(Entretien) Olivier Piacentini, Les peuples “ne veulent pas que leur pays se fonde dans le mondialisme”
(Entretien) Olivier Piacentini, Les peuples “ne veulent pas que leur pays se fonde dans le mondialisme”

(Entretien) Olivier Piacentini, Les peuples “ne veulent pas que leur pays se fonde dans le mondialisme”

Olivier Piacentini est essayiste. Il est l’auteur de l’essai « Le mirage mondialiste : comment l’oligarchie manipule l’opinion ».

Vous dénoncez dans votre essai une « oligarchie mondialiste » mais comment se matérialise-t-elle concrètement ?

L’oligarchie mondialiste est composée de personnes qui dirigent essentiellement des multinationales, des grandes banques et des grandes entreprises du numérique. Cette oligarchie se retrouve sur des intérêts bien particuliers, comme celui de la disparition des frontières et des États parce que c’est conforme à leurs intérêts. Cela leur permet de faciliter les échanges de produits, de capitaux, les rapprochements économiques qui permettent de s’enrichir.

Au niveau des médias, sont-ils souvent considérés comme une partie-prenante de l’absorption et de la reproduction des idéologies et de quelle manière sont-ils utilisés par les mondialistes ?

Les médias sont un élément au service de cette oligarchie. C’est particulièrement vrai en France. Reporter sans frontières avait pointé la liberté de presse en France, en soulignant que toute la presse française est détenue par neuf groupes qui appartiennent à des milliardaires et avait fait la remarque que la plupart des médias sont utilisés par ces propriétaires comme des outils d’influence. On voit bien qu’il y a un « discours médiatique » et de plus en plus un « interdit médiatique », c’est-à-dire que les médias s’interdisent de dire certaines vérités et de mettre en avant certains sujets. Avec l’essor des réseaux sociaux, certains sujets remontent à la surface et les médias sont obligés de les récupérer. Certains faits divers sont euphémisés et on travestit parfois la réalité. On camoufle les prénoms et noms des auteurs de violence. Il y a une orientation particulière des rédactions. C’est visible au niveau de l’information mais également dans le divertissement : série TV, films, spectacles, etc.

L’idéologie mondialiste s’est au départ développée à travers des organisations supranationales (Union Européenne, ONU), mais ce canal idéologique s’est-il fait substituer par les multinationales ?

Pour moi, l’idéologie mondialiste a toujours été portée par les multinationales et les banques. Les institutions que vous décrivez ont été créées par ces mondialistes pour diffuser leur idéologie. A partir de 1945, c’était dans le contexte – et c’est compréhensible – où les gens ont voulu tout faire pour éviter une nouvelle guerre. Afin d’éviter cela, il fallait pour eux une coopération internationale. Les mondialistes se sont donc servis de cet état d’esprit d’après-guerre et des hommes politiques qui ont fondé ces organisations. Aujourd’hui, nous avons d’année en année un rapport de force qui évolue, avec des banques et entreprises de plus en plus riches et de l’autre côté des Etats qui s’affaiblissent car la mondialisation les a appauvris. Les entreprises ont un monde de plus en plus ouvert et s’enrichissent donc. On se retrouve avec des oligopoles financiers secteur par secteur, de plus en plus concentrés.

Le classique de Francis Fukuyama est de voir le marché mondial remplacer les Etats, on sent que la loi du marché est supérieure à l’identité nationale. La conjoncture internationale semble démontrer le contraire avec un retour du réalisme, donnent-elle espoir en un retour des Etats-nations ?

