(Entretien) Arthur de Watrigant de l’Incorrect : “Notre ligne est illibérale et conservatrice”
(Entretien) Arthur de Watrigant de l’Incorrect : “Notre ligne est illibérale et conservatrice”

(Entretien) Arthur de Watrigant de l’Incorrect : “Notre ligne est illibérale et conservatrice”

Arthur de Watrigant est directeur adjoint de la rédaction de l’Incorrect.

Quelle est la ligne éditoriale de votre média l’Incorrect ?

C’est un magazine généraliste qui traite de toute l’actualité : politique, médiatique et internationale. Il s’adresse et fait parler toutes les droites. Notre ligne est illibérale et conservatrice. On se positionne plutôt à droite politiquement.

Est-il réellement possible de faire parler toutes ces droites ? D’une droite centriste à une droite beaucoup plus conservatrice ?

Le but, c’est vraiment que toutes les droites puissent s’exprimer dans ce magazine. On peut aussi faire intervenir des personnes qui se réclament de la gauche en fonction des sujets, mais c’est un magazine qui se réclame politiquement de la droite.

Dans votre magazine, un accent particulier est mis sur la culture, est-ce qu’on peut qualifier cette culture de droite ?

Non. En effet, nous accordons dans notre magazine une grande place à la culture, avec une trentaine de pages qui lui sont dédiées. Quand on crée un magazine, on place toujours une rubrique culture, malheureusement elle finit toujours par se désagréger au profit des pages politiques. Dès le départ, nous avons fait le choix de ne retirer aucune page culture, notre rédacteur en chef connait sa mission et l’effectue en ce sens.

Il n’y a pas de culture de droite, mais bien une actualité culturelle. La Droite, c’est désolant, a abandonné la culture depuis bien longtemps. Imaginez qu’il faut retourner à Charles de Gaulle pour retrouver la trace d’une politique culturelle de droite, sous l’égide d’André Malraux. La droite a abandonné cette thématique à la gauche, en préférant les affaires jugées à tort « sérieuses ». Si l’on regarde depuis 70 ans, la culture est de gauche parce que ceux qui la font et ceux qui en parlent sont de gauche. Les magazines culturels le sont également dans leur grande majorité. Le problème c’est qu’ils ont une lecture idéologique de la culture, ce qui est très dangereux. Le principe de la culture, malgré le fait qu’une œuvre peut être politique, c’est de parler de l’œuvre en tant que telle et non comme on la perçoit ; c’est le drame actuel. Si une partie de la droite a délaissé ce sujet, c’est que le public en a fait de même parce que la culture était récupérée par la gauche ; il persistait un sentiment d’exclusion culturelle. L’impression désagréable de recevoir des leçons morales. Le principe de l’Incorrect est de reparler de l’actualité culturelle, d’un point de vue culturel et non idéologique. Il nous arrive de critiquer un livre qui est de droite parce qu’il est mauvais, et on s’en fout qu’il soit de gauche ou de droite.

C’est une vision apolitique de la culture ?

Oui, tout à fait, il faut être objectif. C’est le but du journalisme de manière générale de rapporter les faits en essayant d’être le plus objectif possible – sans être neutre car cela n’existe pas.

Vous essayez de faire passer des messages avec un certain sarcasme chez l’Incorrect

Notre ton est humoristique, mais c’est plus générationnel car la moyenne d’âge de nos lecteurs est de 25-30 ans. On est sur une culture sémantique un peu différente de nos grands-parents : l’humour, le sarcasme, les calambours ont une part importante. Beaucoup de plumes se référencent à des auteurs cyniques avec le sens du verbe et qui aimaient triturer le vers pour triturer l’ennemi. On nous a souvent taxé de « bobos de droite » mais c’est ancré dans notre ADN, et non une posture.

Le style littéraire a-t-il son importance dans les lignes de votre rédaction ?

Tous ceux qui ont commencé avec nous venaient à la base de l’essai ou de la littérature plutôt que du journalisme. Il y avait donc un aspect très écrit. C’est devenu presque problématique à force, car écrire un article n’est pas la même chose qu’écrire un essai. Il a fallu trouver cet équilibre entre style littéraire et fait journalistique. Les journalistes de droite sont peu nombreux, les écoles de journalisme sont plutôt à gauche, donc ils ne sont pas beaucoup à être formés à ce métier et cela explique la proportion de littéraires dans les rédactions de droite. Ils ont la faculté littéraire mais pas forcément les codes journalistiques, nous essayons de leur inculquer ça.

Que pensez-vous des nouveaux médias qui voient le jour tels que Livre Noir ou le Crayon ?

C’est bon signe que des médias voient le jour, et encore plus à droite : c’est signe de vitalité. Cela veut dire qu’il y a une demande. Si on se lance dans un marché et que ça ne perce pas, c’est que la demande n’est pas là. On voit une multiplicité de médias se positionnant à droite, donc il existe une vraie demande en ce sens. Chacun trouve son ADN, Livre Noir est plutôt sur le format vidéo avec de longs entretiens sur des plateformes numériques. Un média intéressant, le format étant souvent accaparé par la gauche notamment avec Kombini ou Thinkerview. Le fait qu’ils se positionnent sur ce créneau mais avec une vision différente est positif. Plus il y aura de médias, plus existera une émulation.

