la République, rejeté !

Rejeté enfin, la protection des éléments de vie scolaire permettant d’identifier nos enfants pour éviter une nouvelle affaire Mila.

Exit également les amendements relatifs au pavoisement obligatoire du drapeau tricolore dans nos mairies, ou encore à l’obligation d’afficher la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen dans nos classes jugés tout simplement irrecevables car sans lien avec les principes de la République !

Un amendement sur cinq n’a pu être étudié durant nos débats, alors que partout, il nous faut lutter contre l’islamisme et le repli communautaire qui prolifèrent dans nos clubs de sports, nos associations, nos écoles et nos entreprises.

Certes, la République n’a pas tenu toutes ses promesses d’intégration, mais sans tomber dans la stigmatisation ou l’amalgame, la France ne doit céder à aucune facilité ni rejeter aucun défi dans ses combats républicains. Ici, aucune religion ne pourra s’exonérer de la règle commune et jamais les lois d’une idéologie religieuse ne pourront être supérieures aux lois de la République.

En définitive, si la spiritualité est une richesse personnelle, la laïcité constitue notre bien commun, et nous ne devons rien céder à ceux qui tentent de nous diviser. Toutefois, sans aucune pudeur, ni aucune autre forme de tabous, il nous faudra aussi arrêter d’être naïfs, et avoir enfin le courage de regarder toutes nos vérités en face.

A quand sonnera le réveil républicain ?

Eric PAUGET Député des Alpes-Maritimes

(Entretien) Guillaume Travers, « Il y a un double besoin de réenracinement »

Guillaume Travers est docteur en économie, collaborateur à la revue Eléments et essayiste. Il est l’auteur de plusieurs essais dont « Pourquoi tant d’inégalités ? », « Capitalisme moderne et société de marché : l’Europe sous le règne de la quantité » et « Economie médiévale et société féodale : un temps de renouveau pour l’Europe ».

Votre ouvrage traite notamment de l’apparition du capitalisme que vous opposez au féodalisme de l’époque médiévale, quels sont les rouages du système économique féodal ?

Dans une large mesure, le système féodal est un contre-modèle par rapport au capitalisme libéral que nous connaissons aujourd’hui. Ses caractéristiques principales, que je mets en évidence dans un précédent livre (Économie médiévale et société féodale), sont les suivantes. C’est d’abord un monde de communautés, et non un monde d’individus. Les échanges économiques et les relations sociales sont donc toujours mises au service d’une vision du bien commun ; à l’inverse, notre époque veut laisser libre cours à tous les désirs individuels. Le monde féodal est en outre profondément terrestre, enraciné, et très largement rural. Le grand commerce demeure totalement périphérique ; les multiples communautés locales vivent dans une autarcie relative. Enfin, c’est un monde où la richesse est toujours mise au service de fins jugées plus hautes : le courage militaire, la sagesse religieuse. Les deux figures tutélaires du monde médiéval sont le saint et le chevalier, pas le financier qui accumule de grandes richesses.

Est-ce que ce n’est pas aussi la montée de l’individualisme qui rend totalement impossible un retour vers une économie du bien commun ?

Historiquement, le délitement de ce monde féodal est indubitablement lié à la montée de l’individualisme. Entendons-nous sur les mots : par individualisme, je n’entends pas seulement un trait psychologique qui pousse à l’égoïsme, mais une révolution dans la manière de penser l’homme. L’époque moderne est la seule qui en soit venue à considérer que l’individu précède toute communauté, que les appartenances et les enracinements ne sont que secondaires. Est-ce à dire que le retour vers une économie du bien commun soit impossible ? Je ne le crois pas. Il y a certes beaucoup de chemin à parcourir. Mais je crois qu’une série de crises pousseront les individus à recréer des communautés : crise sécuritaire, crise identitaire, crise écologique, etc. 

Le délitement de la nationalité, du patriotisme, la déconstruction des communautés humaines, ne sont-elles pas aussi responsables des comportements individualistes ?

