(Entretien) Geoffroy Boulard, “La première nécessité est de réparer Paris”
(Entretien) Geoffroy Boulard, “La première nécessité est de réparer Paris”

(Entretien) Geoffroy Boulard, “La première nécessité est de réparer Paris”

Créateur, Crédit Photo : Joséphine Brueder/Ville de Paris 

Geoffroy Boulard est maire du XVIIème arrondissement de Paris et Vice-président du grand-Paris chargé de la communication et de l’innovation numérique.

Quel est le rôle d’un maire d’arrondissement ? Quelles sont ses prérogatives ?

Le maire d’arrondissement, c’est un statut défini depuis les années 80 par la loi Paris, Lyon, Marseille et qui structure les trois plus grandes villes de France en arrondissements et en secteurs. L’arrondissement n’a pas le pouvoir d’une mairie de plein exercice. Par exemple, nos voisins de Levallois-Perret ou de Clichy sont dotés d’une personnalité morale. Les arrondissements travaillent en tutelle avec la mairie centrale. Ainsi, nous assurons les fonctions de base. Ce sont d’abord des missions de proximité, d’autant plus dans des villes aussi immenses que Paris. Le XVIIème représente le sixième arrondissement en termes de population à l’échelle parisienne. C’est l’équivalent d’une ville comme Toulon. Nos missions sont avant tout l’état civil, avec les naissances, les mariages, les fonctions de titre également. Après, sur les politiques publiques, la mairie d’arrondissement est dotée de petites dotations d’animation locale. On peut donc développer une politique culturelle, sociale et associative. La dotation est fixée par la mairie centrale selon des critères établis par délibération du Conseil de Paris. Au passage, nous contestons cependant ces critères, car nous considérons que pour l’ouest parisien, l’aspect économique n’est pas assez mis en avant dans ces dotations. Puis, nous avons des dotations de gestion locale des équipements. Une cinquantaine d’établissements scolaires sont à entretenir. D’autres dotations existent, en collaboration avec les services déconcentrés de la mairie, notamment les services techniques ; 2000 agents déconcentrés dépendent de la mairie du XVIIème. Nous sommes l’interlocuteur de proximité sur de nombreuses politiques publiques.

Quels ont été les principaux chantiers de votre mandat dans le XVIIème ?

J’étais le 1er adjoint de Brigitte Kuster, qui est devenue députée en juin 2017 et à qui j’ai succédé. Mes premières années de mandat ont été consacrées au renforcement des liens entre la Mairie d’arrondissement et les 168 000 habitants qui y vivent. Agir par la proximité et la présence sur des sujets du XVIIème : sécurité, animations culturelles qui sont très importantes, accompagnement de grands projets d’infrastructures, transports. Il fallait effectuer ce travail d’information auprès des habitants afin qu’ils sachent comment ces politiques impacteront leur vie quotidienne. Il y avait aussi un grand chantier d’urbanisme, avec l’émergence d’un nouveau quartier composé de 50 ha, d’un parc de 10 ha et de 3500 logements. Le lien avec les entreprises est très prégnant ici ; on a 100 000 m² de bureaux. Même si elles occupent des lieux privés, on a un lien fort avec la mairie qui développe des politiques à destination de nos demandeurs d’emploi. Nous favorisons l’emploi local : même dans Paris, c’est très tendance de recruter autour de son siège social. Cela nous permet d’avoir un grand dynamisme économique avec de grands groupes tels qu’EDF ou Canon. Nous devons mettre en place les conditions nécessaires pour voir ces entreprises, et les salariés s’épanouir dans notre arrondissement. 

Pouvez-vous nous faire un petit état des lieux du spectre politique parisien ? Les forces de la droite en présence ?

