(Entretien) Alain Houpert, « Ceux qui ne respectent ni les valeurs de la nation, ni l’autorité de nos élus, de nos gendarmes et de nos policiers doivent être punis. » 
(Entretien) Alain Houpert, « Ceux qui ne respectent ni les valeurs de la nation, ni l’autorité de nos élus, de nos gendarmes et de nos policiers doivent être punis. » 

(Entretien) Alain Houpert, « Ceux qui ne respectent ni les valeurs de la nation, ni l’autorité de nos élus, de nos gendarmes et de nos policiers doivent être punis. » 

Bonjour Monsieur le sénateur, récemment des élus locaux ont alerté le Premier ministre, Gabriel Attal, sur les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, notamment en matière d’insécurité dans leur commune. L’État abandonne-t-il nos communes face à cette problématique de sécurité ?

Abandonner serait un peu excessif. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que l’insécurité, jadis cantonnée aux grandes villes concerne de plus en plus des communes moyennes, mais aussi des petites communes. On le constate quand des agressions d’élus se sont multipliées, y compris dans des communes rurales. Trop longtemps, les pouvoirs publics ont insuffisamment considéré ces incivilités comme des agressions réelles et la réponse judiciaire souvent trop lente. Il est impossible aujourd’hui pour des petites communes de se doter d’une police municipale. Jadis, le territoire était jalonné de gendarmeries qui assuraient la sécurité. Sur certains territoires aujourd’hui, deux ou trois gendarmes sont des permanence la nuit sur un département entier. Le redéploiement des gendarmeries décidé par le ministre de l’Intérieur est un bon signal. Mais il doit se faire rapidement et surtout proposer des effectifs suffisant. L’autre réponse est judiciaire. Les violences doivent être plus sévèrement réprimées et plus rapidement. Une personne capable d’atteindre à l’intégrité physique d’une autre doit être empêchée dès son arrestation. 

Les maires, en tant qu’autorité déconcentrée et décentralisée, détiennent des pouvoirs de police. Pour autant, ont-ils les moyens de pouvoir les utiliser pleinement ?

Aucunement. D’une part, ils ne sont pas formés à cela parce que longtemps, le maire n’a pas eu à faire la police sur sa commune. D’autre part, ils n’ont aucun moyen d’agir en dehors de la verbalisation ou du signalement. De plus, il est difficile pour un élu de réprimer l’un de ses administrés. Les agresseurs sont souvent des habitants, des enfants d’habitants et de ce fait, le premier édile est particulièrement exposé. Et on a pu voir, dans des affaires récentes comme l’incendie de la maison du maire de Saint-Brévin que la réponse n’est pas appropriée. 

Une insécurité qui tend à se développer au sein de nos communes rurales qui étaient, jusque-là, rarement touchées. Aussi, ces dernières ne peuvent bénéficier d’une police municipale du fait des contraintes liées à leur taille. Comment aider ces communes à faire face à cette problématique ?

Le déploiement des nouvelles gendarmeries est un premier acte. La réponse judiciaire en est un second. En Côte-d’Or, le maire d’Ouges, Jean-Claude Girard a été agressé par sept individus avec une barre de fer pour avoir demandé à un quadiste de ralentir. Il a fallu deux ans et demi pour que les responsables soient condamnés et seuls deux sur sept ont été condamnés à de la prison ferme. C’est une forme d’impunité qui n’est pas acceptable. L’élu local a une responsabilité, un engagement envers l’État et ses concitoyens. Il doit donc bénéficier d’un statut particulier, renforcé avec une réponse judiciaire adaptée à son statut. C’est la condition sine qua non si nous voulons inciter les citoyens à s’engager pour leurs communes. 

Le maire Les Républicains de Lavaur, Bernard Carayon, a alerté sur la répartition de migrants dans nos communes rurales. Pensez-vous que cette répartition aboutira à favoriser encore la violence dans les communes rurales ?

