(Entretien) Charles Aslangul, « L’État n’est pas au rendez-vous du choc sécuritaire attendu »
(Entretien) Charles Aslangul, « L’État n’est pas au rendez-vous du choc sécuritaire attendu »

(Entretien) Charles Aslangul, « L’État n’est pas au rendez-vous du choc sécuritaire attendu »

Bonjour Monsieur Aslangul, votre commune de Bry-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, a été particulièrement touchée au cours des émeutes qui se sont déroulées en juin dernier. Quels enseignements avez-vous obtenus de cet épisode ?

D’abord, il faut souligner que c’est la toute première fois de l’histoire de Bry-sur-Marne, commune paisible et pavillonnaire de l’est-parisien, que des émeutes se déroulent sur notre territoire. Cela renseigne et en dit long sur l’état de notre pays…

Sur les faits, une bande de trente individus, cagoulés et armés de barres de fer, a mis le feu à du mobilier urbain pour attirer la police dans un guet-apens que nous avons immédiatement identifié et donc évité. Ces derniers ont donc décidé de descendre dans le centre-ville et ont tiré aux mortiers sur l’Hôtel de Ville puis sur le poste de Police municipale (avec nos agents à l’intérieur) avant de saccager et piller une épicerie dans la grande rue commerçante. J’ai donc ordonné à notre Police municipale, appuyée par la Nationale, d’aller au contact pour repousser les émeutiers hors de Bry-sur-Marne, c’est alors qu’ils ont tiré aux mortiers sur nos agents avant de fuir. J’ai été obligé le lendemain soir, pour rétablir l’ordre, de décréter un couvre-feu interdisant toute sortie sur le territoire municipal. Cela a fonctionné et notre ville s’en tire mieux que d’autres qui ont connu d’importants dégâts. 

J’en tire plusieurs enseignements. 

Premièrement, nous avons des policiers courageux qui n’ont pas peur d’aller au contact des émeutiers mais qui, pour la Nationale notamment, manquent de moyens et de consignes claires de leur hiérarchie pour véritablement neutraliser les délinquants. Je peux témoigner de ce que les consignes données à la Police Nationale consistaient à circonscrire les émeutes mais à ne surtout pas aller au contact pour interpeller massivement par peur d’une « bavure » et d’un embrasement plus global encore. C’est le monde à l’envers ! 

Deuxièmement, les délinquants ne craignent plus les forces de l’ordre car ils savent qu’ils risquent finalement peu car, troisièmement, même lorsqu’ils sont arrêtés le plus souvent la Justice fait preuve d’une clémence coupable. J’en veux pour preuve, l’individu qui a incendié l’Hôtel de Ville de Villeneuve-le-Roi dans mon département du Val-de-Marne a été condamné à du sursis ! La Mairie est ravagée par le feu et l’auteur reconnu coupable est laissé libre ! C’est intolérable. 

Quatrièmement et enfin, la délinquance s’implante inexorablement partout en France quand elle était circonscrite à certaines villes et quartiers hier encore. Cela s’explique en partie par la loi SRU qui pose l’obligation pour les villes de construire toujours plus de logements sociaux. C’est un facteur de cet étalement de la délinquance car on observe, c’est un fait, que la plupart des auteurs vivent dans des HLM au détriment, d’ailleurs, de la majorité des honnêtes citoyens qui y vivent et subissent la loi de ces bandes. 

De nombreuses villes font face à une hausse de l’insécurité, qu’est-ce qui explique cette hausse ?

De nombreuses villes ? Je dirai plutôt la France entière ! Regardez l’actualité depuis le mois de juin pour vous en convaincre : émeutes, attentat islamiste, assassinat du jeune Thomas à un bal, etc. La France des villes et la France des campagnes, tout le pays est touché. 