C’est le problème de l’œuf et de la poule. Historiquement, les attaches communautaires ont été fortes partout, et d’une grande diversité : communautés de métiers, communautés villageoises et urbaines, confréries religieuses, etc. L’individualisme s’est affirmé contre ces communautés, proclamant qu’elles étaient illégitimes, qu’elles entravaient la « liberté » de l’individu. Mais l’inverse est aussi vrai : au fur et à mesure que ces communautés s’affaiblissent, qu’elles jouent de moins en moins leur rôle organique dans la vie des hommes, alors les individus sont portés à s’en détacher. Mais il me semble que ce processus touche aujourd’hui ses limites : la crise identitaire qui traverse toute l’Europe témoigne d’un besoin d’appartenance, de réaffiliation. Quand nombre de nos contemporains sombrent dans la consommation de masse, et croient s’affirmer en portant un vêtement de telle ou telle marque, ils ne font que témoigner d’un besoin latent d’appartenances plus structurantes. 

Peut-on réellement retrouver un esprit de vivre selon ses besoins à l’opposée de l’accumulation de richesse ? Au-fond n’est-ce pas tout simplement dans l’ADN de l’Homme de vouloir accumuler, posséder ?

L’idée selon laquelle l’homme aurait de tout temps été un pur égoïste entravé par les contraintes de la société est le postulat central de la philosophie libérale. La liberté individuelle serait un état originaire, et tout le reste (institutions, traditions, coutumes, etc.) serait purement artificiel : c’est ainsi que l’époque moderne prétend « libérer » l’individu en déconstruisant tous ces héritages. Tout cela est ridicule, dès lors que l’on se tourne vers l’histoire. Pendant la plus grande partie de leur histoire, les hommes ne se sont jamais représentés comme des individus tournés vers leurs seuls intérêts matériels. Cette idée de l’homme préoccupé uniquement par ses intérêts est une création finalement très récente dans l’histoire longue des idées et des mentalités. 

Le retour vers le localisme est-il le symptôme d’une prise de conscience des dérives d’un néolibéralisme incontrôlable ?

Je crois que cela témoigne d’un double besoin de réenracinement. On connaît la phrase célèbre de Christopher Lasch, que je crois très juste : « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines ». Dans un monde où tous les repères ont été déconstruits, délégitimés, il y a un besoin de retrouver du sens. S’enraciner dans une ville, dans un village, prendre part à une communauté, est un moyen de redonner du sens à son quotidien. Acheter en grande surface des légumes importés, ou se les procurer auprès d’un voisin paysan, ce n’est pas la même chose. Derrière le localisme, il y a aussi la prise de conscience des déséquilibres écologiques, qui menacent jusqu’à notre vie. Je ne parle pas tant du réchauffement climatique que de la pollution des sols et des eaux, de la contamination de l’alimentation, des perturbateurs endocriniens, etc. 

Vous êtes critiques envers le libéralisme dans vos ouvrages, mais n’est-ce pas le système économique le plus égalitaire dans l’accession aux ressources ? Surtout, ne doit-on pas différencier le libéralisme classique du néolibéralisme mondialisé ?

Sur les différents types de libéralisme, je suis très sceptique. L’un mène nécessairement à l’autre. Une fois que l’on proclame que l’individu est supérieur au collectif, il lui est supérieur en tout. Si on dit que le monde n’est composé que d’individus, alors il est naturel que tout ce qui reste de distinctions soit progressivement balayé : il n’y a plus lieu de faire de différence entre Africains et Européens, car tous ne sont que des individus ; il n’y a plus lieu de faire de différence entre hommes et femmes, car tous ne sont que des individus abstraits, etc. En d’autres termes, la pente du libéral-conservatisme est glissante, et souvent pétrie de contradictions. Ceci dit, être anti-libéral ne veut pas dire que l’on nie tout concept de liberté, bien au contraire. Je pense par exemple que, à l’heure actuelle, tout ce qui relève du petit commerce et de l’artisanat est étouffé par des contraintes qu’il serait bon d’alléger. Mais cela ne fait pas de moi un libéral, en tout cas pas au sens philosophique. 

Quelles sont les valeurs du féodalisme qui peuvent, selon-vous, inspirer la droite de demain ?

