(Entretien) Alexandra Borchio-Fontimp (LR), “Chaque territoire a sa force et sa richesse”
(Entretien) Alexandra Borchio-Fontimp (LR), “Chaque territoire a sa force et sa richesse”

(Entretien) Alexandra Borchio-Fontimp (LR), “Chaque territoire a sa force et sa richesse”

Alexandra Borchio-Fontimp est sénatrice des Alpes-Maritimes, Conseillère départementale des Alpes-Maritimes, Vice-Présidente du CRT Côte d’Azur France et membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes.

À l’heure où l’Etat souffre d’une sur-centralisation, d’une sur-administration, et remet en cause la légitimité du Sénat. Quel regard portez-vous sur cet enfermement administratif ?

Cette question est plus qu’au centre des débats. La fondation iFRAP avait dénoncé un surcoût de 84 millions d’euros en raison de la sur-administartion pour l’année 2018. Ce que nous pourrions préconiser, c’est de réaliser un état des lieux complet des compétences exercées pour chaque échelon afin de faciliter l’identification des failles de notre système. Cette sur-administartion participe activement au désintérêt des français envers la politique et la gouvernance en général.

Concernant la sur-centralisation, même si depuis les années 80, il y a eu une volonté et un commencement à décentraliser, on se rend compte malgré tout, que tout vient de Paris, avec un Etat obèse, qui centralise tout. On le constate au quotidien, lors des allocutions du Président de la République, où même ses propres ministres ne sont pas informés des décisions de l’Etat. Jules Simon, philosophe du XIXème siècle, constatait déjà que la centralisation absolue de tous les pouvoirs entraînait « le manque absolu d’esprit d’association et d’initiative ». Aujourd’hui encore, à partir du moment où le système reste autocentré, les perspectives de créativité et d’initiative ne peuvent émerger. Au Sénat, nous sommes les fervents défenseurs de la décentralisation. Lors de la gestion du premier confinement, l’Etat s’est reposé sur les compétences des collectivités locales, sur la pénurie des masques notamment. C’est la preuve que les collectivités locales doivent être un socle où s’appuie la démocratie et la liberté, car comme le disait Tocqueville : « c’est dans la commune que réside la force des peuples libres »

Enfin, sur la légitimité du Sénat, il faut bien comprendre qu’il est la représentation de la richesse des collectivités territoriales, du plus petit village aux plus grandes métropoles. Le vœu de certains de vouloir supprimer le Sénat, c’est finalement vouloir supprimer la décentralisation, et cela traduit un manque de connaissance. Si les communes disparaissent du paysage institutionnel, nous nous dirigerons vers une centralisation extrême, et donc vers une bureaucratie extrême. On a tendance à comparer l’Assemblée Nationale au Sénat. Aujourd’hui, le Sénat est, la seule force d’opposition et également la chambre des collectivités territoriales qui garde une vision concrète du terrain. Après deux mois de mandat, je peux vous assurer que les travaux du Sénat sont d’une extrême richesse et d’une profonde qualité.

Plusieurs études sont parues ces derniers jours sur les dangers de l’inactivité, dont celle de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publiée ce lundi. Elle montre que les deux tiers des 11-17 ans se situent à un niveau de risque élevé en raison de leur sédentarité, tout en soulignant le danger du confinement sur cette inactivité. Comment palier à cette problématique croissante de santé public ?

J’avais justement écrit à la Ministre des sports où je l’interpellai sur le fait qu’en France, nous étions les moins bons élèves en nombre d’heure de pratique sportive à titre scolaire ou privé.

