(Entretien) Sonia Rabotoson, « La France a besoin d’un second souffle »
(Entretien) Sonia Rabotoson, « La France a besoin d’un second souffle »

(Entretien) Sonia Rabotoson, « La France a besoin d’un second souffle »

Sonia Rabotoson est Docteur en pharmacie et Secrétaire nationale Les Républicains à l’engagement citoyen.


Les Républicains sont sortis vainqueurs de ces dernières départementales et régionales, comment expliquez-vous ce succès ?


Cette victoire est le fruit d’un ancrage puissant dans les territoires ; nous avons le plus grand nombre d’élus territoriaux. Toutes nos actions au départ des territoires ont permis de nous rendre visibles auprès des Français. La Droite a toujours eu des actions pragmatiques, notamment sur les sujets d’autorité et d’ordre, mais aussi d’un point de vue économique, ce qui la rend lisible auprès de nos concitoyens. Dans une autre perspective, les présidents de région ont beaucoup agi dans le domaine sanitaire lors de cette pandémie. La Santé ne fait pas partie des compétences habituelles des régions et pourtant les présidents de région ont été habiles sur ces sujets, en palliant aux manquements de l’Etat durant la période charnière du premier confinement. Je pense aux masques ou aux gels hydroalcooliques qu’ils ont réussi à commander pour approvisionner les communes, le personnel soignant et la population. De manière générale, la visibilité des actions de nos élus permet de rendre nos idées majoritaires dans la population.


Le grand vainqueur de ces régionales est surtout l’abstention, peut-on lutter contre ce phénomène ?


Effectivement, l’abstention est quelque chose de déplorable car elle ne cesse de grandir. Le politique doit pouvoir redonner confiance aux citoyens. Aujourd’hui, nombreux sont nos compatriotes qui rejettent l’entre-soi sous diverses formes, par exemple lorsque les mêmes personnes postulent à différents mandats ou quand les mêmes personnes se présentent plusieurs fois pour un même mandat.
Les électeurs ont alors l’impression que le système est verrouillé. Ils se disent que leur vote n’est de toute manière pas utile. Nicolas Sarkozy a limité à deux le nombre de mandats présidentiels, pourquoi ne pas réfléchir à une limitation du renouvellement des mandats locaux ? A titre personnel, je pense que cette idée fait partie des pistes à explorer pour séduire de nouveau l’électorat frileux et faire baisser l’abstention.

Peut-on considérer que la crise sanitaire a donné raison à la droite ? Quels sont les enseignements à donner de cette crise ?


Toute crise est une opportunité de prise de conscience et de remise en question. Nous avons vu les faiblesses mais aussi les forces de notre système.
La mondialisation a montré qu’économiquement parlant elle offrait des perspectives de ventes à l’échelle mondiale, mais dans certains domaines, nous serons obligés de réfléchir à la possibilité de nous débrouiller par nous-mêmes. Sans parler de tout rapatrier, on pourrait envisager de retrouver une certaine autonomie concernant la réindustrialisation de produits sensibles. Par exemple pour la fabrication de respirateurs, de consommables, de médicaments essentiels ou de molécules comme le curare, utile pour les anesthésies et qui a failli nous manquer pendant la crise.
Il faut sanctuariser leur fabrication en ayant en France et en Europe des unités de production adaptables, afin de ne pas être démunis ou tributaires en cas d’urgence.

Est-ce qu’il existe un espace politique pour la droite en 2022 ?


Nous avons la possibilité de gagner les élections présidentielles de 2022 car nos idées sont majoritaires en France. Certains de nos compatriotes ont pensé à tort en 2017 qu’Emmanuel Macron pouvait porter des idées de droite. Quand on regarde dans le détail, Emmanuel Macron est loin d’être de droite. En effet, même avant la crise du Covid, la dette et les prélèvements obligatoires atteignent des taux plus élevés que ceux atteints lors de la présidence Hollande. De plus, l’actualité montre chaque jour le recul de l’Etat en termes de sécurité et d’autorité.
Le chemin pour la Droite se situe dans la restauration de l’autorité de l’Etat, dans la gestion économique pragmatique que nous avons toujours prônée. La Droite doit également donner des perspectives aux Français et surtout à la jeunesse. Offrir à cette génération une vision de son avenir, lui indiquer comment nous souhaitons l’aider à retrouver sa voie. Les étudiants ont souvent décroché pendant cette crise sanitaire et certains sont perdus, il faut donc les accompagner.
Ce nouvel espoir passe aussi par la revalorisation des territoires. Il faut que les Français qui y vivent puissent avoir les mêmes chances que les habitants des villes et des grandes métropoles. Ce décalage doit cesser. La France a besoin d’un second souffle, aussi bien en matière économique qu’écologique. Ecologie positive que la Droite a portée très tôt, depuis la création par Georges Pompidou du premier ministère de l’Environnement.
Notre colonne vertébrale doit être de donner une perspective nouvelle aux Français après ce quinquennat chaotique.


Il semble difficile de dégager un candidat pour Les Républicains, Xavier Bertrand refuse une primaire, a contrario Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Michel Barnier et Philippe Juvin en réclament une. Doit-on organiser une primaire ?


La chance que nous avons est d’avoir à droite une multitude de personnalités capables de gouverner
la France. Il est préférable d’avoir plus que pas assez. C’est aussi une difficulté dans la mesure où il faut départager toutes ces candidatures potentielles. A titre personnel, je pense que la primaire peut créer des écuries, qui risquent de diviser les candidats. Christian Jacob le Président de notre mouvement a souhaité que les adhérents se prononcent, lors d’un congrès le 25 septembre prochain, sur la méthode de désignation de la personnalité qui portera notre projet. Si primaire il y a, il faut que les candidats gardent à l’esprit que le seul mot d’ordre qui puisse nous faire gagner est « l’unité ». Xavier Bertrand qui est lancé depuis longtemps est sur la même ligne et a mis sa victoire aux régionales comme un plébiscite en faveur de sa candidature. Nous devons trouver un accord avec lui afin qu’il n’y ait qu’une seule candidature de la Droite et du Centre, sans quoi nous serons absents au deuxième tour. Il faudra de toute manière un rassemblement pour pouvoir gagner les présidentielles.


Avec tous ces grands gagnants aux régionales, comment expliquer qu’aucune candidature ne se soit imposée d’elle-même ?


Toutes ces personnalités sont extrêmement talentueuses et leurs scores l’ont démontré. La Droite ancrée sur une ligne commune a toujours été très diverse, avec des sensibilités différentes. Mais ce qui permet d’airer à soi toutes ces sensibilités, c’est un grand charisme. Cette capacité assez rare sera assurément révélée dans les semaines à venir chez la personnalité qui portera notre projet.

Quelle est votre vision de la droite de demain ?


C’est une Droite qui doit donner envie, une Droite vers laquelle on vient naturellement, elle ne doit
pas être un choix par défaut. Elle se doit d’ouvrir grand les fenêtres, faire en sorte que l’image de l’entre-soi perçue par les Français disparaisse. Comme indiqué précédemment, cela passera probablement par des mandats locaux renouvelés avec le plus souvent des personnalités différentes.


Il faut également valoriser la diversité en l’intégrant aux instances dirigeantes de la Droite, afin que tous nos compatriotes qui partagent nos valeurs puissent naturellement s’identifier.
En somme, la Droite de demain doit avoir le visage de la société française, tout en gardant son ADN, à savoir la valorisation du travail, du mérite et des territoires, dans le respect de l’ordre et de l’autorité.

Propos recueillis par Paul Gallard