A Paris, nous sommes le plus grand groupe en termes d’élus siégeant au Conseil de Paris ; ce Parlement de Paris est constitué d’élus issus des élections municipales par les habitants, au prorata du résultat des listes dans les arrondissements et de la population de ces arrondissements. Dans le XVII, ce sont 10 élus qui siègent au sein du groupe Changer Paris, composé de 56 conseillers de Paris sur les 163 que compte le Conseil de Paris. Il est devant le PS qui en compte 55. Puis, d’autres groupes existent comme les verts, les communistes, le MoDem qui a fait campagne avec nous et qui a créé son groupe, un groupe de marcheurs, anciennement de droite et de gauche. Le Rassemblement national n’est pas représenté à Paris. Au sein de notre groupe Changer Paris, la présidente est Rachida Dati, qui nous a représentés en tant que tête de liste aux dernières municipales. Rachida a permis à la droite de se relancer, de s’identifier à Paris, et ainsi d’être représentée à quasi tous les arrondissements de Paris, à l’exception du 10ème. C’est un arrondissement dur pour la droite car très socialiste. Notre groupe est soudé et se base sur un renouvellement, avec des jeunes comme Nelly Garnier, François-Marie Didier, Rudolph Granier. C’est une équipe qui fonctionne bien et qui a une volonté clairement affichée d’exister et de se faire entendre ! Comme le Parti socialiste n’a pas la majorité, notre rôle ne cesse d’augmenter car la maire est otage des verts. Ces idéologies représentent très clairement la nouvelle extrême-gauche, la présence d’Alice Coffin en est la preuve. Le PS est très gêné sur ces sujets car il a fait élire sur ses propres listes ces gens-là. Aux régionales, n’oublions pas que, par l’intermédiaire de leur tête de liste Audrey Pulvar, ils se sont alliés à La France Insoumise et aux verts. C’est une dérive idéologique. Pour en revenir au renouvellement de nos listes, j’ai dans le XVIIème le benjamin du groupe qui est Paul Hatte. La droite a rajeuni à Paris.

La droite peut-elle rediriger la ville de Paris, comme ce fut le cas sous Jacques Chirac ou Jean Tibéri ?

La loi Paris, Lyon, Marseille a redécoupé les arrondissements. La difficulté pour la droite est de reproduire ce que Jacques Chirac avait fait, c’est-à-dire le grand chelem qui permet de gagner Paris. Je ne fais pas partie des gens qui critiquent le découpage actuel. Il faut aller reconquérir les territoires, c’est aussi simple que cela. Comme dans n’importe quelle ville de gauche, il faut travailler à proposer une véritable alternative pour les Parisiens. C’est aussi valable dans l’est parisien. Nous ciblons le XIIème, le XIVème… Le centre de Paris évolue et on a constaté de très bons scores durant les régionales dans cette zone. Si l’on fait basculer le XIVème, et Paris centre puis un coup du destin sur le XIIème, on gagne Paris. Donc, trois arrondissements clés et il faut maximiser nos voix sur l’ouest. Il n’y a pas de fatalité. Si j’ai un conseil à donner à ces jeunes qui s’investissent dans ces arrondissements défavorables, c’est du travail de tous les aspects. Par exemple un arrondissement comme le XXème c’est 200 000 habitants avec des problématiques nombreuses et variés. Il n’y a pas de secret, il faut se faire connaitre, relayer la parole des habitants, être présent pour les gens et les aimer. Ce n’est pas la tête de liste qui nous fera gagner, elle est importante pour la dynamique mais il faut un ancrage de nos candidats. Anne Hidalgo est en perte de vitesse car elle n’a pas su donner à Paris son éclat et n’a pas géré la propreté, la sécurité, la lutte contre la pollution… Beaucoup trop d’idéologie et je le regrette. Nous avons un boulevard pour 2026, mais il faut commencer à le préparer sur le terrain.

Anne Hidalgo a été largement réélue à l’occasion des municipales de l’année dernière, quel est votre regard sur sa politique de la ville ?

