(Entretien) David Margueritte, “L’avenir de la droite survivra aux structures partisanes”
(Entretien) David Margueritte, “L’avenir de la droite survivra aux structures partisanes”

(Entretien) David Margueritte, “L’avenir de la droite survivra aux structures partisanes”

David Margueritte est Vice-Président de la région Normandie

Vous êtes un des premiers à avoir fait le choix de Valérie Pécresse dans le cadre du Congrès des Républicains pour la présidentielle, qu’est-ce qui vous a plu et/ou motivé chez elle ?

D’abord, je dirais que c’est sa qualité de solidité, Valérie Pécresse est solide. La force qui est la sienne c’est de résister, y compris dans la tempête. Par ailleurs, elle a à la fois une hauteur de vue, une grande connaissance des dossiers ainsi qu’une véritable expérience en sa qualité de présidente de Région et d’ancienne ministre. Je l’avais d’ailleurs déjà ressenti lorsque je l’avais reçue dans le Cotentin le 1er octobre dernier. Elle a donc toutes les qualités requises pour être chef de l’État, tout en étant enracinée sur les territoires. Elle a aussi une capacité de rassemblement, car je ne partageais pas totalement sa sensibilité au sein des Républicains, mais elle a su rassembler toute la famille. On l’a d’ailleurs vu le soir de sa victoire au Congrès qu’elle était parvenue à unir toute sa famille politique. Pour toutes ces raisons, Valérie Pécresse est la mieux à même d’incarner la droite et le centre dans cette élection. C’est donc pour cela que je l’ai soutenue dans le cadre du Congrès et que je la soutiens pleinement aujourd’hui.

D’ailleurs, vous êtes orateur régional pour la Normandie de la candidate des Républicains à l’élection suprême, région dont vous êtes depuis 2015 le Vice-Président en charge de l’emploi, de la formation, de l’orientation et de l’apprentissage. Quelles sont les propositions les plus importantes à vos yeux, notamment en matière d’emploi ?

D’abord, la question de l’orientation, car elle est une question majeure. C’est d’ailleurs une question d’actualité car on est dans une période où les familles et leurs enfants choisissent leur orientation dans le cadre de Parcoursup. Cette politique de l’orientation doit être totalement transférée aux régions. Il y a la loi du 5 septembre 2018 qui a fait un premier pas à cet égard mais il faut aller encore plus loin, c’est-à-dire aller au bout de cette réforme. Une bonne politique d’orientation dans notre pays est une politique qui permet aux professionnels et aux jeunes professionnels de parler aux élèves, aux parents d’élèves, aux lycéens, aux collégiens ainsi qu’aux demandeurs d’emploi. En conséquence, pour moi l’école n’est pas un sanctuaire dans lequel les entreprises ne pourraient entrer. Ce qui fonctionne ce n’est pas tant la déambulation dans les forums, mais c’est le stage découverte, c’est la possibilité de parler à des professionnels. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Région Normandie a développé une agence de l’orientation et donc la possibilité de stages découverte tout au long de l’année. C’est aussi pour cela qu’elle a développé un réseau d’Ambassadeurs Métier, lesquels permettent à des jeunes ou à des demandeurs d’emploi de contacter ces ambassadeurs qui sont mis à disposition par les entreprises. Je dirais donc que la clé d’une bonne politique de l’orientation, c’est d’abord la rencontre avec les acteurs professionnels et, précisément, l’immersion professionnelle. Ensuite, c’est la dédramatisation, car l’orientation ne doit pas être un moment anxiogène ni irréversible, d’autant qu’aujourd’hui on peut vite être amené à changer de métier dans sa vie ; il doit d’ailleurs y avoir des passerelles qui le permettent. Enfin, une bonne politique d’orientation a recours à la territorialisation car on n’oriente pas de la même manière cette politique en fonction du territoire. Je pense donc qu’un des vrais sujets de l’élection présidentielle – en tous cas, de ce que devrait être l’élection présidentielle avec un vrai débat démocratique – c’est de permettre de transférer complètement la politique de l’orientation aux régions, c’est de simplifier les choses et donc de multiplier les occasions de rencontres avec l’entreprise, les professionnels et les collectivités. La première réforme, c’est celle de l’orientation.