Cette hausse s’explique d’abord par la réponse pénale souvent inadaptée des juges. Force est de constater, j’en témoigne comme maire, que beaucoup de délinquants arrêtés par maPolice municipale sont des multirécidivistes. Or, nous apprenons quasi systématiquement qu’ils ne sont condamnés qu’à du sursis ! C’est très rare qu’ils soient condamnés à du ferme et quand c’est le cas la peine prononcée est en réalité souvent aménagée, ce qui revient à laisser l’individu reconnu coupable hors de prison. Ce laxisme est la première cause de l’insécurité grandissante, comment voulez-vous que les délinquants aient peur de la Police et de la Justice si leurs actes n’entrainent aucune espèce de conséquence pour eux ? Il y a urgence à ce que notre code pénal, qui permet en réalité des peines sévères, soit appliqué avec la plus grande fermeté par les magistrats. 

Ensuite, disons-le, l’immigration massive est une autre explication. Les chiffres du Ministère de l’Intérieur démontrent que l’immigration est sur-représentée dans la commission de faits délictueux ou criminels. A Paris, 48% des mis en cause sont des étrangers, et pour les faits de violences70% sont étrangers. Cette réalité se constate un peu partout en France. Il y a donc urgence à rompre avec l’immigration massive qui ne fera qu’accentuer le problème. Encore faut-il appliquer les OQTF me direz-vous…Cela étant dit, je tiens à préciser qu’il ne faut pas essentialiser le débat. Un délinquant n’est pas délinquant en puissance par son origine ethnique. Mais ne pas voir que la majorité des faits sont commis par des personnes immigrés ou issues de l’immigration c’est nier le réel et donc s’interdire lâchement de le régler. 

L’on a l’impression que les maires sont impuissants pour lutter face à ce phénomène. Quels sont les problèmes structurels auxquels ils sont confrontés ?

Permettez-moi de rappeler que la sécurité des Français est une compétence régalienne. C’est-à-dire qu’elle doit être assurée par l’État, par le Ministre de l’Intérieur et le Ministre de la Justice. Il faut donc plus de moyens pour notre Police Nationale d’une part et, d’autre part, un choc pénal comme je l’ai déjà évoqué. 

Concernant les maires, nous arrivons souvent au bout de ce que nous sommes en capacité de faire. Pour prendre l’exemple de Bry-sur-Marne, nous avons une Police municipale armée et présente 24/24h et 7/7j. Nous avons un tissu de vidéoprotection dense (je l’ai doublé depuis mon arrivée) et nous dotons nos agents de consignes fermes face à la délinquance. Avec 33 agents de PM, pour une ville de 18 000 habitants, je ne peux pas faire plus budgétairement ce n’est pas tenable. C’est donc à l’État d’agir. 

Pour nous aider, une réforme est réclamée par les maires de France : revoir le cadre légal qui encadre les polices municipales pour leur permettre de réaliser des actes aujourd’hui réservés à la Police Nationale. Nous le voyons tous les jours, nos agents sont de plus en plus exposés et bien souvent en première ligne mais leur statut de policiers municipaux les empêche d’avoir autant de moyens d’action que la Police Nationale. La Première Ministre a annoncé aux maires que le Gouvernement réfléchit à donner plus de pouvoirs aux Polices municipales, nous attendons…

Nos édiles sont-ils assez soutenus par l’État pour garantir la sécurité dans leur commune ?

La Police nationale fait son maximum à nos côtés et je tiens à saluer ces femmes et ces hommes qui mettent parfois leur vie dans la balance pour nous protéger. Je distingue bien les agents sur le terrain des décideurs, du Gouvernement. Donc pour le reste, non l’État n’est pas au rendez-vous du choc sécuritaire attendu. 

Ce qui m’étonnera toujours c’est que l’État a été capable de confiner 67 millions de français durant la crise sanitaire, avec un contrôle implacable (rappelez-vous les hélicoptères qui survolaient les plages par exemple), et n’est pas capable, ou ne se donne pas les moyens, d’en finir avec le trafic de drogue, la criminalité et la délinquance. Certains disent que l’État, le Gouvernement (les Gouvernements successifs en réalité depuis des décennies), a la main qui tremble par peur de déclencher des affrontements. Je suis de ceux qui, hélas, tire cette amère conclusion. Mais le calcul est, selon moi, vicié. Le danger c’est l’attentisme. A trop attendre pour régler structurellement le problème, nous courrons vers des temps plus violents et plus incontrôlables encore. 