Anne Hidalgo applique une politique idéologique et dogmatique sur tous les sujets. Elle est très à gauche sur des sujets comme la sécurité. La police municipale ne sera pas armée… et n’aura pas de commissariat local. Les maires d’arrondissement n’ont pas suffisamment de pouvoirs. Elle va nous expliquer que sur la propreté on aura des pouvoirs, ce qui est totalement faux. La mairie fait beaucoup de communication mais ça ne se traduit pas dans le concret. Je n’ai pas la propreté en responsabilité, ni les agents en management. C’est la ville de Paris qui l’a. Il y a un vrai problème de dialogue social qui se matérialise par des conflits avec les partenaires sociaux. Elle a dévalué les métiers de la ville. Pourtant, des candidats de toute la France se battaient pour pouvoir passer ses concours. Je pense aux parcs et jardins dont Paris était l’excellence. Désormais on a du mal à recruter des jardiniers dans Paris car on a une conception de l’espace public qui est totalement anarchique. Le mouvement « Saccage Paris », arrivé après l’élection municipale a démontré cette non-gestion. J’avais dénoncé cette insalubrité il y a 3 ans avec la lutte contre les rats. La ville ne prenait pas au sérieux cette menace et j’ai même dû mettre moi-même en place un dispositif de brigades pour lutter contre ce phénomène. Pourtant, je n’avais pas la compétence mais j’étais bien obligé, pour aider les habitants, de réagir. La Gauche est là depuis bien trop longtemps, et n’arrive plus à gérer sa majorité. Il est temps que Paris tourne la page et la droite devra s’y préparer. 

Votre vision de Paris du futur ?

La première nécessité est de réparer Paris. Cela passe par le quotidien : sécurité, police municipale armée, commissariat d’arrondissement, avec une action concrète auprès des bailleurs sociaux. Une bonne coordination avec la police nationale est essentielle avec des effectifs visibles sur le terrain qui verbalisent et font appliquer les règlements municipaux. Nous devons réaffirmer que vivre ensemble, c’est respecter des normes. Deuxième sujet, c’est la propreté. Il faudra certainement passer par une augmentation des prérogatives des maires d’arrondissement. Ne craignons pas de privatiser un certain nombre de tâches. Il faut du courage pour affronter l’administration parisienne et ses 50 000 fonctionnaires. Nous devons être capables de dire qu’il existe des missions régaliennes, et d’autres que nous allons sous-traiter. Cela étant, il y a tout le sujet de la transition écologique. Les bouleversements climatiques toucheront notre capitale. Paris est très dense, avec des enjeux sociaux de fortes chaleurs, la création d’EHPAD, il n’y en a plus. La population des plus de 65 ans va exploser. Comment doit-on vivre avec les enjeux climatiques ? La Droite doit y répondre mais avec beaucoup de pragmatisme. Nous devons agir au niveau de l’écologie. Rappelons aussi que les pistes cyclables avaient été mises en place par Jean Tibéri, le tramway aussi. Avec Jacques Chirac, nous avions rendu la ville propre et nous devons être dans cette lignée afin que Paris redevienne une terre d’accueil attractive pour les habitants. Vivre à Paris, cela doit être facile. 

Quelle droite portez-vous ? 

Je crois beaucoup à la liberté, notamment celle de l’entreprise. Je suis issu du milieu de l’entreprise et j’y ai toujours une activité. La puissance publique ne peut pas tout faire et il faut qu’elle puisse s’appuyer sur le citoyen qui a envie de faire des choses. Si j’ai mis en place un nombre important de dispositifs de participation citoyenne, c’est en collaboration avec les habitants. Faire preuve d’humilité quand on est élu et donner la chance aux jeunes de s’engager sont essentiels. Evidemment cette liberté doit passer par la responsabilité. Je déplore aussi le manque d’autorité dans cette ville. Les habitants doivent voir en se levant un agent des services publics ; nous devons remettre de l’humain là-dedans. Comme il existe des disparités dans Paris, il est essentiel de garder à l’esprit la solidarité. Il faut un rééquilibrage entre les arrondissements et ça passera par l’urbanisme et une politique sociale. La qualité des services sociaux est bien trop hétérogène. Je suis sur ce triptyque : liberté, responsabilité et solidarité.

Propos recueillis par Paul Gallard