Un écueil serait de vouloir simplement revenir en arrière, au Moyen-Âge ou à quelque autre époque. La volonté de restaurer le passé, quand bien même elle peut être touchante, est fondamentalement impolitique : cela n’arrivera pas, et s’accrocher à ce rêve est vain. En revanche, les valeurs héritées du passé, les structures mentales, les manières de penser l’homme et la société qui ont été propres au monde féodal peuvent nous inspirer. Je crois qu’il nous faut réapprendre à placer nos intérêts en tant que communautés avant nos intérêts individuels. Cela touche à tous les aspects du quotidien : soutenir les producteurs enracinés contre la grande distribution ou Amazon, etc. Cela signifie aussi renouer avec les valeurs traditionnelles – le courage, etc. – plutôt que de valoriser le seul confort que donne le bien-être matériel. S’il y a une droite de demain, elle ne doit pas être comme une bonne part de la droite actuelle : bien trop souvent une droite bourgeoise, qui préfère le confort au courage, ses intérêts matériels à ce qui n’a pas de prix.

Propos recueillis par Paul Gallard pour la Droite de demain.

La dérive du système éducatif français

L’Éducation Nationale, ou l’institution censée transmettre des savoirs, une histoire, un héritage culturel. L’Éducation Nationale, ou cette institution de la méritocratie, censée récompenser les talents sans distinction sociale.

Or, Depuis des dizaines d’années, cette machine, ce « mammouth » comme disait Claude Allègre, se morfond dans un immobilisme criminel. En effet, au gré des réformes idéologiques, l’école d’aujourd’hui ne répond plus à ses missions essentielles. Francois Fillon avait déjà évoqué ce problème en 2017 lorsqu’il disait,

« C’était par l’école, que chacun s’il en avait le talent, et s’il en avait la volonté pouvait s’élever au dessus de sa condition et échapper à tous les déterminismes sociaux. Désormais l’école ne veut plus voir la réussite. Elle s’est érigée en machine à niveler, à mettre en scène une illusoire uniformité pour tous ».

Parmi les causes de ce massacre, deux ont été particulièrement dévastatrices.  Tout d’abord, le Président François Mitterand et son idée désastreuse ; « 80%  d’une classe d’âge au bac ». Cette politique de chiffre a largement contribué à l’affaissement du niveau du premier grade universitaire, le baccalauréat. En effet, pour parvenir à un tel résultat, le niveau requis afin d’obtenir ce diplôme a baissé  de façon grotesque. On en est même arrivé au point où celui-ci est désormais presque donné. À titre illustratif, le taux de réussite au baccalauréat général en 2019 s’élève à 91.2%. On constate dès lors un fossé entre le niveau du baccalauréat et le niveau attendu en études supérieures. Le baccalauréat est alors réduit en un diplôme qui ouvre l’accès à l’enseignement supérieur sans réellement y préparer. Ensuite, il y a eu la loi d’orientation sur l’éducation, dite loi « Jospin »,  du 10 juillet 1989 qui invite l’élève à construire son propre savoir. Mais, ne serait-ce pas au professeur d’enseigner, de transmettre les savoirs fondamentaux, plutôt qu’à l’élève d’aller les chercher par lui-même ? N’aurait-on pas inversé les rôles ?

De surcroît, certains chiffres sont alarmants. On observe à cet égard qu’environ 20% des élèves ne maitrisent pas la lecture à leur entrée au collège. La lecture qui, avec l’écriture et le calcul, est pourtant la condition sine qua non de l’intégration sociale. Puis, récemment, l’étude Internationale TIMSS 2019 a pointé du doigt le niveau des élèves de CM1 ainsi que de quatrième en mathématiques et en sciences. Cette étude n’est guère plus rassurante sur l’état de notre système éducatif, sur notre capacité à enseigner les savoirs fondamentaux.

Mais alors, où va t-on ? Quelle école veulent-ils nous imposer ? Une école de l’inculture ?

