(Entretien) Benjamin Cauchy, “La droite doit rester fière de ses valeurs et de ses racines”
(Entretien) Benjamin Cauchy, “La droite doit rester fière de ses valeurs et de ses racines”

(Entretien) Benjamin Cauchy, “La droite doit rester fière de ses valeurs et de ses racines”

Bonjour Benjamin Cauchy, les résultats du premier tour des régionales sont tombés, quels sont les grands enseignements ?

Plusieurs enseignements sont à tirés. Le premier c’est l’échec de la nationalisation de ces élections régionales. LREM et le RN ont voulu en faire un scrutin national en mettant en fer de lance pour le RN l’enjeu sécuritaire et l’immigration, dont la région n’a pas les compétences, et LREM qui a voulu faire le ping-pong avec son adversaire ; ça été un véritable échec pour les deux. LREM est quasiment absente et le RN qui doit avoir une sacrée gueule de bois. Dans un deuxième temps, aujourd’hui le RN ne peut en aucun cas incarner une véritable alternative au parti présidentielle dans la mesure où il est désormais visible qu’il ne représente que 19 % des exprimés à l’échelle nationale. On a souvent tendance à critiquer les Français en disant qu’ils n’y connaissent rien à la politique, qu’ils s’en foutent, j’ai plutôt tendance à penser que ceux qui ont compris à quoi sert la politique ont réélu les sortants : Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse voire Hervé Morin. Les présidents de région efficaces durant la crise sanitaire obtiennent un satisfecit dans les urnes.

Le grand gagnant de ce premier tour est l’abstention avec un score de 68 %, comment expliquer une telle abstention ?

On peut considérer que l’offre politique ne correspond plus aux Français sinon plus de 3 français sur 10 se seraient déplassés. Il y a une carence de l’offre politique dû au fait que les clivages des partis politiques ne répondent plus à une offre. Seules des personnalités hors partis politiques ont réussi à tirer leur épingle du sujet : c’est le cas de Xavier Bertrand et de Valérie Pécresse. Cette crise démocratique elle nous étonne et on la compare aux régionales de 2015, mais il est plus logique de l’analyser par rapport aux dernières élections qui se sont déroulées. Les citoyens ne croient plus en l’alternance. Si personne ne propose une offre politique complètement discursive, il ne faudra pas s’attendre à des améliorations en termes de participation. Le RN n’est pas une solution, LREM est morte dimanche. Est-ce que l’opposition dans la rue prend plus de légitimité quand on la met en parallèle avec une participation aussi faible ? Je n’en suis pas convaincu. Les gens sont surtout résignés et désabusés. C’est d’ailleurs un réel danger pour la démocratie. Avec à peine 30 % de participation, n’importe quel dingue peut gagner une élection. Espérons une profonde remise en cause des candidats qui doivent se poser les bonnes questions. Notamment sur les clivages de nos partis politiques qui sont devenus totalement obsolètes.

Une dizaine de ministres ont été engagés durant ces régionales, c’est un échec cuisant, les Français ont-ils voulu sanctionner le gouvernement ? Doivent-ils le prendre en mesure et soumettre leurs démissions ?

Ce qui est certain c’est que les faibles résultats de LREM dans les différentes régions montrent que la politique d’Emmanuel Macron ne fait plus recette et les Français ont compris qu’elle n’apportait strictement rien. Emmanuel Macron pouvait envoyer quelques poids lourds que ce soit, ça ne changerait strictement rien. Par rapport aux Hauts-de-France, les Français qui sont allés votés ont envoyé le message qu’un ministre – encore plus quand il a un portefeuille régalien – doit être au travail et qu’il était hors de question qu’ils perdent leur temps dans des campagnes électorales. Les Français sont très intelligents dans leur bulletin de vote. Concernant une potentielle démission, il est très compliqué pour le Président de se séparer d’un Gérald Darmanin ou d’un Eric Dupont-Moretti. Dans l’absolu, avec une clé de lecture gaullienne des choses, il serait légitime que Jean Castex remette la dimension de son gouvernement et qu’à la limite, Emmanuel Macron le reconduise. C’est en tout cas un échec de la majorité présidentielle.

Les sondages ce sont une nouvelle fois trompés, assiste-t-on à la fin de cette démocratie des sondages ?

