Alexandre del Valle, « L’Europe puissante, c’est la défense de la civilisation »

Alexandre Del Valle est enseignant à l’IPAG, Directeur de recherches au CF2R et également consultant au Multipolar World Institue. Il est spécialisé en géopolitique. Il a publié de nombreux ouvrages depuis son premier livre intitulé « L’Islamisme et les États-Unis : une alliance contre l’Europe » édité par l’Âge d’Homme en 1997. Sa dernière publication date de 2018 avec « La stratégie de l’intimidation : Du terrorisme jihadiste à l’islamiquement correct » édité par l’Artilleur. 

Pour revenir à la très récente actualité, l’attentat au Sri Lanka en plein jour de Pâques démontre s’il le fallait encore, la persécution des Chrétiens dans le monde entier, et notamment en terres musulmanes et ce dans le silence coupable des médias et politiques occidentaux. Pourquoi l’omerta sur ce qui se passe avec les Chrétiens d’Orient est révélateur de l’état d’esprit occidental ?

L’attentat au Sri Lanka et contrairement à ce qu’affirment les médias n’est pas une volonté de représailles, de vengeance de l’État islamique par rapport à ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande à Christchurch. C’est donc tout à fait scandaleux que les médias occidentaux relaient cette information. D’ailleurs, peu importe l’origine de l’acte, peu importe si les morts sont de même confession, ils trouvent toujours un prétexte et c’est le sens de la phrase « Il faut venger la perte du Califat à Bahgouz » en Syrie. Le traitement médiatique du sort des Chrétiens d’Orient est assez révélateur de la logique autodestructrice civilisationnelle de l’Occident.

 L’électoralisme dangereux de la gauche et de l’extrême-gauche avec les islamistes, est-il un suicide inconscient ?

Pour certains, il l’est. Pour d’autres, cela est tout à fait conscient. Conscient en ce sens, où ces gens pensent que l’histoire de l’humanité repose sur l’Homme blanc qui a dominé le reste des populations. Et pour eux, c’est donc naturel de laisser place à certains parce que la faute du passé est à réparer si on peut dire. Alors oui, cet électoralisme dangereux est parfois inconscient mais on peut penser aisément qu’il est tout à fait conscient. J’ai d’ailleurs déjà rencontré des personnes qui me disent clairement qu’ils se sentent coupables par rapport à cela.

Vous avez publié en 2018, La stratégie de l’intimidation : Du terrorisme jihadiste à l’islamiquement correct. Comment la « terreur » armée se complète-t-elle avec la « terreur » des mots et des situations en société ?

La terreur armée est celle facilement identifiable, de toute une série d’attentats en Europe. Lorsque les musulmans cherchent à dépasser la sphère spirituelle en politisant l’Islam alors il y a un problème. Mais beaucoup veulent rester dans cette sphère spirituelle en ne débordant pas sur le collectif. L’islamiquement correct est le fait de céder aux revendications communautaristes des frères musulmans et des salafistes. C’est imposer par les mots, une volonté d’appropriation de l’espace avec la complicité d’une volonté d’intégration qu’on pense inclusive et non exclusive. Or, il n’y a plus de vivre-ensemble dans nos sociétés. Il faut donc se méfier bien entendu des coupeurs de tête mais surtout des coupeurs de langue. C’est ce que j’appelle l’instrumentalisation de l’intimidation.

En restant sur cet « islamiquement correct », pourquoi en France et en Europe, il y a cette peur de nommer les choses ? Est-ce que c’est ce sentiment de culpabilisation comme vous le décrivez dans votre livre Le Complexe occidental, petit traité de déculpabilisation publié en 2014 ?

En parlant de complexe occidental, les islamistes jouent sur une supposée islamophobie croissante. Dès lors, ils veulent se venger par deux moyens : le terrorisme au sens propre du terme, c’est-à-dire tuer et l’islamiquement correct, par les mots. Ici, c’est de cela qu’il s’agit. L’Occident est culpabilisé et se culpabilise tout seul. On essaie l’intégration, on cède sur des pratiques, sur des mots. Il faut donc déculpabiliser l’Occident. Constater ne veut pas dire qu’il y a aura une guerre civile en France. Il faut trouver un moyen en Occident, de retrouver des manières de vivre qui favorisent le vivre-ensemble. Cela passe par arrêter de céder à la culpabilisation permanente. Il ne faut pas monter les uns contre les autres. Mais encore une fois, aujourd’hui, on préfère accuser celui constate le conflit d’en être à l’origine. C’est tout de même assez paradoxal.  Parce qu’on se dit antiraciste, on a cédé au communautarisme. Mais aussi, en cédant une petite part aux salafistes, on les laisse en réalité progresser dans nos sociétés occidentales. En Occident, il y a une idéologie qui souhaite renoncer à toute forme de patriotisme. Ceci est très dangereux.

Faut-il voir dans la continentalisation, un moyen de défense face au terrorisme islamique ? Une Europe puissante est-elle compatible avec l’OTAN ?

C’est une question très intéressante. On nous parle sans cesse de souveraineté européenne. Or je ne crois pas en une Europe totalement supranationale. Non seulement je n’y crois pas politiquement mais en plus de cela, je n’y crois pas parce que les États-Nations sont toujours au centre de la géopolitique et de la diplomatie. La continentalisation comme rempart serait donc possible si l’Europe était réellement une entité fédéraliste souveraine. L’Europe n’a pas réussi et elle est un immense vide. L’Europe puissante n’est que compatible avec des États-Nations dans une coopération. L’Europe puissante, c’est la défense de la civilisation. Cette défense de la civilisation passe par la reconnaissance de ce qui nous a fait depuis les siècles. L’Europe n’a pas à être le vassal de l’OTAN.  L’Europe ne sait pas où elle est. Pourtant c’est une civilisation inspirée du droit romain, de la philosophie romaine et de la pensée judéo-chrétienne. La défense face au terrorisme islamique, c’est donc dans un premier temps de défendre sa propre civilisation. Les Nations européennes doivent être le moteur de la renaissance civilisationnelle. C’est ce que me disait mon Maître, le Général Gallois, gaulliste et résistant, il n’y a pas plus dangereux que la situation actuelle de l’Union Européenne. L’Europe n’est plus un ensemble d’États véritablement souverains. Les États ont perdu une partie de leur souveraineté. Cependant, l’Europe n’est pas non plus devenue un super État souverain. L’Europe est donc un no man’s land de souveraineté. Il y a un déficit de projet civilisationnel.

Enfin, qu’est-ce que la droite de demain selon vous ?

Je crois en une droite populaire. Une droite ancrée dans un projet qui correspond à des valeurs civilisationnelles et historiques. Je crois en une droite qui porte les Nations au cœur de la réflexion et du logiciel politique. Je crois en une droite qui prône l’indépendance des Nations et en la puissance des États. D’ailleurs, ce ne devrait pas être appelé la droite. Je crois en un courant plus large que ce terme qui rassemble une certaine vision de la France.

