(Entretien) Ferreol Delmas, « s’il y a bien une idée écologique qui est fondamentale c’est celle de l’enracinement
(Entretien) Ferreol Delmas, « s’il y a bien une idée écologique qui est fondamentale c’est celle de l’enracinement

(Entretien) Ferreol Delmas, « s’il y a bien une idée écologique qui est fondamentale c’est celle de l’enracinement

Bonjour Monsieur Delmas, tout d’abord, qu’est-ce que l’écologie pour vous ?

Étymologiquement, c’est le lien entre l’Homme et son environnement, la manière dont l’Homme aménage son cadre de vie. 

Pour moi, s’il y a bien une idée écologique qui est fondamentale c’est celle de l’enracinement développé par la philosophe Simone Weil. Elle explique que l’enracinement est le fait d’être amoureux de son territoire, de vouloir le meilleur pour son terroir. L’écologie est donc naturellement indissociable de l’environnement.

C’est un sujet qui revient de plus en plus dans l’actualité et la sphère médiatique. L’écologie est devenue l’urgence de notre siècle ?

Pour notre génération, c’est devenu le premier sujet de peur et, à la fois, d’espoir. Peur avec le sujet de l’éco-anxiété, aura-t-on encore une planète demain ? Mais aussi de l’espoir pour d’autres à travers l’innovation. C’est donc un champ qui traverse à la fois toutes les générations, mais aussi tous les systèmes partisans : que l’on soit de droite, de gauche ou d’ailleurs. Tout le monde est touché par ces questions.

Vous dirigez un think-tank écologiste de droite. Peut-on être écolo et se revendiquer de droite ?

Tout-à-fait ! Étant donné que l’écologie est la manière dont l’on aménage notre cadre de vie, il est incompréhensible que la droite n’ait pas de politique environnementale tout comme que la gauche n’ait pas une vision de l’immigration… 

C’est un sujet qui traverse tous les pans de la société, donc la droite a tout-à-fait le droit de parler d’écologie comme la gauche. C’est un thème qu’il faut travailler et la droite ne l’a pas assez fait. Nous nous attelons à le faire avec des jeunes de droite, du centre et non encartés.

On trouve le mot “Responsable” dans le nom de votre think-tank. L’écologie est avant tout une affaire de responsabilité ? Si oui, est-elle d’abord individuelle ou collective ?

Alors oui et non. C’est-à-dire que le nom “Responsable” a été choisi en raison de l’éthique de responsabilité. Nous pensons qu’individuellement on peut changer les choses et avancer. Nous croyons en l’Homme. Ce dernier est capable de faire les bons choix en responsabilité justement.

Néanmoins, je partage, pour partie l’analyse du dernier livre de Camille Étienne explique qu’avec les écogestes, on déresponsabilise aussi la société. Les Français effectuent de petites actions quotidiennes, ce qui ne pousse pas à l’État d’agir de manière importante. Il ne faut pas que les institutions oublient qu’elles ont un travail à effectuer et en laissant les individus agir seuls.

En quoi une proposition écologique de droite serait plus intéressante que celle de la gauche ?

Quand on est de droite on a en soi la volonté d’être un partisan de la liberté.  Nous reposons notre écologie sur deux piliers : en premier c’est donc l’enracinement et deuxièmement l’innovation. C’est l’idée de se dire que l’on veut proposer une politique environnementale qui soit attachée fermement aux territoires avec une subsidiarité très forte et de l’autre côté une politique innovante en permettant aux entreprises de se saisir de l’écologie pour produire et pour ne pas régresser.

On ne tombe donc pas dans une forme d’idéologie qui enferme avec une récupération de l’écologie sur une grille raciale ou sociale donc on n’utilise pas l’écologie comme une nouvelle lutte des classes mais plutôt comme une solution d’émancipation personnelle mais aussi collective.

On sait que les échanges mondiaux sont responsables d’énormément d’émissions de gaz à effet de serre. Pour être cohérente avec l’envie de suivre un réel programme écologique, la droite devra-t-elle se défaire d’une forme de libéralisme “débridée” ?

Tout-à-fait. En fait il y a deux formes de libéralisme : il y a tout d’abord un libéralisme politique, avec des penseurs comme Alexis de Tocqueville ou encore Raymond Aron, avec une volonté de ne pas entraver les libertés individuelles ; ensuite, l’on a un libéralisme plus « mondialiste » qui se fonde sur un modèle d’échanges débridé. On importe ainsi des produits qui ne répondent pas à des règles et des normes de respect des droits humains ou du droit environnemental.

Être de droite ne veut pas dire complètement abandonner la place de l’Homme et des territoires et nous faisons énormément de mal à nos territoires en important des produits fabriqués de manière complètement aberrante à l’autre bout du monde. On doit défendre un projet fait de produits locaux, de circuits courts et en fait d’enracinement sans oublier que nous sommes des libéraux. Pour résumer, il faut être des libéraux à l’intérieur et ferme avec l’extérieur.

La question de l’énergie est intimement liée à celle d’écologie. Comprenez-vous aujourd’hui le débat qu’il y a autour de l’énergie nucléaire qui n’émet pas de carbone ? La droite a-t-elle raison, aujourd’hui, de continuer à défendre cette source d’énergie ?

Nous sommes à 100  % pour le nucléaire et cela doit être une source principale d’énergie. Après il y a ce qu’on appelle le mix énergétique.

Nous avons envoyé un questionnaire à nos membres et sympathisants ce qui représentent un panel de 1 500 réponses de personnes de droite pour savoir quel mix énergétique choisir pour la France. Ce qui est intéressant c’est que les jeunes de droite ne sont pas forcément que tournés vers le nucléaire. Beaucoup sont pour le nucléaire avec une volonté de renforcer la sécurité nucléaire. Mais on retrouve également des volontés de se tourner vers l’énergie hydraulique mais aussi vers l’hydrogène notamment. Le solaire sur le toit des immeubles non visibles est une bonne idée par exemple !  Quand on est de droite avec une vision gaulliste, il faut regarder toutes les alternatives et ne pas être idéologue. Il ne faut pas s’interdire de réfléchir à ce qu’il y a de bien à côté du nucléaire.

Il faudrait que la France soit pionnière dans le stockage et la production de l’hydrogène pour devenir une puissance plus importante avec une énergie plus verte.

Comment se comporte-t-on en tant qu’écologiste de droite ?

Je pense que l’on se comporte d’une manière à vouloir faire le mieux pour son pays. L’on doit avoir une forme de patriotisme écologique en faisant attention aux petits gestes du quotidien sans oublier l’idée de nation  et aussi en rejoignant notre think-tank !

Propos recueillis pas Théo Dutrieu

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