(Tribune) Être militant
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Être militant

Le militant c’est celui qui approuve tout sans forcément donner son avis.  Il exécute les ordres sans remettre en question la sainte parole de son commandeur. Il accepte de se donner pleinement à une cause qui le dépasse dans l’intérêt général. Il donne son temps, son énergie à autrui, il fait don de soi.  

Il est la petite main invisible d’un rouage bien complexe où le « je » se confond avec le « nous » qui le dispense de toute conscience personnelle.  Il tract, il parle, il boite, il colle, il anime des débats ; il devient l’apôtre du candidat qu’il a choisi.  Ainsi, le militantisme forge le caractère, créé des liens entre les individus dans les bons comme dans les mauvais moments. Ils connaissent ensemble les victoires et les défaites.

Cependant, un bon militant doit dissocier l’esprit engagé de l’esprit partisan.  Le bon militant c’est celui qui garde un esprit critique sur son propre engagement et sur les directions qu’on lui donne. Il ne doit pas être un simple soldat qui exécute les ordres, mais bel et bien comprendre ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Prôner à tout va l’idée de rassembler des personnes de sensibilités différentes, d’opinion dissemblable pour seul motif la victoire n’est pas un motif valable pour le militant qui se sentira bafoué et trahit. Il vaut mieux gagner avec ses propres valeurs, ses propres certitudes et avec sa propre dignité, que de se trahir pour des compromis.

Alors, le bon militant doit conserver son libre arbitre pour redonner de l’intérêt à ses propos, de la force dans ses paroles et dans ses convictions qui l’anime pour ne pas chantonner une homélie apprise par cœur, vide de sensation. Enfin, lorsque son parti ou son organisme ne répondent plus à son idéal, se détournent de son essence, se métamorphosent en une entité vide de sens sans valeurs, alors le bon militant se rebelle pour rappeler à ses compères ce pourquoi il les a rejoints. Le bon militant sera toujours fidèle à la cause qu’il défend, dès lors que cette cause ne s’éloigne pas de ses principes.

Thomas Rollin