Propos recueillis par Guillaume Pot et Paul Gallard pour Droite de Demain.

Pour aller plus loin

Site officiel d’Alexandre del Valle

Les livres d’Alexandre del Valle

Quelle sécurité européenne ?

Les eurosceptiques et populistes voient l’Europe comme une institution inefficace contre l’insécurité, qui agit peu dans la lutte contre le terrorisme et qui se montre impuissante dans les contrôles aux frontières face aux flux migratoires.

En effet, les différents attentats terroristes sur le sol européen (Paris, Londres,Bruxelles, Barcelone, Berlin, Strasbourg, Nice), ainsi que le crises migratoires de ces dernières années n’ont fait qu’élever la défiance face aux institutions supranationales et contribué à une montée de l’extrême droite dans une grande partie des états de l’Union européenne.

Pourtant il s’avère que l’Union européenne pourrait non pas être un frein à la sécurité des états membres mais sinon comme un rempart voire comme un instrument de l’action publique considérable pour protéger l’ensemble du territoire européen et de permettre de mieux réguler l’immigration.

Méconnue de l’opinion publique, l’Union européenne dispose d’une agence de sécurité EUROPOL basée à La Haye (Pays-Bas) qui sert à épauler toutes les polices des états membres ainsi qu’à faciliter les échanges de renseignements entre les polices nationales. En donnant davantage de moyens humains, et en renforçant sa législation, EUROPOL pourrait permettre de mieux coordonner les actions des polices, d’accentuer les suivis des individus dangereux qui circuleraient dans l’Union européenne. De plus, EUROPOL doit pouvoir centraliser toutes les données des individus dangereux circulant dans le territoire de l’Union européen mais aussi des personnes qui entrent dans l’UE afin que toutes les polices nationales soient informées de l’identité des personnes et de leurs antécédents judiciaires. Enfin, dans le futur, EUROPOL pourrait venir aider et renforcer les polices nationales dans les investigations en créant une structure centralisée d’investigations et de recherches. Enfin, un système de fichage d’individu à l’échelle européenne centralisée devra être créer afin de communiquer à tous les états membres les flux des individus les plus dangereux sur tout le territoire européen grâce à des empreintes biométriques ou bracelets électroniques universels européens.

Si le suivi des individus dangereux circulant dans l’UE ainsi que les arrivants sur le territoire européen doit être centralisé au sein d’EUROPOL, il est recommandé d’accroître la coopération transfrontalière policière et douanière entre les états membres. Bien que de nombreux partis politiques conservateurs et protectionnistes souhaitent reformer l’espace Schengen afin de contrôler plus efficacement les frontières internes de l’Europe, la coopération transfrontalière entre les polices et les douanes doit être renforcée. De nombreuses failles ont été soulignées lors des attentats sur le sol européen où les terroristes ont pu circuler librement dans plusieurs pays sans contrôle ; il faut affecter plus d’agents de police dans les postes aux frontières, veiller à ce que la communication des données soit plus efficace et permanente entre les deux états frontaliers mais aussi à ce que EUROPOL ou inversement les polices nationales puissent se communiquer systématiquement. Un traducteur et un interprète devront être désignés dans chaque poste au frontières afin de faciliter également les échanges en langues étrangères entre polices.

Cette coopération transfrontalière renforcée permettra de mieux lutter contre le terrorisme, contrôler les individus signalés dangereux ainsi que de détecter toutes sortes de trafics de stupéfiants.

Lors d’un attentat terroriste sur le sol européen ou bien d’un acte criminel de grande ampleur, EUROPOL via le Parlement européen doit pouvoir adopter « l’état d’urgence » au niveau supranational , en effet les institutions européennes devront pouvoir voter et mettre en œuvre un état d’urgence européen lorsque l’un des pays membres de l’UE connaîtrait un acte terroriste afin que toutes les mesures de sécurité et d’investigations soient prises. Cela permettrait d’accentuer les contrôles aux frontières et de créer un signalement centralisé unique à toutes les polices des états- membres.

Stevan Jurca

Turquie et UE : rapprochement impossible

L’adhésion de la Turquie à l’UE

Rappel historique 

Dès 1949, la Turquie entre dans le Conseil de l’Europe, puis elle accentue son lien avec l’Europe en entrant en 1952 à l’OTAN. L’idée d’une relation encore plus directe émerge avec la demande d’adhésion de la Turquie à la CEE (Communauté Économique Européenne) menant ainsi à un protocole d’accord le 12 juillet 1963. Tous les signaux semblent alors au vert pour une entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Cependant, en 1980 a lieu le « putsch » qui mène à la fin des négociations. C’est ensuite une série de demandes refusées comme en 1989, en raison de son économie et en grande partie aussi de ses relations houleuses avec la Grèce (depuis la crise de Chypre). Les choses vont encore une fois évoluer en faveur de cette adhésion avec le Conseil européen de Copenhague qui fixe les conditions d’admission des états dans l’UE. Ainsi, la Turquie obtient le droit de concourir au titre de candidate lors du Conseil européen d’Helsinki. La Turquie a toujours joué un rôle ambigu en Europe. En effet, le pays est profondément ancré dans une tradition eurasiatique de par sa position autant stratégique que géographique. C’est la véritable liaison entre l’Europe et le Proche et le Moyen-Orient.

La Turquie, un réel enjeu géostratégique pour l’Union Européenne

L’Asie Mineure semble représenter un enjeu important pour l’UE dans la mesure où sa position stratégique de tampon entre l’Asie et l’Europe la rend irremplaçable dans un contexte de montée du terrorisme et de conflits au Moyen et Proche-Orient. En effet, la Turquie s’est très rapidement positionnée contre l’État Islamique en prenant les armes face à cet ennemi terroriste. La question migratoire est également très importante dans la mesure où la Turquie a signé à Ankara en 2016 un accord en matière d’accueil de migrants avec l’Union Européenne. Cet accord qui est très controversé prévoit le renvoi des migrants illégaux des Îles grecques vers la Turquie. Ainsi le nombre de migrants sur les îles Grecques a drastiquement baissé de 97%. Ce processus d’accord s’est encore affirmé avec le financement de 3 milliards d’euros d’aide supplémentaire à la Turquie.