Comment allez-vous ramener les jeunes vers la lecture papier ?

D’abord le fait que ce soit un objet physique. Il faut montrer que cet objet amène quelque chose de différent que votre clavier ou votre téléphone. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi le format mensuel plutôt qu’hebdomadaire, car il nous permet une approche différente avec plus de recul et de travailler les sujets plus en profondeur. Sur internet, c’est assez rare d’avoir ce type d’analyse de 15 à 20 minutes de lecture. Le papier permet cela. Une fois qu’on s’est approprié l’objet, il faut voir le contenu qu’on insère. Est-ce que le style va plaire ? Est-ce que l’information cherchée est présente ? Le format plait-il ? Ces questions varient en fonction des sujets et des thématiques. Nos dossiers font 30 pages, ce qui est devenu assez rare. Les lecteurs peuvent ainsi piocher dedans les informations qui les intéressent. Pour ceux qui souhaitent aller en profondeur, on leur donne une vision globale et des cartouches qui leur permettent d’avoir de la compréhension et de l’information.

Vous laissez de la place aux différents types d’art …

Exactement. Le papier permet justement l’expression artistique. Vous pouvez faire des dessins de presse, des photographies et travailler une création différente avec une mise en page en fonction des sujets traités. C’est une vraie liberté par rapport au format web.

Au niveau de vos opinions politiques, quelle est votre vision de la droite ?

Notre premier numéro était consacré à la question : « qu’est-ce que la droite ? ». Le clivage droite / gauche existe depuis la révolution, et pourtant, si l’on demande aux gens s’ils savent ce qu’est la droite ou la gauche, ils sont incapables de le dire. Nous essayons d’un point de vue à la fois politique et philosophique de définir ce qu’est la droite.

Chantal Delsol a donné une vision anthropologique de cette distinction droite/gauche avec la question « qu’est-ce que l’Homme ». Ce qui change entre les deux camps est la vision de l’Homme. Pour elle, ce qui diffère, c’est la croyance en le péché originel. L’un pense que le mal est intrinsèque à l’Homme alors que l’autre pense qu’il faut réparer le mal pour faire du bien. Le mal n’est jamais identique selon les époques. L’exemple parfait, c’est la pédophilie qui fait l’actualité depuis des années. Prenez l’affaire Duhamel : Le Monde a dénoncé l’affaire alors que 40 ans plus tôt, ce même journal cosigné une tribune favorable à la banalisation de la pédophilie. Ce même journal fait désormais une chasse à l’homme. La droite veut mettre en place un cadre pour éviter les dérives.

Il faut avoir plus de recul sur le débat public et de les définir dans leur ensemble …

Depuis cinq ans, on nous bassine l’esprit avec le clivage entre des élites mondialistes et un camp souverainiste-populiste. Cependant, si nous avions vraiment analysé ce clivage, on se serait rendu compte que ces clivages existent mais englobent qu’une fine partie de la politique. Vous pouvez être souverainiste mais de quoi ? Du Qatar ? De l’État Islamique ? Il faut sans cesse revenir à la définition de l’Homme pour savoir ce qu’est ce clivage droite/gauche.

Est-ce le rôle du journalisme d’apporter les bonnes définitions ?

Le journaliste doit récupérer l’information, l’analyser et la retransmettre de manière la plus objective possible. Quand on fait un reportage ou une enquête, on est dans le factuel. Quand c’est de la politique, il faut revenir dans les origines : pourquoi cette personne se positionne-t-elle ainsi ? Quel est son parcours politique ? Dans quel contexte s’inscrit cette politique ? L’exemple des enquêtes de faits divers est typique : à chaque fois ; on retrace le parcours de la personne, pourquoi en est-elle arrivée là. A chaque fois qu’un islamiste commet un attentat, on retrace son parcours de vie, où il a été endoctriné. Il faut le faire sur tous les sujets mais en évitant le maximum l’idéologie. Vous pouvez donner votre avis mais en le faisant de manière transparente. Les lecteurs de droite se sont tellement fait taper dessus par la presse de gauche qu’il n’existe plus de sens critique. Ils attendent qu’on leur raconte ce qu’ils doivent penser, et c’est un drame.

Sur la crise sanitaire, on s’est retrouvé dans un conflit totalement binaire, on se comportait comme des gauchistes avec le bien et le mal. A l’Incorrect, nous étions divisés sur la question ; dès que quelqu’un écrivait dessus, les lecteurs nous disaient qu’on était à la solde de l’État. L’esprit critique est fondamental. En effet, à notre époque ; il est difficile d’apporter de la nuance car elle est vue comme de la lâcheté. Nous nous assumons de droite, nous sommes ancrés dans cette idéologie, mais nous ne dirons pas l’inverse de la réalité car ça n’entre pas dans notre cadre. Comme disait Charles Péguy, « il faut toujours dire ce que l’on voit mais il est plus difficile de voir ce que l’on voit ». C’est exactement le métier de journaliste. Le lecteur ne doit jamais être pris en otage.

Propos recueillis par Alexia Blick pour droite de demain.