(Entretien) Bruno Retailleau, “Emmanuel Macron est passé du « pognon de dingue » au « quoi qu’il en coute »
(Entretien) Bruno Retailleau, “Emmanuel Macron est passé du « pognon de dingue » au « quoi qu’il en coute »

(Entretien) Bruno Retailleau, “Emmanuel Macron est passé du « pognon de dingue » au « quoi qu’il en coute »

Bruno Retailleau est président du groupe Les Républicains majoritaire au Sénat et conseiller auprès de Valérie Pécresse en charge des 100 jours. 

Durant ce Congrès, nous avons vécu une course à l’échalote sur le nombre de fonctionnaires supprimés, est-ce possible de réduire l’administration française alors même que l’état n’a jamais semblé aussi important ?

Le problème n’est pas tant que l’Etat soit important, mais qu’il devienne importun. 

L’Etat, à force de vouloir s’occuper de tout, se disperse, se perd dans les procédures, devient tatillon sur le superflu et ne parvient plus à assurer les missions essentielles qui lui sont dévolues, parmi lesquelles la sécurité des Français. 

La crise sanitaire a ainsi révélé un Etat bureaucratique dont l’action est davantage guidée par le respect des normes que par le service qu’il rend aux Français. Rappelons-nous que ce sont les collectivités territoriales et les entreprises privées qui se sont mobilisées en premier lieu pour apporter aux hôpitaux le gel hydroalcoolique et les masques dont ils manquaient terriblement. Au lieu d’apprendre de ses erreurs et de s’appuyer sur les Régions, qui ont la compétence du soutien aux entreprises, pour accompagner la reprise, Emmanuel Macron a préféré instituer des « sous-préfets à la relance ». 

Avec Valérie Pécresse, nous réformerons l’Etat et diminuerons le nombre de fonctionnaires parce que nous ferons enfin le pari de la responsabilité. Nous renforcerons et clarifierons les compétences des collectivités territoriales et supprimerons les représentations de l’Etat qui font doublon ; nous ferons le ménage parmi les comités « Théodule » et les agences ; nous simplifierons drastiquement le « mille-feuille normatif » auxquels sont soumis les Français et les administrations et qui gonfle le nombre de postes administratifs comme par exemple à l’hôpital où leur nombre est supérieur de 10 points à l’Allemagne ; etc. Contrairement à Emmanuel Macron, nous nous donnerons les moyens de tenir notre promesse de diminuer le nombre d’emplois publics et d’améliorer le service rendu aux Français.

La réforme des retraites est le grand échec d’Emmanuel Macron, quelle doit être la politique de Valérie Pécresse sur cette question fondamentale ?

La réforme des retraites restera effectivement comme la grande absente de ce quinquennat. Emmanuel Macron aura été, en 25 ans, le seul Président de la République à ne pas avoir œuvré à pérenniser notre système de retraite par répartition. Et alors qu’approchent les élections présidentielles, le Président Macron promet de faire demain ce que le candidat Macron s’était justement engagé à ne pas faire hier, à savoir repousser l’âge de départ à la retraite. Que de temps perdu pour les finances publiques et pour nos séniors qui ont été les premières victimes de ce manque de courage ! En ce qui concerne Valérie Pécresse, elle a été très claire sur l’importance majeure de cette réforme. Elle souhaite relever progressivement l’âge de départ à la retraite à 65 ans, en prenant en compte la pénibilité du travail. Cette augmentation du temps de travail sur le cycle de vie permettra d’assurer le niveau de vie des retraités mais également de revaloriser les petites retraites, afin que plus aucun sénior ne gagne après une vie de labeur moins d’un smic net, à savoir 1230 euros aujourd’hui. 

Éric Ciotti s’est imposé au congrès avec sa proposition de suppression de l’impôt sur les successions et sur les donations, des propositions doivent-elles être reprises ?

Éric Ciotti a fait une très belle campagne et a porté durant le Congrès une voix courageuse et originale sur de nombreux sujets. Il est donc normal que certaines de ses propositions soient reprises par notre candidate à l’élection présidentielle. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé. Valérie Pécresse a récemment proposé que chaque personne puisse donner de son vivant, à ses enfants comme à ses petits-enfants, jusqu’à 100 000 euros de manière totalement défiscalisée, et ce tous les six ans et non plus tous les quinze ans. En ce qui concerne l’héritage, l’impôt sur les successions sera totalement supprimé jusqu’à 200 000 euros pour les transmissions en ligne directe, soit le double d’aujourd’hui, et jusqu’à 100 000 euros pour les transmissions en ligne indirecte. 

Au-delà de l’allégement du fardeau fiscal qui pèse sur les Français, je me félicite de voir notre famille politique revendiquer la question de la transmission. L’héritage, c’est également ce lien qui relie les générations les unes aux autres et qui ancre les individus dans une histoire. Lorsqu’on hérite d’une maison familiale par exemple, on n’obtient pas uniquement un bien foncier. On reçoit surtout des souvenirs d’enfance, des murs encore imprégnés du passage des êtres qui nous ont été chers. Je considère que c’est un drame personnel quand une personne est contrainte de se séparer d’un bien, souvent le fruit d’une vie de labeur, pour contenter l’administration fiscale.   