Ensuite, il faut une réforme radicale de la voie professionnelle dans notre pays. Valérie Pécresse a proposé, à juste titre, que la voie professionnelle soit totalement transférée, là aussi, aux régions qui connaissent bien le tissu économique et sont à même de définir une carte de formation professionnelle. Je crois aussi à une réforme radicale de la formation dans notre pays. En effet, aujourd’hui la formation professionnelle c’est à la fois les régions, Pôle Emploi, l’État… c’est-à-dire qu’il y a autant d’interlocuteurs que de situations. Cette façon de fonctionner aboutit à des absurdités. Par exemple,          si un aide-soignant veut devenir infirmier, la région devra lui dire qu’il faut qu’il soit chômeur pour financer sa formation, ce qui est inacceptable et provoque de la frustration ainsi que de la colère, légitime. Je suis donc partisan d’un système de formation totalement réformé avec un pilotage qui ne soit pas multiple comme c’est le cas aujourd’hui, car qui dit multi-pilotage dit multiplication des structures et donc création de structures « pour coordonner », ce qui n’a pas de sens. Il faut ainsi simplifier le système de la formation professionnelle dans notre pays et aller au bout du transfert de la voie professionnelle aux régions avec les lycées professionnels, par exemple. Ceci aboutirait au transfert de la compétence emploi – et de tout ce que cela comporte – aux régions.

D’ailleurs, je précise que je ne suis pas un décentralisateur intégriste ou un ultra-décentralisateur, non plus un libéral intégriste, mais je crois à la simplicité et à l’efficacité de l’action publique. En effet,             je crois beaucoup au rôle de l’État sur les grands sujets régaliens. Mais je crois aussi que les territoires ont une grande capacité d’action, de réactivité, qu’il faut donc leur faire confiance et que, lorsqu’on leur transfère une politique, il faut qu’elle soit entièrement transférée ; à défaut, elle ne fonctionnera pas. Je pense effectivement que l’État doit piloter certaines politiques, le régalien en particulier ou la santé, secteur où il a tendance à se défausser sur les autres et finalement à diluer sa responsabilité. En revanche, sur les questions d’emploi, de formation et d’apprentissage, on doit faire confiance aux régions. D’ailleurs, j’estime que la réforme sur l’apprentissage de 2018 a été une très mauvaise chose. Certes, tout le monde partage l’objectif de développer l’apprentissage dans notre pays. Mais cette réforme ayant consisté en une privatisation pure et simple de la carte de formation est une mauvaise chose, car elle introduit une logique de court terme dans la formation initiale. La formation peut alors se trouver très dérégulée, sans perspectives de moyen et de long terme pour celles et ceux qui devraient en bénéficier et avec des coûts au contrat exorbitants et donc non-viables. De ce fait, je suis pour que l’on en revienne au système en vigueur avant 2018, c’est-à-dire celui au sein duquel les régions pilotaient cette politique.

Quelle(s) conclusion(s) tirez-vous de votre action à la vice-présidence de la Région aux côtés du président Hervé Morin et de la Normandie Conquérante, depuis 2015 ?

À son arrivée à la tête de la Région Normandie en 2015, Hervé Morin avait fait de l’apprentissage une priorité, dans une époque où la thématique de l’apprentissage était peu populaire, où elle était assimilée à l’échec scolaire ou encore à une voie réservée aux milieux défavorisés. C’était donc une période difficile pour parler d’apprentissage. Néanmoins, nous sommes parvenus à prendre de nombreuses mesures concrètes et précises, notamment en concertation avec le Grenelle de l’apprentissage au départ. On nous a dit que l’on n’y arriverait pas car la courbe démographique s’inversait et donc la remontée de l’apprentissage chez les jeunes serait improbable. Finalement, nous avons réussi et augmenté de 20% le nombre d’apprentis à la région parce que nous avons su coordonner toutes les politiques d’apprentissage et puisque nous avons communiqué ensemble, et massivement, sur l’apprentissage et les voies d’excellence. On a également mieux aidé les apprentis, les entreprises ; on a donc agi sur tous les leviers et je crois que cela a créé une bonne dynamique régionale. Je crois donc que notre bilan régional en matière d’apprentissage est bien perçu par les normands, en particulier par les acteurs de l’apprentissage. Il est incontestable que l’apprentissage a retrouvé des lettres de noblesse dans la région.

Sur la question de l’emploi et de la formation, nous avons changé la carte de formation pour la rendre plus adaptée aux besoins des entreprises et pour faire en sorte que la formation ne puisse aboutir au chômage mais justement à l’insertion professionnelle. À cet égard, la multiplication des formations et la territorialisation de ces dernières dans la région est à mettre à son bilan.

