(Tribune) La Droite et l’environnement, une histoire qui ne date pas d’hier.
(Tribune) La Droite et l’environnement, une histoire qui ne date pas d’hier.

(Tribune) La Droite et l’environnement, une histoire qui ne date pas d’hier.

« Parce que les écologistes portent un projet de civilisation, réformiste et radical. Une autre manière d’habiter le monde ».

C’est sur cette phrase que se termine l’introduction du projet de Yannick Jadot lors de l’élection présidentielle de 2022. Un projet radical, c’est le cas de la dire puisqu’il s’inscrit pleinement dans une logique de décroissance, notamment sur le plan énergétique puisque l’énergie nucléaire est pointée du doigt comme le danger absolu et rien de véritablement sérieux n’est proposé en contrepartie de cette potentielle sortie du nucléaire. 

En sommes, le programme des écologistes, comme celui des insoumis et de l’extrême gauche en général, s’inscrit dans le courant de pensée de la décroissance, de l’écologie punitive, sans parler des délires wokistes souhaitant par exemple créer une personnalité juridique « animale » qui conférerait aux animaux des droits parfois similaires à ceux de l’Homme. 

Depuis 2022, l’extrême gauche camouflée sous l’étiquette « écologiste », a radicalisé son combat à l’Assemblée nationale, notamment avec Sandrine Rousseau qui mène sa croisade inclusive contre les barbecues, ces derniers étant l’émanation de la masculinité toxique et de la virilité tant détestées par les néo-féministes intersectionnelles, et le barbecue étant lui-même responsable du réchauffement climatique selon l’écologiste. 

L’horreur ! La bête immonde est de retour tous les étés sur les barbecues familiaux !

Cela pourrait être amusant s’il ne s’agissait pas d’une sortie ubuesque d’une Députée de la République…

L’écologie, un sujet souvent classé à gauche, et pourtant !

Philosophiquement, la Droite ne peut qu’être du côté de l’environnement et de sa protection, la pensée conservatrice ayant pour moteur la préservation et la transmission. 

Préserver et transmettre, des valeurs qui ne peuvent que bien se marier avec cette thématique de l’environnement !

Quid des apports de la Droite française depuis l’après-Guerre ? 

Dès 1946, le Général De Gaulle reprenait la citation de François-René Chateaubriand dans ses notes « les forêts précèdent les civilisations. Les déserts les suivent », et c’est dans cette vision de préserver l’environnement tout en gardant en perspective le maintien de la puissance de la France que ce dernier initie un certains nombre de mesures visant à protéger l’environnement de l’activité humaine avec la création des parcs naturels en 1960 de sorte à préserver la biodiversité sur le territoire national.¹

A cette vision protectrice de l’environnement, le Général De Gaulle associe une vision ambitieuse de la politique énergétique avec un objectif de diversifier les sources d’énergie avec la construction d’un four solaire dans les Pyrénées et de la première usine à marémotrice sur les Côtes-d’Armor afin de réduire la pollution et permettre à la France de s’ériger en puissance au coeur de la Guerre froide.

Le Général De Gaulle va également mettre en place en 1964 deux lois importantes, la première, interdisant la chasse de certains gibiers menacés de disparaître en montagne et en zone rurale², le seconde, qui est une loi majeure sur l’eau et qui vise à lutter contre la pollution des eaux en créant le principe de « pollueur-payeur » et en fixant des objectifs de qualité des cours d’eau par département.³ 

Succédant au Général, Georges Pompidou ne resta pas les bras croisés sur la thématique de l’environnement. En effet, le 28 février 1970 à Chicago, il effectua un discours dont les mots peuvent encore raisonner à notre époque : « l’emprise de l’Homme sur la nature est devenue telle, qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même (…) La nature nous apparaît de moins en moins comme la puissance redoutable que l’homme du début de ce siècle s’acharnait encore à maîtriser, mais comme un cadre précieux et fragile qu’il importe de protéger pour que la Terre demeure habitable à l’Homme ».

