(Entretien) Antoine Vermorel, « Il y a  un vrai fossé entre l’écologie des villes et des campagnes »
(Entretien) Antoine Vermorel, « Il y a un vrai fossé entre l’écologie des villes et des campagnes »

(Entretien) Antoine Vermorel, « Il y a un vrai fossé entre l’écologie des villes et des campagnes »

Bonjour M. Vermorel, l’écologie est aujourd’hui un enjeu politique majeur. Trouvez-vous que la droite est à la mesure des enjeux ?

La droite a été particulièrement présente au cours du XXème siècle sur la question écologique. Pour preuve dès 1971, le Président Georges Pompidou créé le ministère de l’environnement, lui qui a de nombreuses reprises témoigné de sa conscience écologique, avec son discours sur « la crise de la civilisation occidentale », prononcé en 1970 dans la tentaculaire ville de Chicago : « La nature nous apparaît de moins en moins comme la puissance redoutable que l’homme du début de ce siècle s’acharnait encore à maîtriser mais comme un cadre précieux et fragile qu’il importe de protéger pour que la terre demeure habitable à l’homme. ». En 1973, c’est une loi sur «lesespaces boisés à conserver», déclinée sous la forme d’une fameuse lettre adressée aux arbres du bord de la route qui est mise en œuvre. Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing fait voter la loi sur la protection de la nature, visant à protéger un certain nombre d’espèces, mettant en place un statut pour l’animal domestique et créant les études d’impact dans le cadre deconstruction d’infrastructures. En 1975, la droite toujours, a portéla création du Conservatoire de l’Espace Littoral. Jacques Chirac décida quant à lui de mettre en place le principe de précautionainsi que la charte de l’environnement. Enfin, Nicolas Sarkozy, dernier président de droite en exercice, décide la mise en place duGrenelle de l’environnement ; ensemble de mesures législatives particulièrement ambitieuses pour faire entrer pleinement la France dans le combat écologique. Mais depuis 2012, il faut bien reconnaître que la machine à déraper. La droite ne parle plus vraiment écologie, sauf en réaction ou en se limitant au seul sujet de l’énergie.

En tant que député, quelle a été votre implication sur les questions écologiques et environnementales ? Trouvez-vous que la question écologique est prise au sérieux au sein de l’Assemblée nationale ?

Dès mon élection, j’ai souhaité rejoindre la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire. Ce choix s’est fait naturellement, d’abord en raison de la génération à laquelle j’appartiens, largement impactée et consciente du changement climatique, pour des raisons familiales aussi, étant issue d’une famille d’agriculteurs. Au-delà des travaux courants liés à cette commission, j’ai proposé la création d’une mission « flash » portant sur le suivi des accords de Paris par la France. Acceptée par la présidente de l’Assemblée, celle-ci m’a permis d’auditionner de nombreux acteurs en lien avec l’environnement. À l’issue, un rapport comprenant de nombreuses propositions a été produit, notamment afin de rapprocher le Parlement du suivi des accords de Paris.

Aujourd’hui, le discours écologique dominant est porté par des bobos de grandes métropoles. La vision qu’ils font de l’écologie répond-t-elle aux réalités ?

Il y a en effet selon moi un vrai fossé entre l’écologie des villes et des campagnes. L’écologie doit en ce sens nécessairement reposer sur une pratique, une connaissance de son environnement. Assurément l’écologie prônée par les citadins se détache à de nombreux égards de ces éléments. Prôner une alimentation certes végétale mais dont la production se concentre à l’autre bout de la terre est un exemple de ce discours moralisateur, présent chez un certain nombre de citadins, et dont le bilan carbone est catastrophique. L’écologie ne doit pas être religion, et en ce sens relever d’une forme de pureté mais au contraire de pragmatisme. 

Une écologie de droite ne devrait-elle pas s’incarner dans la ruralité ?

L’écologie s’incarne déjà dans la ruralité. J’en veux pour preuve les très nombreux élus appartenant à la famille de la droite qui œuvre au quotidien afin de faire de leur territoire, un ensemble vertueux avec une empreinte carbone réduite. Ces élus ne sont pas présents sur les plateaux. Ils ne sont pas non plus présents sur les pavés à manifester. Pourtant, ils répondent assurément présent localement au défi climatique.

Par ailleurs, ce discours écologique dominant est empoisonné par une idéologie. On a l’impression que l’écologie est un cheval de Troie pour une autre volonté politique. Pensez-vous que les “Verts” sont hypocrites ? Quelle écologie proposée face à celle du dogmatisme ?

Pour un grand nombre de responsables locaux élus sous l’étiquette “EELV”, l’écologie apparaît comme un combat de second plan. Le nombre colossal de polémiques dont ils sont à l’origine en est la preuve : du refus du tour de France du maire de Lyon, au “sapin de noël” de Bordeaux, en passant par le maire de Poitiers déclarant vouloir ôter le monde aérien des “rêves des enfants” ; la liste est longue et leur propos accablants. Sur le fond, nombre d’entre eux semblent concentrer leur énergie et les moyens de leur collectivité à ces combats portés par la gauche, avec assurément une tendance wokiste. À l’image du maire de Lyon qui refuse tout projet de parc relais qui permettrait pourtant à des milliers d’automobistes de déposer leur véhicule pour emprunter les transports en commun, en passant par son refus de mettre en place de nouvelles lignes de métro sur un territoire largement sous-équipé. Ces positions politiques questionnent assurément du point de vue écologique.

Une écologie de droite n’est-elle pas finalement une écologie pragmatique ?

Comme dans bien des aspects de la politique, celle-ci doit selon moi reposer sur le pragmatisme. Une politique doit répondre à des attentes de la part des concitoyens et non émaner de la seule volonté de gouvernants. C’est ce qui distingue selon moi la gauche et la droite ; son rapport à l’utopie. Si elle est volontairement recherché par la gauche, la droite doit selon moi s’en défaire et donc, nécessairement rechercher en permanence le pragmatisme.

Quelle est l’écologie de droite pour demain ?

La droite doit à nouveau parler d’écologie. Pour cela, elle doit développer ou retrouver des grands principes que sont l’universalité, la fiscalité neutre ou encore le pragmatisme. L’universalité renvoie à l’idée de refuser la lutte des classes sous couvert d’écologie. Il s’agit là de préférer l’efficacité notamment du point de vue budgétaire. Chaque euro dépensé en matière écologique doit être efficace. La fiscalité quant à elle renvoie à l’idée du bonus-malus comme outil fiscal, qui a d’ailleurs fait ses preuves en matière automobile dès 2007. Enfin, le pragmatisme doit quant à lui s’appliquer face au changement climatique. Même si la France et l’Europe doivent nécessairement prendre leur part dans la lutte contre le dérèglement climatique, les plus gros émetteurs continuent à produire toujours plus de CO2, à l’image de l’Inde dont les émissions devraient augmenter de 50% d’ici 2040. Face à cette situation et dans une approche pragmatique, il faut préparer notre pays à ces degrés supplémentaires qui viendront. Il faut adapter notre économie, notre mode de vie et de production à un monde plus chaud. Il faut refuser cette vision fataliste de l’écologie portée par la gauche et nous préparer et ainsi adapter notre pays à des conditions écologiques nouvelles. 

 

Propose recueillis par Théo Dutrieu

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