(Tribune) Il nous faudra un sursaut, un sursaut français
(Tribune) Il nous faudra un sursaut, un sursaut français

(Tribune) Il nous faudra un sursaut, un sursaut français

Janvier 2020. Hafsa Askar, vice-présidente de l’UNEF, est nommée secrétaire générale de la Fédération syndicale étudiante. Peu d’années auparavant, elle proférait sur Twitter que : ‘On devrait gazer tout (sic) les blancs cette sous-race’. Et pourtant, dans le pays de Voltaire (la tolérance), de Constant (la liberté) et de Rousseau (l’égalité), l’on ne s’offusque presque pas de cette déclaration de guerre à la République française. Mais des chercheurs oseront nous dire que la complaisance de l’extrême gauche à l’égard des théories racialistes et du projet islamiste, n’est que pure fiction. Les mêmes qui refusent une mission d’introspection pour juger de l’islamogauchisme dans nos universités. Aveu de culpabilité ?

17 mars 2020, 12h. Le premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19 est mis en place dans l’Hexagone. C’est aussi la première étape de la prise de conscience publique du déclin français.                    

Il n’était jusque-là réservé qu’à certaines voix réfléchies, à des hommes politiques éveillés, et des experts avisés. La France, pays de Pasteur, n’est plus en mesure de produire un vaccin lui-même, accuse un retard affligeant dans la recherche et l’innovation industrielle. La France, Nation de Richelieu et Colbert, ne sait plus créer, accomplir et fructifier sur son territoire, mais préfère se soumettre à la mondialisation régnant sans partage. La France, pays des Hussards noirs de la République, peine à freiner la décadence du modèle éducatif français. La France, Etat de Napoléon, ne parvient plus à ce que « l’intendance suive » mais croule sous une bureaucratie transgressée et obliquée, non plus l’admirable corps au service de l’Etat qu’il s’agissait de faire pénétrer dans la Cour du Roi.

Le mercredi 24 juin 2020, sur Twitter. La Ligue de défense noire africaine conspue le plus illustre des Français du XXème siècle, le Général de Gaulle, en le comparant à un « grand criminel » et lui reproche également d’avoir effacé la « libération de la France par les Africains ». Deux illustrations ignobles et infondées parmi tant d’autres. De Gaulle, homme d’Etat le plus marquant de la Vème République pour 74% des Français, est désormais outragé, brisé, martyrisé par une minorité antirépublicaine diabolique. Alors qu’une très grande partie des Français plébiscitait de Gaulle en 1958, le « De Gaulle rassembleur » est désormais cliveur. Tandis que le communisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale était celui des ouvriers qui « retroussaient leurs manches », le communisme d’aujourd’hui, notamment en France, est très largement infecté de la peste venue du voisin d’outre-Atlantique et comprise en deux mots : le « décolonialisme » et la cancel culture.

En somme, nous subissons la fragmentation du « corps politique » (l’Abbé Sieyès) transcendant les clivages ainsi que l’ère d’un déclin, multiple, mais dont les directions se nourrissent réciproquement. L’autorité de l’Etat est conspuée, la souveraineté du peuple honnie, l’indépendance de la France vilipendée, c’est en filigrane la République dans son acception française qui est piétinée. Le projet républicain français, pour être effectif, doit porter une ambition collective réunissant par essence tous les citoyens, la minorité se pliant à la loi de la majorité pour la res publica. Il n’en est plus question. Mais si la France au travers de son Histoire, a toujours traversé des entre-temps d’érosion et de divisions, elle a également et très souvent connu des périodes de sursaut.

La République française, c’est une construction historique et politique de plusieurs siècles, peaufinée au fil des âges – Napoléon parlait d’ailleurs déjà de « sa République » ; Richelieu encore avant, présageait d’une certaine manière sa vocation en voulant que la loi soit la même pour tous. La Vème, intrinsèquement liée aux idées de son Fondateur, anachroniquement c’est la définition de Charles Péguy : « la République une et indivisible, c’est notre royaume de France ». Dès lors, la profonde arrière-pensée de ce retraçage historique, est de dire que nous ne devons pas perdre la foi en l’avenir, en le progrès, la prospérité. Car la République française est une ambition collective qui ne meurt jamais, un chemin historique au long-court, qui ne demande qu’à continuer. Pour cela, il faudra lutter contre le déclin qui la guette, et donc renouer avec ses fondements les plus cruciaux tout en luttant contre ceux qui veulent la brocarder.

