(Entretien) Angélique Delahaye, « Le vrai sujet est de produire plus et mieux en terme de respect de l’environnement »
(Entretien) Angélique Delahaye, « Le vrai sujet est de produire plus et mieux en terme de respect de l’environnement »

(Entretien) Angélique Delahaye, « Le vrai sujet est de produire plus et mieux en terme de respect de l’environnement »

Bonjour Mme Delahaye, vous êtes agricultrice. Pensez-vous être en première ligne dans les défis environnementaux de demain ?

Oui, cela me paraît une évidence, et ce, pour deux raisons. 

Premièrement, parce que l’agriculture est en première ligne sur les conséquences du dérèglement climatique et tous les aléas qu’il provoque. Que ce soit à travers des excès d’eau ou de température ou, au contraire, des baisses de température trop importantes, les productions agricoles sont impactées. 

Deuxièmement, parce que nous faisons face à des pressions parasitaires, du fait des aléas climatiques, qui nous conduisent à utiliser des produits phytosanitaires dans le but de protéger nos productions.

Vous venez d’un territoire rural. Pensez-vous qu’il faille écouter davantage la ruralité pour établir une politique écologique ?

Je ne prétends pas qu’il faille que l’on prenne des leçons des gens vivant dans nos campagnes. Néanmoins, ce sont des gens qui sont en prise directe avec la nature. Donc ils savent détecter un certain nombre d’indicateurs qui permet de se dire qu’il faut modifier nos comportements.

Ce n’est pas pour autant qu’à la campagne le vélo est une solution. Quand on a une famille, ou aller faire les courses, cela devient bien compliqué du fait des grandes distances qu’il faut parfois parcourir.

Pour autant, quand je regarde toutes les recommandations qui peuvent nous être faites aujourd’hui au niveau national – qui, par ailleurs, ressemble à de l’infantilisation – ce sont des gestes de bon sens qui sont quotidiens pour les personnes provenant du monde rural.

En parallèle du réchauffement climatique, une poussée démographique va nous dresser un défi majeur de nutrition mondiale. Sommes-nous prêts à relever ce défi agricole ?

Je l’ai longtemps pensé. Au vu d’un certain nombre de décisions qui ont été prises avec la dernière politique agricole commune et du positionnement d’un certain nombre de décideurs politiques, j’ai plus de mal à croire qu’on y parviendra. 

Les schémas caricaturaux qui sont dessinés sur une agriculture dite productiviste sont, à mon sens, d’un autre temps. Le vrai sujet est de produire plus et mieux en terme de respect de l’environnement. Il faut cesser de gaspiller comme nous pouvons le faire dans nos territoires qui sont désignés comme favorables en terme de rendement agricole pour que demain nous puissions répondre à ces enjeux. Ce n’est sûrement pas en limitant la production à l’hectare des zones du monde où l’on peut produire de l’alimentation que l’on va répondre aux problématiques de certaines régions du monde, dont sera issu une émigration climatique forte du fait d’une situation insupportable pour produire, mais aussi pour vivre.

Vous venez de l’évoquer, mais comment concilier le produire plus avec le produire mieux d’un point de vue environnemental ?

Je pense qu’il faut premièrement faire confiance aux agriculteurs. Les personnes qui, à longueur de semaines, nous expliquent comment l’on doit produire mieux, et souvent moins, dans une logique de décroissance feraient mieux de prendre pendant quelques semaines la tête d’une exploitation agricole et de voir toutes les contraintes et injonctions auxquelles nous sommes confrontés pour exercer notre métier dans des conditions, somme toutes, acceptables. 

Nous ne sommes plus du tout dans la même logique de l’agriculture d’après-guerre. Il y a une véritable prise de conscience environnementale et du bien-être animal.

Devenir agriculteur est devenu une épreuve tant ce métier est anxiogène. L’on ne sait pas si demain l’on ne va pas avoir des hurluberlus écologistes venant nous expliquer ce qu’est le bien-être animal. En tant qu’éleveurs, nous savons tous qu’une bête bien traitée est une bête qui donnera suffisamment de viandes avec une meilleure qualité. Donc je ne vois pas l’intérêt de la maltraiter. Je souhaite bonne chance à ceux qui nous expliquent qu’il ne faut plus mettre les lapins dans les clapiers lorsqu’ils devront les attaquer pour les amener à l’abattoir ! J’invite tous ces gens à faire preuve de plus de bon sens et de pragmatisme en faisant confiance aux personnes qui exercent leur métier.

Vous avez été députée européenne. Au cours de votre mandat, quelles sont les actions auxquelles vous avez pu participer en faveur de  l’environnement ?

J’ai tout d’abord participé à la politique énergétique européenne. Mais aussi suivi de nombreux travaux sur les nouveaux aliments.

Surtout, j’ai assumé la vice-présidence du comité qui avait été nommé pesticide – mais qui est, pour moi, phytosanitaire – sur la question du glyphosate. Durant mon mandat, j’ai fait confiance à la science ; parce que c’est elle qui sait. Quand on a la chance d’avoir des institutions comme l’EFSA ou encore l’Anses, je crois qu’il faut que le politique et le citoyen soient respectueux des travaux des chercheurs. Il faut que l’on écoute ceux qui sont indépendants et non pas ceux qui ont été à la solde de plusieurs en fonction des intérêts qui ne sont pas toujours ceux de la science.

Pensez-vous que c’est à travers l’Union européenne qu’une politique environnementale efficace doit être dirigée ?

Oui mais pour peu que les États-membres n’aient pas la main ce qu’ils souhaitent chez eux après. Comme en France où il y a une surtransposition systématique des règles européennes avec des injonctions supplémentaires et encore plus contraignantes que ce qu’impose l’Europe. Cela crée une véritable distorsion de concurrence au désavantage des producteurs français.

Pour vous, quelle est l’écologie de droite pour demain ?

C’est une écologie incitative, pragmatique, basée sur la science et respectueuse du métier de ceux qui nourrissent les Hommes et les animaux trois fois par jour.

Propos recueillis par Théo Dutrieu.

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