(Entretien) Olivier Blond, « L’écologie est à la fois une affaire de responsabilité individuelle et de responsabilité collective »
(Entretien) Olivier Blond, « L’écologie est à la fois une affaire de responsabilité individuelle et de responsabilité collective »

(Entretien) Olivier Blond, « L’écologie est à la fois une affaire de responsabilité individuelle et de responsabilité collective »

Bonjour Olivier Blond, vous avez écrit un livre au titre explicite. Pour quelles raisons avez-vous écrit ce livre ?

Une part croissante de l’électorat de droite s’intéresse à l’écologie. En particulier dans la jeunesse, mais pas seulement. Malheureusement, elle ne trouve que trop rarement un écho à ses préoccupations dans les discours officiels. 

Inversement, toute une partie des écologistes se sentent de moins en moins représentés par EELV, des gens comme Sandrine Rousseau et l’alliance NUPES. Mais ils restent trop souvent prisonniers d’une équation fausse, celle qui postule que écologie = gauche. 

Il faut proposer une alternative, il faut permettre à ces gens de s’exprimer et surtout de se réaliser politiquement dans une vision écologique différente… à droite, donc. C’est la raison de mon livre.

Trouvez-vous que la droite est à la hauteur sur les questions écologiques ?

Historiquement, la droite française a fait beaucoup plus que la gauche sur ce sujet. Le premier ministre de l’environnement a été nommé par Georges Pompidou, la première campagne d’économies d’énergie a été menée par Valery Giscard d’Estaing, c’est Jacques Chirac qui a inscrit l’environnement dans la constitution et Nicolas Sarkozy qui a fait le Grenelle…

Mais pendant des années, la droite a laissé la gauche kidnapper ce sujet dans l’opinion publique et a hésité à s’en emparer, pour de multiples raisons que j’explique dans mon livre. Heureusement, cela change. Lentement, mais clairement, les élus locaux (dont je suis), mais aussi quelques personnalités, s’emparent du sujet. Lors de la récente « Nuit de l’écologie » organisée par LR, la participation d’Eric Ciotti et de Bruno Retailleau a montré que c’était aussi le cas de la direction du parti.

Qu’est-ce qui distinguerait, selon vous, une écologie de droite de celle proposée par la gauche ? Pourquoi une offre écologique de droite serait plus pertinente que celle de gauche ?

La première et la plus importante opposition porte sur la décroissance. Contrairement à ce que veulent nous faire croire quelques bobos moralisateurs, celle-ci est synonyme de pauvreté. Et il est paradoxal que la gauche, qui devrait protéger les plus démunis, défende cette idée antisociale. A l’inverse, créer de la valeur est indispensable pour permettre les investissements nécessaires à la transition écologique. Des dizaines de milliards d’euros seront nécessaires en France, chaque année. Et bien plus à l’échelle mondiale. C’est ce que montre le récent rapport Pisani, ou l’Inflation Reduction Act(IRA) américaine. Sans croissance, pas d’investissement, et donc pas de transition. C’est exactement l’inverse de ce qu’affirment les écologistes de gauche.

Parmi les nombreuses conséquences que cela implique, il y a celle-ci, fondamentale : il faut réindustrialiser la France et il faut augmenter la production agricole de notre pays. 

Produire plus mais produire mieux, plus écologiquement, cela porte un nom : le découplage. Même le GIEC en parle dans ses rapports. C’est ce qui se passe quand l’économie continue à croitre, le PIB d’augmenter, et dans le même temps, que les émissions de CO2 diminuent. En France, les émissions ontdiminué de 25%, et le PIB a été multiplié par 2 ! On est sur la bonne voie ! S’il est possible de diminuer les émissions de CO2 tout en augmentant la production, alors ce n’est plus la planète mais le baragouin décroissant qui s’effondre.

L’électorat de droite est, selon les sondages, en grande partie climato-sceptique. Comment expliquez-vous cela ?

