(Entretien) Sylvain Souvestre, « Un maire de Marseille n’a jamais eu autant de moyens financiers ! »
(Entretien) Sylvain Souvestre, « Un maire de Marseille n’a jamais eu autant de moyens financiers ! »

(Entretien) Sylvain Souvestre, « Un maire de Marseille n’a jamais eu autant de moyens financiers ! »

Bonjour Monsieur Souvestre, vous êtes maire d’arrondissements de la ville de Marseille. En tant que tel, quelles sont vos prérogatives ? Diffèrent-elles de celles d’un maire « lambda » ?

C’est un sujet très actuel avec les annonces du Président de la République avec la refonte de la loi électorale Paris-Lyon-Marseille. Le cadre électoral, ainsi que les compétences, sont censés être les mêmes dans ces trois villes. Or, ce n’est pas tout-à-fait le cas dans la pratique, notamment sur la sécurité et les écoles. 

Si l’on doit résumer les compétences juridiques confiées au maire de secteur à Marseille – qui ont la charge de deux arrondissements contrairement à Paris et à Lyon –,  l’animation, la gestion des équipements décentralisés et l’état civil (uniquement les naissances, PACS, mariages et décès).

Quelles sont les principales problématiques que vous rencontrerez dans votre arrondissement ? D’une façon plus générale, quelles sont les problématiques générales de la ville de Marseille ?

Nous parlions de mes compétences, mais la majeure partie des sollicitations que l’on me fait n’ont pas de rapport avec ces dernières.

Ce sont plutôt des actions de proximité : la voirie, la propreté, la sécurité ou encore l’aménagement des parcs.

Les problématiques rencontrées dans mon secteur qui est l’Est de Marseille n’ont pas grand-chose à voir avec celles que l’on peut rencontrer dans les quartiers Nord. On a un secteur assez préservé où il fait bon vivre. On rencontre quelques difficultés d’aménagement, que l’on réduit grâce à l’aide de la Présidente de la Métropole, Martine Vassal, et du Président de la Région Sud, Renaud Muselier,notamment sur la mobilité et l’enjeu du désenclavement de l’Est à travers l’extension de la ligne de tramway et la ligne de trains PACA qui va permettre le doublement des fréquences entre Marseille et Nice. On rencontre de l’incivisme. Je ne dirais pas de l’insécurité au sens que l’on entend dans le « Marseille bashing ». Pour moi, l’incivisme doit trouver sa réponse dans la répression avec sanction (amendes, condamnations civiles et/ou pénales selon le degré)

Les difficultés que nous rencontrons se trouvent au niveau des relations avec la ville de Marseille qui a stoppé depuis trois ans et demi le développement de la vidéoprotection de manière idéologique. Aussi bien la métropole, que la région et que l’État à travers le ministre de l’intérieur apportent des aides et de l’argent à Marseille mais la municipalité, dirigée par un maire qui n’a pas été élu, refuse d’utiliser ces moyens.

Vous l’avez évoqué, la ville est passée aux mains d’une autre sensibilité politique au cours des dernières élections municipales. Que pensez-vous de l’action générale de la ville de Marseille ? En tant que maire d’arrondissement pouvez-vous agir en contre pied ou vous restez contraint ?

Heureusement, il ne reste pas beaucoup de compétences au maire de Marseille ! Nous avons, avec l’équipe municipale qui m’accompagne, un bilan de mi-mandat qui fait une quarantaine de pages parce que, grâce à la métropole, le département, la région et l’État, je réalise des aménagements conséquents. Par contre la difficulté et c’est un mensonge fait aux Marseillais, cette municipalité – qui est à l’origine de la NUPES – avait fait une campagne sur la rénovation des écoles, la lutte contre les inégalités et le logement. Sur les écoles, on a pas grand chose car les rénovations récentes ont été lancées avant eux. Sur la fracture sociale, ils ont voté l’augmentation drastique sur la taxe foncière. Sur les logements, l’adjointe à l’urbanisme a été renvoyée manu militari et la mairie a failli être mise sous carence par l’État tant il n’y a peu de développement de constructions. Pour tout le reste, ce sont les autres collectivités qui agissent !

Un maire de Marseille n’a jamais eu autant de moyens financiers : le Président de la République a apporté 5 milliards avec le plan Marseille, la Présidente de la métropole a proposé 200 millions d’euros d’aides à la ville, le Président de la région a proposé des centaines de millions d’euros mais les dossiers de subventions ne sont pas déposés par le maire. Malgré tout cet apport d’argent, les Marseillais n’en voient pas la couleur ! Par contre, en termes de récupération politique ils sont très bons tant sur la venue du Pape que les jeux, pour lesquels ils n’y sont pour rien. Il faut savoir rendre à César ce qui est à César et la politique à mon sens ce n’est plus « du pain (ou de la galette des rois) et des jeux » mais des actions concrètes au services des Marseillais, l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers.

