(Entretien) Christian Saint-Etienne, « La France est face à un impératif de réindustrialisation »
(Entretien) Christian Saint-Etienne, « La France est face à un impératif de réindustrialisation »

(Entretien) Christian Saint-Etienne, « La France est face à un impératif de réindustrialisation »

Crédits Photo ©️ Sipa Press

Bonjour Christian Saint-Etienne, l’agence de notation Fitch a abaissé la note de la France de AA à AA-, pouvez-vous nous expliquer sur quoi se base cette notation ?

La croissance moyenne de la France s’établit à 1% sur la période 2001-2023, alors qu’elle devrait tendre vers 2% pour réduire le déficit public durablement. Ce dernier devrait être de 4,8% du PIB par an, en moyenne, en 2022-2023 et encore de 4% du PIB par an, en moyenne, en 2024-2025. Le déficit devrait être inférieur à 2% du PIB en 2024-2025 pour stabiliser réellement la situation des finances publiques. Le ‘quoi qu’il en coûte’, justifié en partie seulement avec beaucoup de gaspillage, a été catastrophique pour nos finances.

En conséquence, la dette publique sera tout juste stabilisée à 107% du PIB en 2024 et 2025, alors qu’elle devrait repasser rapidement sous les 90% du PIB pour retrouver un peu de flexibilité.

La dégradation de la note de la dette publique française par Fitch, avec un timing stupide au moment où est voté le recul de l’âge de départ à la retraite de 62 ans à 64 ans, est néanmoins justifiée par le laisser-aller budgétaire de la puissance publique depuis plus de dix ans.

Cette note est-elle inquiétante économiquement pour notre pays ?

Si cette dégradation devait entraîner un sursaut de rigueur, elle ne poserait pas de problème. Il faut également prendre en compte la désindustrialisation de la France qui provoque le déficit extérieur croissant de la balance commerciale. Ce déficit extérieur inquiète car il traduit un manque de compétitivité globale du pays.

La France doit investir fortement dans son système productif et ses capacités énergétiques pour renforcer son indépendance économique.

Bruno Le Maire l’a qualifiée de pessimiste, qu’en est-il ?

Bruno Le Maire est co-acteur de cette dérive des finances publiques dans la mesure où il est ministre de l’Economie et des Finances depuis mai 2017. Toutefois, il semble avoir pris conscience qu’il fallait arrêter la dérive des finances publiques, mais on attend encore les mesures fortes qui permettraient de rendre crédible le cheminement vers un rééquilibrage budgétaire durable.

La France est dans la rue à la suite de la réforme des retraites menée par le Gouvernement, cette réforme était-elle nécessaire ? Est-on allé assez loin ?

Cette réforme nécessaire a été mal menée car elle aurait dû être faite en 2019 quand le président disposait d’une majorité à l’Assemblée. Quand la réforme s’appliquera pleinement, avec un âge de départ à la retraite de 64 ans en 2030, cet âge de départ sera de 65 ans ou 67 ans dans les pays européens comparables. IL faudra porter la durée de cotisation à 44 ans pour parachever le rééquilibrage du système de retraite en répartition et introduire un étage complémentaire de capitalisation éventuellement obligatoire pour surmonter les oppositions.

Comment la France peut-elle sortir de ce surendettement ?

La France est face à un impératif de réindustrialisation et de relance de ses capacités de production énergétique si elle veut rétablir l’équilibre de son commerce extérieur et freiner la hausse de la dépense publique.

Pour atteindre ces objectifs, elle doit investir massivement dans son école primaire afin de cesser d’avoir 20% des élèves, sortant du Primaire, qui ne maîtrisent pas ou mal les trois compétences de base que sont la lecture, l’écriture et le calcul.

Sur une dépense publique, hors crédits d’impôts, de 56% du PIB en 2023, la dépense sociale représente 34% du PIB, soit un peu plus de 60% de la dépense publique. Cette dépense sociale compense un taux d’emploi encore trop faible et contient une avalanche d’allocations et de prestations sociales qui freinent le redéploiement de l’économie.

L’exigence de réindustrialisation, de réforme de l’école primaire et de maîtrise de la dépense publique, suppose un effort de long terme dont on ne voit pas encore qu’il est au cœur de la politique publique.

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