Qui dit libéralisme économique dit échanges internationaux, cependant l’exportation n’est pas au niveau de l’importation, un objectif à atteindre pour vous ? Comment ? Peut-on réellement protéger un marché et sans l’empêcher de se développer ?

En 2021, le déficit commercial est de près de 85 milliards d’euros. Jamais auparavant nous n’avions atteint un tel niveau. Sur la même période, l’Allemagne et l’Italie, deux nations qui ont gardé une industrie forte, ont dégagé d’importants excédents commerciaux. Telle est la réalité du déclassement de notre économie. Et les grands discours d’Emmanuel Macron n’y changeront rien. Notre coût du travail demeure trop élevé et les rares mesures qui ont été prises, comme la transformation du CICE en réduction de cotisations patronales, concernent uniquement les bas salaires et accentuent la spécialisation de notre industrie sur un segment « moyenne gamme ». La France reste parmi les pays de l’Union européenne où les impôts de production, qui pénalisent notamment les entreprises industrielles, sont les plus élevés. Le déséquilibre persiste entre les demandes de compétences des employeurs et la formation des travailleurs. L’investissement dans la recherche stagne et les promesses d’augmentation des budgets sont renvoyées aux calendes grecques. 

Pourtant, la désindustrialisation et le déficit commercial qui en résulte ne sont pas une fatalité. Nous pouvons devenir la première puissance économique du continent si nous parvenons à relever les défis que j’évoquais qui créeront un environnement favorable aux industries d’aujourd’hui et de demain. Mais également en cessant d’être ouverts à tous les vents. Nos entreprises peuvent affronter la concurrence internationale si celle-ci est juste. Or, elle ne l’est pas. Comment pouvons-nous par exemple exiger de nos agriculteurs qu’ils produisent toujours plus et mieux quand, dans le même temps, l’Assemblée nationale approuve la ratification du CETA qui permet l’importation de produits agricoles répondant à des normes sanitaires et environnementales bien moins fortes ?

Le quoi qu’il en coûte d’Emmanuel Macron ne risque pas de vous empêcher des dépenses importantes durant ce prochain quinquennat ?

Emmanuel Macron est passé en l’espace de quelques mois du « pognon de dingue » au « quoi qu’il en coute ». Sa frénésie dépensière s’accélère même à mesure qu’approchent les élections présidentielles. Depuis le mois de juillet 2021, c’est plus de 120 milliards d’euros de dépenses nouvelles qui ont été annoncées par le Président de la République. Il est temps de remettre de l’ordre dans les comptes publics. Pour cela, les réformes structurelles devront être lancées au lendemain de notre victoire. C’est l’objectif des « 100 jours » dont m’a chargé Valérie Pécresse. Depuis plusieurs semaines, j’élabore pour notre candidate le contenu des réformes prioritaires, leur forme juridique et le calendrier de leur présentation au Parlement. Cela nous permettra d’être immédiatement prêts à gouverner et de prendre sans plus tarder les mesures que les Français attendent de nous depuis longtemps. C’est également une question de crédibilité : contre ceux qui promettent tout sur tout, nous assumons de dire qu’il n’y aura rien sans rien. 

Vous portiez des propositions en 2020, ont-elles leur place dans ce programme ? La fiscalité bleu, blanc, rouge est-elle toujours vivante dans votre esprit ?

Valérie Pécresse a présenté un projet puissant lors du Congrès, qui a depuis été enrichi, comme en témoignent les propositions sur les successions et donations. Ce projet rassemble toutes les sensibilités de notre famille politique. Sur le plan économique et fiscal, je me retrouve parfaitement dans de très nombreuses propositions comme la suppression d’une partie des impôts de production comme la C3S, l’élargissement du Crédit d’Impôt Recherche aux PME et l’aide à l’investissement de proximité, l’action que Valérie Pécresse compte entreprendre pour enfin imposer la réciprocité dans les négociations commerciales européennes, etc. Avec ce projet, notre famille politique fait enfin le pari de la liberté économique.

Vous avez utilisé à votre compte l’idée de capitalisme participatif, quels en sont les contours ?

La participation était l’une des grandes visions du Général de Gaulle, que notre famille politique doit continuer de porter. Il s’agissait, après la crise sanitaire qui a mis en lumière notre état de grande dépendance aux approvisionnements étrangers, de permettre à la fois à notre pays de se réindustrialiser, à nos entreprises de prospérer et à chaque salarié de profiter de cette prospérité. J’avais par exemple proposé que soient mises en place une prime d’intéressement sur les bénéfices de l’entreprise exonérée de charges sociales jusqu’à 5 000 euros par an, une fusion du mécanisme de participation-intéressement avec la suppression du forfait social et la possibilité de transmettre aux salariés jusqu’à 15% du capital d’une entreprise. 

Je suis là encore heureux de voir que Valérie Pécresse propose la suppression du forfait social assise sur la participation, l’intéressement et l’épargne salariale, ainsi que la fin des cotisations sur l’attribution gratuite d’actions, qui permettra à terme que 10% du capital d’une entreprise cotée puisse être détenu par les salariés. 

Propos recueillis par Paul Gallard