(Tribune) « L’écoterrorisme : lorsque l’écologie devient le prétexte à l’insurrection »
(Tribune) « L’écoterrorisme : lorsque l’écologie devient le prétexte à l’insurrection »

(Tribune) « L’écoterrorisme : lorsque l’écologie devient le prétexte à l’insurrection »

Les 25 et 26 mars 2023, sur une plaine de la commune de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, s’est déroulée une véritable bataille : mortiers d’artifices, chandelles romaines et cocktails molotov faisaient face aux grenades de gaz lacrymogènes et de désencerclement et LBD. L’affrontement opposa plus de 3 000 gendarmes à pas moins de 6  000 militants « écologistes » radicaux . Le motif trouvé pour cette bataille rangée contre les forces de l’ordre : une manifestation contre un projet de « mégabassines ». Les bassines sont des réserves de substitution d’eau destinée au stockage agricole de l’eau, remplie au cours de l’hiver soit en pompant l’eau des nappes phréatiques, soit celle des cours d’eau, dans le but d’utilisé durant l’été. Un motif qui est, plus vraisemblablement, un prétexte car il semble bien malaisé d’agir pour une quelconque cause écologique en utilisant de tels arsenaux de combat et en brûlant des véhicules de gendarmerie. Ces agissements, orchestrés par des groupuscules, faussement écologistes, ne peuvent être considérés que comme de l’écoterrorisme, contre lequel il faut lutter avec la plus grande fermeté tant leur préjudice contre la société et l’État est important. 

Parmi les factieux, l’on retrouve des militants radicaux appartenant au mouvement « Les  Soulèvements de la Terre ». Ce collectif prétend défendre l’écologie à travers des actions de « désobéissance civile » telles que l’occupation illégale, la manifestation ou même le sabotage.

Cette association avait fait l’objet d’une mesure de dissolution le 21 juin 2023 conformément à l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieur qui dispose que : « Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait : / 1° Qui provoquent à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens […] ». Un article L. 212-1-1 du même code vient en préciser l’application en posant que « […] sont imputables à une association ou à un groupement de fait les agissements mentionnés au même article L. 212-1 commis par un ou plusieurs de leurs membres agissant en cette qualité ou directement liés aux activités de l’association ou du groupement, dès lors que leurs dirigeants, bien qu’informés de ces agissements, se sont abstenus de prendre les mesures nécessaires pour les faire cesser, compte tenu des moyens dont ils disposaient.  ».

Cependant, une récente décision du Conseil d’État, prise le 9 novembre 2023, est venue annuler le décret de dissolution. Nous pouvons lire dans la décision du juge administratif suprême des arguments juridiques lunaires dans lesquelles le juge en vient à nier l’existence même des violences réalisées par le mouvement écoterroriste ! 

On peut également lire, dans le neuvième considérant : « […] si, à l’occasion de différentes manifestations auxquelles participait le groupement, notamment celles organisées les 29 et 30 octobre 2022 et les 25 et 26 mars 2023 contre la construction de retenues de substitution à Sainte-Soline, plusieurs dizaines de membres des forces de l’ordre ont été blessés lors de heurts avec les manifestants, cette seule circonstance, alors même que certains des auteurs de violence se seraient réclamés des  » Soulèvements de la Terre « , ne constitue pas une provocation imputable au groupement au sens des dispositions citées ». Le juge vient clairement reconnaître qu’il refusait d’appliquer l’article L. 212-1-1 du code de la sécurité intérieur à ce cas d’espèce. Alors que, et nous l’avons constaté, cette disposition du code pose expressément que les agissements de personnes appartenant à un groupement et agissant en tant que membre de celui-ci doivent être regardés comme étant imputables au groupement dans son ensemble.

Dans le douzième considérant, la juridiction indique : «  il apparaît toutefois, au regard de la portée de ces provocations, mesurée notamment par les effets réels qu’elles ont pu avoir, que la dissolution du groupement ne peut être regardée, à la date du décret attaqué, comme une mesure adaptée, nécessaire et proportionnée à la gravité des troubles susceptibles d’être portés à l’ordre public ». C’est là un profond désaveu porté à la légitimité de l’État : les attaques adressées de manière tout-à-fait délibérée à l’encontre des forces de l’ordre ne sont pas assez graves pour justifier la dissolution d’un mouvement factieux ! Il ne reste plus qu’au juge, à la manière de Ponce Pilate, de se laver les mains.

Évidemment, dans la foulée de cette décision, le Syndicat de la magistrature s’est empressé de se féliciter sur X de cette « Importante victoire collective ». Venant, une fois encore, nous pousser à nous demander s’il s’agit d’un syndicat ou bien d’un groupement politique de gauche. Il ne faut pas s’y tromper : cette décision du Conseil d’État est entachée de parti pris politique.

Au-delà des dégâts aussi bien humains, à travers les blessés qu’il provoque, que matériels, le plus grand mal que l’écoterrorisme provoque, c’est envers l’écologie elle-même.

Tout d’abord, ces actions violentes, choquantes pour une majorité de l’opinion, n’aboutissent qu’à décrédibiliser la cause environnementale. Effectivement, ce n’est pas par des actions violentes que l’on fédère autour d’une cause ; ce n’est pas en radicalisant, que l’on convainc. C’est à travers une politique forte rassemblant toutes les volontés qui veulent vraiment agir que l’on trouvera des solutions pérennes pour notre avenir.

Ensuite, le procédé mettant intentionnellement à mal l’État ne permettra pas à la cause écologique d’avancer dans la mesure où ce dernier est l’acteur central capable d’amorcer toute politique écologique d’avenir. En affaiblissant l’État et en le décrédibilisant, on en vient, in fine, à affaiblir la portée de son action. Or la cause écologique fait désormais partie de ces causes qui nécessitent de grandes actions. Au contraire, il faut encourager, ou alors dénoncer si l’on juge la direction mauvaise, mais on ne peut, en aucun cas, s’en prendre directement à l’État et à ses organes par la violence ou le désordre.

Aussi, évidemment, ces actions n’apportent rien de concret pour l’environnement.  Nous pourrions même nous interroger sur le bilan carbone qu’elles engendrent en comptant l’acheminement des militants sur les lieux et les dégâts infligés, notamment la combustion des véhicules…

Enfin, et surtout, dans le cas de Sainte-Soline, en s’attaquant à des agriculteurs et producteurs qui sont attachés à la terre, on s’attaque à l’environnement. Ce sont les premiers écologistes de France  et sont pourtant les principales victimes de ces militants.

Nous voyons donc bien le caractère ubuesque de l’action de ces pseudos-écologistes.

Dès lors que « l’éco » ne tient pas debout, il ne subsiste alors plus que le « terrorisme ». Ne reste plus qu’à prendre la mesure du danger et à se montrer intraitable face à ces militants qui se donnent de faux prétextes pour violer des propriétés, détruire des biens, saccager des lieux de production et « casser du flic ». Au nom de l’ordre, mais surtout de la cause environnementale.

Théo Dutrieu

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