Marseille est une ville riche historiquement (première cité de France) disposant d’un charme singulier mais reste pour autant, et vous l’avez évoqué, suivie d’une mauvaise réputation. Comment redonner de l’éclat à la cité phocéenne ?

Ce qui me fait rire jaune c’est qu’on a une municipalité qui, dès qu’il y avait un mort lié au trafic de drogue, défaussait sa responsabilité sur l’ancien maire Jean-Claude Gaudin. L’année dernière on a tristement battu le record d’assassinat sur Marseille avec près d’un assassinats par semaine ! Ce bashing est entretenu par les médias mais ce sont des faits, l’ultra violence liée au trafic de drogue existe. Cependant, grâce à l’action de la préfète de police, qui a pour priorité de lutter contre ces violences et qui a mis un terme à de nombreux points.

Je pense que les Jeux olympiques, obtenus à l’époque grâce à Renaud Muselier (région), Martine Vassal (département) et l’ancien Maire Jean-Claude Gaudin, donneront une bonne visibilité. Nous avons un territoire qui est très riche, très varié et qui a énormément de potentiel. Culturellement, il y a un enjeu avec les 50 ans de la disparition de Marcel Pagnol et un enjeu important avec le château de la Buzine dans mon secteur.

Il va falloir faire du travail de fonds pour changer l’image que les Marseillais ont eux-mêmes et ensuite modifier l’image renvoyée vers l’extérieur 

Vous l’évoquez, quelle est votre position sur les actualités autour du château de la Buzine ?

Je suis sortie de nombreuses fois dans la presse. J’ai pu rencontrer Nicolas Pagnol à qui je n’avais jamais parlé avant ce drame culturel. Ma position est très claire : tant sur la méthode que sur le fond, ils ont voulu faire un coup de force en mettant en place une association « Le centre de culture ouvrière » et en sortant une délégation de service public qui était bien gérée, avec une augmentation de la fréquentation et l’expertise de la famille Pagnol.

Les menaces n’ont pas lieu d’être. Ils ont parfaitement juridiquement le droit de changer de DSP mais il faut qu’ils assument leur choix idéologique.  

Depuis qu’ils ont récupéré la gestion le 17 septembre en régie, il y a une baisse drastique de la fréquentation. Aussi, l’année de la disparition de Marcel Pagnol il n’y a aucune programmation culturelle pour 2024 ! Des chefs d’entreprise n’ont toujours pas été payés depuis septembre !

Je demande que peu importe les personnes qui sont dedans, il faut une expertise culturelle. Beaucoup d’argent public a été utilisé pour la rénovation de ce château, on doit donc pouvoir le faire vivre. J’ai proposé au maire de Marseille de récupérer la gestion du château mais, comme sur beaucoup de sujets, je n’ai pas de réponse.

Au cours des dernières élections municipales, la droite marseillaise s’est divisée. Est-ce ces divisions ont pu être apaisées afin d’être préparées à l’échéance de 2026 qui sera un enjeu important ?

On a eu des divisions. Je suis issu de l’UMP qui est l’union de la droite. Cela regroupe du centre jusqu’à la droite « dure ». On a souvent eu des guerres de chefs avec chacun une légitimité revendiquée mais qui nous a causé du tort. En face, on a une municipalité qui ne s’entend pas idéologiquement entre eux et dont certains se détestent profondément : certains ne votent pas les propres rapports de leurs collègues adjoints. Pour récupérer politiquement la ville et faire des choses qui ne sont pas possible à cause de ces blocages, on doit être unis car le but premier de l’action publique est d’agir pour les Marseillaises et Marseillais. Union ne voudra pas dire unité complète sur les principes, car chacun doit garder sa richesse dans les idées, mais avec un cadre commun de valeurs et dans la méthodologie de travail pour faire avancer les choses. La politique est une addition de talents et de valeurs et ne doit pas être une division dont les premières victimes sont les habitants  

Je suis intimement convaincu que les erreurs seront gommées pour 2026. Il y a de la place pour les gens qui travaillent, former une équipe au service des habitants. 

Nous travaillons, et nous avons des résultats concrets, sonnants et trébuchants, même si nous sommes moins bons communicants qu’eux. J’ai tendance à dire qu’on a le savoir-faire mais moins le faire savoir. Mais on peut progresser sur ça !

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