Selon les chiffres de l’OMS, il y a plus de 3 millions de décès qui seraient imputable à la sédentarité. Au-delà du lien social, de l’épanouissement personnel et psychologique, la pratique sportive est vraiment un enjeu de santé public. Elle est un préalable incontournable pour prévenir des maladies. L’obésité, le diabète, les maladies cardiaques sont souvent imputées au manque d’activité sportive. Depuis de nombreuses années, il y a un manque clair sur la place du sport en France dans la politique. Plus particulièrement, le sport dans sa globalité a été totalement occulté par l’exécutif durant la crise sanitaire. Je pense que le sport à l’école n’est pas assez valorisé, il y a un véritable enjeu, car il participe à l’éducation, à la lutte contre l’échec scolaire et à la réduction des inégalités. Il y a un manque de pratique sportive chez les 11-17 ans, mais pas uniquement, car il y a un autre facteur qui augmente cette sédentarité, c’est le télétravail. Depuis le début de la crise sanitaire, nous sommes rentrés dans le télétravail, et je pense que nous commençons à mesurer ces conséquences sur la santé. Nous nous rendons compte de l’importance de la santé et plus encore aujourd’hui, c’est pourquoi, je pense qu’il vaut mieux valoriser les fondements du sport à l’école, renforcer les dispositifs de prévention. Le numérique a également toute sa place dans l’incitation à la pratique sportive. Cette génération hyper-connectée peut et doit être sensibilisée par la mise en place d’outils interactifs. Concernant les adultes, le développement de la pratique sportive au sein des entreprises doit être plus encouragée.

Vous êtes membre du Haut conseil de l’égalité entre les femmes et les hommes. Notre pays où le manichéisme et la radicalité bat son plein, le féminisme ne s’est-il pas altéré et éloigné de sa cause ? 

Aujourd’hui, ce qui est dommage, c’est que l’on entend beaucoup parler de ce féminisme radical, plus communément appelé néo-féminisme. Ces mouvements ont besoin de donner à voir, et se réfugie dans le spectacle pour pouvoir revendiquer leur cause. Or, une cause lorsqu’elle est crédible, peut être revendiquée. Le Président de la République a souhaitait au début de son mandat faire de la place de la femme dans la société, une des causes de son programme, notamment sur les violences faites aux femmes. Malheureusement on constate que les féminicides ne cessent de croître. En France, l’affaire Weinstein, a considérablement fait bouger les choses, avec le déferlement « #MeToo », où beaucoup de femmes sont venues témoigner des violences sexuelles, ce qui a libéré la parole. Depuis cette vague, dans les collectivités, toutes les politiques publiques ont décidé de mettre en place des actions pour travailler sur l’égalité femme-homme. Au sein du Haut Conseil à l’Egalité, je travaille sur l’égalité dans le monde économique afin de parvenir à une plus juste représentation des femmes dans les conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Il faut que les femmes puissent oser se lancer dans l’entrepreneuriat et dans des carrières. Il y a des milliers d’exemples de femmes qui réussissent à mener une carrière professionnelle et une vie de famille épanouie. Il y a également l’égalité dans le monde politique, et j’en suis l’exemple même, grâce aux lois sur la parité. On se rend compte que là où il n‘y a pas de loi, il n’y a pas de représentation équilibrée. Aux sénatoriales, le scrutin de liste respecte une alternance homme-femme, aux municipales, départementales et régionales, il y a une parité stricte. Au sein de l’Assemblée Nationale, cela est un peu plus difficile, même si nous commençons à avoir plus de représentation. Depuis cette loi, il ne me semble pas que l’on travaille moins bien au sein des conseils départementaux par exemple. Il y a deux sexes dans le monde, pourquoi cela ne seraient pas représentés à sa juste valeur dans les assemblées ? Sans cette loi, je ne serai pas devant vous aujourd’hui. C’est un travail de fond, avons-nous besoin de défiler dévêtue pour revendiquer ces sujets ? On démontre au quotidien que les femmes ont toutes leurs places en politique. Je crois qu’il faut absolument continuer cette prise de conscience de l’égalité femme-homme. Et pour déconstruire ces stéréotypes et changer les mentalités il faut sensibiliser les nouvelles générations dès le plus jeune âge. Pour cela, j’ai entrepris dans les établissements scolaires des Alpes-Maritimes des actions, notamment sur la prévention du sexisme ou encore sur la mixité des métiers. Quand un élève me confie à l’issue de ce dispositif que son regard a changé. Je me dis : Pari réussi !