« L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude ». Une fois de plus, l’éclectique Charles Péguy, socialiste mais également viscéralement attaché à la France qui la précède, a une formule clairvoyante. Une formule qui épouse parfaitement le projet républicain. L’expression de « territoires perdus de la République » prend d’ailleurs tout son sens. Dans certaines zones de France, la loi de Dieu contrevient à la loi civile et républicaine. Dans d’autres, les policiers sont accueillis par les tirs d’artifice. En plein centre parisien, certains exhortent aux forces de l’ordre de se suicider. Les fonctions de police et de justice, que la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 grave dans la continuité, sont désormais imperméables l’une à l’autre, comme l’illustre le verdict récent de Viry-Châtillon. Dès lors, la République française comme continuum d’une loi juridique identique sur tout le territoire et comme ambition collective communément partagée, est attaquée. Pour y résoudre, il faudra adopter une politique régalienne infaillible, restaurer le juge « bouche de la loi », arrêter avec les circulaires préfectorales qui appliquent l’ordre républicain à deux vitesses en fonction des territoires. En quelques mots : soutenir nos forces de l’ordre, restaurer l’ordre républicain et l’autorité de l’Etat, car sans cela, la République se désagrège, les travailleurs de France sont empêchés d’assurer leur mission au service de la patrie, la France décline.

« Nous croyons que la République doit être un gouvernement », ces mots merveilleux de Jules Ferry ! La République c’est en effet un idéal collectif au service du progrès et la prospérité. Mais ça n’est pas le progressisme de la gauche du XXIème ! En effet, il est curieux de voir que dorénavant, des personnes s’étiquetant « de gauche », soutiennent le revenu universel, une proposition issue du « revenu de liberté pour tous » prôné par le néolibéral Milton Friedman.                       A l’inverse, la République française ce n’est pas un Etat qui assiste, qui fait le travail à la place de ses serviteurs ou qui complique la vie des citoyens par une lourdeur bureaucratique délirante, mais un Etat qui assure à tous, les moyens de vivre en paix, de disposer d’un travail et d’un revenu décent. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Louis Napoléon Bonaparte rédigera L’extinction du paupérisme. La République, s’appuie en effet sur les avancées sociales du Second Empire, dont l’octroi du jour férié le dimanche. L’on peut même ajouter que la construction de l’Etat républicain en France, c’est une fois de plus un continuum historique, puisque les rois qui chérissaient, aidaient les « mendiants » et régulaient l’économie, s’inscrivaient déjà dans cette tendance. De surcroît, l’Etat, c’est aussi une infrastructure qui donne un « coup de pouce » au marché qui ne peut pas tout. Et là est la prise de conscience du déclin français. Emmanuel Macron, l’apôtre de l’abolissement des frontières, a vu son idéologie mondialiste mise à mal. L’épidémie a en effet révélé notre cruelle dépendance à l’égard de nombreux pays. Signe irrévocable de théories du marché qui voulaient nous faire croire à l’ineptie de conserver une industrie sur notre territoire. De plus, là encore, l’on peut objecter que défendre la « rationalisation de notre modèle de santé » pour diminuer la charge publique, a eu un résultat contradictoire, c’est-à-dire l’accroissement des mêmes dépenses car nous sommes en retard sur les masques, les lits, l’acheminement des vaccins. En conséquence, la France, patrie qui a su rebondir de ses déboires, doit remettre un Etat fort et juste au centre du navire, pour accompagner l’économie et nos ultimes joyaux industriels. Il ne s’agit pas de gaspiller inutilement les deniers publics mais d’être pragmatique en les utilisant à bon escient.