L’incroyable attrait économique de la Turquie

La Turquie représente de surcroît un enjeu économique important ; elle est en effet, au troisième semestre 2017, le pays qui réalise la meilleure croissance avec 11%. Elle se place ainsi devant les monstres chinois et indien. Des chiffres qui étaient déjà encouragés en 2016 par l’OCDE. Avec de tels chiffres, cet État se place premier parmi les autres États du G20, OCDE ou UE, un argument de poids pour une Europe en difficulté. Par ailleurs, la Turquie sera, selon cette même OCDE, le pays le plus dynamique sur la période 2015-2025. Elle représente également la 5e économie européenne d’après la Banque Mondiale (en 2016). On peut aussi noter que la Turquie et l’Union Européenne sont déjà liées de manière importante depuis 1996 avec l’Union Douanière dont elle est le seul membre non UE d’une part, et la mesure de libéralisation des visas européens aux citoyens turcs d’autre part. L’Union Européenne reste aussi le premier partenaire économique de la Turquie avec des échanges à hauteur de 160 milliards de dollars US.

La question des « minorités » reste un frein important à l’incorporation

Erdogan, Président turc depuis 2014, a une nouvelle fois aggravé la situation sur le sujet du Génocide Arménien (1915-1917). Il a vivement réagi aux propos du Président Français Emmanuel Macron sur « la Journée Nationale de commémoration du génocide arménien », le 5 janvier 2018. Le Comité Union et Progrès – parti Ottoman – est responsable du génocide arménien, renouant ainsi avec les massacres d’arméniens en 1896 et 1909. Le 4 avril 1915 a lieu le massacre de l’élite arménienne d’Istanbul. Talaât Pacha – Premier Ministre Ottoman – lance ensuite les grandes manœuvres, avec de nombreux massacres ainsi que des déportations notamment vers la Cilicie et la Syrie. En mars 1916 pas moins de 500 000 arméniens déportés sont liquidés, en particulier dans les camps syriens de Ras el-Ayn et Deir Ezzor, avec la mort de nombreux enfants et femmes. Il y aurait eu 1,5 millions de morts arméniens causés par le CUP. Ce génocide est considéré comme l’un des premiers, choquant l’Europe dans la mesure où celle-ci a toujours été considérée comme la protectrice des Chrétiens d’Orient. Le problème est que la Turquie n’a jamais réellement reconnu son implication dans ce génocide et en a toujours refusé la qualification. C’est le cas depuis 1919 où le Premier Ministre Damad Fêrid Pacha avait mis en cause le Comité Union et Progrès en dédouanant les autorités turques. Ce refus réaffirmé d’Erdogan de reconnaître le génocide arménien est la preuve que ce régime néglige son devoir de mémoire. Or l’apanage des Grandes Nations est de reconnaître les erreurs de son passé comme ce fut le cas de l’Allemagne pour le Génocide Juif. Erdogan continue les provocations à l’égard des arméniens – et ainsi de l’Union Européenne – en réclamant au nom de l’Azerbaïdjan des territoires arméniens les qualifiant au passage de « terres azerbaïdjanaises ».

Une nouvelle fois, la responsabilité turque intervient vis-à-vis des minorités avec le traitement de la minorité kurde par les troupes turques. Depuis l’avènement de la Nation Turque sous Mustapha Kemal durant les années 1920, la minorité Kurde est stigmatisée, étant même qualifiée de « turcs des Montagnes » par l’État central. Dans les années 80, la minorité turque s’est rebellée contre le pouvoir avec la création d’une milice menant des actions violentes. Le PKK, groupe terroriste (reconnu comme tel par l’ONU et l’UE) devient au fil du temps un prétexte pour la Turquie de mener des actions contre les Kurdes.

Le non-respect des droits de l’homme

La Turquie a été attaquée pour non-respect des droits de l’homme en usant d’une coercition démesurée face à l’opposition. Ainsi, l’ONU a reproché à la Turquie par l’intermédiaire du Haut-Commissariat, l’usage de « torture, privation arbitraire du droit au travail et aux libertés d’association et d’expression ». Les répercussions suite au putsch manqué de 2016 sont dans le viseur de la justice internationale. Erdogan met en place l’État d’urgence. Les huit mois suivant sont le théâtre d’abus avec pas moins de 160 000 personnes arrêtées et 152 000 fonctionnaires renvoyés de leurs travail notamment des enseignants ou avocats. Certains médias et site web sont bloqués tandis que les réseaux sociaux sont surveillés par le régime. Le rapport stipule un excès de fermeté lié à l’utilisation de cet État d’urgence : « utilisation des pouvoirs d’urgence pour étouffer toute forme de critique ou dissidence à l’égard du gouvernement ». Ce n’est pas tout, le régime est accusé aussi d’actes de torture sur des « centaines de milliers de personnes ». Celle-ci pourtant interdite par la convention contre la torture signée et ratifiée par la Turquie le 10 décembre 1984.

L’ONU n’est pas la seule instance à dénoncer la politique turque en matière de respect des droits de l’Homme. En effet, l’Europe s’est aussi penchée sur cette question. La CEDH a mené des poursuites contre le pouvoir d’Erdogan pour « violation du droit à la liberté et à la sûreté » protégé par la Convention Européenne des droits de l’Homme. Elle a réagi suite à l’emprisonnement des journalistes Mehmet Altan et Sahim Alpay. On peut aussi notifier la dénonciation de la campagne présidentielle turque de 2018 par l’OSCE et le Conseil de l’Europe. Leurs accusations se fondent sur l’iniquité des temps de parole entre Erdogan et ses adversaires (180h contre 37h pour Munham Irice) ainsi que l’inégalité en termes d’aide publique. 

La Présidence Erdogan difficilement compatible avec une entrée dans l’UE

Erdogan est un personnage sulfureux difficilement compatible avec une entrée dans l’UE. En effet, le Président turc multiplie les provocations envers l’Europe. L’exemple, parmi d’autres, des relations très tendues entre la Turquie et les Pays-Bas, le montre une fois de plus. Le contentieux trouve son origine lors de la campagne du référendum de 2017. Erdogan demande alors à ses ministres d’effectuer des meetings à travers l’Union Européenne pour faire voter les bi-nationaux. Ainsi, le ministre des affaires étrangères turc, Mevlut Caversoglu effectue un déplacement aux Pays-Bas. Cependant, ceux-ci refusent d’organiser le meeting à Rotterdam ayant peur des conséquences d’un tel événement. Ce refus est vécu comme un affront par le ministre qui menace très fermement le pays européen. Il ajoute qu’ils paieront le prix fort en cas d’annulation. Mark Rutte, premier ministre néerlandais répond en faisant retirer l’avion prévu à cet effet. La crise diplomatique s’accentue avec les déclarations du Président Erdogan. En effet, il invective les néerlandais de « nazis » et ses dirigeants de « fascistes ». Les relations sont tendues et Kaya (ministre de la famille) pénètre de force aux Pays-Bas par la route. Elle est alors renvoyée à la frontière par la police. L’escalade des provocations continue : l’ambassadeur des Pays-Bas en Turquie est interdit de territoire, Erdogan continue ses provocations et affirme que les Pays-bas sont responsables du massacre de Srebunica. Cet exemple prouve la difficulté de s’entendre avec le pays ottoman coutumier des provocations.