De ce discours, suivront les actes, puisque dès l’année suivante, en 1971, Robert Poujade devenait ministre délégué auprès du Premier ministre en charge de la protection de la nature et de l’environnement, avec comme tâche de lutter contre la pollution et les nuisances industrielles, et avec pour objectif de préserver les espaces naturels.

Le tournant majeur de la Droite en matière d’environnement intervient en 1990, lorsque Michel Barnier, alors député RPR de la Savoie, publie son essai politique « Le défi écologique : chacun pour tous ». Dans cet ouvrage, Michel Barnier fonde à lui tout seul les piliers de l’écologie de droite, un thème qui n’est dévolu qu’à la gauche pour la majorité de nos concitoyens.⁵ 

Il est donc question de préserver le sol de la France, ses biotopes (les éléments non-vivants d’un écosystème tels que les sols, l’air, l’humidité, la lumière…etc.), ses paysages et ses parcs naturels nationaux et régionaux. Michel Barnier inscrit cette volonté politique dans une idée de « protection et d’appropriation », et d’éveiller le public par des actions de « gestion, d’accueil et de sensibilisation ».⁶

C’est donc avec un pragmatisme particulièrement bien ficelé que Michel Barnier pose les bases de l’action publique environnementale, notamment par plus de décentralisation au profit des départements qui sont les premiers gestionnaires des espaces naturels, constatant par la même occasion que les communes étaient parfois dépassées dans cette gestion, tout en préconisant de laisser certains espaces sans intervention de l’Homme de sorte à favoriser leur évolution naturelle.⁷

En mars 1993, Michel Barnier est appelé par Édouard Balladur au gouvernement et endosse les responsabilités de Ministre de l’Environnement sous la cohabitation. 

Son passage au ministère de l’Environnement conduira à l’adoption d’une loi du 2 février 1995, dite « loi Barnier », qui instaure les principes cardinaux du droit de l’environnement avec la création de plans de prévention des risques naturels prévisibles, le renforcement des prérogatives des collectivités territoriales dans la protection et la gestion des espaces naturels, des mesures spécifiques à la gestion des déchets, et surtout, le très important « principe de précaution » au sein du code rural.⁸

L’article L200-1 du Code rural ancien disposait que « le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économique acceptable »⁹, cette disposition s’imposait ainsi aux administrations publiques et deviendra sous la présidence de Jacques Chirac, un principe à valeur constitutionnelle. 

Jacques Chirac, le Président qui marqua internationalement les esprits sur la question de l’environnement par son discours édifiant lors du quatrième Sommet de la Terre qui s’est déroulé à Johannesburg en 2002. Sa présidence fut également marquée par de grandes avancées juridiques en  matière environnementale. 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La terre et l’humanité sont en péril et nous sommes tous responsables. »¹⁰ 

Un message universel, pragmatique, conscient de la nécessité d’un bon développement, et qui appelle à la responsabilité collective des Nations. 

C’est ce qui motiva par la suite Jacques Chirac à initier la Charte de l’environnement de 2004 et à diligenter une révision constitutionnelle le 1er mars 2005 pour que les principes dégager par la charte soient des objectifs à atteindre pour la Nation.¹¹

Ainsi, ladite Charte de l’environnement dégagea des principes qui régissent encore le droit positif tels que le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, le principe de précaution que Michel Barnier a mis en place en 1995 et le développement durable de sorte à concilier la protection de l’environnement, le développement économique et le progrès social.¹²

La Charte de l’environnement prévoit également un volet sur le devoir des personnes à la préservation et à l’amélioration de l’environnement, ainsi qu’à la contribution de ces mêmes personnes pour réparer des dommages causés à l’environnement s’ils en sont responsables.¹³ 

Une démarche de Droite en sommes, puisqu’elle instille des droits, des objectifs de souveraineté, de protection et de développement, tout en y joignant des devoirs et une responsabilité juridique qui se manifestera dans le Droit après 2005 par la mise en place de responsabilités civiles, pénales, administratives et environnementales, notamment avec la très célèbre affaire « Erika » où la chambre criminelle de la Cour de cassation dégagea la notion de « préjudice écologique » du fait du naufrage du pétrolier Erika qui causa une marée noire d’envergure sur 400 kilomètres entre le Finistère et la Charente-Maritime.¹⁴