« En France, la seule Cour suprême, c’est le peuple français ». L’Homme du 18 juin, au-delà des factions voulait un chef de l’Etat qui en soit un, non pas au service d’un idéal arbitraire et démagogique, mais au nom de l’intérêt de la Nation et du peuple français. Constamment, il cherchera alors à s’assurer de sa légitimité, à tel point que les référendums constitueront une marque symbolique de son passage. Effectivement, il savait qu’en démocratie, le pouvoir est celui du peuple, par le peuple et pour le peuple. Or depuis quelques temps, le référendum est raillé, les gouverneurs craignant d’y perdre leur légitimité. Le président Macron n’échappe d’ailleurs pas à la règle. Il accroît l’intégration européenne sans l’assentiment des peuples. A cet égard, le Général et l’Europe c’est la défense du marché commun dans une « Europe debout », c’est-à-dire une Europe où les Nations coopèrent entre elles pour la prospérité. La Politique agricole commune – protectionniste – fut instituée à cette fin. Qu’en reste-t-il soixante ans plus tard ? Une PAC de l’Euramérique. C’est-à-dire une politique qui s’est convertie au libre-échange mondial, et mène un paradoxe déconcertant, en soutenant nos agriculteurs par certaines aides, mais en les faisant couler corrélativement. En effet, la Commission accepte désormais des échanges de produits agroalimentaires venant de toute la planète, irrespectueux parfois de l’environnement, pendant que nos producteurs locaux croulent sous la conditionnalité environnementale. Evidemment, nous voulons des produits sains pour l’environnement, non pas cette espèce de viande synthétique ou hormonée, mais pour cela il faut consommer local et réintroduire des frontières à l’Europe. L’Europe n’est plus l’Europe, elle est l’Euramérique. Le Général, en voulant protéger les peuples européens et la civilisation gréco-romaine des anglosaxons qui ne jurent que par le droit et le marché, était paradoxalement plus européen que les fédéralistes d’aujourd’hui. De Gaulle était d’ailleurs parfaitement conscient que toujours plus d’intégration abstraite finit toujours mal (cf. Charlemagne, César). De plus, cette souveraineté populaire est bafouée par une poignée de juges qui, inféodés à la Cour européenne des droits de l’homme, en profitent pour s’arroger de nouveaux pouvoirs et faire la loi. Il ne doit plus en être. Arrêtons avec la soumission à des organes juridictionnels qui ne relèvent pas de la justice comme fonction souveraine par essence, de la « justice rendue au nom du peuple français ».

« Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines ». La République française, c’est aussi l’assimilation. Romain Gary avait ici une formule très émouvante. Il faut mettre un terme à cette fausse idée d’une « méchante » assimilation, venue du « méchant » et raciste français. Elle repose au contraire sur la capacité en chacun, quelque soit son origine, d’adopter une culture différente de la sienne, condition sine qua non du vivre-ensemble. En d’autres termes, il s’agit de regagner le navire du projet républicain français inévitablement lié à son corpus de valeurs historiques. C’est pourquoi, lorsqu’Emmanuel Macron dispose que la République est attaquée, il oublie volontairement de mentionner que c’est aussi la France qui est attaquée. C’est normal, il pense qu’il n’y a pas de culture française ! Dur de défendre l’assimilation ensuite… Mais il renchérira sur la République. Or de quoi s’agit-il ? D’un projet qui n’établit pas de hiérarchisation entre les origines ethniques, la religion, le statut. Ces militants décoloniaux, et indigénistes sont donc rétrogrades ! En effet, ils réintroduisent des fondements racistes dans leurs discours en hiérarchisant les origines, et déduisent une France raciste de son expérience coloniale des décennies après l’évènement. Un discours dénué de tout justification rationnelle et de toute vérité plausible. Connaissent-ils notre Histoire ? Connaissent-ils la tournée en Afrique du Général de Gaulle qui venait présenter la Constitution, où mis à part quelques pays comme la Guinée de Sékou Touré, il était accueilli triomphalement et à bras ouverts ? (Mais la Ligue de défense noire-africaine vous dira que le Général a maltraité l’Afrique…). Connaissent-ils ces mots magnifiques de Léopold Sédar Senghor, futur président de la République du Sénégal, qui échappera pendant la Seconde Guerre au massacre des allemands en s’écriant : « Vive la France, vive l’Afrique noire » ? De son côté, Emmanuel Macron, apparemment gardien de la liberté – ciment de la civilisation française – face à Erdogan, livre récemment une interview outre-Atlantique où il déclare la nécessité de déconstruire notre Histoire. Le « en même temps » est chez lui une religion. Mais en défendant ce type de discours, il attise les divisions, les dissensions, soit : l’exact inverse de la République. Dans cette masse de discours acrimonieux envers la France, l’assimilation n’a plus voix au chapitre. Ces militants rétrogrades s’infantilisent eux-mêmes en faisant – à rebours de nombreux exemples qui prouvent le contraire depuis des décennies déjà – de l’assimilation, un concept qui ne pourrait concerner que les blancs. Enfin, ils s’appuient sur la démocratie pour revendiquer leur conglomérat de théories basées sur aucune vérité scientifique. Mais ils la confondent en réalité avec le nouvel Etat de droit, consistant à revendiquer une différenciation des droits selon l’appartenance à une communauté. Ce n’est plus le règne de la loi égalitaire. Au contraire, nous filons droit vers la République à multiples vitesses venue encore une fois des Etats-Unis. Par ailleurs, la complaisance islamo-gauchiste nous dira qu’il faut prôner une tolérance presque puritaine à l’égard du fait religieux. Le Général de Gaulle, pourtant profondément catholique, n’a jamais prié en public car il savait l’importance de conserver ce mur de séparation. A l’inverse, ces militants dénaturent la liberté religieuse en croyant qu’à partir d’elle, tout est permis. Mais la liberté religieuse, c’est aussi la neutralité dans l’espace public pour justement respecter celle des autres et maintenir le débat rationnel au-delà du dogme religieux insusceptible de discussion. De plus, toujours en arguant sur la démocratie et le droit de manifester, ces militants marcheront aux côtés de mouvances islamistes ne faisant que les instrumentaliser au service de leur projet politique dévastateur qui n’est autre que l’islamisme politique, à contre-courant de l’émancipation des femmes. Dès lors, pour sauver la République française, il faudra en finir avec cette volonté de vouloir faire adhérer des organisations financées par des pays islamistes à une charte des valeurs républicaines. Elles pourront la signer mais n’auront aucune sanction pénale ou administrative en cas d’irrespect, c’est ce que dit la charte ! Ces organisations sont effectivement reliées à des pays islamistes qui dictent leur conduite. Il faut donc réintroduire un Etat gallican à ce niveau, c’est-à-dire contrôler le financement des lieux de culte, les imams dangereux, contrôler le flux migratoire qui participe à ce piétinement des valeurs républicaines (et au capitalisme informel: allô la gauche ?) , et mener un nouveau 1905 pour un islam sécularisé. Tout ceci, dans le droit chemin de l’assimilation à la culture républicaine française.

