(Entretien) Julien Ravier, « Le politiquement correct, la démagogie intellectuelle et la bien-pensance de gauche ont gangréné le débat public »
(Entretien) Julien Ravier, « Le politiquement correct, la démagogie intellectuelle et la bien-pensance de gauche ont gangréné le débat public »

(Entretien) Julien Ravier, « Le politiquement correct, la démagogie intellectuelle et la bien-pensance de gauche ont gangréné le débat public »

Julien Ravier est député Les Républicains des Bouches-du-Rhône.

Bonjour monsieur le député, une nouvelle fois, un homme est tabassé à mort à Montauban. Est-ce le symptôme d’une société ensauvagée ? Êtes-vous d’accord avec ce terme ?

J’ai toujours eu tendance à me méfier de ces termes valises. En tout cas, si aujourd’hui on cesse le politiquement correct – qui crée un véritable clivage entre les citoyens et les hommespolitiques – on peut appeler cela ensauvagement ; je constate que l’on est dans une société ultraviolente. La France a un statut assez différent des autres États européens. Oui, il y a une augmentation de la violence dans le monde entier, mais la France a ses cas particuliers et ils méritent d’être traités au premier plan par le futur président de la République. 

Quels sont ces cas particuliers ?

En France, il n’y a plus d’autorité de l’État et de respect de l’ordre public, en particulier dans certains quartiers sensibles. Ce n’est pas le cas chez nos voisins européens. En Espagne, il existe des problèmes d’économie parallèle et souterraine, c’est une route de la drogue mais ça n’entraine pas de zones de non-droit et les policiers sont très respectés. En Allemagne, l’immigration est très importante, avec une vision d’intégration par le travail, mais leurs commissariats ne sont pas attaqués. On pourrait dire la même chose pour l’Autriche et l’Italie. On tend des embuscades aux services publics de notre pays, des commissariats sont attaqués, des policiers attaqués, et le respect de l’uniforme a totalement disparu, et en plus, on égorge des professeurs ! Je suis un élu marseillais, je connais bien ces problématiques et, pour moi, c’est devenu la priorité numéro une. Là-dessus, Emmanuel Macron a failli totalement. Dans cette cinquième année, celle du candidat Macron, il essaye tant bien que mal de raccrocher les wagons avec des annonces par exemple sur le renforcement des unités policières à Marseille. Je me bats pour cela depuis des années, depuis que je suis entré à l’Assemblée nationale. 

Au moment de la loi Sécurité globale, on voulait donner plus de pouvoir à la police municipale. À mon avis, il faut en faire une sorte de police nationale afin de recentrer cette dernière sur les missions régaliennes : lutte contre le grand banditisme, la drogue, la criminalité et la violence. Pour autant, cela ne doit pas masquer le manque cruel d’effectif de police. La réalité en France c’est que nous n’avons pas assez de policiers. D’abord, il faut des moyens : des uniformes, des équipements ultramodernes car ce n’est pas possible d’avoir des délinquants mieux équipés que nos policiers, des véhicules. On doit avoir des « robocops », donc ça demande plus de moyens ! 

Comment aider notre police ?

On peut travailler sur une réforme structurelle en immobilisant des policiers dans les commissariats, ils ne sont pas dans la rue pour protéger et faire leur travail d’enquête… Nous devons faire une réforme du dépôt de plainte avec des administratifs qui deviendraient des officiers de la police judiciaire (OPJ), formés et qui déchargeraient ainsi nos policiers. C’est ce que demandent nos policiers. Les syndicats de police ne font que le dire, ils ne sont plus occupés par leurs missions premières. L’augmentation du budget est fondamentale bien entendu. La question de la revalorisation de leur activité l’est tout autant, ils risquent leur vie à tous les coins de rue et leur carrière ne prend pas en compte cette prise de risque. Des chasses aux policiers sont organisées ! Ces citoyens méritent une revalorisation salariale et on doit retravailler sur le système de carrière. C’est capital dans le processus de réaffirmation de l’autorité étatique. Pour respecter la police, il faut qu’elle soit à un certain niveau. Une fois ce travail effectué, appliquons enfin une tolérance zéro. Tout acte ou agression envers une personne dépositaire de l’autorité publique doit être sévèrement sanctionné. Éric Dupont-Moretti, avec son idéologie socialisante, s’oppose aux peines planchers car elles seraient « non-dissuasives ». Il va droit dans le mur. Une peine ne doit pas être forcément dissuasive mais être juste et exemplaire, proportionnelle à l’acte commis. La peine plancher représente une exemplarité de la sanction et participera à la confiance du citoyen envers notre justice.