Notons le lien étroit qui subsiste entre la culture et la liberté. C’est en effet grâce,  et par la culture qu’un individu développera son esprit critique. Ce dernier est l’un des points cardinaux de la liberté de l’Homme ; il lui permet d’élever sa réflexion, d’approfondir ses pensées, ses idées. Cet esprit critique est d’autant plus  primordial qu’il va permettre à l’Homme de ne pas tomber dans le piège de la démagogie, si habilement tendu par les extrêmes.

Cette folie criminelle qu’est le saccage de l’école, et par conséquent de la culture générale doit cesser dès maintenant. L’Éducation doit redevenir une priorité pour nos gouvernants, car c’est par l’Éducation que l’on forme les citoyens de demain. L’école doit redevenir ce lieu de transmission de connaissances, ce lieu qui livre aux futurs citoyens le socle de culture générale nécessaire à leur propre développement. François Xavier Bellamy soulignait très bien dans une récente interview les risques de l’inculture, les risques d’une école qui ne transmet plus les savoirs fondamentaux. « Partout où la culture n’est plus transmise on voit resurgir l’inculture c’est à dire aussi le chemin vers la barbarie ».

Aubin Ravaut

(Entretien) Nina Ochoa, « La droite est ce lien étroit avec les territoires »

Nina Ochoa est conseillère municipale Les Républicains de Toulouse déléguée à la vie étudiante et Maire de quartier Saint-Simon/Lafourguette/Oncopole.

Bonjour Nina Ochoa, vous avez été élue conseillère municipale durant les dernières élections municipales, quel est l’objectif de votre engagement en politique ?

Mon engagement est multiple. J’ai d’abord eu la volonté de m’investir au sein d’un parti de droite pour ses valeurs mais aussi pour y apporter ma vison. Par la suite, mon engagement a vraiment trouvé son écho et sa réalité dans l’exercice d’un mandant local. J’ai eu envie de m’engager pour ma ville, pour les toulousains et aux côtés de Jean-Luc Moudenc. Et je trouve que mon engagement de femme de droite y prend tout son sens. Je me fais le relais de valeurs qui me sont chères : travail, pragmatisme, valeurs républicaines … et le relais de la jeunesse qui a envie d’engagement et d’écoute.

Un conseil pour les jeunes qui souhaitent s’investir en politique ?

Aujourd’hui il y’a une volonté de prise de parole, de perpétuel débat qui anime notre société. Les structures sont multiples : il y a les partis politiques, les think-thank, et bien d’autres.

Le premier conseil que je leur donnerai serait de garder ses idées et une ligne de pensée bien claire. Un jeune qui s’engage en politique a tout à construire. Il ne doit pas adapter ses idées à un parti, ou à céder à la bien-pensance pour réussir, ce serait voué à l’échec. Il faut maintenir sa ligne et s’engager pour celle-ci même, si elle ne fait pas toujours l’unanimité. C’est le débat d’idée et parfois la confrontation qui marquent la force de l’engagement.

Vous êtes déléguée à la vie étudiante, on a vu dans les dernières déclarations du gouvernement un silence sur ces enjeux, les étudiants sont-ils lâchés durant cette crise ?

Ma délégation a pris une autre dimension ces dernières semaines. Puisque Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole, m’a confié une mission de coordination des politiques à destination des jeunes dans les deux collectivités. Je le remercie à nouveau pour sa volonté de faire de nos collectivités de vraies aides pour les jeunesses d’aujourd’hui.

Mon regard est double : celui d’une étudiante confrontée aux difficultés de ses camarades et celui d’une élue qui tente à son échelle de fournir des réponses à ces difficultés.

Je constate que les étudiants sont complètement lâchés par le gouvernement. Hormis un air grave du président Macron disant qu’il est difficile d’avoir 20 ans en 2020, rien. Et puis c’est plus un coup de com qu’une réelle prise de conscience à mon sens. Quant à la ministre Vidal, elle ne cesse d’avancer sur la voie de la médiocrité et de l’immobilisme. Elle est systématiquement absente et ne prend pas pleinement conscience des enjeux autour des étudiants.

De quelle manière la ville de Toulouse accompagne sa jeunesse pour surmonter la crise ?