La Turquie représente pour l’UE un enjeu important de la diplomatie mondiale. Le pays paraît essentiel dans une stratégie de défense des frontières européennes. C’est un pays qui possède un attrait économique indéniable, une place géographique vitale et une armée importante. Cependant, son entrée dans l’UE, serpent de mer depuis des années, serait une erreur aux graves conséquences. De par sa démographie, cet état représenterait le pays le plus influent de notre UE, obtenant le plus grand nombre d’euro-députés. La question des minorités est un épineux problème comme le montre le traitement subi par les arméniens et plus récemment les kurdes. Le pays du Proche-Orient est souvent condamné pour non-respect des droits de l’homme prouvant que la pratique du pouvoir d’Erdogan n’est pas compatible avec notre système démocratique. Une nouvelle difficulté s’est ajoutée depuis 2002 avec l’avènement d’Erdogan et de son parti islamiste l’AKP. Le chef d’état a multiplié les provocations envers les membres de l’UE, s’est positionné comme le défenseur de l’Islam radical en Europe et menace très régulièrement d’autres États comme l’Égypte ou les Pays-Bas. La liste est tellement longue que nous n’avons pu aborder les positions du Président turc sur la laïcité, l’égalité entre les sexes et sa pratique de la démocratie. Il ne faut pas tomber dans un choc des civilisations dont Erdogan profiterait volontiers mais ile ne faut pour autant tolérer l’entrée d’un pays qui ne respecte pas les critères démocratiques et entraînerait ainsi le déclin de notre construction européenne.

Paul Gallard

Notre civilisation comme rempart

Une civilisation magnifique

Noël, l’an 800.

Rome.

Un homme se tient devant un autel, agenouillé pour prier, vêtu d’une longue toge blanche et d’un manteau de pourpre. Il a cinquante-huit ans, presque un vieillard pour son temps, comme en témoignent ses longs cheveux et sa barbes déjà blancs. Sur l’autel, une impressionnante couronne, d’or sertie de joyaux. De nos jours, nous la considèrerions comme laide ; il est vrai qu’elle souffre d’un excès de couleurs et d’un manque de goût. C’est un autre vieil homme qui se tient derrière l’autel, drapé de blanc et or, son crâne rasé couvert d’une splendide mitre. Pendant que l’autre prie, il se saisit de la couronne, l’élève brièvement en l’air, et la dépose sur son crâne, le déclarant Imperator Romanorum, sous les acclamations de la foule assemblée. Imperator ! Imperator ! Imperator !

Ce vieil homme, c’est Karil, le roi des Francs, peut-être le plus grand de cette lignée, et maintenant Empereur des Romains. Plus d’un millénaire plus tard, nous nous souvenons de lui comme de Charlemagne. Bien qu’il ne parle pas un mot de ce que nous appelons le Français, l’ouest de son royaume deviendra la France, l’est l’Allemagne. Il est Chrétien, croyant dévoué, et, bien qu’il ne sache ni lire ni écrire, il parle Grec et Latin. Sous son règne, c’est la première fois qu’une grande partie de ce qui deviendra l’Europe est unifiée depuis la fin de l’Empire Romain. Bien qu’il soit un Germain, il est l’héritier d’une tradition gréco-latine vieille de plus de dix siècles, et de racines judéo-chrétiennes ; en tant que roi et Empereur, il est le représentant de Dieu sur Terre.

Il n’y a pas de surprise à ce que Charlemagne soit surnommé le « père de l’Europe ». Bien que l’idée d’Europe soit alors bien loin de son esprit, il est l’un des hommes qui ont le plus marqué l’histoire de notre continent, et en représente bien les racines judéo-chrétiennes et gréco-latines. Près de mille ans plus tard, une autre tradition viendra s’y ajouter : celles des penseurs des Lumières, qui tenteront de comprendre toute une variété de sujets – politiques, philosophiques, scientifiques – comme peu l’avaient fait avant, et, au passage, définiront nombre des idéaux qui continuent de guider nos sociétés aujourd’hui. C’est sur ces trois grandes traditions que l’Europe telle que nous la connaissons s’est bâtie. Pas de bureaucratie confucianiste de ce côté de l’Oural, ou de loi islamique.

Une tradition gréco-latine premièrement. La culture des anciens Grecs a eu sur l’Europe un impact gigantesque sur les générations qui les ont suivis. Ne parle-t-on pas de philosophie aristotélicienne ? Lorsqu’on demande à quelqu’un quelle était la première démocratie, la réponse n’est-elle pas toujours la démocratie athénienne (malgré le fait que cette réponse ne soit pas entièrement correcte) ? La culture, la religion, la langue grecques ont aussi influencé l’autre grande culture qui a marqué ce continent, celle des Romains, au point où les fameux derniers mots de Jules César – Tu quoque mi fili ?, « toi aussi, mon fils » – ont plus probablement été prononcés en Grec, en faisant Kai su, teknon ? S’il est une entité politique qui a façonné l’Europe comme aucune auparavant ni depuis, qui a imposé sa culture, ses normes, sa langue, c’est en effet l’Empire Romain. Pendant des siècles, les Empereurs du Saint-Empire se sont réclamés de l’illustre héritage de Rome, et si les rois régnaient ailleurs, c’était par la grâce du grand-pontife romain. De même, la première branche chrétienne du continent, le catholicisme, est un catholicisme romain. Les institutions grecques et latines ont ainsi marqué à jamais l’Europe.

Secondement, une tradition judéo-chrétienne. Dans l’Union Européenne, 72% des citoyens déclaraient, selon l’eurobaromètre de 2012, être de foi chrétienne.

La civilisation européenne, depuis ses débuts, a été marquée, façonnée, dirigée par le Christianisme, qui en a influencé la philosophie, les arts, la science, la société…

C’est la morale chrétienne qui a guidé une grande partie de nos idéaux. Pour nombre de penseurs, c’est aussi le Christianisme qui a créé le lien ayant permis d’aboutir à une identité européenne unifiée. Les notions de monde occidental et d’Europe sont intimement liées à celles de Christianisme et de Chrétienté. En tant que tel, les racines judéo-chrétiennes sont également l’un des socles de l’Europe.

La pensée des Lumières enfin. Ce sont les idées des Lumières qui, en grande partie, ont permis l’essor des nations au XIXe siècle, qui ont pavé le chemin vers des idées telles que les libertés individuelles ou la méthode scientifique. C’est aussi suite au mouvement des Lumières qu’un grand nombre des bases de nos systèmes politiques – le gouvernement par le consentement des gouvernés, par exemple – ont été établies. Surtout, c’est sur le terreau des Lumières que l’Europe telle que l’imaginaient les pères fondateurs de l’Union Européenne, une Europe forte, une Europe des nations, s’est bâtie. Sans cela, l’Europe telle que nous la connaissons n’aurait pu prendre forme.