Le citoyen ne fait plus confiance à la justice ?

Notre justice est trop lente et n’est pas exemplaire. En faisant son bilan, on s’aperçoit que les peines ne sont pas exécutées. On a besoin d’avoir une réponse pénale plus rapide, plus juste,et les peines minimales y participent. Elles seront d’autant plus efficaces lors d’agression des forces de protection. Aidons aussi nos magistrats car ils sont en nombre insuffisant. Nous proposons avec Les Républicains un Plan Marshall de la police et de la justice. Plus de moyens pour plus de magistrats et plus de greffiers afin d’avoir des comparutions directes pour un certain nombre de crimes et délits. Une affirmation de ce pouvoir régalien permettra d’exercer toutes les autres formes de libertés. Sans autorité, la société se fracture et se radicalise, dans un sens comme dans l’autre et le rassemblement devient impossible. Emmanuel Macron, avec son en même-temps, ne fait qu’accentuer la fracture sociale. La gauche pollue le débat politique avec les « bavures policières ». Il y a bien sûr des abus de pouvoir qu’il faut sanctionner, et c’est déjà le cas,mais la réalité c’est la centaine de policiers agressés chaque jour alors qu’ils rendent service à la nation. Gérald Darmanin essaie de sauver les meubles en faisant une politique de droite mais c’est trop tard, les policiers n’ont plus aucune confiance envers le Gouvernement. Il est grand temps de développer une politique de droite efficace. 

 

Quel bilan régalien d’Emmanuel Macron ?

Pourquoi un plan Marshall de la sécurité ? La délinquance explose et les peines en parallèle demeurent dérisoires. Actuellement, on a le record de coups et blessures volontaires, ce n’est pas un sentiment d’insécurité mais une réalité, et c’est chiffré. Le nombre d’homicides est au plus haut depuis 10 ans. On est dans une société de la violence et dans laquelle le laxisme règne. Les promesses qui ont été faites sur le nombre de places prisons n’ont pas été réalisées. On sait qu’il faut entre 15 et 20 000 places de prison supplémentaires, c’est compliqué certes mais pas du tout impossible à partir du moment où vous vous affranchissez des règles morales de la bien-pensance de gauche. Certains territoires sont prêts à accueillir ces prisons. Oui, elles sont loin des familles des prisonniers et donc on peut avoir des recours, mais on a du foncier en France ! Si l’on décide réellement de les construire,on a les moyens de le faire. Emmanuel Macron avait promis 15 000 places en 5 ans, ce n’est même pas la barre des 4000 qui a été dépassée. Sur les agressions de policiers, c’est une augmentation de 21 % en 3 ans. Là-encore, le Président est à côté de la plaque malgré des gesticulations sur des textes législatifs ou des mesurettes cosmétiques. Forcément, c’est mathématique, ça entraine une baisse de l’autorité de l’Etat et une hausse proportionnelle de l’insécurité. Encore plus parlant, on connait actuellement une baisse record du nombre de personnes incarcérées, non pas que la délinquance baisse comme on a pu le démontrer mais par laxisme on vide les prisons. C’est moins qu’à l’époque de Christiane Taubira et pourtant elle était très laxiste. On a besoin de cette réforme de la justice ! 

 

Faites-vous un lien entre insécurité et immigration ?

Forcément. Des chiffres existent avec l’augmentation de l’islamisme, l’immigration hors de contrôle et les statistiques sur les personnes qui commettent des crimes et délits. Au-delà de la problématique d’insécurité que génère l’immigration clandestine, on a une problématique d’absence d’intégration. C’est cette absence qui amène le séparatisme. L’immigration clandestine est le terreau du séparatisme et celui du terrorisme. Concernant la plupart des dernières attaques terroristes, on est sur une personne étrangère en situation irrégulière. Si l’on veut protéger réellement les Français, il faudra lutter contre l’immigration clandestine.

Au niveau des mesures, on doit d’abord passer par une réforme de la Constitution, on n’a pas le choix. Cela se fera par référendum et notre candidat à la présidentielle devra le porter et le faire gagner de manière massive. Cette réforme permettra de traiter de manière différente un européen d’un étranger en situation régulière, et un migrant. Quand un migrant arrive en France, des associations et l’État l’accompagnent dans sa demande d’asile. C’est là la grandeur de notre pays, et en aucun cas nous devons y revenir, mais comment traite-t-on, avec des délais de 1 an, ces personnes ? Est-on alors laxiste en les laissant partir dans la nature avec des risques sécuritaires ? Je souhaite qu’on mette en place des centres de demande de ces procédures et qu’on ait des endroits où ces personnes peuvent aller pointer. Ce n’est pas un traitement inhumain de leur demander de venir dormir à un endroit précis, que de pointer. N’allons pas non-plus jusqu’au cas du Danemark qui a extra-territorialisé ses migrants qui sont en voie de régularisation. Avoir ces centres de suivi est raisonnable. Encore une fois, il faut mettre des moyens.  