Comme depuis le début de mon mandat, et de concert avec la logique de travail de la majorité, j’ai une volonté de mettre en place des mesures sûres et pérennes. Comme je le disais, les enjeux sont trop importants pour se permettre de prendre des mesures poudre aux yeux. Aujourd’hui on y travaille durablement en faisant le lien entre ville et métropole, et aussi en associant les initiatives étudiantes sur le sujet. C’est essentiel pour répondre à de vrais besoins.

On vous sait investie dans l’insertion professionnelle en direction des jeunes, la crise a un impact ?

C’est un sujet qui me tient à cœur en effet. Et la crise a un énorme impact. L’insertion professionnelle est un aboutissement et soulève d’autres sujets comme la revalorisation des formations. J’entends trop souvent que j’ai eu mon bac, ma licence ou mon Master mention COVID. Je me désole de ces propos, il y a une perte de confiance chez les jeunes : une perte de confiance envers leur formation et une perte de confiance envers eux. Donc il faut assurer de la qualité des formations, des compétences acquises et s’assurer d’une même logique sur le marché du travail.

Quelle est votre vision de la droite de demain ?

Pour moi la droite de demain doit travailler sur deux points essentiels :  une reconnexion avec les territoires et cesser d’orienter ses idées à un ou plusieurs candidats, personnalités.

Je me suis engagée à droite pour ce lien étroit avec tous les territoires, aussi divers soient-ils. Aujourd’hui je trouve que l’on a perdu cela, la droite a un regard électoraliste et centralisé sur ses territoires. Je le déplore, et d’autant plus depuis que j’ai été élue localement.

Les choix, les alliances locales de travail ne doivent pas être regardés depuis le lieu central du pouvoir, mais être étudiées, entendues selon l’hétérogénéité de nos secteurs.

Et puis, à chaque parti son champion du moment, et à chaque champion sa lignée d’idée. Je pense qu’il faut cesser de s’attacher à une personne, à un chef potentiel. Mais qu’il nous faut garder une base d’idées stricte qui ne doit en aucun cas devenir amovible. C’est comme ça que la droite réussira à nouveau à parler au plus grand nombre.

Propos recueillis par Paul Gallard

(Entretien) Rémi Tell, « Aucune leçon n’a été tirée du martyr subi par Samuel Paty »

Rémi Tell est un entrepreneur engagé dans la vie publique. Adolescent, il a été scolarisé au Collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, dans lequel enseignait Samuel Paty.

Trois mois après l’assassinat de Samuel Paty, et alors que son collègue Didier Lemaire tire la sonnette d’alarme à Trappes (Yvelines), comment jugez-vous l’évolution de la lutte contre l’islamisme dans notre pays ?

Aucune leçon véritable n’a été tirée du martyre subi par Samuel Paty. Pire, la situation semble s’être encore aggravée, avec une contagion de la victimisation identitaire à tout le débat public et un déni gouvernemental jamais atteint sur ces questions. Quand le Ministre de l’Intérieur affirme que « l’islamisme n’a pas de religion », il insulte la mémoire des Français dont l’islam politique a pris la vie. Et que dire des accusations portées contre certains groupes chrétiens pour masquer la nature véritable de ce qui nous menace ? Dans une démocratie saine, M. Darmanin aurait été contraint de démissionner pour ces amalgames odieux.

Y a-t-il également, comme le sous-entend Didier Lemaire, une responsabilité des élus locaux dans ce fiasco ?

J’en ai été le témoin direct, et cela fait partie des raisons qui m’ont poussé à démissionner de mon mandat dans les Yvelines en juillet 2017. En périphérie des grandes villes, beaucoup de Maires se sont accommodés de la montée des revendications communautaires, par lâcheté ou par calcul électoral. Force est d’ailleurs de constater que nombre d’entre eux sont étiquetés à droite… Si la responsabilité de la gauche dans cette déroute est monumentale, je n’oublie pas la compromission d’une partie de notre famille de pensée.  

Vous avez, comme élève puis au titre de vos fonctions d’élu chargé de la jeunesse, fréquemment arpenté les couloirs du collège du Bois d’Aulne où enseignait Samuel Paty. Quel regard portez-vous sur les événements du 16 octobre 2020 ?