Trois socles pour une culture. Trois éléments sans lesquels cette « civilisation européenne magnifique », n’aurait pu exister. Néanmoins, aujourd’hui, cette culture est menacée. L’identité européenne faiblit de plus en plus parmi la jeunesse : le projet européen ne séduit plus. Outre-mer et à l’intérieur de nos territoires, l’obscurantisme religieux islamo-totalitaire s’est juré de jeter à bas tout ce qui fait la grandeur de l’Europe. C’est pour cela que, plus que jamais, l’Europe et les socles de son identité doivent être défendus.

Julien Neter

Traiter le retour des djihadistes

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de dire, mais de penser, d’anticiper, d’imaginer, de soulever la question du retour des djihadistes « français » revenus de Daesh.

Nicole Belloubet garde des sceaux a déclaré que 200 adultes djihadistes et 80 enfants de djihadistes ont été rapatriés en France, elle déclare aussi qu’ils sont actuellement pris en charge dans des établissements « adaptés » pour les recevoir. Des chiffres nettement plus haut que les 130 djihadistes annoncés par Christophe Castaner le 29 janvier 2019. Ce rapatriement de traîtres à la nation interroge l’opposition de droite.  La droite s’est fermement opposée à cette décision en adéquation avec la position de l’opinion publique. Ainsi, plusieurs propositions ont émané à ce sujet dans les différents partis de droite. L’occasion pour nous de faire un tour d’horizon des mesures demandées par la droite.

Valérie Boyer est la première à s’inquiéter de ce retour, elle a par conséquent interpellé Christophe Castaner ainsi que le Premier Ministre Edouard Phillippe lors des questions au gouvernement. La secrétaire générale adjointe Les Républicains met en avant la proposition de déchéance de nationalité pour les traîtres au pays : « Nous demandons depuis des années la déchéance de leur nationalité » déclare-t-elle. Toujours chez Les Républicains, Laurent Wauquiez – chef du parti propose une solution inédite, « un Nuremberg des djihadistes ». Ce tribunal international serait basé dans le nord-est de la Syrie pour juger les crimes de l’Etat Islamique durant les quatre ans de Califat. L’avantage d’un tel tribunal serait la possibilité de condamner ces djihadistes avec des peines d’exception mais aussi de pouvoir juger les coupables où ils ont commis leurs crimes. C’est d’ailleurs l’argument qu’utilise Eric Ciotti – député des Alpes Maritimes – refusant strictement leurs retours : « ce sont des traîtres à la nation. Ils doivent être jugés là où ils ont commis leur crime ».

Du côté de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan s’est assez rapidement offusqué d’un tel retour (étant relativement précurseur sur cette question). Le gaulliste est un fervent défenseur du retour d’un « bagne démocratique ». D’abord prévu en Guyane, le candidat aux Européennes propose désormais de le localiser dans les Iles Kerguelen (archipel du sud de l’océan indien). Un plan dont il trace les contours depuis l’annonce du gouvernement. Ainsi, ce bagne ne serait pas polluant et aurait un coût annuel de 63 millions d’euros pour une surface de 5 à 6km. Le coût par prisonnier se chiffrerait à 150 000 € par détenu contre 70 000 € pour un détenu lambda, un chiffre prévu pour 450 détenus et 150 employés. Les avantages de cette proposition sont à la fois de rapatrier les criminels tout en contentant l’opinion publique farouchement opposée à la vision du gouvernement. Cela permettrait également d’éviter que les radicalisés ne profitent de leur passage en prison afin d’en convertir d’autres. Le candidat de Debout la France ajoute une dimension géographique à l’exécution de la peine : « quand on a été condamné pour terrorisme, on doit purger une peine loin du territoire métropolitain ».

D’autres encore se montrent beaucoup plus radicaux, c’est le cas de Pierre Henri Dumont favorable à l’élimination pure et dure de ces individus. Selon lui, ce sont des pratiques déjà existantes – il fait référence au livre de François Hollande Un président ne devrait pas dire ça – pratiquées généralement par les services secrets français. Le député Les Républicains précise toutefois que ce n’est qu’en cas de non procès dans les pays concernés (Irak et Syrie).

La Droite a montré son désaccord sur la question du retour de Djihadistes retenus par les Kurdes. De telles actions devraient en effet être jugées dans les pays où elles ont été commises.

Il ne faut pas rapatrier ces meurtriers, le danger de leur retour est concret, aucune structure n’est actuellement capable de surveiller de tels individus. Leur isolement et surveillance, au regard du peu de moyen de l’administration pénitentiaire semblent compromis. La justice française ne peut réellement garantir que ces assassins islamistes effectuent des peines à vie. Pour en finir, extrader ces djihadistes serait une réelle ingérence pour les états du Golfe qui ont subi les ravages causés par ces hommes et femmes. 

Paul Gallard

S’inspirer d’hier pour faire demain

Richelieu, un idéal pour la France.

Armand de Richelieu, homme ayant une certaine idée de la France, ayant un idéal et se battant pour cet idéal envers et contre tout. Pour comprendre la France d’aujourd’hui, il faut connaitre celle d’hier afin de préparer au mieux celle de demain.

Armand Jean du Plessis de Richelieu né en 1585, il n’aurait jamais dû devenir cardinal. Voué au métier des armes, il hérite pourtant, à 23 ans du petit évêché de Luçon. Homme de bonne famille, malgré son destin où tout n’était pas écrit, il va se donner les moyens et faire preuve d’une grande détermination pour accéder au sommet de l’État.

Dans le livre Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, Richelieu est décrit comme un homme froid et machiavélique or la réalité est bien différente. Dans les ouvrages des contemporains de l’époque, il est décrit comme un homme intransigeant exerçant une grande fermeté. Mais en réalité, pour faire régner l’ordre et pour atteindre les hautes sphères de l’État, ne faut-il pas être ferme et intransigeant sur des questions relevant de l’avenir de son pays ? Corneille dira de lui :

« Qu’on parle mal ou bien du fameux Cardinal
Ma prose ni mes vers n’en diront jamais rien ;
Il m’a trop fait de bien pour en dire du mal ;
Il m’a trop fait de mal pour en dire du bien. »

Controversé ou adulé par ses contemporains, le résultat est le même. À nous, historiens ou simples amoureux de l’Histoire de France d’avoir un avis critique pour aimer ou détester cet homme d’État.

Homme d’Église accédant au poste de cardinal à 37 ans, c’est aussi, un homme ayant eu foi en la France.

Ainsi, ce cardinal connu dans des films ou dans des livres restera un grand homme de l’histoire de France. À ce titre, La Fontaine, écrira « Le cardinal de Richelieu… Cardinal qui tiendra plus de place dans l’Histoire que trente papes »

Ne voyez pas ici, une envie de retour à la monarchie ni un retour au catholicisme comme religion d’État, voyez simplement un idéal d’implication pour la France.

