(Entretien) Sophie de Menthon, « Je pense que l’utilisation du mot « vert » est néfaste (…) Parlons plutôt d’écologie »
(Entretien) Sophie de Menthon, « Je pense que l’utilisation du mot « vert » est néfaste (…) Parlons plutôt d’écologie »

(Entretien) Sophie de Menthon, « Je pense que l’utilisation du mot « vert » est néfaste (…) Parlons plutôt d’écologie »

Bonjour Sophie de Menthon, avec la crise climatique que nous connaissons nous assistons à une inflation des normes environnementales. Est-ce que cette multiplicité des normes est devenue un frein à la possibilité d’entreprendre ?

Hélas, évidemment ! et plus encore que les normes elles-mêmes, c’est la volonté de mettre des obstacles supplémentaires à la liberté d’entreprendre qui découragent les entrepreneurs, et surtout les industriels, tout cela au nom d’une écologie punitive voulue par des politiques extrémistes. Tout un état d’esprit contre-productif.

Si l’on se passait du recours à des normes, quelle serait, pour vous, la meilleure façon de permettre aux entreprises françaises d’être concernées par le défi environnemental ?

Je pense qu’elles sont concernées et d’ailleurs leurs clients le sont !  Elles s’adaptent tous les jours.

Une bonne façon serait de rendre les donneurs d’ordre responsables de la sous-traitance qu’ils imposent, empêchant ainsi que l’on recourt aux prix les plus bas, y compris en faisant appel à l’étranger. C’est inadmissible que ce soit la PME prestataire qui soit responsable de tout et coupable d’essayer de s’adapter aux prix exigés par son client.

L’innovation est une solution d’avenir pour permettre de trouver une réponse au défi environnemental. Est-il possible, aujourd’hui, d’avoir des entreprises innovantes dans notre pays ?

Bien sûr, nos entreprises SONT innovantes, mais pour qu’elles le soient vraiment sans être tentées de partir à l’étranger, il faut drastiquement raccourcir le temps d’obtention des autorisations de toutes sortes ; 3 ans en moyenne contre 1 an dans les autres pays. Les « start up » d’aujourd’hui envisagent de s’installer à l’étranger dès le départ, même nos scientifiques partent… Il faudra également supprimer la transposition zélée de certaines normes européennes. La surcharge de normes est bien trop contraignante en France pour permettre des innovations que nos scientifiques pourraient réaliser.

La tendance est de parler d’« industrie verte ». Qu’est-ce que cela vous évoque ? Pensez-vous qu’il est possible de concilier les objectifs de réindustrialisation et de limitation des émissions de CO2 ?

Je pense que l’utilisation du mot « vert » est néfaste, car c’est le nom d’un parti politique d’abord anti entrepreneurial ! Parlons plutôt d’écologie et soyons précis. Quant au CO2 nous avons compris ! Rappelons tout de même que la vraie pollution en termes de CO2 est beaucoup plus importante émanant d’autres continents. Par exemple, notre industrie plastique n’est pas celle que l’on nous montre à coup d’images terrifiantes. Je conseille vivement de lire « Plastique Bashing, l’intox ? » (Ed. du Cherche Midi). De manière plus générale, nous devons réindustrialiser afin de maitriser toute la chaîne de production, et donc de la pollution dans nos industries : à la conception et au recyclage. 

Que pensez-vous de la mise en place du marché européen des quotas d’émission carbone ?

Je ne suis pas convaincue par le principe des quotas, surtout sur le plan européen… Ce sont généralement des règlements, de l’administratif, des contrôles etc. et qui sont inégalitaires par rapport aux différents pays. Une économie parallèle créée pour faire un « marché » du CO2 qui permet à certains de racheter une conscience pour pas cher.

Vous vous définissez comme une libérale. Quelle serait, pour vous, une politique écologique libérale ?

Ce serait une politique de pédagogie : une politique qui permet au lieu d’interdire, tout qui concourt aux progrès techniques des entreprises ; comprendre que la solution écologique ne pourra venir que des entreprises ; arrêter les subsides aussi inutiles que ridicules, ex : rembourser partiellement le ressemelage chez le cordonnier pour éviter que l’on jette ses chaussures usées ! Que les cordonniers m’excusent, eux vont enfin être bien chaussés !! En revanche, les entreprises qui vendent et mettent sur le marché devront reverser une contribution à un éco-organisme ! À la demande de l’État… 

Propos recueillis pas Théo Dutrieu

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