Tout d’abord, ce drame témoigne de la dynamique terrifiante animant l’islam politique. Jamais il n’avait été question de religion du temps de ma scolarité dans cet établissement. Dix ans plus tard, des élèves y ont vendu leur professeur pour quelques propos anodins sur la liberté d’expression… Ensuite, Samuel Paty ne serait pas mort si l’écosystème censé le protéger avait joué son rôle. Entre ceux qui ont crié avec la meute après le cours du 6 octobre, les autres qui ont considéré que c’était seulement le problème de l’éducation nationale…la chaîne des complicités est immense.

Dans ce contexte, le projet de loi contre le séparatisme constitue-t-il un espoir à vos yeux ?

En passant à côté des enjeux essentiels et en créant de la confusion sur la notion de séparatisme, ce texte risque au contraire de galvaniser nos ennemis. Selon moi, il est le produit de deux impensés : le premier est celui de la question migratoire, totalement évacuée alors qu’elle se situe au cœur du problème : le changement de population imposé à la France depuis les années 1970 ne peut plus durer à moins d’accepter le risque de la guerre civile. Le second impensé réside dans l’absence de récit alternatif offert à notre jeunesse. C’est une faute de laisser croire que notre identité culturelle se résume aux caricatures. Notre pays vaut bien mieux que cela. Il est riche de ses 1500 ans d’Histoire, de sa langue, de ses paysages et – assumons-le – de la religion qui l’a fait.

Quelle vous semble être la priorité pour vaincre l’islam politique en France ? 

Nous devons changer d’approche et sortir du fétichisme républicain. C’est la France qu’il nous appartient de transmettre, non l’idée qu’il faudrait mettre un signe égal entre 15 siècles d’histoire chrétienne et 60 années de présence musulmane sur notre territoire. L’islam a toute sa place en France, mais comme religion et culture minoritaire. Tant que nous n’aurons pas le courage d’assumer cette vision pour notre pays, le sang coulera dans nos rues.

Propos recueillis par Guillaume Pot

(Entretien) Fiona Idda (UNI) « Le gouvernement est passé à côté de la question étudiante »

Fiona Idda est délégué national de l’UNI (Union nationale interuniversitaire).

Le #EtudiantsFantomes enfle sur les réseaux sociaux, le gouvernement a-t-il failli dans sa gestion des étudiants durant la crise sanitaire ?

Oui, le gouvernement est complètement passé à côté de la question étudiante depuis le début de la crise. Nous avons d’abord eu une ministre silencieuse qui a laissé les étudiants et les universités livrés à eux-mêmes sans aucun cadrage national pour les examens en mai. Dès la fermeture des universités, l’UNI a demandé au gouvernement de prendre immédiatement des dispositions pour assurer une rentrée de septembre en présentiel et surtout s’organiser au mieux pour que les cours soient dispensés sans altérer la qualité de la formation. Nous avons aussi demandé à ce que tout soit fait pour que l’ensemble des examens se tiennent en présentiel, c’était plus que nécessaire pour ne pas brader les diplômes. Finalement, nous sommes arrivés en septembre, avec des universités qui faisaient de leur mieux, des étudiants dans le flou total et un ministère toujours aux abonnés absents. Lorsque le deuxième confinement a été annoncé nous avons davantage pris conscience de l’impréparation du gouvernement et du manque d’intérêt porté à la communauté universitaire. Ce sont les drames que nous avons connus dans la communauté étudiante qui ont poussé le Gouvernement à réagir timidement.  

Les dernières mesures annoncées par Frédérique Vidal sont-elles à la hauteur ?