Aussi, les communes font face à des communautés qui s’affrontent impunément sur le territoire. Quelles réponses pouvons-nous apporter face au communautarisme ?

Cette question est importante et parce qu’elle est majeure requiert une réponse multifactorielle qu’il est impossible de résumer en quelques points. Rapidement et sans être exhaustifdonc : 

D’abord, une fois de plus, rompre avec l’immigration de masse pour cesser d’importer tous les ans l’équivalent de la Ville de Montpellier sur notre sol (250 à 300 000 immigrés légaux par an en moyenne sans compter l’immigration clandestine) ! Comment voulez-vous assimiler quand vous accueillez si massivement ? Vous assimilerez facilement des individus, pas des peuples entiers. Il est naturel pour ces populations extra-européenne de conserver leur mode de vie lorsqu’elles se retrouvent si nombreuses ensemble dans un même territoire, une même ville, un même quartier. Cela engendre le communautarisme qui fait le lit d’une société éclatée et donc conflictuelle. 

Au-delà des arrivants, il faut avoir le courage d’indiquer la porte de sortie à tous ceux qui sont déjà là mais qui voudraient vivre en France sans en épouser le mode de vie. 

Une fois l’immigration sous contrôle, il faut réarmer l’Éducation Nationale dans son rôle consistant à faire les citoyens de demain, les français de demain. Il faut revoir de A à Z l’approche pédagogique pour redonner aux écoliers et étudiants l’amour de la France et la fierté d’appartenir à cette grande nation. Cela ne veut pas dire de romancer grossièrement notre histoire nationale et de taire ses parts d’ombre, cela veut en revanche dire de permettre aux écoliers de découvrir à quel point notre Histoire fût grandiose et, à bien des égards, source d’une fierté immense pour celui qui comprend dans quel beau et grand héritage il s’inscrit comme Français. Pensons à Renan et son « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Tout y est ! Vaste programme…

Il faut enfin avoir le courage de mettre hors d’état de nuire tous les ennemis de l’intérieur qui œuvrent à la communautarisation de la société. La France ne doit plus céder un millimètre face aux provocations et revendications communautaires (majoritairement islamistes aujourd’hui) contraires à nos lois, nos mœurs, notre art de vivre, à notre Civilisation en somme. Sur ce terrain, le Droit européen (la CEDH) est un verrou qu’il faut faire sauter si l’on veut efficacement agir sans être condamné pour violation du fameux article 8 de la CEDH qui porte une vision libérale et anglo-saxonne de la vie privée. Au motif du droit au respect de la vie privée, le Droit européen permet quasiment tous les comportements individuels au motif qu’un État ne pourraitpas dicter à un individu comment se comporter dans l’espace public relativement à ses croyances ou mœurs individuelles fussent-elles en totale contradiction avec les règles civiques et culturelles de la terre d’accueil. Pour sauver le mode de vie européen, il y a urgence à sortir du carcan des juges européens (je parle de la CEDH et non de l’UE). Notez que ce même article 8 empêche souvent les États d’expulser les terroristes binationaux au motif de leur droit au respect de leur vie privée et donc familiale, on est chez les fous ! 

La tâche est immense et l’esprit de défaite pourrait nous gagner. Mais n’oublions pas que la France a toujours su relever les immenses défis qui s’imposaient à elle. Alors, gardons espoir. Oui, à la suite de Bernanos, souvenons-nous que « l’espérance est un risque à courir », courrons avec confiance et détermination vers le sursaut national, rompons avec ces dernières décennies honteuses et construisons enfin un avenir serein et heureux pour nos enfants ! 

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