L’action de Président Sarkozy n’est pas sans reste non plus en matière environnementale, puisque dès son élection en 2007 ce dernier organisa le Grenelle de l’environnement. De ces travaux, en ressortirent 273 engagements qui furent retranscrits dans la loi « Grenelle I » de 2009 avec pour objectifs clairs et affichés de réduire la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre pour combattre le réchauffement climatique, de préserver la biodiversité et de réduire la pollution de sorte à maintenir l’idéal de développement durable.¹⁵

Récemment, la Droite française s’est illustrée avec la Nuit de l’écologique qui s’est déroulée le 11 octobre dernier à Paris sur initiative du Président des Républicains Éric Ciotti. 

Un évènement où de nombreux experts ont pu croiser leurs arguments avec des cadres politiques d’expérience, sur de nombreuses thématiques environnementales parfois en lien avec d’autres problématiques telles que l’énergie, les transports ou encore à la fiscalité.

À travers cet historique de la droite en matière environnementale, il est donc possible de distinguer deux approches politiques des problématiques environnementales, l’une qui s’inscrit dans une logique de croissance, donc de développement durable, et l’autre dans la décroissance, laissant la porte ouverte à une régression de la condition de l’Homme. 

La croissance, un objectif vers lequel il faut tendre.

Il faut rappeler entre autres, que c’est tout de même grâce à la croissance et au progrès scientifique que certaines maladies ont complètement été éradiquées de l’espace européen. 

La Droite ne peut donc que continuer dans cet idéal de progrès, qu’il ne faut pas confondre avec le progressisme qui s’affranchit des barrières éthiques et morales, les dérives wokes étant le paroxysme de cette vision. 

La thématique environnementale doit pleinement s’intégrer dans les enjeux de puissance et de souveraineté de l’État, de sorte à ce que la qualité de vie de l’Homme soit préservée, comme la nature et les enjeux vitaux de la Nation.

L’environnement doit également être pris en compte avec le développement très rapide des intelligences artificielles, notamment de sorte à améliorer la recherche avec ces nouveaux outils numériques. 

La Droite doit donc plaider le pragmatisme en matière environnementale, sans tomber dans les excès des pays en développement dont les industries sont les plus pollueuses du monde, ni dans le piège de la décroissance qui ne peut que conduire à la baisse de la qualité de vie de l’Homme.

Alexandre Saradjian

Secrétaire Général des Jeunes Républicains

Sources : 

¹ Loi n°60-708 du 22 juillet 1960 relative à la création des parcs nationaux. (Abrogée)

² Loi n°64-696 du 10 juillet 1964 relative à l’organisation des associations communales et intercommunales de chasse agréées. (Abrogée)

³ Loi n°64-1245 du 16 décembre 1964 relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution. (Abrogée)

⁴ Discours de Georges Pompidou, 28 février 1970, dîner de l’Alliance française à Chicago (https://www.georges-pompidou.org/portail-archives/voyage-aux-etats-unis-chicago-diner-lalliance-francaise-28-fevrier-1970)

⁵ FRANCONIE G., Les grands textes de la droite, Flammarion, 2017

⁶ BARNIER M., Le défi écologique : Chacun pour tous, Stock, 1990

Ibid

⁸ Loi n°95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement, dite « Loi Barnier »

⁹ Article L200-1 du Code rural (abrogé)

¹⁰ Discours de Jacques Chirac, 2 septembre 2002, assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre de Johanhesburg (https://www.elysee.fr/jacques-chirac/2002/09/02/declaration-de-m-jacques-chirac-president-de-la-republique-sur-la-situation-critique-de-lenvironnement-planetaire-et-les-propositions-de-la-france-pour-un-developpement-durable-johannesburg-le-2-septembre-2002)

¹¹ Loi constitutionnelle n°2005-205 du 1er mars 2005 relative à la Charte de l’environnement

¹² Charte de l’environnement : https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/charte-de-l-environnement 

¹³ Ibid

¹⁴ Cass. Crim. 25 septembre 2012, « Erika », n°10-82938

¹⁵ Loi n°2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement dite « loi Grenelle I ».

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