Non, les annonces de Frédérique Vidal ne sont pas du tout à la hauteur. Il y a un retour progressif des étudiants en première année depuis le 25 janvier par demi-groupes pour les travaux dirigés, mais comment ne pas penser à tous les autres étudiants tout aussi touchés par la crise et à deux doigts d’abandonner leurs études ? Encore une fois, ces décisions sont prises depuis Paris et ne prennent pas en compte le ressenti des présidents d’université. Certains assurent qu’ils peuvent accueillir 50% de leurs étudiants en respectant les gestes barrières. Il y a une incompréhension totale de la part des étudiants notamment lorsqu’ils voient les collégiens et lycéens aller en cours. Et quand on entend Madame Vidal dire que le risque c’est le bonbon qui traîne sur la table dans un amphithéâtre, on comprend une fois de plus que nous sommes face à une ministre complètement déconnectée de la réalité du terrain. Le gouvernement nous avait déjà annoncé un retour pour les étudiants « qui en avaient le plus besoin » par groupe de 10, mesure complètement démagogique, laissant les établissement choisir des étudiants qui semblent en grandes difficultés alors que c’est tous les étudiants qui ont besoin de retrouver le chemin de l’université.

Il y a depuis les annonces du Président des mesures tout autant insuffisantes. Avec le repas à un euro pour tous le midi et le soir, mais la réalité c’est que tous les étudiants ne pourront pas en profiter car ils ne sont pas tous à proximité d’un restaurant universitaire en plus du fait qu’ils ne sont pas tous ouverts. Ensuite, le Président a annoncé le retour des étudiants en cours une fois par semaine mais c’est toujours bien en dessous des attentes des étudiants qui font face à une succession de mesurettes prises à la petite semaine et qui n’arrangent en rien leur situation. Sans parler des chèques-psy qui sont encore un plan de communication du gouvernement qui n’a toujours pas compris que les étudiants veulent un amphi et pas un psy !

L’UNI organise des maraudes et collectes alimentaires dans de nombreuses villes, pouvez-vous nous faire un retour sur ces actions ? La droite étudiante prouve-t-elle que ce type d’action n’est pas l’apanage de la gauche ?

Il y a eu une vraie demande de la part des étudiants dans ce sens. Nous avons remarqué que pour de nombreuses distributions organisées par d’autres organismes il fallait présenter un justificatif de bourse ou autre. Or, les choses ont énormément changé depuis le premier confinement et la population étudiante se retrouvant avec des difficultés pour remplir leurs placards a augmenté. Nous faisons face à des étudiants issus de la classe moyenne dont les parents ne peuvent plus les aider parce qu’eux-mêmes sont touchés de plein fouet par la crise. Il y a aussi des étudiants qui ont perdu leur emploi et nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Des collectes sont donc organisées par nos sections dans toute la France avec une cinquantaine de distributions et environ 10 000 colis alimentaires distribués.

Ce qui nous alarme particulièrement en dehors des problèmes financiers, c’est l’isolement des étudiants. Certains nous disent que c’était la première fois qu’ils parlent à quelqu’un depuis une semaine, qu’ils sont démoralisés, qu’ils n’ont juste plus envie et qu’ils se sentent très seuls. Les distributions alimentaires sont donc l’occasion de les aider à se nourrir correctement et d’échanger avec eux.

A aucun moment la question de la solidarité ne s’est posée. Dès qu’il y a eu une demande nous nous sommes organisés pour apporter notre aide aux étudiants. Cette solidarité comme beaucoup d’autres sujets d’ailleurs, n’est pas l’apanage de la gauche comme elle voudrait nous le faire croire.

Précarité étudiante : comment améliorer la situation ?

Il y a plusieurs choses à revoir. Tout d’abord une refonte complète du système de bourse avec une suppression des effets de seuils qui privent de bourse des étudiants de la classe moyenne qui n’ont pas les moyens de subvenir à leur besoin. Cette réforme amène certes plus de monde à toucher une bourse mais il faut évidemment contrôler de façon plus efficace l’assiduité pour que justement ces bourses soient pour les étudiants qui se donnent les moyens de réussir en travaillant dur.

Il y a ensuite le maintien des APL, c’est pour certains étudiants la seule aide pour pouvoir aller étudier dans une ville autre que celle de leurs parents il faut donc les préserver.