Rien n’établit un lien entre les migrants et les violences. En Côte-d’Or, l’exemple de Pouilly-en-Auxois qui accueilli près de 50 migrants est le contre-exemple du discours qui veut lier les migrants et les violences. La part des personnes étrangères dans les violences, qu’elles soient délictuelles ou criminelles s’élève à moins de 20%. Alors, oui, il y a une sur-représenattion des étrangers qui sont près de 6% en France, mais 4 condamnés sur 5 sont bel et bien français.  Vouloir lier absolument immigration et violence, c’est peut-être pratique politiquement mais c’est nier la réalité. Et ce déni n’arrangera en rien la sécurité de nos concitoyens. En revanche, on a pu voir dernièrement que plusieurs affaires de violences étaient le fait de personnes sous OQTF. Ces violences sont donc inacceptables mais aussi injustifiables à l’égard de nos concitoyens. Il faut plus de fermeté et une personne sous OQTF ne devrait pas pouvoir librement circuler sur le territoire et s’adonner à de tels actes, qui relève parfois d’une vengeance, d’une rancœur de ne pas avoir été accepté sur le territoire. 

Cette répartition fait office de « cache misère ». Quelles seraient, pour vous, les solutions nécessaires au problème posé ?

Il est un fait que les décennies à venir vont nous mettre face aux réalités des changements politiques, climatiques. Vouloir fermer les frontières c’est mettre un adhésif sur la faille d’un barrage. C’est inutile et cela ne fera que retarder le problème. La France est une terre d’accueil par tradition et même si certains prétendent mettre fin à l’immigration, c’est uniquement un discours. Nous ne le pourrons pas. 

Dès lors, puisque nous ne le pouvons pas, nous devons revoir notre politique d’accueil. Le projet de loi immigration défendu par le Sénat, si polémique, est certes difficile mais il est nécessaire. Il est nécessaire parce que nous avons refusé depuis 60 ans de nous emparer du sujet. La gauche continue de nier son existence, estimant que c’est « un sujet nationaliste ». Le résultat est là : à force de reléguer le sujet de l’immigration à l’extrême-droite, malgré les alertes, malgré l’inquiétude des Français, ces derniers se sont tournés vers l’extrême-droite. Et c’est normal, même si ce n’est pas souhaitable. Les Français veulent des actes. Aujourd’hui, près de 80% d’entre eux soutiennent le projet de loi adopté par le Sénat. Il n’y a pas 80% de nos concitoyens qui sont nationalistes ou même de droite. Mais à force de tergiverser le sujet de l’immigration n’est plus seulement un sujet politique. C’est un sujet social et un sujet du quotidien. Il faut répondre avec pragmatisme. N’accorder aucune tolérance à l’égard de ceux qui ne respectent pas – sans parler de violence – les principes de la République. Établir un accord de devoirs et de confiance : vous êtes en France, vous devez donc agir et respecter la France et ses lois. Et surtout, respecter la statut laïc de la France. A ceux qui qualifient cela de xénophobie, je rappelle que l’arrivée de Portugais, d’Italiens et même des Algériens de 1962 n’ont jamais posé de tels problèmes. Nous avons tous connus des enfants issus de ces migrations et ce n’était pas l’État qui exigeait que les plus jeunes s’insèrent dans la société. C’étaient leurs parents qui exigeaient qu’ils respectent la France, parce qu’il y avait cette reconnaissance d’une France qui accueille et à laquelle il était obligatoire de rendre la pareille. Aujourd’hui c’est cette 3e génération qui a perdu cette connexion et souvent pour des raisons religieuses qui n’ont pas à interagir sur la nation. 

De manière plus générale, comment endiguer la délinquance sur notre territoire ?

Le redéploiement des gendarmeries est un bon début mais il faut aussi rendre plus attractif et confortable le métier de gendarmes. J’ai eu le cas récemment de gendarmes dans mon département logés, avec leurs familles, dans des conditions indignes. Ce n’est pas tolérable. Comme les élus locaux, les gendarmes, tous ceux qui s’engagent pour le bien public doivent être considérés avec respect par la nation, mais aussi par l’État. L’engagement au service de l’État n’est pas qu’un métier, c’est aussi une vocation même si parfois l’incohérence de l’administration nous fait douter. L’engagement public est au service du citoyen. Ce n’est pas le citoyen qui doit y être soumis. Cet engagement doit être souligné, respecté par tous. Et nos forces de sécurité doivent être respectées en tant qu’autorités. Ceux qui ne respectent ni les valeurs de la nation, ni l’autorité de nos élus, de nos gendarmes et de nos policiers doivent être punis. 

Propos recueillis par Théo Dutrieu

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