Non, je ne le crois pas. On assiste surtout à la fin de ce mode démocratique de la sacralisation du vote le dimanche. On a habitué les Français à faire sortir du château tous les vendredi soir des candidats de la Star Academy, Loft Story, l’Eurovision ; bref tous ces supports médiatiques de divertissement qui ont une capacité d’agir et de décision extrêmement rapide. Si vous avez envie d’une pizza, vous n’avez plus l’obligation de sortir de chez vous en commandant sur Uber ou Deliveroo. Ils n’ont plus besoin d’aller dans un centre des impôts avec les déclarations en ligne. La notion de frustration est de moins en moins supportée par les personnes. L’immédiateté des smartphones enlève cette frustration aux gens. La participation démocratique n’est pas encore entrée dans l’ère du numérique. Je ne suis pas un grand fan du vote par correspondance mais il faut s’interroger sur une adaptation des outils démocratiques afin de mieux coller aux modes de vie des Français. 9/10 des jeunes ne se sont pas déplacés aux urnes, quel est le pourcentage de jeunes qui a utilisé son smartphone dimanche ? Pratiquement tous. Si l’on veut faire retourner à l’expression politique les Français, l’outil d’action démocratique doit évoluer. Notre modèle électif n’est plus en phase avec la réalité technologique.

La Droite est très haute, la France a-t-elle basculé à droite ?

La France a toujours été à droite. Cependant, la droite française a toujours été assez bête pour être en capacité de se diviser. Quand on regarde les résultats, la France est à droite – et une bonne droite – quand vous prenez le score cumulé des républicains et du Rassemblement national, il y a largement de quoi faire une majorité à plus de 50 %. Pour les élections présidentielles, celui qui arrivera à trouver une position médiane entre une droite républicaine et une droite plus patriote aura toutes ses chances.

Vous êtes proches des idées d’Éric Zemmour, que peut-il apporter à l’offre politique ? Les résultats du RN montrent-ils qu’il existe encore un espace politique pour une candidature hors les murs ?

Les élections ont montré que les Français ne croient plus aux partis politiques et que malgré les appels au haut-parleur du RN et de LREM ça ne fonctionne plus. Ce sont des gens de terrain qui ont été élus. Ils ne croient plus en ces listes qui ressemblent beaucoup trop au placement de produits voire au copinage. Il existe cet espace pour un candidat comme Éric Zemmour : hors des partis, en capacité de tendre la main aux républicains et aux électeurs du RN, capable de porter un message d’espoir aux abstentionnistes. Les cartes ont été redistribuées à l’occasion de ces régionales. Il est indéniable que si le RN avait gagné des régions, la candidature d’Éric Zemmour aurait pu être rangée à la catégorie des fantasmes. Le RN peut au maximum gagner la PACA et encore ce sera compliqué vu que le candidat écologiste s’est retiré. Marine Le Pen plaçait ces régionales en guise de rampe de lancement pour la présidentielle. Eric Zemmour n’est pas candidat, des milliers de gens sont derrière lui pour le soutenir et l’appuyer mais pour avoir échangé avec lui, sa réflexion se nourrit de chaque événement. Il est évident que l’issue des régionales sera déterminante dans sa décision. Au lendemain de ce premier tour, la partition électorale joue en sa faveur, c’est certain.

Eric Zemmour peut-il passer par une primaire chez Les Républicains ? La droite doit-elle passer par une primaire ouverte ?

Sur un plan théorique, j’ai envie de vous dire oui. Ce serait également l’occasion d’expérimenter le vote électronique. Une primaire de la droite rassemblant de Xavier Bertrand en passant par Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan ou Bruno Retailleau, Pécresse, Aubert voire Wauquiez, ça serait intéressant. Marine Le Pen ne fera pas de primaire c’est une évidence, mais c’est aussi le cas pour Xavier Bertrand. Le président des Hauts-de-France va sortir galvanisé par son succès de dimanche prochain. Les Républicains auront certainement la tentation de se réfugier derrière-lui. Je suis dubitatif sur une potentielle primaire.

Quelle droite pour 2022 ?

Une droite qui ne renie pas ses convictions et qui ne s’engage pas sur des promesses – telle une liste à la Prévert – mais seulement sur quelques points. Elle doit enfin faire ce qu’elle propose. Cette droite ne doit pas s’enfermer sur elle-même mais rester fière de ses valeurs et de ses racines. On n’a aucune inquiétude sur le fait qu’elle sera ferme sur le régalien – même un Xavier Bertrand raffermi son discours. La cohérence doit être au cœur de son engagement, quelle attitude vis-à-vis de l’Union Européenne ? Du choc civilisationnel qui nous attend ? Enfin, une droite qui n’omet pas de rétablir le dialogue avec cette France qui souffre qui attend de vivre dignement de son travail – non dans l’assistanat.

Propos recueillis par Paul Gallard