Enfin, dans un contexte où les étudiants ne peuvent pas se restaurer à bas coût partout et de la même manière sur l’ensemble du territoire national, aggravé par la crise liée au covid 19, l’UNI propose la mise en place d’un ticket restaurant étudiant basé sur le modèle de celui des salariés. Cette inégalité est accrue par la crise que nous vivons actuellement : certains Crous mettent des aides en place pour les étudiants suite à la fermeture des restaurants universitaires, mais ces mesures ne sont pas suffisantes tant elles ne touchent pas un grand nombre d’étudiants. Ainsi, afin de donner de la liberté et du pouvoir d’achat à l’ensemble des étudiants de notre pays, mais également afin de soutenir nos commerçants et restaurateurs plus que jamais en péril, nous appelons vivement le Gouvernement à mettre en place ce système. C’est une mesure responsabilisante, juste, équitable mais aussi et surtout nécessaire face à la précarité étudiante grandissante dans la crise que nous subissons.

Les cours ont été en distanciel et continuent de l’être, quelles seront les conséquences d’un tel système pour l’Université du futur ?

Pour l’heure le constat est évident : les universités n’ont pas été préparées à l’organisation de ces cours à distance. Les étudiants et les professeurs en sont les victimes quotidiennes, et nous l’avons vu durant les dernières semaines : des cours en visio annulés et remplacés par des PDF à lire et étudier seul, des travaux dirigés qui perdent tout leur sens avec des groupes de 200 étudiants, etc.

L’enseignement a donc perdu en qualité et nous ne sommes qu’au commencement du phénomène, si le gouvernement ne réagit pas très vite.

Les étudiants vivent mal ce système : le décrochage est massif, car ils ne retrouvent pas le goût d’apprendre auprès de leurs professeurs qu’ils pouvaient avoir dans un amphi. Les étudiants se sentent toujours plus isolés et on assiste à l’émergence de cette génération distancielle. Un jeune de 20 ans n’a pas vocation à suivre ses cours seul derrière son écran dans son 9m carré.

Enfin, c’est la valeur du diplôme qui est en jeu. Il faut savoir que près de la moitié des étudiants ne trouvent pas d’emploi 6 mois après l’obtention du diplôme. L’enjeu n’est donc pas seulement à l’université mais également sur le terrain de l’emploi.

Ce mode de l’enseignement à distance est un réel frein à l’excellence de nos formations et à l’épanouissement de la jeunesse, il faut donc un retour dans les universités pour l’ensemble des étudiants le plus rapidement possible

Au niveau des examens en ligne, quelle place pour le mérite et le travail ?

On sait que la triche a explosé avec les examens en ligne et ceux qui travaillent et sont profondément méritants sont mis dans le même sac que ceux qui font passer leurs examens par quelqu’un d’autre, partagent leurs devoirs à plusieurs etc. Alors qu’une grande partie des étudiants continuent de travailler dur, c’est une certitude que le doute persistera sur des examens en ligne sans surveillance. Heureusement, des universités ont pris conscience de ce risque et ont organisé des examens en présentiel, remettant le mérite et le travail au cœur du diplôme.

Des mesures comme le « 10 pour tous », portées par les associations de gauche tueraient définitivement nos diplômes et leur crédibilité sur le marché du travail.

Nous demandons à ce que l’ensemble des examens se tiennent en présentiel pour ce second semestre afin que le travail soit récompensé et que le doute ne soit plus permis concernant la valeur de nos diplômes !

La crise sanitaire a dégradé l’insertion professionnelle pour les étudiants, quelles sont vos propositions ?

L’insertion professionnelle a toujours été un enjeu majeur pour nous. Un jeune fait des études pour acquérir un diplôme et décrocher un métier. Bien que cela puisse paraitre évident pour beaucoup, l’UNI a dû batailler pendant près de 40 ans pour que l’objectif « d’insertion professionnelle » de l’enseignement supérieur soit inscrit noir sur blanc dans le code de l’éducation.

Encore aujourd’hui, la différence du taux d’insertion professionnelle entre écoles et universités est trop grande. L’UNI plaide depuis toujours pour un rapprochement entre les entreprises et nos universités, inciter et favoriser les stages, professionnaliser nos cursus.

La crise n’a pas arrangé les choses. Sur l’année 2020, seuls près de 55% des diplômés bac +5 ont trouvé un emploi, selon une étude menée par Syntec Conseil.

Propos recueillis par Paul Gallard pour Droite de demain.