Aujourd’hui, cet idéal pour la France avec une telle implication doit imprégner la droite de gouvernement.

Tirer les leçons du passé pour écrire demain.

Benjamin Millo

L’utopique projet d’une Armée Européenne de Défense

Le sujet d’une coopération militaire Européenne est remis au goût du jour par notre Président de la République, Emmanuel Macron, en Novembre 2018. Il fait alors une déclaration dans laquelle il explique la nécessaire création d’une « armée européenne » afin de « protéger » les citoyens.

Emmanuel Macron n’est pas le premier à s’engager dans la voie d’une coopération élargie en matière de défense commune. En effet, dès 1950, la création de la Communauté européenne de défense est un véritable échec. Projet porté par Jean Monnet alors Commissaire Général du Plan Français, qui prévoit la mise en place d’une armée européenne permettant l’intégration de soldats de la RFA. Le texte fut rejeté par l’Assemblée Nationale Française en 1954. Un échec pourtant dans une période où les pays européens n’ont toujours pas accès à la dissuasion atomique. On peut aussi noter un échec cuisant durant les années 2000 avec l’agence AED qui n’a permis aucun programme d’armement depuis sa création.

Au départ, tout semble pourtant séduisant : une armée plus puissante, une cohésion renforcée, des moyens augmentés, une répartition plus décentralisée, des bases à travers l’Europe facilitant ainsi le passage des armées dans les pays, et surtout une dépendance moins forte vis à vis des USA… L’Allemagne est séduite par cette idée et Angela Merkel a défendu le projet devant le Parlement Européen. La coopération en matière de défense est ainsi apparue dès le Traité de Lisbonne de 2007, avec la PSDC (Politique de sécurité et de défense commune) qui devait à terme permettre à l’Union Européenne de se doter d’une capacité opérationnelle. La coopération entre l’Allemagne et la France est renforcée notamment à un échelon très local avec la base aérienne Franco-Allemande du Luc ou encore la brigade Franco-Allemande présente à la frontière entre les deux pays.

L’Arme Atomique fait partie de la stratégie de défense française. Si une telle alliance venait à faire son apparition, la France serait dans l’obligation de renoncer à sa souveraineté nucléaire, ce qui nous semble impensable. Ce serait donc un cas inédit pour la France : le partage de la dissuasion nucléaire. On peut se poser deux questions : dans quelles circonstances et comment partager ce pouvoir ? La France sortirait ainsi de ce « club » très fermé des pays possédant la dissuasion au profit d’une Europe – dont seul le Royaume-Uni est aussi détenteur – relativement en retard dans ce domaine. De même une telle gestion de la dissuasion atomique pose aussi problème avec la sortie (probable) de la Grande Bretagne de l’Union Européenne. Quels avantages pouvons-nous tirer alors si nous donnons notre principal argument en matière de défense à l’UE ?

La principale question qui se pose avec cette mise en place reste celle de la logistique. Outre les langues différentes à travers l’UE qui pourrait contraindre des aménagements importants (certes présents lors de coopérations : OTAN, ONU). Il faut aussi préciser que la culture en matière de guerre est aussi différente. L’exemple des grades est criant et il faudrait les harmoniser à travers les différentes armées si l’on veut que l’UE soit opérationnelle. C’est utopique.

La France est une Nation qui intervient de manière régulière sur de nombreux conflits, elle possède donc une expérience du combat très importante. La plupart des pays Européens n’en ont pas la capacité (900 soldats pour le Luxembourg par exemple). D’un point de vue institutionnel, une difficulté d’ordre politique apparaît. Quelle légitimité ont les petits pays de pouvoir voter à égalité alors qu’ils n’ont pas la même capacité opérationnelle ?

Arnaud Danjean (troisième sur la liste Les Républicains aux élections Européennes 2019) déclarait à ce sujet : « Cela renvoie à des questions essentielles de légitimité et d’autorité politique. Qui a la légitimité d’envoyer des soldats tuer et mourir ? ».

C’est encore une fois, une volonté de cette Union Européenne de favoriser l’émergence de ces « petits pays » en diminuant celle des Grandes Nations. Avec une telle coopération, nous risquons de perdre le rapport de force avec l’Allemagne – qui nous dépasse déjà en matière économique – ayant une puissance très inférieure en termes de Défense. 

L’expérience inexistante de certains États peut aussi à terme représenter une difficulté supplémentaire, les erreurs de décisions pouvant apparaître.

Pour en finir nous pouvons aborder l’aspect financier de cette Armée Européenne. Dans une période instable, la France étant déjà en crise, la plupart des pays Européens également, serait-il sérieux d’entreprendre de telles manœuvres dont le résultat reste très nuancé. Les frais liés à l’encadrement des soldats de pays dont l’expérience est limitée et le budget militaire moindre, coûteraient une somme importante, sûrement réglée par les Grands États de notre Union Européenne. Le budget de défense de certains États européens est de 0% du PIB ou proche (Slovénie, Autriche). De tels investissements risquent d’être compliqués à débloquer. Or obtenir des prêts sera impossible dans la mesure où cette armée de Défense Européenne exclut les USA de cette alliance et entraîne également un retrait de l’OTAN. Doit-on sortir de l’emprise des USA en matière de défense mais aussi d’institutions Mondiales ?

C’est la réalité, il faut sortir du joug Américain si l’on souhaite créer un tel projet, c’est d’ailleurs les propos réalistes d’Emmanuel Macron sur ce sujet : « on doit avoir une Europe qui se défend, davantage seule, sans dépendre seulement des États-Unis, et de manière plus souveraine ».

Mais concrètement est-ce possible d’arrêter cette liaison existant depuis la fin de la 2nd Guerre Mondiale ? Tel était le souhait du Général De Gaulle en se mettant en retrait de l’OTAN 1966, mais aujourd’hui, il est compliqué de revenir en arrière sur ce point. La preuve avec l’extrême ambiguïté d’Angela Merkel quand on lui demande si ce projet pourrait concurrencer l’OTAN.

Paul Gallard

La politique et les jeunes

Investir la politique de demain

Il s’agit ici de dénoncer une réalité alarmante : le désintéressement des jeunes à la vie politique en général.

En effet un constat inquiétant, avec des conséquences dramatiques, a grandi au sein d’une jeunesse qui a évolué avec l’ère du numérique et des médias. « Les jeunes sont moins persuadés que leurs aînés du bénéfice du régime démocratique » écrit Anne Muxel.

Malheureusement, la plupart des jeunes sont plus attirés vers des sujets d’une faible importance comme la téléréalité contrairement à la jeunesse d’autrefois. La politique selon eux ne « sert à rien ». Les questions qui sont donc à soulever sont : pourquoi ce désintéressement ? À cause de qui et de quoi ? Et surtout comment politiser notre génération ?