Bien sûr. Afin d’arriver à un monde sans frontières, les promoteurs du mondialisme font de la propagande pour aboutir à un Homme nouveau débarrassée des identités nationales et religieuses. Il aurait pour pays le monde entier : le citoyen du monde. Je n’ai jamais cru en cet Homme nouveau. L’Homme vrai se rebelle, il pouvait adhérer à certaines évolutions du mondialisme (rapprochement avec les peuples, libertés). Il voit désormais que cela va trop loin et que cela torture son identité. Il se rebelle partout dans le monde. Il s’est rebellé aux Etats-Unis avec Donald Trump, en Angleterre avec le Brexit, dans l’Europe de l’Est, en France mais aussi en Inde, au Brésil et en Turquie. C’est le même principe qui gagne de partout : les gens ne veulent pas que leur pays se fonde dans le mondialisme. Ils se rattachent alors à leur identité.

Peut-on concilier liberté du marché et souverainisme ?

Donald Trump en est un exemple typique. La liberté de marché, c’est le fait que l’Etat intervienne le moins possible dans l’économie. Il laisse les acteurs travailler. Se pose la question du libre-échangisme, ce que les jeunes générations confondent très régulièrement avec la liberté du marché car elles n’ont vécu que le libre-échangisme. Cependant, auparavant ont existé des politiques très libéraux comme Ronald Reagan ou Margaret Tchatcheur qui protégeaient en même temps leurs frontières. Je ne suis pas partisan des fermetures des frontières comme on a fait le procès stupide à Trump mais je suis partisan d’une lutte contre la concurrence déloyale et je pense que ce libre-échangisme n’est valide que s’il se situe dans le cadre de pays proches culturellement et économiquement. On fait du libre-échangisme avec la Chine. C’est un pays totalitaire dans lequel la vie n’a aucune valeur, les droits de l’Homme sont bafoués. Je trouve que ce système de mise en concurrence est déloyal. La Chine ne respecte pas la réciprocité qui est la base du libre-échange. Elle achète en Europe des entreprises comme elle le veut, elle peut conquérir des marchés publics alors que ce n’est pas le cas pour ceux Chinois. En réalité, quand on parle de libre-échangisme, on ne s’attaque pas aux concurrences déloyales car les grandes entreprises et banques ont des intérêts dans ce pays. On peut avoir à la fois la souveraineté des nations et une économie libérale. Je pense que le libéralisme peut favoriser le souverainisme des nations car elles auront envie d’appliquer leur propre politique.

Cette souveraineté nationale devra-t-elle passer par une régulation du numérique ?

Cela devra passer par ce qui concerne les adhésions à l’Union européenne mais également par le désendettement des Etats. Le niveau de dette actuel nous empêche d’être totalement souverains dans la mesure où il nous met dans les mains des marchés financiers. Nous sommes totalement sous la coupe de ces marchés qui peuvent à tout moment faire monter le prix des intérêts et ainsi plonger les Etats dans la crise. Reprendre notre souveraineté, c’est aussi reprendre du poids face aux GAFAM en leur imposant des impôts là où ils font du chiffre d’affaires et leur imposer des règles. La souveraineté passera par le fait que notre Etat impose à ces entreprises dans des normes acceptables, des critères contre la censure et pour la liberté d’expression, ainsi qu’une taxation. Ce serait un outil indispensable de notre souveraineté. Il ne faut pas oublier également la collecte des données car c’est un danger considérable. Il faudra là-aussi réguler.

Cette crise a-t-elle rebattu les cartes ? Le mondialisme a-t-il prouvé ses failles ?

Le populisme a émergé à partir du 2/3 des années 2010 et ne cesse de monter. Depuis, il y a une course de vitesse entre mondialistes et populistes. Les populistes devenant menaçants dans les grands Etats, les mondialistes ont tenté alors d’accélérer dans les domaines économiques et sociétaux. En faisant cela, ils se démasquent. Avec cette crise, l’idéal mondialiste a pris un revers car le Covid est la maladie du mondialisme avec les échanges qui transportent le virus. On a vu à quel point nous étions dépendants. Les citoyens ont vu que le mondialisme nous rendait dépendants et vulnérables. Nous sommes à un moment clé de l’histoire.