En termes de bilan global, certes, la volonté politique ne peut pas tout mais elle peut changer beaucoup de choses et obtenir beaucoup de résultats lorsqu’il y a de l’énergie. Et cela a été en particulier le cas sur ce sujet de la formation et de l’apprentissage où, avec la Région, on a été présent au bon moment et au bon échelon. J’ajouterais que sur un plan plus personnel c’est vraiment enthousiasmant de s’occuper de politiques qui touchent d’abord à la jeunesse, à l’avenir de notre pays, à monter des cartes de formation qui correspondent à la fois à l’insertion professionnelle et à l’épanouissement personnel de ceux qui en bénéficient.

Valérie Pécresse présidente : quel serait le bénéfice pour la région Normandie ? Qu’est-ce qu’elle pourrait lui apporter en plus ?

D’abord pour la France, elle serait une présidente qui, en priorité, restaurerait l’autorité de l’État sur le territoire. Ensuite, pour les régions, comme elle l’a démontré à Chartres avec le pacte qu’elle propose aux collectivités territoriales, c’est chacun à sa place : l’État se concentre sur les missions régaliennes ; les territoires bénéficient d’une pleine capacité d’agir sur les sujets qui les concernent, c’est-à-dire ceux que l’on a justement vu tout à l’heure. Donc, Valérie Pécresse présidente, ce serait une autorité de l’État restaurée et des régions à la vitalité retrouvée – voire accélérée pour la Normandie, en particulier – et bénéficiant de plus d’agilité.

Quels sont, justement, les enjeux prioritaires pour la Normandie dans les années à venir à vos yeux, que ce soit en matière d’emploi, de formation, d’orientation et d’apprentissage ou dans d’autres domaines, le cas échéant ?

La mobilité est un sujet crucial et sur lequel on travaille beaucoup à la Région, avec le changement des trains que l’on a effectué par exemple. Les sujets du développement durable, de l’énergie, d’un mix énergétique équilibré par de nouveaux EPR et en faisant aussi confiance aux énergies marines renouvelables, sont des sujets tout aussi majeurs pour la Normandie. On a une aussi une possibilité plus forte encore de rayonner, notamment car on est une région connue et dont la voix d’Hervé Morin porte, ce qui lui donne ainsi un poids supplémentaire.

Sur la question de la formation, de l’orientation et de l’apprentissage, on va vivre de prochaines années qui vont profondément changer l’orientation. Cette dernière doit être la mère de toutes les politiques dans le domaine de l’emploi. On peut ouvrir toutes les formations que l’on veut, si l’on ne les remplit pas cela ne sert pas à grand-chose. Dès lors, changer de logiciel en matière d’orientation doit être une priorité politique absolue, en tous cas dans ce secteur de l’emploi.

Vous êtes aussi connu pour votre action à la tête de l’Agglomération du Cotentin. Quel est le succès ou la politique dont vous êtes le plus fier depuis que vous la dirigez, à savoir depuis plus d’un an et demi ?

Ce n’est pas simple, car en choisir un implique d’en écarter un autre. Je vais me permettre alors d’en citer deux. D’abord, il y a eu un grand chantier, qui est celui de la mobilité dans le Cotentin. Nous sommes en train de multiplier par six les transports en commun, nous avons fait la tarification à 1 euro entre Cherbourg et Valognes, nous allons faire 490 points desservis transports à la demande d’ici cet été. Cela constitue donc une belle réussite. Il fallait tenir le cap quand on a mis en place ce chantier car il a suscité de la crispation voire du scepticisme. Mais je trouve qu’au regard des 20% de nos concitoyens qui n’ont pas de voiture et de ceux qui aspirent à se séparer de la deuxième, je me dis qu’on a eu raison de le faire, d’autant plus au jour où resurgit la problématique autour du prix du carburant. D’ailleurs, une des conditions d’attractivité d’un territoire c’est sa mobilité. J’aurais pu citer également, en premier exemple, ce que l’on fait en matière de santé avec les fauteuils dentaires ou sur les pôles de santé déambulatoires notamment. Mais je cite la mobilité car non seulement elle a été exemplaire je pense, et surtout car c’est une politique stratégique du Cotentin qui nous a permis de rattraper le retard qui était le nôtre sur ce sujet.