Ce scepticisme est souvent expliqué par une non représentation des jeunes au sein de la classe politique. Cette affirmation est en partie fausse. En effet cela résulte plutôt d’une mauvaise communication entre les jeunes et les médias (qui sont normalement présents pour véhiculer de vraies informations et non pas des « fakes news » comme sur certains réseaux sociaux). Les jeunes se sentent donc mis de côté.

Cela n’explique pas tout : il y a aussi un manque de volonté de la part de beaucoup de jeunes. En effet, ils pourraient d’eux-mêmes s’informer, œuvrer, participer à la vie politique locale, départementale, régionale voire nationale. Ils pourraient aussi adhérer à un parti politique qui défend leurs idées.

La solution se situe donc dans l’Éducation ou plutôt dans l’Instruction. Effectivement c’est en ayant une instruction d’excellente qualité, qu’ils commenceront à réfléchir par eux-mêmes, à émettre des avis critiques et constructifs. Tout se joue dans les programmes proposés à l’Ecole. Les programmes devraient être améliorés et plus axés sur l’Histoire, les racines de notre nation, sur des thèmes de politique, de sociologie, d’économie, et d’enseignement moral et civique. Revenir aux fondamentaux.

C’est en sensibilisant de plus en plus tôt les jeunes à la politique, que nous réussiront à redonner de la grandeur et de la force à notre magnifique territoire qui est la France.

« Ce n’est pas à la politique de s’intéresser aux jeunes, mais aux jeunes de s’intéresser à la politique » !

Cédric Fouillot

Droite d’hier pour demain

Il est coutume de faire remonter l’origine du clivage droite/gauche à la révolution française, cependant l’on peut toujours s’en étonner. En effet, que la situation a changé depuis ! Quel est le lien entre la droite de De Maistre ou de Mounier avec la droite d’aujourd’hui ? Et nul ne serait assez fou pour prétendre que sa pensée a émergé par magie en 1789 ! Structurée, sans doute, mais son origine est plus profonde et, de plus, permettra de répondre à notre question initiale.

Mais qui sont donc ces philosophes précurseurs ? En réalité : beaucoup trop, nous allons vous en présenter seulement deux, les plus importants, mais nous ne résistons pas à vous laisser le nom de quelques un ici : Jean Bodin, Robert Filmer ou Hugo Grotius. Mais ne nous égarons pas plus et concentrons-nous sur nos théoriciens fondateurs, Pascal et Hobbes.

Il peut a priori sembler incongru de mettre ces deux penseurs côte à côte. Qu’ont donc de semblable le chrétien mélancolique français et l’anglais matérialiste désabusé ? Il ne saurait pas plus y avoir d’antinomie entre les Pensées, reconstituées à titre posthume et ayant pour nom original « Apologie de la religion chrétienne » et le Léviathan, monstre biblique dévorant une à une les illusions pour ne laisser qu’un athéisme cynique ? La réponse est surprenante : la guerre civile. Pascal, et ce n’est une surprise pour personne, est conservateur mais d’un type particulier. Distinguons-en deux : un vulgaire et un rationnel. Le premier est pour lui-même, justifier l’ordre établi par l’ordre établi. Le second, ainsi commence-t -il par pourfendre le système monarchiste « Qu’y a-t-il de moins raisonnable que de choisir, pour gouverner un État, le premier fils d’une reine ? ». En effet « L’on ne choisit pas pour gouverner un bateau celui des voyageurs qui est de meilleure maison ». Il ne s’arrête pas là et applique son acerbe critique à l’ensemble des systèmes : voulez-vous le règne des raisonnables ? Préparez-vous à une nation où il n’y a pas un imbécile qui se présente parangon d’intelligence (toute ressemblance avec notre démocratie représentative est purement fortuite). Pourtant on ne trouve ici l’idée d’un mépris de la question politique.

Au contraire même s’il avoue son dépit qu’on ne puisse soumettre le gouvernement aux instruments subtiles de la raison et de la vérité, il ne doute pas qu’il soit possible pour l’individu de les développer.

Avant de dévoiler les conclusions de Pascal faisons un détour par Hobbes. La politique du Léviathan est caractérisée par son pragmatisme radical, la machine d’Homme duquel il est constitué n’a qu’une seule fonction : empêcher la guerre civile, plus grand des maux pour son homologue chrétien. D’où vient cette obsession de la guerre civile ? La réponse évidente, et par ailleurs très juste, est la suivante : les deux auteurs en ont vécus une et ont pu observer les horreurs d’un peuple qui se massacre, mais Hobbes en sa qualité d’horrible cynique aurait pu y prendre un malin plaisir, cependant il n’en est rien. Ce qui est donc particulièrement plus intéressant c’est que la justification n’est pas morale chez Hobbes, contrairement à Pascal, même s’il en fournit une solide, mais repose sur un principe qui risque de surprendre : la liberté. Comment la machine gigantesque et terrifiante du Léviathan peut-elle être un principe de liberté ? Pour cela il nous faut revenir à la distinction de Grotius entre liberté politique et liberté individuelle. Ou plus simplement à la sécurité et à la liberté. On fait souvent une fausse dichotomie entre les dernières, or il n’y a pas d’idée plus dangereuse et Hobbes le montre bien. Suis-je libre si je suis menacé sans cesse ? Comment puis-je jouir de ma propriété si l’on me la prend, comment disposer de moi, si des bandes me contraignent ? Le rôle de l’État hobbesien est d’assurer la liberté individuelle et la respecter au mépris de la liberté politique. Tel est aussi le sens du développement individuel pascalien, leurs conservatismes est avant tout une préservation de la liberté.

Par ailleurs, la liberté est aussi source de développement pour l’individu et la société, ce qui n’est pas possible en temps de guerre où « il n’y a de place pour aucune entreprise parce que le bénéfice est incertain, et, par conséquent, il n’y a pas d’agriculture, pas de navigation, […] pas de société. »

Évidemment, la pensée évolue et les principes de Pascal et Hobbes aussi important qu’ils soient peuvent être contredit. La monarchie n’a pas su empêcher la guerre civile et la foi dans l’état ne correspond pas à la réalité des faits, celui-ci débordant toujours de sa fonction de protection. C’est pourquoi contre Hobbes nous affirmons que la liberté politique avec un peuple éduqué est nécessaire pour lutter contre la tyrannie et préserver nos droits fondamentaux, la démocratie doit agir comme garde-fou du gouvernement. Cependant nous représentons, nous, la droite et ceux depuis 4 siècles, la liberté réelle dans son contexte.

Contre la Sainte Liberté imaginaire des totalitarismes de gauche, la leçon de Pascal et de Hobbes pour notre famille politique est double : la liberté individuelle doit être protégée à tout prix et la manière dont elle doit être protégée varie selon le contexte historique, social et politique.