In fine, Douce France, cher pays de mon enfance, il te faudra un sursaut. Un sursaut qui rassemble tous les citoyens sans aucune distinction, autour de la conquête républicaine, de la méritocratie. Il te faudra en finir avec la discrimination positive qui infantilise, arrêter avec la fragmentation socio-ethnique prônée par le Chef de l’Etat, réintroduire notre substrat culturel pour développer notre ciment d’appartenance (David Lisnard et Christophe Tardieu ont d’ailleurs coécrit un livre à cette fin : La culture nous sauvera), renouer avec la transmission contre l’ère du mouvement perpétuel (l’essai Demeure de François-Xavier Bellamy constitue un magnifique bréviaire à cet égard), remettre à l’ordre du jour un Etat qui investisse la sphère économique, de la recherche, la sphère industrielle, au service de la prospérité et non de l’assistanat, qui soit souverain et défende l’Histoire qui l’a faite. Il faudra renouer également avec les fondamentaux de l’Enseignement, que celui-ci transmette nos heures glorieuses, notre appartenance citoyenne commune. Le tout, pour une Nation qui ne soit pas En Arrière (postcolonial studies qui réécrivent l’histoire), ni En Marche (la République… mais en même temps la soumission au communautarisme) mais bien En Avant (la foi, collectivement, en la conquête républicaine française de l’égalité et de la prospérité des citoyens).

De Gaulle croyait en les Nations et en les peuples, il parlait d’ailleurs de Russie et non pas de l’URSS. Il nous faudra alors marcher sur ses traces pour relever la France. J’invite ainsi tous ceux qui veulent nous rejoindre à se mettre en rapport avec nous et à dire « non » – le gaullisme, comme le montrait pertinemment Malraux, c’est la capacité à dire non – à ce quarteron de marqueurs du déclin français que sont : les déconvenues de notre modèle économique et industriel – l’effritement de notre Etat gouvernant et de son indépendance – la désagrégation de notre ciment romantique d’appartenance – le renoncement à la souveraineté populaire.

Osons la France de demain, redonnons-lui le rang qui est le sien, et aux Français la posture et la reconnaissance qu’ils méritent. Car « la première des vertus, est le dévouement à la patrie » disait Napoléon, l’Empereur.

Romain Lemoigne,                                                                                                                                                                             

Etudiant à Sciences Po Rennes.                                   

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