C’est largement faux, pour deux raisons. Tout d’abord parce que des sondages plus récents, comme celui réalisé par Kantar pour Ecologie responsable montrent au contraire que l’électorat de droite est désormais très préoccupé par l’écologie. Ensuite parce qu’il y a actuellement une forme de manipulation autour du terme de climato-scepticisme. Il y a 20 ans, le terme désignait des anti-science ou des lobbystes de l’industrie pétrolière. Aujourd’hui, le terme est utilisé par la gauche bien-pensante pour discréditer celles et ceux qui ne pensent pas que la décroissance nous sauvera, et qui – quel scandale ! – cherchent des solutions dans la technologie ou l’économie. Le journaliste du Monde Stéphane Foucart affirme ainsi que le « techno-solutionisme » serait « le dernier avatar du climatoscepticisme ». C’est malhonnête.

Quelle est pour vous la valeur fondamentale sur laquelle reposerait une politique écologique idéale ?

L’écologie est prisonnière, à gauche, d’une vision moralisatrice, et cela empêche toute réflexion sérieuse. Pour paraphraser Nietzsche : il faut sortir de la moraline. C’est ainsi que je pense que la dimension fondamentale d’une écologie de droite n’est pas morale mais pragmatique. Les gens veulent résultats plus que des sermons. 

En Ile-de-France, où je suis élu, je le constate tous les jours. Notre majorité déploie de très nombreux projets, nous construisons des pistes cyclables, de nouvelles lignes de transports en commun, nous diminuons nos émissions de CO2,… Et pendant ce temps, la gauche fait des discours moralisateurs mais ils nous ont laissé la région dans un état lamentable. 

Par ailleurs, je ne pense qu’il y a une diversité intellectuelle dans le monde écologiste qu’il faut rappeler et défendre, plutôt que d’essayer, comme l’a fait la gauche, de l’enfermer dans une pensée unique.  A droite, l’opposition entre conservateurs et libéraux se traduit par des différences entre une écologie « enracinée », une écologie « intégrale », une écologie de l’économie verte ou encore une autre centrée sur le protectionnisme et le nationalisme. Cette diversité des écologies et des valeurs de droite est une richesse et une force.Il n’y a pas une écologie idéale meilleure que d’autres.

Est-ce que l’écologie est avant tout une affaire de responsabilité individuelle ou alors de responsabilité collective ?

Là encore, poser la question en ces termes, c’est reprendre les outils intellectuels de la gauche. Et c’est un piège. L’écologie est à la fois une affaire de responsabilité individuelle et de responsabilité collective – comme toutes les transformations de notre société. Les deux sont intimement liées dans notre monde. Les opposer, c’est opposer les méchants capitalistes aux gentils citoyens, et c’est, au mieux, une niaiserie.

L’exemple du pétrole est parlant. Demander à Total d’arrêterde forer n’a aucun sens. Tant qu’il y aura une demande, cela reviendra à demander à l’Arabie saoudite, à l’Algérie ou au Kazakhstan, de produire plus. Est-ce que cela aurait un impact environnemental ? Absolument pas. En revanche cela aura un impact social et économique négatif pour nous. Il faut donc d’abord diminuer la demande. Et ce sont tous les individus qui prennent la voiture, ou tout ceux qui consomment des produits livrés par camion qui sont responsables. Mais certains ont moins le choix que d’autres, par exemple ceux qui habitent à 50 km de leur travail. C’est donc aussi l’État et les collectivités, avec leurs politiques d’urbanisme, de logementet de transport collectifs qui sont responsables. Ou les producteurs de voiture électriques, ceux qui les achètent, ceux qui installent les recharges, ceux qui mettent en place les subventions … Et donc c’est une responsabilité partagée, et chacun peut et doit faire sa part.

Il faut réconcilier écologie et économie, non pas pour justifier l’inaction, mais pour comprendre la meilleure manière de transformer le monde. 

Quelle est, pour vous, l’écologie de droite pour demain ?

C’est avant tout la relocalisation de l’économie et de l’agriculture, autour d’un nouveau contrat social pour une production verte et des emplois responsables.

Olivier Blond

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