Lors de votre première question au gouvernement, vous avez alerté le Premier ministre sur la dégradation des conditions de vie de millions de Français touchés par la Covid-19. La droite sociale doit-elle être mise plus en avant ?

Par cette crise, la précarité est entrain de découvrir de nouveaux visages, des commerçants, des auto-entrepreneurs, des familles monoparentales… Cette crise laisse des traces. Après avoir beaucoup échangé avec le monde associatif, comme la Croix rouge, le Secours populaire, Emmaüs et d’autres, la demande d’aide alimentaire a explosé, de plus de 25 % depuis la crise. Le gouvernement dès le printemps a débloqué une enveloppe de 40 millions d’euros, pour pouvoir dans l’urgence aider les associations, les sans-abris et les personnes en situation de précarité, mais ce budget a fondu comme neige au soleil. Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation bien plus complexe où de nouveaux cas de précarité arrivent en masse. Nous avons des individus atteint psychologiquement, pour qui cela est terriblement difficile de franchir la porte d’une association pour demander à manger pour leurs enfants. Il y a comme un sentiment d’échec. C’est pourquoi, j’ai voulu parler de cette France silencieuse. 

La droite n’a pas être mise plus en avant. Elle l’est déjà ! Je regrette que la droite soit caricaturée uniquement sur du régalien. Il y a énormément d’élus au sein de notre famille politique qui portent des valeurs sociales, environnementales et qui les défendent au quotidien dans leurs politiques publiques. Preuve en est les multiples mesures mises en place par le Conseil départemental des Alpes-Maritimes et au sein de notre commune d’Antibes-Juan-Les-Pins. Les gens aiment bien mettre des partis dans des cases avec des couleurs. A droite, nous avons toujours fait du social, et nous continuons de l‘être parce qu’elle fait partie intégrante de notre ADN, et je suis fier de pouvoir y contribuer modestement. J’ai regretté qu’un journal national, au lendemain de ma question au gouvernement, titre « Crise sanitaire et sociale : la pauvreté, le combat surprise de la droite ». Nous ne nous sommes pas emparés du sujet parce qu’il est à la mode ou par stratégie politicienne, mais parce qu’il est au cœur de nos convictions. Le social n’est pas réservé à la gauche. Administrer une commune, gérer l’humain c’est faire du social avant tout !

Quelle est votre vision de la droite de demain ?

C’est un peu tout le résumé de notre entretien. Premièrement, elle doit permettre la liberté d’entreprendre aux individus, de construire sans être empêchée par la lourdeur fiscale.

Deuxièmement, elle doit permettre aux communes d’avoir une liberté d’action sans être étouffées par un Etat ankylosé. D’ailleurs, au Sénat, nous travaillons sur le droit à la différence, afin que certaines collectivités puissent sortir du texte, car chaque territoire a sa spécificité, comme les stations de ski par exemple, qui paie une forme d’injustice. Un autre exemple, comme le décret plage, où il a fallu retirer des concessions de plage privé qui participent à l’attractivité économique de la commune. Les plages de bretagne ou du sud ont toutes été logées à la même enseigne. La loi a uniformisé l’ensemble du pays. L’uniformisation déforme tout. C’est une aberration que de ne pas prendre en compte les spécificités locales. Chaque territoire a sa force et sa richesse.

Enfin, la droite de demain doit être sociale. Nous devons mieux accompagner et encourager nos jeunes, notamment après leur majorité, que ce soit dans le cadre privé auprès des banques, et dans leurs projets. Trop souvent, ils sont livrés à eux-mêmes. Ensuite, soutenir les plus fragiles. Il y a encore trop de personnes dans notre pays, près de 8 millions qui sont dans la précarité. Même si des dispositifs et des associations formidables existent, je ne trouve pas normal que des familles et des enfants vivent encore dans la rue et ne puissent pas manger à leur faim en France.

Propos recueillis par André Missonnier