Avez-vous vu le film Bac Nord ? Est-il réaliste sur les conditions de travail dans les cités marseillaises ?

Je l’ai vu au Festival de Cannes à l’invitation de la région PACA. J’ai des amis dans la police et dans la justice marseillaise, et c’est bien une réalité. Ce qui est romancé dans le scénario c’est la lecture précise de l’histoire vraie de la Bac nord de Marseille. On est sur une photographie parfaite de la vie d’un policier de la Bac, aujourd’hui, à Marseille, et en particulier des affaires auxquelles il est confronté. C’est aussi assez réaliste sur l’ambiance de certains quartiers de la ville qui sont devenus de véritables zones de non-droit. Je fais partie des élus marseillais favorables à l’intervention de l’armée dans ces quartiers. Cela ne doit pas enlever le travail en amont dans les pays producteurs de drogue. J’étais maire du Sixième secteur de Marseille, le quartier est à l’arrêt. En ce qui concerne notre pays, quand on fait intervenir les CRS dans des quartiers, Les honnêtes gens sont les premiers heureux de ces interventions car ils retrouvent enfin un peu de vie tranquille. Dans ces quartiers, ne l’oublions jamais, les dealeurs ne sont qu’une toute petite minorité et la plupart du temps ils n’y habitent même pas pour éviter une forme de complaisance envers la population. On a affaire à des organisations très structurées qui sèment la terreur. La population en a assez, elle est obligée de cacher de la drogue quand il y a une descente de la police par des chouffes, et non par contribution mais bien parce qu’elle y est contrainte et forcée. 

Sécuriser ces quartiers n’est pas impossible. Dans de nombreuses villes, un travail de ce type a été effectué. Prenons par exemple la ville de New-York. Sous Rudy Giuliani, maire à l’époque, on apprenait l’anglais avec des articles de presse intitulés « New-York, la ville qui s’éteint à 17h ». Il a réussi àtotalement sécuriser la ville et les quartiers de non-droit, mais il a mis les moyens pour le faire. S’il faut aller jusqu’à l’armée, il le faut. Ce n’est pas surréaliste car en face, les voyous travaillent à l’arme de guerre et font un chiffre d’affaires démentiel. A Rio, ils ont déplacé un peu le problème mais ont quand même réussi à améliorer les conditions de vie dans les favelas avant les Jeux-Olympiques. La France est un grand pays et doit être en mesure de protéger les plus faibles. A part en Italie, à Naples, on a de la drogue et du deal mais les guerres de territoire ne sont pas aussi violentes, et les honnêtes gens en sont moins les grandes victimes. 

Quelle vision de la droite de demain ?

Les Français sont clairement à droite. Elle doit donc être décomplexée et assumée sans tomber dans l’extrémisme. Nous sommes les héritiers du Général de Gaulle, d’une Constitution. Je ne souhaite pas que la France se radicalise et craigne l’étranger. En revanche, je pense qu’il faut que nous protégions les Français et si cela doit passer par la lutte contre l’immigration illégale, nous le ferons. Ce qu’attendent les Français de notre droite, c’est un devoir d’honnêteté. Le politiquement correct, la démagogie intellectuelle et la bien-pensance de gauche ont gangréné le débat public et nous ont stigmatisés. Or, les Français ont compris ce jeu médiatique et savent qu’ils ont besoin des valeurs de droite : une sécurité retrouvée, une liberté assumée et des Français rassemblés. Certains ont pu croire qu’Emmanuel Macron était de droite, mais on voit bien que dans ses actions il ne l’est pas du tout. Finalement, cette absence de colonne vertébrale idéologique nous conduit vers l’inaction : qui stagne régresse. La France perd sur la scène internationale sa stature et il est grand temps de la retrouver. Cela passera par une droite qui met les moyens dans la sécurité car elle permettra de restaurer l’ordre public et l’exercice des libertés. Les Français attendent de nous une direction.

Propos recueillis par Paul Gallard, Vice-président de Droite de Demain.