La droite, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, c’est la liberté de son époque.

Grégory Ritrovato.

Penser la droite, enjeux politiques

Chacun pense prétendre être la droite. Des “constructifs” aux “libres” de Valérie Pécresse en passant par Laurent Wauquiez. Bien que la France de 2017 ne veuille pas regarder ce “passé” honni, il est un important vivier de faits. L’analyse objective des faits représente ici une démarche démunie de tout raisonnement hors-sol. Cette analyse tente donc car elle croit en la continuité historique, d’affirmer ce qu’est la droite française et ce qu’elle n’est pas.

Commençons par ce que n’est pas la droite française. La droite française n’est ni constructive ni libre. Les dirigeants se revendiquant de ces “mouvements” sont déconnectés de leur base électorale. L’électorat représentant cette pensée unique libérale et mondialiste a voté Macron. Le problème de LR, c’est qu’il réunit (et ce depuis l’UMP), le RPR et l’UDF. Or qu’est ce que l’UDF si ce n’est Macron ? Si ce n’est les “Constructifs” ? Si ce n’est le mouvement “Libres” ? Or qu’est ce que le RPR si ce n’est l’électorat gaulliste et traditionnel ? Qu’on ne s’y trompe pas, les électeurs de Fillon sont les électeurs du RPR. C’est à dire la grande majorité des militants LR. Majorité silencieuse, minorité bruyante. Minorité écrasante. Minorité destructrice, castratrice. Elle pense régenter politiquement et idéologiquement la droite. Dire le bien et le mal. Elle en est pourtant là. Elle a fait fuir les électeurs traditionnels vers le Front National.

Historiquement, le RPR acceptait une alliance électorale au second tour avec l’UDF. Ultra-majoritaire, le RPR n’avait pas besoin de supplier l’UDF. C‘était même l’inverse. Le paradoxe est d’autant plus fort aujourd’hui. Bien que toujours minoritaire, l’UDF version 2017 dirige une base électorale en large majorité RPR.

En 2007, Nicolas Sarkozy revient aux fondamentaux de la droite traditionnelle. Influence Buisson. Miracle. La droite de gouvernement l’emporte face à la gauche laissant le FN à 10%. A ce moment précis, le discours de cette droite est audible, s’adressant à un électorat historique. Un quinquennat plus tard et une crise financière plus tard, 2012 se présente. Entre temps, Nicolas Sarkozy n’a pas appliqué la politique pour laquelle il a été élu. Certes il n’a pas eu les circonstances. Présidentielles 2012, Nicolas Sarkozy, candidat à sa réélection, part de loin et traine dans les sondages. Changement de stratégie, retour à la ligne Buisson. C’est cette même ligne qui a permis de réduire les écarts. Alors qu’on annonçait un Nicolas Sarkozy très loin de François Hollande, l’écart fut de deux points. C’est à dire rien. L’échec accouche d’une chasse aux sorcières. Buisson coupable selon certains cadres et selon les médias. C’est en 2012, que la ligne traditionnelle de la droite de gouvernement a été écartée au profit d’une ligne unique : libérale et bien-pensante. Un centrisme mou. Celui qui perdure depuis 2012 et qui a fait sombrer la droite.

Pour expliquer la déroute de la droite il ne faut pas seulement voir dans l’adversaire politique le seul responsable. En effet, toute une politique de non application, de reniement, de “haine de soi”, est également responsable. Les dirigeants politiques se revendiquant du RPR existent. En amont, pour séduire les électeurs, ils reprennent depuis vingt-ans ses éléments de langage. Comparez le programme du RPR et la politique menée. Comparez le programme présidentiel de 2007 et la politique menée. Sans oublier le vide politique ou presque lors du dernier quinquennat Chirac. La communication a supplanté l’acte politique. Peur de quoi ? Peur de qui ?

La droite a peur d’abord comme dit plus haut de la rupture avec les centristes. Or, elle lui serait salvatrice. La droite a peur de choquer les professionnels de l’émotion. La droite a peur d’être elle-même. La droite a peur de la tyrannie médiatique. Véritable fléau, la bien-pensance censure. Subtilement. Apparence d’une démocratie. La droite a le droit de s’exprimer tant qu’elle est sur la ligne choisie par ces journalistes de la pensée unique. La droite a peur de ces associations communautaires. Celles-ci sont une plaie. Le communautarisme l’est. La droite dans un déni permanent, l’accepte. Elle n’ose plus dire ce qui pourtant relève de l’évidence. On lui prêterait des soucis pathologiques ou psychologiques ou phobiques ; contre le mariage gay ? Contre la GPA ? Homophobe. Refus de l’intégration au profit d’une assimilation ? Xénophobe. Alors, la droite se tait. La droite se cache. La droite tremble d’être associée au pestiféré Front National. Comprenez : “nous n’avons rien à voir avec le Front National !”. Certes. J’invite donc le lecteur à étudier avec attention le programme du RPR en 1990, approuvé par Alain Juppé, le chantre de l’identité heureuse balayée lors des Primaires, alors numéro deux du parti. Prenons l’exemple de l’immigration. Des axes explicites : fermeture des frontières, suspension de l’immigration, réserver certaines prestations sociales aux nationaux, incompatibilité entre l’Islam et nos lois. Il paraît donc assez paradoxal que ceux qui se prétendent être la droite défendent une ligne opposée. Vous oubliez le caractère “moderne” de cette droite. Modernité, que de crimes on commet en ton nom. Mais qu’est ce que la droite moderne ? Est-ce Valérie Pécresse qui affirme avec toute l’humilité qu’on lui connait que la droite moderne préfère de Gaulle à Maurras ? Faisant au passage un contre-sens historique dévoilant un peu plus le niveau de cette classe dirigeante.

Nous oublions un peu vite les raisons de l’ascension du FN. Faut-il y voir un lien entre la trahison permanente des dirigeants de la droite de gouvernement et cette ascension ? Sûrement. Ce n’est pas la seule raison mais elle n’est pas à exclure. A chaque fois que la droite a fait campagne sur sa réalité, c’est à dire sur ses valeurs traditionnelles, elle a laissé le FN très bas.

La droite ne pourra gagner qu’en étant elle-même. Idéologiquement sûre, imposant ses thèmes, revenant à des principes fondateurs du RPR. Certes Philippe Séguin ou encore Charles Pasqua ne sont plus là. Mais il suffit d’un peu de courage politique pour redonner l’élan qui fera de la droite la nouvelle force politique capable de rassembler. La lâcheté politique ne saurait être admise à un moment de l’Histoire de France où le temps fait défaut. Parfois, mieux vaut l’implosion et redéfinir ses principes que de vivre à côté de petits agents électoraux dont la seule ambition est de répéter la pensée unique.

La droite gagnera à la seule condition d’assumer son passé, son héritage. Et quel héritage !

Guillaume Pot