Ensuite, l’exemple des politiques de proximité. D’ailleurs, une agglomération c’est un peu cela : des grandes politiques stratégiques et des politiques de proximité. Ces politiques de proximité trouvent une illustration éclairante avec l’augmentation des fonds de concours réalisée au bénéfice des communes. En 2021, nous avons pu financer 76 projets dans 67 communes en le faisant dans des rénovations de sales des fêtes patrimoniales ou par l’extension d’écoles ou de maisons d’assistance maternelle que l’on a pu financer, entre autres. C’est aussi le sens d’une Agglomération que de faire au quotidien, et non pas seulement de dire. Par ailleurs, la création d’une cellule de soutien en ingénierie des communes de l’agglomération pour aider celles-ci dans la réalisation de leurs projets va, justement, permettre d’accélérer les projets sur le territoire et donc de donner du travail aux entreprises.

La droite de demain, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Avant de répondre à cette question, je tiens d’abord à affirmer que la fidélité est une valeur qui compte par-dessus tout. Dans ces temps troublés où les trahisons s’enchaînent et où les défections à l’égard des familles politiques se multiplient par opportunisme – c’est-à-dire pour l’obtention d’un poste – ou parce que la famille politique dans laquelle on est traverserait une période de difficulté, je tiens à dire que ces trahisons ne sont pas modernes, c’est peut-être le « nouveau monde » mais l’infidélité ne peut pas être moderne. Bien sûr, on a le droit de changer d’avis, d’idées mais l’on se doit de rester constant, fidèle et d’avoir une colonne vertébrale. Or, en politique, cela devient malheureusement trop rare. Ainsi, se poser la question de la droite de demain c’est d’abord y répondre en plébiscitant une droite fidèle, une droite fidèle à ses convictions.

Ensuite, j’aspire à une droite de demain qui parle aux classes populaires, comme c’est son ADN. D’ailleurs, l’on constate que, de plus en plus, la sociologie de la droite est celle des milieux populaires et/ou des classes moyennes.

La droite de demain doit se projeter dans l’avenir, d’autant qu’elle est profondément majoritaire dans notre pays. Globalement, elle l’a toujours été durant les vingt dernières années, mais dorénavant elle l’est de façon très nette. Ceci se ressent car l’on ne craint plus de s’affirmer de droite et car les nouvelles idées, aujourd’hui, sont à droite. Ainsi, la droite de demain doit être celle du courant majoritaire dans le pays qui la porte, celui attaché à la grandeur de la France et aux questions sociales. Il nous faut donc une offre politique de rupture et pas de gouvernement en réalité. J’espère que l’avenir de la droite sera fidèle et pas honteux, on a tout-à-fait le droit d’être fier d’être de droite dans notre pays, d’autant plus lorsqu’on est effectivement majoritaires !

La droite de demain sera une droite devant parler aux milieux populaires et qui assume son héritage. Celui qui appelle la grandeur de la France, une France ayant une place forte et singulière en Europe – c’est pourquoi je ne suis pas fédéraliste et très attaché à l’Europe des Nations – ; la droite de demain doit donc être attachée à la souveraineté. C’est aussi une droite qui devra faire retrouver la voix libre de la France dans le monde, car on attend de la France qu’elle envoie des messages au monde. Cette droite ne devra donc pas se résigner au déclassement de notre pays sur la scène internationale. Par ailleurs, c’est une droite qui se libère de ses réflexes peut-être trop classiques, notamment ceux d’un libéralisme pavlovien. On peut tout-à-fait être libéral sans vouloir renier l’État. Ceci fait sens avec ce que je disais précédemment, car pour parler aux milieux populaires l’État doit mettre en avant la participation, parler de la Nation, transmettre ses valeurs, assumer son rôle et sa grandeur dans le monde, ce qui implique aussi des postures très fermes sur la sécurité et l’identité. Bref, une droite qui, sans être nostalgique, assume son héritage gaulliste. Nicolas Sarkozy disait d’ailleurs un jour qu’à force de suivre toutes les modes, on en vient à être démodé soi-même, il a raison ; on doit donc porter notre héritage.

J’ajouterais aussi que l’avenir de la droite, je pense, survivra aux structures partisanes. Je n’ai pas de souci avec les partis politiques mais les idées de droite s’incarneront toujours, quels que soient les appareils qui la porteront. J’ai une sensibilité particulière à droite mais je crois aussi que ce qui fera la force de la droite de demain c’est sa diversité. Par exemple, je suis très attaché aux alliances avec les centristes, bien que je n’en sois pas un. Il faut préférer la diversité à la fusion ; c’est un équilibre qui n’est pas simple à trouver mais c’est aussi cela l’avenir. En effet, les structures qui incarneront la droite de demain ne devront pas être monolithiques mais devront faire vivre tous les courants.

Propos recueillis par Romain Lemoigne pour Droite de Demain